jeudi 3 octobre 2019

The Mysterious Benedict society by Trenton Lee Stewart

Famous Four
The Mysterious Benedict society by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 512 pages, 2008)

Incipit :
In a city called Stonetown, near a port called Stonetown Harbour, a boy named Reynie Muldoon was preparing to take an important test.

Voilà un livre d'aventure rafraîchissant, de l'excellente littérature jeunesse, un livre sur la perte, l'amitié, avec un suspense terrible et la magie des feel-good books. L'introduction est magistrale, la manière dont l'auteur s'arrange pour qu'un groupe d'enfants futés se rencontrent et soient amenés à défendre le monde d'une menace Orwellienne et panoptique. Quelques astuces, des puzzles, et beaucoup de tendresse. Je ne dirais pas que cela me rappelle Le club des cinq ou Les six compagnons car, hum, bon, je ne m'en rappelle plus très bien, mais c'est peut-être comme ce livre que je ressentais ces séries étant plus jeune, et donc cela m'a rappelé ces moments passés. Peut-être aussi la réminiscence du premier volume de Kim détective (Lu au moins cinq fois), ou de la série des Sans Atout de Boileau-Narcejac, que j'ai lu au collège. Bref ce livre jeunesse a été un grand moment nostalgie-bonbon, sous la couette le soir, à m'évader de pensées moins fun. Je crois que je régresse, je vais bientôt relire Oui-Oui ou regarder les Barbapapa. Nan pas de citation cette fois, que le souvenir d'un doux rêve qui m'échappe déjà. Vous posez pas de question, lisez ce livre (en français si vous voulez, il existe) il vous enchantera (Faut aimer la littérature jeunesse quand même, hein, sinon pas sûr que la magie opère).

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA

mercredi 2 octobre 2019

Roland Barthes par Roland Barthes par Roland Barthes

Fioritures entropiques
Roland Barthes par Roland Barthes par Roland Barthes (Points, 256 pages, 2014)

Incipit :
Voici, pour commencer, quelques images : elles sont la part du plaisir que l'auteur s'offre à lui-même en terminant son livre.

Un livre assez autobiographique mais avec une distance aristocratique, l'auteur parle de lui à la troisième personne, ce qui m'a rappelé ma professeur de sixième, Mme Hecquet (Collège Sagebien à Amiens), gloire à elle qui m'a instruit, qui faisait de même à l'oral mais, symétriquement, en parlant de son interlocuteur. Je me rappelle d'une fois où, en me posant une question du style "Il a fait telle chose", je m'étais vu répondre "Qui ça ?", pour finir par comprendre que c'était de moi dont il était question. Bon vous vous en tapez royalement, je le comprends. Sous couvert d'une biographie et d'éléments intimes ou personnels (Je parle du livre là), c'est aussi une suite de réflexion sur le langage, grand dada de l'auteur, et plus largement de sémiologie, avec de nombreuses illustrations, parfois conceptuelles comme page 230 sur le signifiant sans signifié (Tout en illustrant un signifié, autre que celui qui n'est pas directement représenté). Je ne savais pas Roland Barthes peintre (plus d'une centaine d’œuvres, au moins une fois exposées à Beaubourg), ni aussi versé dans le piano. De brefs passages où je pense n'avoir pas compris grand-chose même si j'ai un début d'idée, ce qui peut faire court dans un exposé. La liste des illustrations, à  la fin de l'ouvrage, donne plus de détails mais ce n'est pas pratique car les pages du début ne sont pas numérotées (!). Mais le papier est épais, glacé et cela rattrape un peu cet anomalie (Nan je déconne, c'est deux claques oui). C'est un livre par entrées, alphabétiques, qui peut vraisemblablement se lire dans le désordre. Cela fourmille d'idées et d’anecdotes, notamment sur les livres qu'il envisageait d'écrire. C'est autoréférencé de ses différents ouvrages, sorte de hub d'accès à sa bibliographie. Sa mort est évoquée dans La septième fonction du langage, sorte de livre hommage, en tout cas plus hommage que Le Barthes sans peine qui, dit-on, aurait blessé l'amour-propre de Barthes. Et je peux le comprendre. A la lecture de ce R.B. par lui-même on devine aisément quelqu'un de sensible, de bienveillant, qui souhaitait, à sa manière, participer à la grande aventure humaine. Oula je m'emballe. Bref, un livre qui m'a accompagné ces dernières semaines, puisant de temps à autres quelques morceaux choisis.

Tab n° 19 : Déchirure II ou la 6ème extinction
Une autre de mes peintures, toujours aussi joyeuse. Déchirure II ou la sixième extinction (Acrylique, 24x30cm). Il y a un peu de sable fin aussi ... Titre dans l'air du temps. Je ne fais pas partie du club un peu crétin des A.A.F. (All Against Franzen). En fait j'ai eu une promo sur le rouge donc je l'utilise, cela tombe bien, c'est raccord avec le dernier rapport du GIEC. Les mêmes qui trouvent Franzen trop alarmiste, ce qui ne manque pas de sel venant de leur part, mais le plus troublant est la mauvaise foi de ces mêmes scientifiques qui, semble-t-il, ont des soucis de compréhension de texte et font un procès simpliste et biaisé. Comme quoi être scientifique et faire de l'idéologie n'est pas antinomique. Ce tableau aurait pu s'appeler Déclivité d'un cycliste alcoolique et sa mort prématurée. Les marques de pneu mènent à la scène de l'accident de manière ascensionnelle, la chute de l'histoire étant celle dudit cycliste dont il reste la mare, comme la trace d'un bateau ayant quitté le port, la déclivité de sa ligne de vie en contrepoint de la ligne montante, un manque de politesse en somme.

Les cris des bêtes sont des sténographies sensorielles dans l'espace. Tel était le langage premier de l'homme.
Malcolm De Chazal

Note (Du livre pas de la peinture) : AAAAAAAA

Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger

Missel Europa
Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger (Gallimard, 496 pages, 2019)

Incipit :
Les mathématiques étaient passées avec facilité, comme une seconde naissance, à travers les bassins en nylon tissé des baudriers fluo et ils évoluaient déjà dans les branchages luminescents par grappes de trois ou quatre - les plus beaux fruits de la terre, les ramifications dernières des sciences mathématiques, les cerveaux les plus légers du monde.

J'aime bien cet auteur, que ce soit La théorie de l'information (Avec Xavier Niel fictionalisé et des liens avec Shannon, voire résumé sur youtube ici) ou encore L'aménagement du territoire.  J'adore sa prose, sa manière de raconter, pleine de ramification et de liens en sous-texte. C'est à l'écoute du Masque et la plume qui parlait de son dernier roman qu'il m'a été rappelé à l'existence. J'ai été franchement comblé, heureux de le retrouver. Il a l'art et la manière de s'abreuver de l'actualité, aussi bien l'histoire que les technologies et il parsème son ouvrage, et ce n'est pas gratuit, d'éléments divers puisés par ci par là. Qu'il cite le jeu de Go, le Raspberry Pi, Gödel, ou encore l'excellentissime Jeu des perles de verre d'Hermann Hesse, cet auteur est du miel de châtaignier pour moi (Oui l'un de mes miels préféré !). C'est bien écrit, très littéraire pour moi. Et il en a des idées. Par exemple son énigme sur la corde. La réponse est 2*Pi, après un calcul très simple, sauf qu'il ne parle jamais de la formule ni qu'il s'agit de 2*Pi, juste 6,28. Ce qui n'obscurcit en rien le propos, or Pi apparait plusieurs fois avec le Raspberry par exemple. Mais surtout c'est raccord entre les mathématiques type formule et les mathématiques intuitionnistes évoquées dans l'ouvrage. J'ai appliqué la formule, bêtement je pourrais dire, et pourtant la réponse m'a surpris, contre-intuitive justement ! Toute la différence entre savoir (formules toutes faites) et connaissance (savoir intégré qui peut s'exprimer par l'intuition via notre calculateur quantique, notre cerveau), or mon intuition ne m'aurait jamais donné cette réponse. Tout ça pour dire que cet exemple est magnifique de pertinence dans cet ouvrage. Et s'il n'y avait que cela. C'est une réflexion poussée sur l'Europe. Qu'un personnage, femme, porte ce nom est aussi à lecture multiple et symbolique. Calculabilité et histoire européenne. Quel étrange duo, et pourtant il arrive à mêler intelligemment les deux. J'aime cette écriture à plusieurs niveaux, à plusieurs couches, cette complexité où il est possible d'avoir plusieurs regards, plusieurs interprétations, plusieurs niveaux de lectures, des rapprochements inattendus pour ainsi dire poétiques, jeux de langages, d'images, de science, de symboles, qui prennent d'autant plus de poids que je lis aussi Roland Barthes par Roland Barthes et Le Dictionnaire amoureux de l'Art moderne et contemporain.  Bon j'avais pris des notes sur ce livre mais j'en ai perdu une moitié. Peu importe, cet auteur est brillant, il me transporte. Une fin que je trouve magnifique, j'ai pas d'autres mots. C'est fort, puissant, je suis sur le cul. Bon je n'avais pas lu son livre sur Le Grand Paris, je vais compléter de ce pas. Il m'a l'air d'un touche à tout, sa fiche wikipédia impressionne car cela dépasse ces quatre romans. Hummm je vais creuser, il devrait y avoir du youtube, du France Culture à regarder/écouter. Je m'en délecte d'avance. Si vous voulez un résumé il y en a un sur youtube, mais pas utile, foncez ! Pourquoi il a pas le Goncourt au fait ? (Bon cela me rassure, sa fiche wikipédia indique qu'il a eu le Prix de Flore et le prix Amic de l'Académie française, c'est un bon début). Au fait, Aurélien, dis moi, tu fois quoi ce week-end ? Je me taperais bien une petite discut' avec toi ... Par exemple il y a quelques trucs où je sais pas si tu es dans le 1er, le 2ème, le 3ème ou le nième degré. Page 258 "Il n'y avait pas plus démocratique qu'un milliardaire", ben voyons Ginette. Page 260 "La violence, c'est casser une bouteille au lieu de l'ouvrir délicatement", humm pas con Robert. C'est un peu de la philo pet de lapin, non ? Mais le reste relève très largement le niveau. Je sais, je suis taquin. M'en veut pas, c'est de naissance.
Tab n°17 : Déchirure ou la 6ème extinction

Voilà une autre peinture, très festive, sur la déchirure du monde, la sixième extinction en cours. Bon vous pouvez aussi y voir un furoncle en phase terminale, chacun ses obsessions. Acrylique, 24x30cm. Il y a de la coquille d’œuf, du sable fin, de la craie pilonnée, ha oui de l'acrylique aussi, et énormément de talent (arf arf). Un peu d'acétone pour cramer mes poumons, heu non, pour faire des traces ... voilà voilà, bonne journée !



Note (Du livre, pas de la peinture) : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA (Vas-y Aurélien !!)

There is a great satisfaction in building good tools for other people to use.
Freeman Dyson (From Wikiquote), qu'il est possible de traduire librement par : "C'est trop de la balle de concevoir de bons outils que les gens peuvent utiliser "

lundi 30 septembre 2019

Semiotics A graphic Guide by Paul Cobley & Litza Jansz

This is not a pipe, nor a wolf
-> Introducing SeMiotics A Graphic Guide by Paul Cobley & Litza Jansz (Icon Books Ltd, 176 pages, 2012)

Incipit étendu :
If you go to the right cocktail parties, or hang around the foyers of the right cinemas, or read the right Sunday colour supplements, or watch the right late night arts programmes on TV, then you will know that "semiotics" is a valuable buzzword.


Déjà j'aime bien apprendre en m'amusant. Et la présentation bande-dessinée me rappelle, il y a fort longtemps, ce même type d'ouvrage à la bibliothèque d'Amiens. La raison est que j'ai une approche visuelle, j'aime les schémas, les synoptiques, l'architecture, les graffitis ... heu pardon je m'égare. Bon là cela parle de signes, forcément on s'attend à voir plein de dessins, en plus la couverture rappelle Magritte, un de mes peintres fétiches.C'est ludique donc.  Bref, cela fait sens avec d'autres lectures comme Le nom de la Rose, ou encore Le Signe d'Umberto Eco, et plus globalement mes lectures sur la linguistique et le langage. Mais aussi ma lecture presque terminée de Roland Barthes (par Roland Barthes, autoréférentiel à souhait). Sans parler du MOOC sur l'Art Contemporain dont les vidéos sont disponibles ici, 59 vidéos sur l'Art après la métaphysique par John David Ebert. Et, cela va de soi, avec les peintures que je réalise. Ce livre n'est pas qu'une introduction, c'est culturel, historique, référencé et ne manque pas d'humour. Les aspects postmodernes m'amusent beaucoup, il y a un peu d'onanisme intellectuel je trouve, mais bon ce n'est que mon avis partiel et partial. Ce livre donne le vocabulaire de base, quelques aspects historiques, les personnages clés (Saussure, Pierce, Jakobson etc.), les concepts, et propose une réflexion sur la sémiotique (à distinguer de la sémiologie mais bon franchement ...). L'annexe qui indique des lectures pour approfondir m'a fait rêver. Mais voilà, dépenses minimums donc je vais devoir lire mes 7845 livres en retard qui s'empilent autour du lit, c'est ma femme qui va être contente. Bon j'ai la flemme ce soir, je suis crevé. Alors pas d'insert d'une de mes peintures et pas de citation. Faudra chercher vous-même. Non, ne me remerciez pas.

Note : AAAAAAA

samedi 21 septembre 2019

La clé USB de Jean-Philippe Toussaint

Travail à la mine
La clé USB de Jean-Philippe Toussaint (Les Éditions de Minuit, 191 pages, 2019)

Incipit :
Un blanc, oui. Lorsque j'y repense, cela a commencé par un blanc. A l'automne, il y a eu un blanc de quarante-huit heures dans mon emploi du temps, entre mon départ de Roissy le 14 décembre en début d'après-midi et mon arrivée à Narita le 16 décembre à 17h15.

Un roman à l'ambiance d'espionnage. C'est bien écrit, l'ambiance est très bien rendue (suspense, sentiment d'oppression, de surveillance généralisée) et les thématiques bien exploitées : traces numériques, confiance numérique, grandes quantités de données qui se promènent sur de simples objets, le téléphone comme fil à la patte, à la fois médiateur pour se connecter au réseau "virtuel" et outil de pistage. Jeux des apparences, qu'elles soient économiques, éthiques, sociales ou techniques. L'incipit fait état de cette opposition apparente, entre la précision chirurgicale de l'horodatage de l'espace-temps borné de son absence et en contrepoint le "blanc" où il laissait le moins de traces possibles. Entre vide et plein. Ce plein de données qui est le big data, denrées rares parfois, où le mineur de Zola se transforme en mineur de crypto-monnaie, cette dernière garantie par des livres de comptes chiffrés (blockchain), où on passe à côté de l'essentiel, vivre. Quelques erreurs factuelles comme page 74 sur les adresses IP. L'auteur clairement a simplifié grandement la réalité. Non les ordinateurs n'ont pas une adresse ip fixe. De surcroît elles ne sont pas toutes accessibles, il y a les plans d'adressage privé et public. Les premiers sont inaccessibles par essence, mais il y a des techniques de contournement plus ou moins complexes. Mais cela n'enlève rien au roman et ce n'est pas gênant finalement. C'est suite à un Masque et la plume que j'ai été amené à lire ce livre, et surtout que j'avais eu l'impression que la fin réservait une surprise. Je devais être particulièrement bouché ou alors dans une expectative excessive car la fin, m'enfin, m'a laissé sur ma faim. Je dirais même qu'une déception notable a envahi mes synapses. Je suis passé à côté de quelque chose ...  comme le héro du livre finalement. Mais je m'attendais tellement à quelque chose que ce quelque chose m'a semblé futile et désappointé je fus. Certes c'est bien fait mais au final j'aurais pu me passer de cette lecture. Bon ok la fin m'a fortement déçu. C'est plat alors que tout l'ouvrage faisait monter un suspense assez dense. Il y a bien une chute à la fin de l'ouvrage, la chute de mon intérêt. D'un autre côté cela correspondait au moment où la lecture se terminait. Mais en même temps j'aime bien que perdure quelque chose au delà, une fois avoir clos un livre. Raté. J'ai commencé Le continent de la douceur d'Aurélien Bellanger pour me réconforter (Et ça marche, pour l'instant). J'aime beaucoup cet auteur même si je n'ai lu que ses deux premiers romans (La théorie de l'information, lu avant le commencement de ce blog et L'aménagement du territoire). Faudra que je lise son Grand Paris.
Tab n°15 : Transmutation I

 Voici un autre tableau, Transmutation I. Initialement Transmutation, mais comme depuis j'en ai fait un autre ... Aux couteaux. Mais sans les lancer. Les couleurs, en séchant, sont moins vives et c'est bien dommage. Le bleu en particulier s'est fortement assombri. Il va me falloir expérimenter un peu plus. Acrylique, 30x40 cm, peinture Abstract de Sennelier. Cela peut faire penser au feu primordial du Big Bang ou à celui des alchimistes dans leur Athanor. Ils voulaient transmuter le plomb en or, ce que les physiciens dans leur athanor géant, les accélérateurs de particules, ont pu faire (Mais cela coûte un bras). N'était-ce pas d'une intuition tout bonnement incroyable ? En tout cas peindre me semble être un dialogue avec moi-même et me rapproche des artistes (les vrais) car je me pose dorénavant des questions que je ne me posais pas et j'apprécie aussi mieux leur travail maintenant que je perçoit certaines difficultés. J'expose à Beaubourg en fin d'année, vous êtes invités. Naaaan je déconne ! J'ai laissé la place à Christian Boltanski. Je pense que vous êtes gagnant. De rien.

La science du beau est une drôlerie inventée par les philosophes pour la plus grande hilarité des artistes
Émile Zola

Note : AAAA

dimanche 15 septembre 2019

Le paradigme de l'art contemporain de Nathalie Heinich

Les paradigmes artificiels
Le paradigme de l'art contemporain. Structure d'une révolution artistique par Nathalie Heinich (Gallimard NRF, 369 pages, 2014)

Incipit :
«Quand as-tu fait creuser ta tombe dans l'espace du Consortium ? Longtemps après le cheval suspendu ?», demande Catherine Grenier, conservatrice et directrice adjointe du Musée national d'art moderne, à l'artiste Maurizio Cattelan, dans le livre d'entretiens qu'elle a réalisé avec lui : quelque chose, décidément, a changé au royaume de l'art.

Le monde de  l'art contemporain, pensé par une sociologue. On entre avec elle dans les coulisses du monde, plutôt fermé, de l'art contemporain, on suit les différents axes développés sur celui-ci, que ce soit l'analyse de sa structure, de son discours, de sa démarche, de son modèle économique et juridique.  C'est suite à l'écoute d'un podcast de France Culture (L'Art contemporain n'est-il qu'un discours ?, La Grande Table, 12 mars 2014)  que j'ai été amené à lire ce livre. Dans cet essai sociologique l'auteur prévient de sa tentative de neutralité, plutôt réussie ("jugement d'observateur" page 17) sur des jugements qui pourraient être de valeurs personnelles et forcément subjectifs, idéologiquement orientés, et cela aura nui au propos. Ce qui est bien vu car cet ouvrage offre ainsi les clés pour comprendre ce monde à part avec le moins de préjugés possible. L'auteur fait un postulat : à l'instar de la révolution scientifique (d'après l'ouvrage La structure des révolutions scientifiques de Kuhn, utilisé comme sous-titre) nous avons affaire avec l'art contemporain à une révolution, et donc un changement de paradigme. Et l'ensemble de l'ouvrage est une analyse en profondeur de ce nouveau paradigme, sous de multiples facettes : critères d'évaluation, positionnement dans le champ culturelle et sociétal, nouveaux défis (Problèmes du stockage, de la restauration d’œuvres éphémères, les contrats de location pour des œuvres immatérielles, le système d'assurance pour des œuvres qui peuvent être soumises aux contraintes juridiques liées à des immeubles, la pérennité des œuvres, les droits d'auteurs associés etc.), c'est très complet, très étendu et j'imaginais mal à quel point cela avait des ramifications dans pleins de domaines qu'on n'associe pas d'emblée à l'art. On comprend entre autre que l'art contemporain c'est l'exploration des limites sous tout ses aspects, renforcé par des contraintes comme l'originalité à tout prix. La structuration des jeux de pouvoir a notamment évolué depuis l'art moderne. Les aspects d'entre soi, du monde de l'argent, des affaires, du luxe, de la mode sont bien synthétisé et modélisés. Au point que cela devient une valeur d'investissement pour les edge-funds garantissant des retour sur investissements substantiels. Un livre foisonnant et éclairant pouvant servir de base pour un échange voire un débat apaisé et constructif sur un sujet assez clivant. Il est surprenant de constater qu'une carrière d'artiste dans ce domaine se détermine assez tôt dès les études des Beaux-Arts où savoir se vendre, se placer, devient une composante de plus en plus prégnante. Cet essai abonde dans le sens d'Annie Lebrun (Ce qui n'a pas de prix), vertement critiquée par Nicolas Bourriaud (Dans le magazine Beaux Arts de septembre 2019 page 42) mais ce dernier le fait de manière un peu courte, simpliste et faiblarde. Un commentaire de lecteur du livre d'Annie Lebrun sur Amazon.fr est bien plus riche que cet article de la revue Beaux Arts, un comble. C'est limite de la "défense de classe", ce qui est assez cocasse. Et cette réaction confirme, d'une certaine manière, comme exemple supplémentaire s'il en fallait, ce qui est analysé dans ce livre de Nathalie Heinich. En lisant ce livre m'est revenu à l'esprit Les précieuses ridicules et Le Tartuffe de Molière. Je ne saurais dire pourquoi. Il y a aussi cet artiste qui voulait son œuvre immatérielle et cela incluait également le règkement. Pas de récépissé, pas de facture non plus, ce qui peut poser des soucis légaux. Bizarrement le paiement devait être en liquide. Donc des billets. Ce qui n'est guère immatériel. Un virement aurait été plus approprié, qu'en pensez vous ?. A nouveau m'est revenu en tête Le Tartuffe de Molière. Bizarre, non ? Mais l'exploration des limites n'exclue pas celle de la bêtise. Dans l'art contemporain, je dirais même au contraire, tant le vulgaire, le kitsch, l'appât du gain, sont pour certains d'entre eux, comme Jeff Koons, revendiqués et assumés. Ils se nourrissent même des critiques. C'est de la pub gratuite, et n'entame en rien leur cote.

Tab n° 11 : Abstract Ego

Un livre donc très intéressant, éclairant, avec nombre de propos pertinents, très illustrés d’anecdotes, mais vous n'y trouverais pas de reproductions d’œuvres, ce qui n'est pas grave à l'heure d'internet mais surtout parce que l'art contemporain n'est pas bien représenté par une photo et qu'il est en grande partie un discours, l'objet et même l'installation n'étant plus l'intérêt principal, ce qui est parfaitement démontré ici, et qui peut particulièrement surprendre. J'en profite pour insérer ici mon onzième tableau, à l'acrylique, 30x40cm, sur toile. Dans la thématique des color fields chère à Rothko, mais à part la thématique générale je me suis laissé aller pour le reste, choix des coloris, des glacis, et de quelques détails. C'est une peinture plus vive que si j'avais utilisé la marque Amsterdam. Là c'est la  marque Abstract de chez Sennelier, peinture fine, plus pigmentée. Le tableau rend beaucoup mieux dans le salon que sur photo. Comme quoi cela confirme qu'il faut voir les œuvres en vrai dans les musées. J'espère pouvoir aller à Beaubourg en fin d'année pour voir l'expo de Christian Boltanski que j'aime beaucoup.

   Aujourd’hui, nul besoin d’aller à l’université, de se balader avec son portfolio, de faire de la lèche aux galeries et leurs nuées de prétentieux, pas besoin non plus de coucher avec quelqu’un d’influent. Tout ce qu’il faut, c’est quelques idées et une connexion haut débit!
 BANKSY
 
Je ne représente rien, je veux que la couleur joue et parle seule 
Marc CHAGALL
 
Ne craignez pas la perfection. Vous n’y parviendrez jamais 
Salvador DALI
 
L’abstraction rend un son plus pur. 
Wassily KANDINSKY
Note : AAAAAAAAAA


dimanche 8 septembre 2019

Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss

Piercing Workbook
Tristes tropiques. Le grand livre de l’ethnologie contemporaine de Claude Lévi-Strauss (Pocket, 504 pages, 1955 pour l'édition originale)

Incipit :
Je hais les voyages et les explorateurs.

Un livre en partie auto-biographique, en partie récit de voyage, en partie ethnologique et philosophique. Au début du XXème siècle, principalement descriptif des tribus sud américaine du Brésil. C'est un ouvrage très bien écrit, une langue soutenue, littérairement de bon niveau. On peut même considérer Lévi-Strauss comme écrivain, un écrivain sensible, observateur, intuitif, poétique, créatif. Il offre des propos pertinents sur de nombreux sujets, sur l'aliénation, sur la réécriture de l'Histoire, sur le désastre écologique en cours (déjà) et à venir (déjà), prophétisant la même trajectoire que la décadence des tribus amazoniennes qui subissent les coups de la modernité. Un regard acéré sur les pouvoirs, sur ce qui se perd, sur l'imposture des comptes-rendu de voyage d'autres ethnographes, etc. Une pensée complexe au service de la compréhension de l'Autre et donc de soi-même et de sa fonction, ce qui est brillamment démontré dans la dernière partie de l'ouvrage, peut-être celle qui est la plus intéressante car synthétise les pensées de l'auteur, et qui vient pertinemment mettre en relief les témoignages des parties précédentes. Cette conclusion brillante, c'est une synthèse d’une partie de mes interrogations, un regard incisif, très critique parfois, d’une tragique lucidité la plupart du temps. Une pensée rhizomique des plus plaisantes, puissante, mais pourtant claire, même si parfois quelques phrases m’ont demandées plusieurs relectures afin de m’imprégner de la profondeur de pensée de l’auteur. Un livre dense, qui parle de notre humanité, un livre essentiel qui aide à la pensée complexe. L’auteur se montre cruel parfois, notamment sur l’Islam en fin d’ouvrage, mais y compris sur lui-même. Il synthétise en quelques phrases son expérience et sa pensée et ces phrases sont des étincelles dans la nuit tant elles concentrent une connaissance, cette dernière parsemant l’ensemble de l’ouvrage. Il y a clairement quelque chose de ce livre, quelque chose de profond, qui touche l’âme, parce qu’il parle de nous en fin de compte. Un regard éclairant sur les difficultés inhérentes à l'ethnographie, à l'ethnographe à la limite du paradoxe, mais qui invite à l'humilité et à la prudence lorsqu'on se met en juge des Autres. Il ne s'agit pas tant de tolérance ou de relativisme que de dépasser ces eux écueils. Il y a plusieurs exemple de sa lucidité, que ce soit sur la colonisation ou le tourisme de masse qui défigure le littoral et de leur évolution au cours du temps, déliquescence qui rejoint la décadence du monde. Page 142 : "Aujourd'hui, le souvenir du grand hôtel de Goiania en rencontre d'autres dans ma mémoire qui témoignent, aux deux pôles du luxe et de la misère, de l'absurdité es rapports que l'homme accepte d'entretenir avec le monde, ou plutôt qui lui sont de façon croissante imposés". On ne peut mieux parler de l'aliénation. Page 478 on peut découvrir que, selon l'auteur, la fonction même d'un temple est la place où affirmer notre liberté et explorer les limites de notre sensualité. Dit comme cela, au delà d'une surprise, car cela n'est pas ce à quoi me ferait penser un temple de prime abord, l'auteur nous invite à dépasser nos clichés, nos préjugés, par a confrontation de vécu, d'idées, mais surtout de la différence. Là aussi il ne s'agit pas que de tolérance. Mais pour en découvrir la substantifique moelle je vous inciterais à lire l'ouvrage dans son intégralité. Car je pourrais aussi citer cette phrase lumineuse (p. 490) : C'est alors que l'Occident a perdu sa chance de rester femme (J'y vois un lien fort avec Le mythe du péché originel)  Une très belle phrase qui conclut toute une analyse et un raisonnement, une phrase belle en elle-même mais qui peut paraître abstruse décorrélée de son contexte. De même p. 493, un vibrant hommage au bouddhisme : "Qu'ai-je appris d'autre, en effet, des maîtres que j'ai écoutés, des philosophes que j'ai lus, des sociétés que j'ai visitées et de cette science même dont l'Occident tire son orgueil, sinon des bribes de leçons qui, mises bout à bout, reconstituent la méditation du Sage au pied de l'arbre ?" Il ne fait qu'écrire ce que je pensais confusément tout bas. En ce sens ce livre est un recueil de sagesse pour moi. Il me correspond et me complète. Il tisse les liens avec mes autres réflexions, occupations et préoccupations. Dire que ce livre m'a enchanté serait en deçà de la réalité. Il y a des pages que je pourrais recopier dans leur entièreté (page 495 par exemple) et qui me rappelle Bienvenue sur la voie. La page 496 fait une digression sur l'entropie, s'interrogeant sur l'anthropologie qui serait de l'entropologie (Joli, non ?) mais dont la conclusion s'oppose à la vision de Trinh Xuan Thuan, dans Chaos et Harmonie par exemple. Ce dernier voit la vie, la conscience comme la force qui s'oppose à l'entropie justement. Mais je peux rejoindre l'auteur lorsqu'il dit : "Quant aux créations de l'esprit humain, leur sens n'existe que par rapport à lui, et elles se confondront au désordre dès qu'il aura disparu", qui rejoint (p. 495) "Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui", manque plus que la corde pour se pendre ... La page 497 m'a fournit l'idée d'un tableau symbolique (Donc pas abstrait / incompréhensible, ni trop figuratif ce qui ne m'enchante pas pour l'instant) je n'ose dire style Magritte que j'admire mais disons dans ce sens. Même si quelques rigolos estiment la pensée de Lévi-Strauss dépassée, soit-disant parce que depuis il y a eu la théorie des jeux, outil essentiel pour les ethnologues modernes, j'estime pour ma part qu'il y a bien plus qu'une "méthode" et que les pensées de l'auteur son aussi enrichissantes sinon plus que la méthode, dépassée ou pas, qu'il aurait fondé. Je ne puis que recommander chaudement la lecture de cet ouvrage qui est bien plus enrichissante que mon article réducteur qui rend compte insuffisamment de sa profondeur. J'aime bien l'excipit, un peu longue à citer, et qui se termine par chat. Tristes Tropiques porte terriblement bien son  nom. Il montre aussi la violence du monde, j'ajoute ma troisième peinture que je trouve appropriée pour ce livre.
Tab n°3 : Violences Urbaines



Car nous vivons dans plusieurs mondes, chacun plus vrai que celui qu'il contient, et lui-même faux par rapport à celui qui l'englobe.
Claude Lévi-Strauss (p. 495). 

Cette citation ferait une bonne idée de tableau avec des cercles enchâssés ... je vais y réfléchir.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA