dimanche 8 décembre 2019

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

C'est aussi mon choix
Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin (Livre de Poche, 416 pages, 2017)

Incipit :
Je suis allée acheter un cahier chez les père Prost.

Avant Changer l'eau des fleurs il y a eu ce premier roman, lu en deuxième, ce qui a tendance à heurter mon organisation personnelle, comme le fait de lire dans l'ordre, y compris l'ordre de parution. De surcroit l'ayant lu peu après j'étais encore imbibé de l'autre, et donc cela a influé de manière confuse sur mon appréciation, j'ai eu plus de mal à m'immerger au départ. Violette était encore dans mon esprit. Mais c'est toujours très aussi bien amené, aussi bien raconté, aussi sensible. Un condensé de situations à problèmes où l'auteur s'évertue à tourner le couteau dans la plaie qu'elle a elle-même préparé avec soin pour notre plus grand plaisir du déplaisir. Au cas où, je m'accroche toujours à la branche de "c'est de la fiction, tout va bien se passer", astuce qui ne marche plus du tout dans ma lecture en cours, Le lambeau de Philippe Lançon, vu que là, ben c'est un témoignage, cela s'est réellement passé. Mais j'en parlerais quand je l'aurais fini, s'il ne me finit pas avant ... Dans Les oubliés du dimanche nous sommes dans l'antichambre de la mort, alors que dans Changer l'eau des fleurs nous étions plutôt chez la mort, mais dans les deux cas on parle surtout de la vie et de la résilience, avec un regard pertinent, parfois drôle, sur nos existences chahutées, et surtout comment retrouver l'Amour après l'avoir perdu, parfois cruellement. C'est à chaque fois une reconstruction, après une ou des destructions, comme dans Le lambeau d'ailleurs, et illustre l'adage "La vie continue". Oui bon c'est cliché je sais, mais je fatigue là. C'est un bon livre, comme quoi j'aime me faire torturer ...

Note : AAAAAAAA

Cryptocommunisme de Mark Alizart

Un Marx et ça repart !
Cryptocommunisme de Mark Alizart (PUF Perspectives critiques, 144 pages, 2019)

Incipit :
En 1968 un groupe de hippies lance un magazine visionnaire. Le Whole Earth Catalog mêle cybernétique, écologie et socialisme, tout entier guidé par l'intuition que l'informatique peut sauver la planète et réinitialiser le communisme.

Réflexion originale sur le communisme, ou plutôt, pour être plus précis, sur le cryptocommunisme (Un mixte entre communisme et la blockchain, qui fait écho au socialisme = Soviets + électricité). Aspects politiques, cybernétique, informatique, écologique et donc une matière vivifiante pour réfléchir en sus d'aborder des sujets qui me passionnent. Je dirais même que plus des thèmes ou matières différentes sont mélangés, rapprochées, se fracassent entre elles et arrivent pourtant à faire émerger quelque chose qui a du sens, plus je suis fasciné. La blockchain va sauver le marxisme sans ses aspects staliniens. Je résume mais c'est l'idée. Le communisme est-il soluble dans la technologie ? Dans la société de l'information ? La Technique même peut-elle sauver le communisme ? (Jacques Ellul ne serait pas d'accord du tout, la technique étant aliénation). La thèse est intéressante et pousse à se poser des questions différemment, arriverait presque à réhabiliter une idéologie génocidaire. Un livre en tout cas plus accessible, pour moi, qu'Informatique Céleste. Mais en écoutant tous les podcasts France Culture avec Mark Alizart, j'ai depuis compris certaines choses. Déjà que ce dernier avait mis 20 ans à comprendre Hegel. Oh, ok ... donc normal que je banane rien à certains aspects, vu que la philo c'est son métier et moi, ben, pas du tout. Je suis amusé de constater que certaines thèses sont anciennes et que dans des romans récents (Thriller) Daemon et Freedom de Daniel Suarez, ce dernier les met en pratique et va jusqu'à la logique, non pas de la Blockchain mais partiellement de celle de Metropolis, le film de Fritz Lang,sauf que les ouvriers ne se soulèvent pas ou ne sont pas incités à se soulever, de la même manière. Le Deus ex machina qui tire les ficelles est sensiblement différent, et fait un pilotage plus comminatoire. Je trouve l'auteur aussi assez peu critique, notamment sur la consommation électrique faramineuse (ha ha) du minage, seulement un passage vers la fin, mais cohérent avec les systèmes auto-organisé dissipateur de chaleur où plus c'est évolué plus ça dissipe, l'humain dissipant plus que le soleil, en production d'énergie libre en watts par unité de masse (Explicité dans Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, une des excellentes références en bas de page de Cryptocommunisme, rien que pour cela merci !), ce qui peut sembler contre-intuitif. J'aime bien le contre-intuitif. Cela me remet en question en mode "ha bon ? sans déconner ?". Bref, un livre revigorant, qu'il me faudra relire dans quelques temps.

Note : AAAAAA

Les avalanches de Sils-Maria de Michel Onfray

Manuel du géologue philosophe
Les avalanches de Sils-Maria. Géologie de Friedrich Nietzsche de Michel Onfray (Gallimard, 176 pages, 2019)

Incipit :
Tutoyer le vide en marchant -. Mes visites au grand écrivain, je ne les ai faites qu'à Nietzsche : à Nice, contemporain du tremblement de terre qu'il est lui-même, et dans les rues où il croise peut-être Jean-Marie Guyau, le jeune auteur tuberculeux d'une Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction qu'il annotera avec fièvre ;

J'aime bien Friedrich Nietzsche et je ne saurais dire vraiment pourquoi. Peut-être parce qu'il philosophe avec un marteau et que je trouve cela un tantitnet incongru, de prime abord. Et j'aime bien Michel Onfray, je parle de ses livres, pas de ses interventions publiques, c'est dynamique, clair, un peu provoc, non dénué d'un certain panache. Un peu de mauvaise foi ce qui le rend humain, donc proche de moi. J'apprécie aussi que l'auteur interprète un lieu géographique et le rapproche de la pensée en mouvement d'un philosophe. Comme quoi le lieu a ou aurait de l'importance, ce qui me semble assez plausible, comme l'influence du corps d'ailleurs. Cela donne aussi un joli sous titre, géologie de Friedrich Nietzsche. Pas mal, non ? Cela permet aussi de réhabiliter, à nouveau il me semble, le philosophe qui a eu sa pensée déformée, saccagée, violée par sa propre sœur et le régime nazi. Plus curieusement il y aurait encore de tels contresens notamment chez Deleuze que l'auteur prend plaisir à éborgner joyeusement. C'est aussi une explication de la pensée nietzschéenne, ce qui pour moi est toujours bon à prendre, n'étant jamais sûr de bien tout comprendre (Et même étant plutôt sûr de son contraire). Cela me donnerait presque envie de partir en voyage à cet endroit, Sils-Maria et de relire ce livre, tant l'évocation du lieu rentre en résonance avec son contenu. Il a aussi la faculté à m'inciter à explorer plus profondément ou à compléter car il égrène son récit de références diverses. Et enfin j'aime toujours la blanche comme format, sobre et classe à la fois. Il se trouve que je l'ai terminé depuis plusieurs jours déjà et que s'évapore les belles phrases que j'avais prévu pour cet article. Faute de n'avoir rien noté, tant qu'à faire, elles se sont évanouies dans les confins du néant. Cela m'apprendra à ne pas être plus régulier dans mes écrits. Le mot avalanche dans le titre prend un connoté particulier car, suite à la lecture de Cryptocommunisme de Mark Alizart, ce dernier mettait en note de bas de page un ouvrage indispensable (c'est son terme), Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, ouvrage dans lequel l'avalanche est pris comme exemple pour les phénomène en 1/f, et de point critique au delà duquel une rupture pouvait se déclencher. J'y vois un lien avec la pensée du philosophe, et donc le mot avalanche est d'autant plus approprié.

Note : AAAAAAAA

dimanche 1 décembre 2019

The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart

Ça plane pour moi houhou houhou !
The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 400 pages, 2019)

Incipit :
In a city called Stonetown, on a quiet street of spacious old houses and gracious old tress, a young man named Reynie Muldoon Perumal was contemplating a door.
J'avais complètement oublié que j'avais fini ce livre cette semaine, tellement pris par la parution du dernier volume de la Passe-Miroir et sa lecture dévorante ! J'avais pourtant passé un bon moment avec la société Bénédicte, très heureux de retrouver Sticky, Reynie, Kate et bien sûr Constance, que j'aime beaucoup en dépit d'un caractère pas simple, mais cela fait partie de son charme. C'est un peu toujours les mêmes ennemis et cela pourrait à la longue lasser, ce serait bien que l'auteur se renouvelle un peu sur ce plan. Mais il arrive quand même toujours à nous impliquer autant, et on s'inquiète vraiment pour ces gosses. En plus ils se posent pleins de questions, sur leurs relations, la difficulté de grandir, d'éventuellement à devoir se séparer un jour et c'est assez touchant ! C'est d'autant plus compliqué par le talent particulier de Constance ... et d'un nouveau venu. L'intrigue est assez bien ficelée, avec de bonnes tensions dramatiques et devrait passionner les enfants (Donc moi) !!! En plus ce volume est récent, pas encore en poche. Au delà du prix plus élevée, l'édition est très belle, sous la jaquette le livre est rouge, dos bleuté, titres sur la tranche en dorée, et sur la couverture les cinq héros embossés. Wouha, classe. Presque tenté de tout racheter en relié ... Mais non soyons raisonnable. Et pour pratiquer son anglais c'est just perfect !

Note : AAAAAA

La Tempête des échos de Christelle Dabos

Éole ! Éole ! Éole ! Éole !
La Tempête des échos. La Passe-Miroir tome 4 de Christelle Dabos (Gallimard Jeunesse, 572 pages, 2019)

Incipit :
- Tu es impossible.
- Impossible ?
- Peu probable, si tu préfères.
- ...

Un livre magistral, une maîtrise de la narration. Un livre très très attendu. La dernière pierre sur un édifice (une tour !) et quelle pierre ! La fin d'une saga, entre philosophie, religion et métaphysique. Christelle Dabos a construit un monde particulièrement riche, imaginatif, bourrés de références, volontaires ou involontaires, je ne sais, mais qui font écho (ha ha) aux archétypes du héros (J. Campbell), en l'espèce Ophélie. On pense à Alice au  pays des merveilles, à cause notamment du miroir, mais aussi d'un lapin au fond d'un puits, mais cela va bien plus loin, cela puise dans la Gnose et son dualisme, à l'Alchimie aussi bien par le haut et le bas que la recherche de l'identité, de son identité, au plus profond de soi, de l'Amour, aussi bien au sens chrétien que romantique, dans les mythologies diverses qui pourront rappeler Homère, et la Kabbale (Vu que je lis un ABC de la Kabbale de Daniel Souffir). Pour ce dernier point il y a dans ABC de la Kabbale : p. 123 l'énergie qui rappellera l'aerargyrum de la Passe-Miroir ou les fluctuations quantiques pour les physiciens, p. 118 dualité pure et conscience séparée (Vous comprendrez pourquoi en lisant La Tempête des échos), p. 121 je reçois et je restitue (Pareil, c'est limpide dans le roman) etc. Je ne dis pas que La Tempête des échos est un livre kabbaliste, juste que des fondamentaux traversent les grands textes et que les grands romans s'en inspirent ou laissent transpirer ce qui nous définie, nous rend unique, nous rend créateur. Cela veut dire, pour moi, que ce livre contient des éléments essentiels, une profondeur indéniable. Le Verbe créateur est emblématique, tant le langage a ici de l'importance, le code, c'est aussi bien Biblique que Kabbaliste, mais cela pourrait également évoquer beaucoup aux informaticiens, j'en suis encore bouleversé. Je n'en dis pas plus pour ne rien dévoiler, car au delà de ce que ce livre m'inspire, il m'a littéralement transporté, lu en un peu plus d'un journée tant je ne pouvais le lâcher. Cela me rappelle le bon temps du Dit de la Terre plate de Tanith Lee, lu il y a fort longtemps ou plus récemment Harry Potter. Un livre magnifique, une très belle conclusion à la saga, même si j'aurais aimé un épilogue. J'attends que mon épouse et ma fille aient lu le livre pour en discuter avec elles. Pardon poussin, de l'avoir lu avant toi. Mais tu me comprends. Il y aurait tant de choses à dire sur ce livre ... J'en suis époustouflé tant il est vertigineux. Un livre édifiant et inspirant. Ophélie, tu me manques déjà.

La vérité est dans l’imaginaire.
Eugène Ionesco

Vivre sans vertige n'est pas vivre
Jean-Pierre Luminet (PodCast France-Culture)

Note : un Gogolplex

Dernière sommation de David Dufresne

Le Petit Livre Jaune
Dernière sommation de David Dufresne (Grasset, 234 pages, 2019)

Incipit :
Vicky tournait la bague de son majeur, comme un rituel.


Roman sur le mouvement Gilet Jaune, à défaut de le nommer autrement, inspiré fortement de faits réels (à 90% d'après l'auteur dans une interview). Un réquisitoire sur les dysfonctionnements au plus au niveau de l'état. Non pas un livre contre la police, ni pour les casseurs d'ailleurs, mais l'état devenu policier ou à tout le moins avec des représentants menteurs. Les mensonges sont flagrants, par exemple décrypté par des journalistes du Journal Le Monde, où le déni du Président de la République est tout simplement sidérant, mais Castaner n'est pas en reste. C'est du Trump avec une syntaxe correcte et de jolis mots, pour couvrir les autres maux.  Il y a des approches différentes dans d'autres pays mais là sont couvert des violations de la loi par leurs représentants mêmes. Des faits alternatifs à la française. J'imagine l'effet dévastateur à une époque des réseaux sociaux où tout se partage, tout se transmet. Et on ne parle pas ici de Black bloc armés qui se font tabasser, où là, je dirais se faire frapper est tout à fait proportionné. Je n'ai guère de pitié pour les casseurs. Mais ce qui est couvert est bien plus grave. La juriste rappelle la loi et je ne pensais pas que c'était si encadré en fait. Bref. Ce livre nous fait plonger dans la dérive de l'état policier, encouragé par ses plus hautes institutions, sans réflexions rationnelles, sans changements de doctrine, sans perspectives. Que de l'émotionnel, de la répression aveugle, de la langue de bois et surtout des mensonges flagrants. Cela porte aussi un autre nom : incompétence. Mais en tout point conforme à une vision ultra-libérale, darwinisme social, pouvoir et force étant l'horizon indépassable. Les policiers sont mis dans des positions intenables, on confond casseurs et manifestants pacifiques, et les médias de masse ne font tout simplement pas leur travail ou avec du retard, participant dans un premier temps à une propagande d'état. Pour s'en prémunir il faut aller puiser à différentes sources, lire des essais, comme celui de Danièle Sallenave sur Jojo le Gilet Jaune. Titre tiré d'une expression méprisante du Président, un Trump aux petits pieds, plus policé, plus érudit, mais le même fond, menteur, méprisant des classes sociales et pour les ultra-riches. Qu'attendre de plus d'un ex-banquier ? Qui de surcroit découvre la pauvreté via un film ? Déni, déni, déni. Un étudiant s'immole par le feu. Un cas isolé. Une Directrice d'école se suicide. Un cas isolé. Les mêmes techniques de com. Déni, déni, déni. On laisse l'hôpital publique crever. On donne La Française des Jeux (Exploitation légitimée des pauvres) bénéficiaire au privé. On privatise les bénéfices, on étatise les pertes. La même recherche du profit absolu du Capital accompagné main dans la main par la recherche du mensonge du nouveau Ministère de la Vérité. Désolant.

La violence : une force faible. 
Vladimir Jankélévitch (Le pur et l’impur )

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 17 novembre 2019

Le château des animaux tome 1 de Delep et Dorison

Bonjour, un cachou ?
Le château des animaux - Miss Bengalore. Tome 1 de Félix Delep et Xavier Dorison (Casterman, 72 pages, 2019)

Une bande-dessinée clairement inspirée de La ferme des animaux de Georges Orwell. Un château ayant appartenu aux hommes a été abandonné à un groupe d'animaux. Une hiérarchie, une pyramide des pouvoirs s'est constitué, avec une garde rapprochée. Cela commence par un procès inique afin de semer la terreur et renforcer le pouvoir.  4 tomes sont au moins prévus. Un côté fable de La Fontaine, La bête est morte de Calvo (Histoire de la deuxième guerre mondiale) et bien sûr le totalitarisme en toile de fond mais surtout les mécanismes de maintien du pouvoir. Fait en partie écho aux Gilets Jaunes, où les forces en place souhaitent maintenir le statu quo et que sa remise en cause est impossible. Le dessin rend parfaitement l'univers. Cette série propose une solution, qu'on commence à entrevoir dans ce tome 1.

Note: AAAA