samedi 11 novembre 2017

Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari

«ça pionce »
une brève histoire du sommeil
Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari (Albin Michel, 492 pages, 2015)

Incipit :
 Il y a environ 13,5 milliards d'années, la matière, l'énergie, le temps et l'espace apparaissaient à l'occasion du Big Bang. L'histoire de  ces traits fondamentaux de notre univers est ce qu'on appelle la physique.
 Environ 300 000 ans après leur apparition, la matière et l'énergie commencèrent à se fondre en structures complexes, appelées atomes, lesquels se combinèrent ensuite en molécules. L'histoire des atomes, des molécules et de leurs interactions est ce qu'on appelle la chimie.

Raconter l'histoire de l'humanité (fusse-t-il brièvement) est une gageure largement réussie par cet ouvrage. A l'instar de l'excellent Jared Diamond, Yuval Noah Harari propose une vision d'ensemble avec un art consommé de la synthèse, de rapprochements d'idées, a priori éloignées dans le temps et l'espace, pour mieux nous surprendre ou nous faire réfléchir. Souvent la fin d'un paragraphe ou celle d'un chapitre est proche de la phrase qui tue qui, si elle était citée hors contexte ou amputée des paragraphes explicatifs qui précèdent serait balayée d'un geste. Un livre qui propose des angles ou une nouvelle perspective et donc de mieux embrasser, si tant est cela possible, une meilleure objectivité de notre monde. Beaucoup d'idées, une fois le regard distancié, remettent en cause nos préjugés ou nos croyances d'une manière à la fois fondamentale et radicale. Des questions essentielles, pour les personnes curieuses, sont ici abordées, y compris celle du bonheur. Beaucoup d'analyses présentées ne sont pas à l'honneur d'Homo Sapiens (la cause animale est ici superbement défendue), d'autres montrerons notre soumission à des idéologies ou à notre chimie. Parfois l'auteur utilise des raccourcis (souvent édifiants et non dénués d'humour) ou tronque des références (comme celui de l'Oracle de Delphes, p. 461 qui ne se résume pas au "Connais-toi toi même", il manque la phrase qui suit) mais devant la prouesse de tout condenser en 400 pages je m'incline bien bas, voire sous terre. Différemment de la théorie du complot de sociétés secrètes ou autre, et notamment utilisée par l'extrême droite, une des raisons profondes de la révolution française, bien plus plausible ici, serait liée fortement au manque de financement et au manque de crédit (le détail de l'explication dans le livre !). Mais surtout certaines révolutions posent questions, comme la révolution agricole ou encore cognitive. Pour cette dernière, pour faire simple, Sapiens a un gros cerveau, ok, mais devant Néandertalien ou un tigre à dent de sabre, cela ne fait pas la différence. A l'époque un Q.I. de 160 aurait du perdre devant une mâchoire acérée ou des muscles aguerris. Et pourtant, Sapiens a survécut. Pourquoi ? Comment ? Vous trouverez dans ce livre quelques pistes de réponses. S'appuyant sur les dernières recherches Harari offre à son lecteur un condensé de réflexions comme peu souvent. J'aurais des centaines de raisons d'en parler, mais le mieux est de vous inciter fortement à le lire et à vous faire votre propre opinion. Pour qui souhaite avoir des éléments de discussions, ce livre en regorge à foison. La partie sur le bonheur ou encore celle sur notre future sont une source de réflexions étonnantes et fructueuses. Au point que je me dit qu'il faudra relire ce livre sous peine d'en oublier rapidement les pépites. Qu'il y ait en plus une partie sur le bouddhisme n'est pas pour me déplaire et qui est cohérent avec mes autre lectures, comme L'infini dans la paume de la main. La fin qui ébauche la révolution génétique ainsi que l'avènement d'un nouveau règne en sus du minéral, végétal et animal (il s'agit de l'artificiel) est un peu court à mon goût. Les avancées stupéfiantes de CRISPR-Cas9 laissent songeur. Le cas d'une véritable Intelligence Artificielle méritent réflexion comme dans Chatbot, le transhumanisme est à peine abordé mais néanmoins ce livre reste une référence. L'empreinte digitale qui fait le i de Sapiens est à elle toute seule une idée brillante tant elle est riche de symboles. Lien avec la main de la grotte Chauvet, l'évolution technologique (caractéristiques d'une personne, traçabilité), l'individualité (biométrie), etc.

Bref, un livre tout à fait fascinant. Une référence tant son accessibilité est aisée et tant il est abordable par tous. Si je n'avais emprunté hier soir au Club de Lecture un livre j'aurais de suite commencé son autre ouvrage Homo Deus : a brief history of Tomorrow (Oui, cette fois en anglais, car là je vais devoir le commander alors autant en même temps pratiquer mon anglais)

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA puissance 12

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