lundi 17 juillet 2017

La perfection du tir de Mathias Enard

Bon, il arrive ce café ?
La perfection du tir de Mathias Enard (Babel, 181 pages, 2003)

Incipit :
Le plus important c'est le souffle.
La respiration calme et lente, la patience du souffle ; il faut d'abord écouter son propre corps, écouter les battements de son cœur, le calme de son bras, de sa main. Il faut que le fusil devienne une partie de soi.

Une guerre civile, pas vraiment située mais en orient, proche de la mer. On suit un jeune sniper, ses interrogations, sa vie quotidienne, à quel point la guerre vous ronge et vous déshumanise et à quel point les décisions peuvent être individuelles, irrationnelles et contribuent à entretenir les conflits.

L'auteur instille une réelle empathie pour ce meurtrier dont il est difficile parfois de le rendre totalement responsable. L'auteur dépasse l'analyse creuse de "la guerre c'est pas bien" pour à la fois en montrer la cruauté, la bêtise, l'absurdité mais surtout à quel point on est le jouet d'évènements qui nous dépassent. Le personnage principal se désagrège sous nos yeux, son champ d'analyse se réduit comme peau de chagrin, tout est vue sous le prisme de son combat individuel, il peut de plus en plus difficilement conduire sa vie sans être équipé de son fusil ou de son pistolet, et ironie suprême, et ces objets phalliques s'en trouveront castrateurs, l'empêchant de toute relation charnelle, lui volant son désir le plus intime pour celui, destructeur, d'ôter la vie de civils innocents.

Un livre d'une écriture compassionnelle, poétique, envoutante, pas dans le jugement, montrant la lente et inexorable destruction des âmes, de l'amour et de la beauté. Des réflexions qui sonnent justes, des scènes qui décrivent avec une étonnante légèreté jusqu'où la haine peut s’immiscer et en devenir d'une glaçante horreur, où la folie se glisse petit à petit dans les corps, dans les cœurs, dans vos pensées les plus intimes. La guérilla comme si vous y étiez, au niveau d'un combattant. Une fin bouleversante. Merci à mon libraire préféré, Christophe, de l'avoir mis en valeur lors de mon passage chez lui !

Note : AAAAA

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