dimanche 24 décembre 2017

Comment parler des livres que l'on n'a pas lu ? de Pierre Bayard

Comment parler des livres que l'on n'a pas lu ? de Pierre Bayard (Les Éditions de Minuit, 162 pages, 2007)

Incipit :
Né dans un milieu où on lisait peu, ne goûtant guère cette activité et n'ayant de toute manière pas le temps de m'y consacrer, je me suis fréquemment retrouvé, suite à ces concours de circonstances dont la vie est coutumière, dans des situations délicates où j'étais contraints de m'exprimer à propos des livres que je n'avais pas lu.
Enseignant la littérature à l'université, je ne peux en effet échapper à l'obligation de commenter des livres que, la plupart du temps, je n'ai pas ouverts.
Ce livre était cité dans une de mes lectures (et je ne sais plus laquelle) et comme cet essai me paraissait amusant je me suis laissé tenter. Un essai d'ailleurs plutôt bien écrit, avec une bonne analyse/synthèse du sujet, à la fois érudit tout en étant drôle. C'est une extension de l'aphorisme d'Oscar Wilde cité en exergue du livre : «Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer». Le ton est donné ... et l'incipit où l'auteur précise qu'il est enseignant de littérature à l'université et qu'il se doit de commenter des livres qu'il n'a même pas ouverts enfonce le clou ...  Déjà le surtitre (Paradoxe) souligne un des traits de cet essai dont le titre laissait présager une contradiction insoluble. Hum, insoluble vraiment ? L'auteur commence par un constat sur l'état de connaissance réel des livres par les lecteurs supposés, sur l'hypocrisie généralisée de les avoir lus, fruit du devoir connaitre (pression sociale, image) et de l'impossibilité de tout lire. L'auteur en profite alors notamment pour développer le point de vue intéressant sur la culture littéraire, plus lié à la position et le thème des livres et/ou au discours autour des livres reconnus, qu'au contenu même de ces derniers. Cela n'empêche pas Pierre Bayard d'illustrer son essai d'auteurs et d’œuvres diverses qui à la fois confirme son exposé et font parti des livres pas vraiment lu par l'auteur (L'auteur a développé au début de l'ouvrage une nomenclature où n'apparait pas l'état de LL Livre Lu et LNL Livre Non Lu mais des états intermédiaires ou incertain, comme LP un Livre Parcouru) au moins c'est cohérent voire congruent. Il y a une seule fois où je ne suis pas d'accord c'est lorsqu'il soutient que quasiment personne ne lit entièrement un livre (De la première à la dernière page). En ce qui me concerne je lis de la première à la dernière page ou alors je le classe dans les livres abandonnés. Là où j'aurais pu classer un livre parcouru c'est au lycée pour Madame Bovary, j'avoue que j'ai lu une page sur trois (à peu près).

Un livre sur la littérature, la critique de cette dernière mais surtout sur l’appropriation de la première et des livres en particulier bien moins claire, nette ou binaire que ce qu'on voudrait le penser. En tout cas une réflexion et un point de vue iconoclaste qui m'a enrichi et d'une certaine manière déculpabilisé.

Note : AAA

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