lundi 5 juin 2017

La différence invisible de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

La différence invisible de de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline (Delcourt, 96 pages, 2016)

Une BD pédagogique qui expose le quotidien d'une aspie (personne diagnostiquée syndrome d'Asperger). Une post-face rappelle quelque points sur ce syndrome, qu'il s'agit d'une forme légère de l'autisme (Troubles du Spectre Autistique) et qui n'est PAS (entre autre) un manque d'intelligence, sur ce point la personne est dans la normalité. L'ouvrage rappelle aussi  le retard incroyable de la France sur ce sujet (estimée à 40 ans) et les erreurs dramatiques d'un Bruno Bettelheim dont la démarche scientifique (?!) pour amener sur de telles conclusions (la mère frigidaire responsable de l'autisme de son enfant, il a quand même écrit « Tout au long de ce livre, je soutiens que le facteur qui précipite l'enfant dans l'autisme infantile est le désir de ses parents qu'il n'existe pas » bonjour le dogmatisme culpabilisant qui ne repose sur à peu près rien de scientifique) étaient pour le moins maladroites (quelques cas étudiés, son intuition personnelle, on fait mieux pour une démarche scientifique) pour ne pas dire infondées. Guère étonnant dans un pays où la psychanalyse est toujours très prégnante alors que les aspects scientifiques les plus récents démontre son innocuité d'un point de vue thérapeutique (voir revue Sciences Humaines, Cercle Psy). 

Cette BD montre à quel point l'humain se base sur la norme dans ses relations, sur les préjugés (lié à la culture pop comme le film Rain Man et le test des allumettes), et fait peu d'effort pour comprendre l'autre à partir du moment où se dernier dévie un peu trop de cette norme (qu'elle soit d'ordre neurologique, religieuse, culturelle ou physionomique). Que cette déviance concerne les relations sociales (quoi de plus incompréhensible de ne pas comprendre une blague, le deuxième degré ou de ne pas pouvoir prendre un verre entre amis un soir au débotté ?), et là on tombe dans l'incompréhension voire le rejet, que ce soit un petit ami, les amis, les copains, le milieu du travail et même un personne des ressources humaines. Ce n'est guère plus que de l'intolérance, voire  de l'indifférence à la différence, une différence invisible, à la fois qu'on ignore, qu'on ne veut pas voir, qu'on ne veut pas comprendre ni reconnaitre. Comme tout différence un peu subtile, et ce n'est pas réservé aux aspies, cela peut faire l'objet de l'incompétence même des professionnels censés faire un diagnostique (psychologue, DRH).  Pour être un peu misophone, apprécier le silence ou l'isolement, certains rituels, je comprends plutôt assez bien le vécu de l'héroïne. Un livre qui explicite assez bien ce vécu, dans les différents milieux qu'on est amené à traverser dans sa vie (intime, amis, professionnels) et les rituels rassurants, les repères fixes, pour alléger son quotidien. Un souci du détail de la part des aspies qui va jusqu'à l'habillement (ample et doux) mais qui est aussi un aspect perfectionniste de leur personnalité apprécié dans certains métiers et même recherché (développeur chez Google par exemple !).

Au delà de la reconnaissance pour un aménagement du poste de travail (par ne prendre que cet aspect) c'est aussi un échange pour une meilleur compréhension de l'autre. Cette BD est un bon support d'échange si vous connaissez un aspie, de compréhension de l'autre, au sens large, qui ouvre vos horizons (ce qui me parait toujours une bonne idée).  A recommander. A offrir. A proposer dans les bibliothèques et médiathèques. Je n'y suis pas encore allé (sauf pour y mettre les liens pour cet article dont m'a parlé ma tendre épouse) mais Julie Dachez propose un blog et des vidéos sur Youtube. Cela me rappelle que j'ai deux Daniel Tammet à lire (L'éternité dans une heure et Je suis né un jour bleu) !!!! J'aurais bien aimé être doué de synesthésie (j'ai plusieurs fois imaginé ce que c'était de le vivre), une autre fois peut-être.

Note : AAAA

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