mercredi 29 mai 2013

En attendant Godot de Samuel Becket

En attendant Godot de Samuel Becket (Les éditions de Minuit, 134 pages, 1952)

Je suis très content de l'avoir trouvé en édition originale dans un vide grenier ce week-end dernier.

Deux personnes près d'un arbre dans un endroit non précisé attendent Godot.

Le non-sens, l'absurde, comme dans La cantatrice chauve. Avec de l'humour, des situations abracadabrantes, des jeux de mots, des contre-pieds, des didascalies précises alors que les situations sont incertaines, tout cela m'incite à voir la pièce car le jeu d'acteur est précisé avec moult détails mais me parait bien difficile à retenir.

C'est un texte où il est possible d'imaginer ce qu'on veut (mais qu'on a en soi comme un test projectif), ce que l'on ressent, où on se construit soi-même un sens d'une certaine manière.

J'ai clairement du mal à parler d'un tel texte. Est-ce un essai sur le temps qui passe ? l'ennui ? la futilité de la vie ?

Cela faisait longtemps que je n'avais lu du théâtre et cette pièce m'a bien plu. A chaque page je ne savais pas à quoi m'attendre dans cet univers minimaliste aux relations étranges.

Très imaginatif, étonnamment construit, je me mets en quête de la pièce jouée !

Note : 9/10

lundi 27 mai 2013

Petite poucette de Michel Serres

Petite poucette de Michel Serres (Manifestes Le Pommier, 82 pages, 2012)

Ce livre essai d'anticiper la nouvelle génération et ce qu'elle fera des technologies omniprésentes (internet ambiant, accès au réseau constant au travers d'un GSM etc) et le changement profond de l'éducation, de l'accès au savoir et à la connaissance. C'est vu au travers de Petite poucette, une fille qui tape rapidement avec ses pouces sur son téléphone.

Pour un livre qui se veut anticipant le futur, ne pas être disponible en numérique est assez amusant. Mais il y a mieux.

Ce livre m'a surpris et assez agacé. Et c'est peu de le dire.

Des chiffres étonnants :
  • Page 7 : "Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs". Prédécesseurs immédiats c'est pas loin, non ? Plus de la moitié, dois-je comprendre plus de 50% ? Sur le site de l'INSEE http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/agrifra07c.pdf il est possible de lire "La population active agricole, familiale et salariée, atteignait 6,2 millions de personnes en1955, soit 31 % de l'emploi total en France." Nous sommes loin des 50%.
  • Page 61 : "../.. une femme mourant chaque jour des sévices du mari ou de l'amant". Là c'est très variable, Michel Serres ne précise pas s'il s'agit de la France, de l'Europe, du Monde. Voir http://www.sosfemmes.com/violences/violences_chiffres.htm Je m'en voudrais de chipoter sur un sujet aussi triste mais le chiffre est discutable.
  • Page 16 : "../..  le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde." Ce site http://www.alexitauzin.com/2013/04/combien-dutilisateurs-de-facebook.html indique 1,11 milliards (source Facebook, et encore il n'y a que 600 millions de comptes actifs sans parler des fakes) ce qui est loin de la population mondiale (presque 7 milliards)  et donne une nouvelle définition de quasi. Les smicards gagnent ainsi quasi 9800 euros (j'ai gardé quasi le même rapport 1 à 7). Dommage d'utiliser un vocable mathématique, équipotent, pour être aussi approximatif.
Et après Michel Serres regrette qu'il lui soit reproché de ne pas mettre de notes en bas de page (il le dit dans ce livre mais je n'ai pas noté où), bref de sourcer ses informations, je comprends maintenant pourquoi.

Petite poucette a tout le savoir en main, inutile d'apprendre (Dit plusieurs fois, "Fin du savoir" page 36). Je me demande si M. Serres ne confond pas connaissances et savoir. Bref le savoir : terminé. Inutile de s'encombrer de savoir, il suffit de se rappeler où chercher. Pour illustrer, pas la peine d'apprendre à conduire, vous avez juste besoin de savoir où est rangé le guide de conduite, le code de la route, le guide de la voiture. Bien sûr en cas d'urgence, votre mère malade, il faut l'emmener à l'hôpital, la réalité va reprendre ses droits. L'accès en un clic va-t-il, suspense, résoudre votre souci ? Oui, apprendre est un processus lent,qui nécessite un échange (avec, soyons fou, un enseignant) et savoir où trouver l'information n'est pas savoir. Ça c'est de la bonne blague. Et je ne parle même pas de savoir où chercher, comment trier, comment sélectionner, comment hiérarchiser, comment évaluer, comment classer ... Michel Serres non plus d'ailleurs. Petite poucette est déjà intelligente, a déjà un esprit critique, sait déjà où chercher, sais distinguer entre deux sites celui qui est le mieux, est multilingue (traduction automatique), si cela se trouve a un QI de 200.

Le nom de Petite poucette vient de la jeune fille qui tape avec ses pouces parce que Michel Serres s’ébahit de sa vitesse de frappe sur un GSM !!. Il est bien le seul. Vitesse de frappe est quantitatif et n'induit en rien le qualitatif. Un SMS "ouk té donk ?" tapé à une vitesse impressionnante ne m’impressionne pas du tout. Rouler à 200 km/h sur les routes ne vous rend pas obligatoirement bon en géographie d'autant que cette dernière ne se réduit pas à cela.

Un campus universitaire pour Michel Serres c'est un camp romain (?!) ou une grande surface (!!), cette dernière propice à la sérendipité selon lui. J'avais une autre vision de la sérendipité qui a permis de grandes découvertes. Mais de là à croire que c'est le processus d'apprentissage il y a un pas que Michel Serres n'a su démontrer mais qu'il franchit allègrement. Bon je vais étudier Kant, ohhh super une page actualité sur la nouvelle console de jeux, wouah tiens un lien sur la culture de riz au Groland ha ha ils sont si drôles. Heu je cherchais quoi déjà ? Si c'est cela les nouvelles formes d'apprentissage autonome je crains le pire.

C'est bien de critiquer la structure de la classe, trouver normal le lénifiant brouhaha ambiant acceptable mais de propositions constructives point. A part peut être décloisonner les disciplines mais Michel Serres ne va guère plus loin. Ses étudiants à Stanford ne sont certainement pas du même comportement qu'une école élémentaire, un collège, un lycée

Il y a un changement (qui en douterait) mais des propositions ? Aucune. Mais il faut y aller !!!

Page 58 : "Pour la première fois de l'histoire on peut entendre la voix de tous". Certes. Est-ce intéressant pour autant ? Est-ce seulement possible lorsqu'à chaque minute il est chargé sur youtube l’équivalent de 100 heures de visionnage (http://www.clubic.com/television-tv/video-streaming/youtube/actualite-559904-youtube-anniversaire-huit-ans-100-heure-video.html) ?

Maintenant nous en sommes plutôt à séparer le signal sur le bruit (livre de Nate Silver sur la recherche d'information dans les masses de données) mais pas de problème Petite poucette avec son smartphone est ... statisticienne !

L'esprit critique ? les fondamentaux ? Lire ? Ecrire ? Inutile (synthèse vocale, reconnaissance vocale, écriture assistée, etc.) Orthographe ? on s'en fout (correcteur).

Page 20 : "vient encore de muter". Oui mais en quoi ? Toujours page 20 : "changement", oui mais changement en quoi ?

Page 28 : l'ordinateur c'est la mémoire (hum ... mémoire et stockage sont deux choses bien différentes), la raison (??????) là nous sommes dans le n'importe quoi, et l'imagination (ben voyons).

Encore une ?

Page 65 "../.. tout le monde, aujourd'hui, devient épistémologue".  Bon sang, mais c'est bien sûr ! Qu'un médecin ait pu apprendre sur les réseaux, forums etc. j'en conviens (exemple cité par Michel Serres). Mais il est médecin. Il a au moins fait les études pour. Croire benoîtement qu'un smartphone se suffit pour être médecin, relève du doux rêveur. J'ai un smartphone, je suis épistémologue, cardiologue, proctologue, conducteur de fusée, pianiste, peintre, écrivain, photographe, etc. c'est formidable !

Pour l'anticipation dont Michel Serres se targue, les sms datent de 2001. Là aujourd'hui ce serait plutôt la réalité augmentée (même sur la nintendo 3DS) ou la reconnaissance vocale (xbox) pour ne prendre que ces  exemples grand public. Ce n'est pas un wagon de retard, M. Serres, c'est une rame complète. Les GSM sont morts ! c'est la fin des smartphones (moi aussi je peux dire des phrases qui claquent). Les Google glass sont un nouveau paradigme (pour parler comme Michel Serres) : oui car vos mains sont libérées !! Et cela n'est même pas de l'anticipation les Google glass c'est en cours !

Les livres Daemon et Freedom de Suarez sont de la meilleure anticipation, Fab Lab, imprimante 3D, wearable computers, lunette avec réalité augmentée, intégration de la 3ème révolution industrielle de Jeremy Rifkin. Beaucoup plus intéressant et pourtant "ce n'est qu'un thriller".

Alvin Toffler et sa troisième vague décoiffait plus à l'époque.

Michel Serres a en tout cas bien intégré les plans de communication (bien que critiquant la publicité dans son opuscule) car mêmes discours chez François Busnel (Le Grand Entretien sur France Inter, La grande librairie/TV et quelques sites) où il est possible de retrouver les mêmes phrases à la virgule près.

Confusion entre transmission (d'un signal) et transmission (du savoir), la tête de Petite poucette c'est devenu le réseau, pourquoi pas, l'ordinateur est une extension, ok,  mais la tête de Petite poucette il y a quoi dedans ? (au delà du bien fait plutôt que du bien rempli) ? Honnêtement je ne vois pas trop. Et Michel Serres sur ce point est bien évasif.

Un livre particulièrement agaçant par sa vision béate, naïve, rempli de raccourcis simplistes, de visions erronées, de comparaisons abusives, de propos à l'emporte-pièce, pas étayés, condensé de réflexions sans références parachutées d'on ne sais où.

Que l'internet partage de la connaissance, bien sûr. Qu'il permette de faire des choses formidables, je suis le premier convaincu. Qu'il me permette d'étayer mes arguments dans cet article personnel, tout à fait. Mais le discours dans ce (très) petit livre me parait être du vent.

L'école traditionnelle est un pilier. Michel Serres le détruit et dit : allez y reconstruisez !  Comment ? Mystère. Fruit de cette école c'est un peu jeter le bébé avec l'eau du bain


Un livre certainement sincère et honnête mais personnellement je n'y ai pas trouvé mon compte.Et j'en suis le premier navré. D'autres que moi sauront peut être y découvrir quelque chose.

Très belle couverture au demeurant, clin d’œil, semble-t-il à Michel-Ange (Chapelle Sixtine).

Michel Serres est professeur à Stanford de littérature française (https://www.stanford.edu/dept/DLCL/cgi-bin/web/people/michel-serres) mais ce n'est pas dit par François Busnel (si je me rappelle bien) ni indiqué sur le 4è de couverture du livre. Mais bien indiqué Professeur à Stanford ... Pourquoi ne pas préciser quel genre de professeur ?

Dans l'émission "Jusqu'à la lune et retour" (France Culture, 28 mai) les femmes étant moins bien payées, il compare la France aux Talibans (vers 8' du podcast). Tout en finesse pour un philosophe. Dans la revue Photo d'Avril 2013 nous pouvons voir des femmes iraniennes défigurées à l'acide, comme le font les Talibans. Autant dire que cette remarque de M. Serres, non relevée par son interlocutrice est plus que déplaisante voire intolérable.

Dans la même émission, cette fois les paysans ce n'est plus 50% mais 80/20 (loi de Pareto, joli mais ce serait bien d'être constant dans ses propos). Bref. No comment. Le règne de la non pensée où sont balancées des informations piochées un peu partout hors de leur contexte et le sens, s'il existe, se fait par un effet barnum utilisée par les diseuses de bonne aventure.


Mais Michel Serres a parfois raison. Sur la notation, qu'il aborde, je ne suis pas d'accord sur tout, loin de là (noter les profs a des conséquences qui dépassent la simple note d'un enseignant, conséquences non abordées par M. Serres) mais au moins sur un point , effectivement j'ai noté son livre.

Note : 1/10


samedi 25 mai 2013

Le grand cahier d'Agota Kristof

Le grand cahier d'Agota Kristof (Seuil, 191 pages, 1986)

A une époque trouble, pervertie, pendant une guerre qui n'est pas nommée, avec des ennemis que nous ne connaissons pas, des jumeaux sont laissés chez leur grand-mère qui mène une vie misérable. Ils vont coucher dans un grand cahier ce qu'ils vivent, ce qu'ils observent et ce qu'ils font. De façon objective et froide.

Un livre atypique qui met mal à l'aise par son ton détaché, pragmatique dans un monde délétère, cruel, sombre où les repères, les lois, la morale, l'humanisme sont en totale perdition.

Une descente aux enfers où le lien très fort qui unit les jumeaux sera leur seul point d'ancrage comme leur quête de la connaissance, des langues et de la survie.

Une critique virulente et sans concession de la dictature, de la guerre et de ce qui l'accompagne, la mort, la désertion, le viol, la famine, le marché noir, le vol, la déportation, la misère, la médiocrité, la lâcheté, la haine  ...

Peu de place à l'espoir et à la morale. Et pourtant. En creux, un hymne à la solidarité, au savoir, au lien qui unit les Hommes au travers de ces jumeaux qui, au regard du monde, s'en "sortent" aussi bien qu'il est possible. Mais à quel prix.

Un livre dur, étouffant, non dénué d'humour noir, au style froid et détaché qui sied à merveille au message qu'il souhaite faire passer.


Note : 9/10

Inferno de Dan Brown

Inferno de Dan Brown (Lu en anglais, AA Automobile Association, 528 pages, 2013)


Une nouvelle aventure de Robert Langdon. Après Angels & Demons, le Da Vinci Code, et The Lost Symbol voilà Inferno !!

Un thriller calibré, une course poursuite, une "chasse au trésor" au travers de monuments historiques réputés, d'éléments d'architecture "à ne pas rater", des secrets d'Histoire, de villes emblématiques. Et c'est Florence qui a été choisie pour la plus grande partie du roman cette fois ci (The Lost Symbol c'était Washington). En somme un guide du routard écrit par Jason Bourne.

C'est la première fois que j'utilise Google Street view pour visiter (virtuellement) la ville en même temps que notre héros. Ou la recherche des tableaux et œuvres citées. Avec le numérique il serait même possible de modifier le livre et d'y insérer les illustrations et se composer sa version personnelle.

En plus, cela tombe bien, je lis La Divine Comédie, lentement car ce sont des vers anciens avec des références nombreuses et variées. (Je comptais le finir avant Inferno. Perdu).

Bien sûr il y a une héroïne, belle (no kidding), avec un QI > 200 (ok, pourquoi pas), qui maîtrise le Dim Mak (ben voyons), et, Ô surprise, une situation sociale compliquée qui la pousse à faire cause commune avec notre héros. Pratique, non ?


Mais les apparences sont parfois trompeuses ... comme souvent  toujours avec Dan Brown. Et justement nous nous y attendons et cela surprend moins.

Étonnamment il y a quelques redondances ... d'expression, de situations, de description. Bon.

Mais voilà j'aime bien, cette quête alambiquée, avec des drones, des équipes d'intervention suréquipées,  mélangée à un cours d'histoire géographie nimbé d'ésotérisme, de symbologie  ... et d'art dont l'ouvrage de Dante (la partie enfer) au cœur de l'intrigue, tout cela m'amuse beaucoup et c'est très divertissant.

Les fans de Dan Brown ne seront pas déçus et pour les autres cela ne changera pas grand-chose.

Si vous ne voulez pas d'indice sur l'intrigue ne lisez pas plus loin !

Un côté wikipédia pour le réchauffement climatique avec ses graphiques ou qui rappelle Al Gore si vous préférez (An inconvenient truth) pour l'air du temps. Ah si, également la surpopulation, un sujet difficile, tabou d'une certaine manière, qui fait écho au livre d'Yves Paccalet "L'humanité disparaîtra, bon débarras".


Cela rappelle par certains aspects le film "The Game", aussi le film "Moonraker" qui est d'ailleurs cité dans Inferno et le livre "La mort blanche" de Franck Herbert. Il y en aurait d'autres. D'autres qui font froid dans le dos comme Collapse de Jared Diamond, BioHazard de Ken Alibek et l'ouvrage Les décisions absurdes.

C'est de l'anglais facile qui se lit avec entrain, peu de temps mort et des rebondissements en veux-tu en voilà. Même si Dan Brown peine à se renouveler et qu'il arrive de plus en plus difficilement à sortir de ses recettes, j'ai tout de même pris grand plaisir à le lire. Cela fait réchauffé mais les points de vue exposés et les sujets abordés en particulier sur la génétique dans un thriller grand public interpelle sur des sujets complexes y compris d'un point de vue moral et c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce livre d'aventure sous stéroïdes.

Un bon roman d'été !

Note 8/10

mardi 21 mai 2013

JEF AEROSOL Parcours fléché de Jef Aérosol et la participation d'Henri Thuaud (Éditions Alternatives, 248 pages, 2013)

Une rétrospective sur l’œuvre de Jef Aérosol, de ses expositions au travers du monde, de ses réalisations urbaines, dans des endroits peu accessible ou surprenant et des commentaires de diverses personnalités ou connaissances.

Les photos sont de qualité et l'ouvrage est de bonne tenue, un véritable plaisir de découvrir ce maître en pochoir qui n'est pas sans rappeler le ton et le génie d'Andy Warhol. Le collage, la digestion de la culture urbaine, les symboles, le ton décalé, la mise en scène, ce livre met en avant toute cette maîtrise.

Bricoleur, inventif, doué, Jef investit l'urbain et nous interroge, à l'instar de Banksy, avec un aréopage d'artistes rock, punk fourmillant d'idées en filigrane.

Plein de voyages à la clé et même un pochoir sur la muraille de Chine !

Le graffiti fait partie de notre environnement, il est reconnu et même admiré. Des galeries d'art en font la promotion et des entreprises réputées font appel à ceux qui les réalisent. Dans l'univers du graffiti, Jef a participé à ses lettres de noblesse. En revanche c'est devenu moins rebelle qu'avant, ce que Banksy résume en deux phrases :

"You are an acceptable level of threat"

"If graffiti changed anything it would be illegal"

Un livre très bon livre de street art , un régal pour les yeux ! En plus Jef nous a fait une belle dédicace lors du Salon Val de Lire !!! Merci JEF !

Note 10/10

lundi 20 mai 2013

Le serrurier volant de Tonino Benacquista

Le serrurier volant de Tonino Benacquista (Folio, Gallimard, 159 pages, 2006)

Un livre de poche illustré par Tardi ! Et dont le narrateur est Tonino Benacquista récemment découvert. Aucune hésitation ...

Nous faisons la rencontre de Marc, un type banal, sans relief; embourbé dans les contingences de la vie courante et empêtré de ses contradictions comme nous tous.

Le hasard l’amène à devenir convoyeur de fonds, à la surprise de ses proches amis.

Et un braquage va dévier une vie tranquille et sans aspérités. Une vie fracassée et une lente et difficile reconstruction vont amener Marc à la serrurerie avec son lot de petits drames (huissiers) et des petits soucis (se retrouver enfermé dehors). Un métier hautement symbolique pour résoudre ses traumatismes, y compris amoureux.

Une histoire courte, où j'ai retrouvé la verve de Benacquista. Avec moins d'humour que dans Malavita mais tout aussi enlevé. Un moment agréable à suivre Marc et ses aventures où Benacquista de nouveau explore l'âme humaine, ni totalement noire, ni totalement pure, avec ses ambiguïtés, où rien n'est si peu sûr que les apparences.

Les illustrations de Tardi font merveille et c'est un pur bonheur de lire un livre illustré de cette manière. La postface explique succinctement le travail commun pour arriver à cet agencement avec quelques schémas de mise en page.

Un bon moment de lecture, idéal lors d'un lundi pluvieux.

8/10

vendredi 17 mai 2013

Dieu et nous seuls pouvons de Michel Folco

Dieu et nous seuls pouvons de Michel Folco (Grands Romans Points, 309 pages, 1991)

Une histoire qui s'intéresse à une famille, sur plusieurs générations, dont le métier est très particulier, exécuteur.

A la fois ce métier est source d'une destinée singulière, d'un statut enviable d'un certain point de vue, mais également soumet cette famille à un ostracisme, mélange de superstition et de défiance, lié à celui qui donne la mort, que le titre résume bien en "Dieu et nous seuls pouvons".

Le livre est scindé en deux, la première partie couvrant le XVIIème siècle et la deuxième le XIXème. Ce XVIIème siècle est tellement bien décrit que je m'y croyais, il fourmillait de détails truculents et de termes qui m'ont projeté à cette époque. Arrivé à la deuxième partie j'ai cru un instant que cela me plairait moins mais cela a été de courte durée. C'est aussi passionnant et les échos avec le passé de la famille et les parallèles entre les deux époques sont source d'intérêt et d'excitation.

Nous débutons avec Justinien et la façon rocambolesque dont il devient exécuteur pour un baron. Et nous apprenons comment ce métier est accompli à cette époque, le cadre légal, les astreintes liées à sa charge, les avantages comme les impôts et le regard des autres.

Une histoire originale excellemment bien racontée, captivante, jubilatoire parfois, terrible aussi qui m'a fasciné de bout en bout.

La peine de mort et la manière de l'infliger par la famille Pibrac n'élude pas le côté barbare de ce type de métier. Autant au XVIIème je l'acceptais, d'une certaine manière, car faisant partie de l'Histoire autant en se rapprochant du XIXème je trouvais cela moins acceptable et l'exécution  plus dérangeante. En tout cas ce livre nous interroge également sur ce sujet, la peine capitale, et laisse le lecteur se faire son opinion.

Une réussite éclatante, un petit bijou à lire où nous nous délectons des aventures de cette famille hors norme.



Note : 10/10

samedi 11 mai 2013

Néfertiti dans un champ de canne à sucre de Philippe Jaenada

Néfertiti dans un champ de canne à sucre de Philippe Jaenada (Poche, Pocket,282 pages, 2000)

Philippe Jaenada a un style bien à lui. Une écriture anti-bourgeoise (comme cela a été écrit de Céline) où un chat est un chat, directe, crue, violente et paradoxalement toujours teinté d'humour parfois très drôle mais aussi souvent sombre.

Une histoire d'amour tragi-comique délirante et bien barrée. En en amour où tout est unique, particulier d'une certaine manière et bien là c'est poussé plus que dans d'autres histoires d'amour et sous bien des aspects. Avec un aspect outrancier comme dans La conjuration des imbéciles.

- Vous êtes la mère de Sohn Olive ?
- Oui monsieur.
- Votre fille a quitté le domicile ?
- Oui monsieur, depuis trois mois.
- Bien. On l'a retrouvée dans la Manche.

La mère a évité la syncope de justesse, le gendarme ayant tout de même pensé, en l'entendant crier, à préciser qu'il parlait du département.

Le titre fait penser à un éléphant dans un magasin de porcelaine, quelqu'un hors-norme qui cherche sa place. Mais n'est-ce pas le cas de tout le monde, à sa manière ?Aimer et se perdre, jusqu'à la folie ?


-- C'est marrant, mais c'est trop bien-pensant. Ça me gonfle.
Philippe Jaenada a bien suivi cette maxime, son livre n'est pas gonflant.

Note : 7,5/10

mercredi 8 mai 2013

Ce jour là de Willy Ronis

Ce jour là de Willy Ronis (Folio, 193 pages, 2006)

Un livre passionnant de bout en bout, où nous côtoyons des photos qui ont  été exposées, imprimées, qui ont servi de carte postale, sur des t-shirts, et un texte d'accompagnement, très personnel voire intime, décrivant ce qu'a ressenti le célèbre photographe ... ce jour-là.

Des textes d'une grande sensibilité, qui révèlent un don d’observation très sûr du monde, de son environnement et même d'un amour tendre pour les autres. C'est très certainement cette douceur et cette curiosité qui en ont fait un photographe si réputé. Bien sûr il y a également la technique mais il l'a tellement intégrée que cela fait partie de lui, comme de savoir conduire, et il peut se concentrer sur l'essentiel : savoir saisir au mieux un instant unique.

Willy Ronis nous fait ressentir le temps d'une époque révolue, d'un Paris qui n'est plus  et cet ouvrage baigne d'une nostalgie poétique et touchante.

Il dit qu'il n'est pas romancier, car il ne peut inventer. Et pourtant son style épuré, ses textes où il dévoile ses émotions sont un régal.

Parfois avant de saisir un instant, comme le cas du monsieur avec ses valises au pied d'un escalier, il s'invente une histoire d'où il ressort qu'il a une imagination de romancier justement. Il lui arrive d'apprendre, beaucoup plus tard, que ce n'était pas cela du tout dont il s'agissait, alors je me dis qu'en faisant de la photo je devrais moins me concentrer sur la technique et être plus proche de sa façon d'appréhender son environnement.

Ce livre ne décrit pas la technique photographique mais le côté humain du photographe, sa pensée, sa démarche, un état d'esprit. Et celui de Willy Ronis est particulièrement touchant. Ayant plutôt lu des livres techniques sur la photographie, je me rends compte que ce type d'ouvrage est un complément indispensable.

Un enrichissement dont il serait dommage de se passer. Il m'a fait changer d'avis sur l'importance des bords de cadre (Photo Île de la Réunion, 1990, page 30) que, pour ma part, j'évitais.

Cet ouvrage mi-photo mi-texte m'a ravi, une lecture délicieuse et un plaisir des yeux pour ceux qui aiment la photo mais aussi pour tous les autres, ce qui n'est pas le moindre de ses atouts.

"Juste avant, il n'y avait rien, et juste après, il n'y avait plus rien. Alors il faut toujours être prêt".
Un grand merci à Jean-François de me l'avoir fait découvrir !

Note : 10/10

lundi 6 mai 2013

Malavita de Tonino Benacquista

Malavita de Tonino Benacquista (Lu en kindle, poche, Gallimard, 384 pages,  2005)

Finalement je n'ai pas résisté longtemps à découvrir un autre ouvrage de Benacquista et je n'ai pas été déçu du tout. C'est enlevé, l'histoire réserve des surprises assez inattendues (je n'avais pas lu la quatrième de couverture, juste sur les conseils d'une amie et sur la note amazon ... j'aime bien ne pas trop savoir avant de lire une histoire).

C'est assez drôle voire truculent ! Une famille d'américains emménage dans un petit village de Normandie. Une famille normale, voire banale, avec ses petits soucis familiaux et puis en assez peu de temps (quelques chapitres seulement) ça dérive assez fort ... Puis nous découvrons petit à petit les raisons de ce déménagement. Ce serait vraiment dommage d'en dire plus, cela gâcherait les surprises et c'est un des ressorts de la construction de l'histoire.Un peu comme Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, ce serait dommage de raconter. Évidement cela ne me facilite pas la tâche pour en parler.

Autant Benacquista explorait le désir dans Homo erectus autant il explore ici le bien et le mal, la liberté, les contraintes, la justice, la violence. En renversant souvent les rôles. Avec un humour noir délicieux (Belle jouant au tennis avec deux garnements, Fred dévasté de perdre son œuvre ...).

Et toujours ce don d'observation de nos travers et cette distance ironique que j'apprécie.

Deux extraits qui sont loin de refléter l'ensemble :
Sans le savoir, Fred vérifiait un théorème universel, qu'il se formula en ces termes : dès qu'un con essaie d'allumer un feu quelque part, il y en a quatre autres pour lui expliquer comment s'y prendre.

Al Capone disait toujours : "On obtient plus de choses en étant poli et armé qu'en étant juste poli."

Un livre plein d'entrain et mouvementé, que j'ai à peine lâché. Éminemment sympathique.

Note : 8/10

samedi 4 mai 2013

Le passage de la nuit d'Haruki Murakami

Le passage de la nuit d'Haruki Murakami (Poche, 10/18, 230 pages, 2004)

J'ai presque tout lu de Murakami et je suis toujours troublé par ses romans, bien incapable de dire pourquoi je les apprécie et encore moins d'en donner un sens.

L'auteur joue sur les frontières, entre le réel et l'imaginaire, entre le rêve et la réalité, entre l'observateur et l'observé et modifie nos perceptions, nos points de vue. Autant les protagonistes ont peu de prises sur leur destinée que le lecteur sur l'histoire qu'il lit. Il joue aussi sur la porosité entre le réel et l'irréel et il est assez difficile de savoir où se situer.

Un monde d'illusions, de souvenirs altérés. C'est pour cette raison, s'il en fallait une, que j'apprécie Murakami. Il tente de transcrire l'indicible, l'étrange, comme dans un monde parallèle. La recherche d'une vérité dans le virtuel.

D'autres auteurs jouent sur ces frontières et le rôle de l'observateur, dont le lecteur, cela me rappelle par exemple Paul Auster (La trilogie New-Yorkaise) ou Modiano (L'herbe des nuits). Peut être aussi Kawabata (Les belles endormies) pour le sommeil, la nuit, le mystère de l'ailleurs et la menace d'un monde interlope.


La vie, déclare-t-il, il n'y en a qu'une seule. Les oreilles il y en a deux.
   C'est vrai, mais quand il vous en manque une, on ne peut plus mettre de lunettes.
   C'est pas pratique, ajoute l'homme.
Ce n'est pas le Murakami que j'ai préféré même si la lecture m'a intrigué et évoqué pleins de souvenirs ou de réflexions. Je ne me dirais pas fan de Murakami mais ses livres ont toujours un quelque chose de fascinant et celui-ci aussi.

Note : 6,5/10

vendredi 3 mai 2013

Homo erectus de Tonino Benacquista

Homo erectus de Tonino Benacquista (Broché, Gallimard, 272 pages, 2011)

Homo erectus. L'évolution. Et aussi érectile. Mais il est un domaine où paradoxalement l'évolution n'a toujours pas dissipé le mystère (et, franchement, cela semble une bonne chose ...) : les relations amoureuses homme-femme.

Sur une idée peu crédible mais néanmoins intéressante, une société informelle secrète, genre Alcooliques Anonymes, des hommes partagent leurs déceptions amoureuses.

Le jeu de l'amour et du hasard. Une éternelle quête. L'exploration des désirs, des fantasmes, des frustrations, des compromissions, des mensonges, des hypocrisies et de la misère des relations humaines. Mais aussi que la vie reprend toujours le dessus.

Avec une difficulté constante dans un jeu qui ressemble à un jeu de dupe, à la fois merveilleux et tragique, mais qui fait toute la saveur de la Vie, nous suivons les méandres et les affres des hommes qui s'interrogent encore et toujours sur les femmes. La sempiternelle question. La recherche des réponses.

Dans une série d'aventures de trois personnages (le philosophe, l'employé et l'ouvrier) Tonino Benacquista s'amuse de la fragilité des sentiments, des illusions nécessaires avec un ton doux-amer et ironique teinté d'observations amusées et amusantes avec un épilogue qui met tout en perspective. Pour notre plus grand plaisir.

Un livre particulièrement plaisant, dévoré en peu de temps, et qui m'incite à en découvrir d'autres du même auteur.

Note : 7,5/10