dimanche 4 juin 2017

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

You want it darker. We kill the flame
(p. 355)
Vernon Subutex Tome 3 de Virginie Despentes (Grasset, 399 pages, 2017)

Incipit :
La gare de Bordeaux et en rénovation, une forêt de tréteaux lui remplit le ventre. Sur le quai, un gamin fait les cents pas en fumant clope sur clope, il porte des baskets sans chaussettes, dont il écrase le talon, comme si c'étaient des espadrilles.

L'actualité (double attentat à Londres) alors que j'allais vaquer à ma lecture dans un bar (Qu'est-ce que les Lumières ? d'Emmanuel Kant ce qui est une bonne question au regard de cette actualité, réponse du flux Tv continue qui n'est pas à la hauteur de la question) m'a ramené plus rapidement à la maison (difficile de se concentrer avec CNews dans les tympans sur un tel sujet) pour faire quelques articles dont ce livre, après deux ans d'attente pour sa parution, livre qui, lui aussi, à sa manière, entre en résonance avec l'actualité, même si je l'ai lu en à peine deux jours la semaine dernière. Bon je ne vais pas m'appesantir non plus. Alors, ce Vernon Subutex 3 ? Déjà heureusement il y a un mini guide des personnages pour se rafraîchir la mémoire ! J'ai pu facilement me remettre dans le bain ce qui m'a rassuré. Ce 3ème volume, quelle claque, quelle fin ! J'aime beaucoup comme style ... alors pour faire faire court : Vernon est toujours le centre mais là le groupe se délite un peu, les événements, l'argent ... Voilà, c'est bon vous pouvez vous recoucher.

L'auteur s’imprègne comme une éponge de l'air du temps, digère le tout, et fait un roman moderne qui brasse le tout avec talent. On y croisera Tor (outil qui accéder a internet de manière anonyme), TED (les célèbres conférences "ideas worth spreading"), snapchat (et autres gadgets pour se connecter à des réseaux sociaux, Instagram & Co), les différents courants idéologiques de la gauche de la gauche, les angoisses de notre temps avec la prise en compte de l'actualité récente (Charlie, Bataclan, Nuit Debout, Migrants, mort de Bowie, Lemmy, inondations Paris). L'auteur se déchaîne plus que dans les deux précédents volume, comme si elle avait des comptes à régler, plus sur la forme que sur le fond, on a plus l'exposé des angoisses de notre temps (décomposition sociétale, crises diverses, risques accrus, déclinisme) que l'imposition d'une idéologie claire ou qui offrirait des solutions, le summum étant qu'un des événements majeurs du livre est transformé en objet de consommation a succès (désolé de ne pouvoir en dire plus sinon je vais gâcher la surprise) comme en miroir de la série The Walking Dead évoquée dans le livre. J'aime beaucoup sa manière allusive de parler de certaines choses comme par exemple :
  • (p. 246) "Ces gamins pensent sans doute que Marshall est une marque de casques". 
  • (p. 198) - Ça ne s'appelle plus Bercy, tu le sais ça ? - Qui change le nom d'un truc que tout le monde connaît ? Un con."

Des commentaires non politiquement correct (mais pas révolutionnaire non plus), des phrases chocs, des persos énervés et un regard vivifiant, inquiet (et inquiétant) sur notre époque qui me rappelle Houellebecq (Par exemple Soumission), Beigbedder (L'excellent Windons on the World), Chalumeau (Bonus ou V.I.P.), et même Franzen (Dans Purity)d'une certaine manière, où finalement on a une synthèse "romancée" de l'ensemble de l'actualité récente. Une construction parfois un peu déstructuré, raccord avec la thématique abordée, où les persos se cherchent, s'interrogent, où rien de clair n'émerge, où tout peu arriver (devenir SDF, un viol etc.), où aucune stabilité ni continuité n'est assurée qui est finalement une bonne description des fissures de notre société.

Note : AAAA

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