samedi 31 août 2013

La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy

La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy (Actes Sud, 316 pages, 2013)

Incipit :

La face rougeaude du gardien surgit dans la lucarne. Ses yeux se plissent pour scruter l'obscurité. Le tintement de ses clefs résonne à travers le soupirail. François retient son souffle.
 J'avoue que c'est tout d'abord la couverture (Dino Valls, De Profundis (détail) 1989, peintre espagnol) qui, dans un premier temps, m'a attiré l’œil, puis le titre par son côté secte secrète qui en plus parle de chasseurs de livres ... cela intrigue et m'a décidé à le lire.

J'avais lu son premier livre Sauver Mozart titulaire du prix Roblès et je me suis dit pourquoi pas ?

Cela commence plutôt bien, avec François Villon dans une geôle, approché pour une mission secrète, aller à la recherche de livres, manuscrits plus ou moins subversifs et rencontrer une confrérie secrète qui œuvre à la sauvegarde, à la diffusion ainsi qu'à la protection d'écrits dont les idées peuvent modifier notre vision du monde, l'influencer à moyen ou long terme ou modifier les rapports de force des pouvoirs en place. C'est d'ailleurs le point fort de ce livre de nous faire ressentir intensément la révolution qu'à pu être l'imprimerie et comment cet outil a pu être utilisé à des fins de luttes d'influences acharnées.

C'est plutôt bien écrit, bien documenté, mais j'ai commencé à un peu m'ennuyer jusqu'à la page 200 et ce n'est qu'après que cela devint plus accrocheur. Je me suis demandé pourquoi et c'est peut-être pour plusieurs raisons, à la fois le côté aventure un peu légère, parfois naïve, ou la relation amoureuse un peu mièvre mais également à cause des personnages souvent (pour ne pas dire tout le temps) grossièrement esquissés où il est difficile de s'attacher ou de comprendre leur profonde motivation. Le style à la troisième personne a également participé à ce manque d'empathie. Bref le côté historique est plutôt pas mal mais les personnages manquent d'épaisseur.

A part ce bémol, l'ambiance complotiste, les relations politiques troubles, les coups de jarnac entre les factions religieuses, la lutte souterraine teintée d'ésotérisme un peu surfait, ne manquent pas d'atout mais je n'ai pas su, à mon grand regret, apprécier totalement cette histoire.

Note : 7/10

mardi 27 août 2013

Un loup est un loup de Michel Folco

Un loup est un loup de Michel Folco (Points, 631 pages, 2007)

Incipit :

Truffe à l'évent, oreilles aux écoutes, la louve cherchait pitance depuis le crépuscule, gênée par son ventre trop lourd qui pendait à frotter par terre. Elle n'aurait pas dû sortir mais cela faisait quatre jours maintenant que son compagnon n'avait pas réapparu à la lovière.
Cette fois nous sommes à Racleterre. Un sabotier père d'une fratrie exceptionnelle de cinq enfant meurt atrocement. Un de ses fils, Charlemagne, aura une destinée particulière en faisant vivre une aventure pleine de rebondissements aux côtés des loups.

Une reconstitution bluffante de l'époque féodale dans un récit brutal mais investi d'un humour noir libérateur avec des personnages hauts en couleur, un peu Pieds Nickelés, qui nous emmènent dans une histoire rocambolesque mêlant avec délice tragédie, aventure, survie et le quotidien difficile dans un environnement hostile qu'il soit social ou émanant de dame nature.

Avec un souci du détail sur la chasse, la vennerie, les métiers  manuels, les superstitions, la médecine, le droit, les mœurs de l'époque et j'en passe, Michel Folco signe une nouvelle fois un conte tragi-comique d'une grande profondeur ajoutant au tome précédent, Dieu et nous seul pouvons, un pilier de plus à son épopée, une fresque naissante jubilatoire.

J'ai retrouvé avec grand plaisir la famille Pibrac et au fur et à mesure le récit vous emporte pour ne plus vous lâcher. Un style précis qui n'hésite pas faire des digressions passionnantes (par exemple sur la famille Armogaste) pour reprendre le récit principal pour mon plus grand bonheur.

La fin m'a laissé dans l'expectative la plus soudaine, le dernier chapitre se concluant d'un à suivre laconique sur un petit suspense frustrant ...

Vivement le tome suivant (bon je vais tout de même lire quelques livres de la rentrée littéraire avant ...)

Note : 10/10

lundi 26 août 2013

La forêt des Livres 2013

Affiche La Forêt des Livres 2013
La Forêt des Livres 2013 (Événement annuel à Chanceaux-près-Loches en Indre & Loire)

Hier est une journée à marquer ... d'un marque-page (ha ha, il est désopilant ce garçon). La Forêt des Livres. Accompagné de son prix des Lauriers Verts auquel je n'ai pu assister (j'ai de la lecture en retard je ne puis tout faire).

Quelle journée passionnante en dépit de conditions climatiques approximatives (couches nuageuses accompagnées d'un timide soleil et de nappées d'ondées prétentieuses) pour un événement peu courant mais qui a su m'électriser (oui, toujours aussi drôle).

Inauguration
C'est grâce à Catherine, encore une fois, que revient l'honneur de m'avoir fait découvrir ce festival littéraire en pleine forêt avec deux cent écrivains. Accessoirement j'ai pu voir des personnalités comme Michel Drucker, Raphaël Enthoven ou encore Jean-François Khan. Mais surtout rencontrer au moins un écrivain, car il faut bien faire un choix. Et pour cette fois j'ai jeté mon dévolu sur David Foenkinos. Quand je dis rencontrer cela se traduit par dédicace et échange d'un minimum de mots (variable fortement dépendante des deux protagonistes et, moi je ne sais mais David a été fantastique !)

Nous avons commencé par un colloque animé par Jean-Claude Narcy, sur le thème du voyage. Eric Naulleau et bien d'autres ont pu contribuer, à hauteur d'une dizaine de minutes chacun, à ce thème.L'après midi, après un repas spartiate, a pu être consacré aux nombreuses allées bordées de tables au-dessus desquelles était inscrit un nom d'écrivain. Quel plaisir de découvrir ces affiches dans l'attente de leur arrivée. J'ai pu tout de même rencontrer dès le matin Joseph Joffo (Un sac de billes).

Dédicace calligraphique de David Foenkinos
Mais au regard du temps, du monde présent l'après midi (le parking du Super U était plein ...), d'un compte bancaire aux limitations capricieuses, de surtout limiter le ratio Temps pour lire/Achat livre à une valeur raisonnable, de mes préférences, c'est David Foenkinos qui a eu toute mon attention. Et cela pour plusieurs raisons. J'avais apprécié La délicatesse et récemment Les souvenirs. Concernant ce dernier ouvrage j'ai pu, lors de la dédicace, présenter Alice, en chair et en os, dont le paragraphe était si criant de vérité (voir l'article en question). Cela l'a surpris et beaucoup amusé, David Foenkinos étant d'un abord éminemment sympathique et chaleureux, et a ajouté "vous n'avez tout de même pas mal au dos ?". Heu si ... Certes c'est un mal répandu mais cela rendait l'échange savoureux d'autant que m'ayant conseillé Le potentiel érotique de ma femme, que je n'ai pas encore lu, nous nous sommes également aperçu que la femme en question (celle du livre) se prénommait Brigitte ... comme ma femme. Bon là nous nous  sommes mis d'accord pour qu'il retire les micros de notre maison ... Mon épouse ne lui en tint pas rigueur et s'empara de Nos séparations. Cela me donnera l'occasion de le lire d'autant qu'elle l'a déjà fini !!

Gonzague Saint Bris, Michel Drucker, Edgar Morin, M. le Maire ...
J'ai tout de même acquis son dernier ouvrage, Je vais mieux, qu'il a signé d'un paraphe majestueux agrémenté d'un commentaire sibyllin (cf. infra).


Comme il pleuvait ardemment, pardon, qu'il y avait quelques ondées (dixit Gonzague Saint Bris dont j'ai pu apprécier la verve et l'enthousiasme), et qu'une file d'attente conséquente me pressait, j'ai mis l'ouvrage sous haute protection (oui un sac en plastique). Ce n'est qu'en voiture, sur le trajet du retour,  nous approchant d’Amboise et de la Pagode de Chanteloup (et parce que mon épouse avait eu la bonne idée de regarder), que nous avons découvert l'autographe idéal suite à nos échanges ... Pour Frédéric mon héros ... (celui du livre cela va de soi). Un beau souvenir de plus.
Rencontre au sommet avec David !

 Mais ce n'est pas tout. le mari de Catherine, que je n'ose citer, a eu la magnifique idée de me prendre en photo lors de la dédicace. Qu'il en soit remercié pour l'éternité.

Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire et pas mal de photos (une trentaine). Peut-être un autre article.



Note : 10/10 !!!

dimanche 18 août 2013

Les souvenirs de David Foenkinos

Les souvenirs de David Foenkinos (Folio, 304 pages, 2011 première édition)

Incipit :

 Il pleuvait tellement le jour de la mort de mon grand-père que je ne voyais presque rien. Perdu dans la foule des parapluies, j'ai tenté de trouver un taxi.

L'histoire d'une vie, des aléas des rencontres, des personnes que l'on perd, des moments rares comme le premier baiser, la première naissance.

Je ne connaissais que La délicatesse de la part de cet auteur, et j'avais remarqué sa faculté à rendre compte des sentiments. Dans ce livre il s'intéresse aux souvenirs, à leur évolution, et cela sur plusieurs générations. Comment les souvenirs font revivre le passé, modifient le regard des uns et des autres, comment en prenant de l'âge nos souvenirs nous enrichissent ou parfois nous minent en fonction de l'état présent.

David Foenkinos arrive à saisir l'essence des souvenirs et il m'arrive de leur trouver des points communs avec les miens comme quoi il sait trouver ce qui tombe juste, cela nourrit le lecteur sur la psyché des personnes mais aussi peut inspirer une nostalgie d'un temps révolu.

Il parsème son histoire de remarques pertinentes sur des sujets pas toujours simples car trop souvent teintés d'hypocrisie ou de politiquement correct comme la mort, la vieillesse, la fin de la vie.

Cela n'empêche nullement ce livre d'être plein de vie, de respirer l'aventure et de relier des souvenirs de famille, d'en faire un tout cohérent, d'y mêler avec à propos ceux de personnes réelles évoquées au cours de l'histoire, ce qui est une excellente trouvaille tant pour le rythme que les souvenirs qu'ils évoquent, d'autant que les souvenirs rapportés m'étaient inconnus. Pour des personnages secondaires c'est aussi l'occasion de narrer une anecdote amusante, touchante. Parfois c'est en écho de la trame principale puisque éclairant d'un regard autre la situation vécue par le narrateur.

J'ai d'autant ressenti de l'empathie avec cette histoire que certains des souvenirs relatés évoquaient en moi des souvenirs similaires, en particulier la perte de son grand-père. Mais aussi le manque de communication au sein de la famille nucléaire, qui pèse finalement sur nos vies, qu'on le souhaite ou pas.

Certaines remarques répondent en quelque sorte par avance à des interrogations que je pourrais avoir ou au moins offrent un regard sur lequel je peux m’appuyer pour me faire un jugement ou une opinion.

L'auteur a le sens du détail qui tombe à point nommé et démontre que la vie nourrit l'écriture laquelle nourrit en retour la vie, une symbiose illustrée avec beaucoup de tendresse et d'émotions par ce récit.

Si vous ne voulez pas apprendre trop d'éléments sur ce livre ne pas lire la suite.

Ce livre m'a d'autant plus touché que certains extraits étaient étonnamment proches comme cet extrait :

Quand Louise m'a annoncé qu'elle était enceinte, j'étais absolument persuadé que nous aurions une fille. Une fille que nous allions appeler Alice. Et qui aurait de longs cheveux lisses. Je voyais déjà Alice faire du piano, et apprendre l'allemand à l'école.
Mon épouse ne se prénomme pas Louise mais il se trouve que quand elle a été enceinte, j'étais persuadé d'avoir une fille, que son prénom serait Alice. Ce qui a été le cas. Maintenant ma fille est grande, elle a effectivement de longs cheveux lisses, elle joue du piano ... et apprend l'allemand au collège. Certes tout n'est pas comme cela (et c'est heureux au regard de l'histoire racontée), c'est purement fortuit, mais c'est pour dire à quel point je me suis senti proche de ce livre parce qu'il vous touche l'âme.

Note : 9/10


mercredi 14 août 2013

William Shakespeare's STAR WARS by Ian Doescher

William Shakespeare's STAR WARS by  Ian Doescher, illustrations par Nicolas Delort (anglais, Kindle, Quirck Books, 176 pages, 2013)


Et si William Shakespeare avait écrit Star Wars ? Un livre qui mélange deux univers a priori non miscibles, celui d'un des plus grands écrivains anglais, du XVIè siècle,  et celui des geeks férus de science fiction qui a donné lieu à un phénomène culturel mondial débuté au XXème.

Avec talent pour épouser le style de Shakespeare avec des vers superbement écrits, et un humour excellent qu'apprécieront tous les fans de Star Wars, cette pièce en cinq actes composée de vers iambiques pentatoniques se lit avec un délice de fin gourmet.

Avec quelques perles comme la "polémique" sur qui a tiré en premier dans la Cantina de Mos Eisley [1], d'aucuns disent qu'il s'agit de Han, d'autres de Greedo. Et qu'écrit Ian Doescher ?

Extrait :

And whether I shot first, I'll never confess !


De même pour le départ précipité d'Obi Wan et de Luke à bord du Millenium Falcon. Dans les rééditions ultérieures des films [1], une scène a été ajoutée, la rencontre entre Jabba et Han. Et qu'écrit Ian Doescher ?

Extrait :

Now, marry, 'tis an unexpected scene.

Même la publicité joue sur cet humour en indiquant la disponibilité de l'ouvrage dans tous les systèmes stellaires sauf celui d'Alderaan (pour d'évidentes raisons ...)

Illustré de très belles gravures style ancien (époque Elizabeth) par Nicolas Delort, ce livre réussit ce pari un peu fou d'écrire Star Wars avec le style poétique de Roméo et Juliette. L'anglais est très accessible (prithee pour please, 'tis pour it is ...) et ce parfum d'ancien dans un univers ultra moderne est un plaisir d'esthète pur pour les fanboys ! La postface fait un lien avec le livre The Hero with a thousand faces de William Campbell, un ouvrage très intéressant sur les mythes fondateurs et les ramifications au cours des siècles dans la culture moderne et son influence sur Star Wars.

Et devinez quoi ? Des flash mobs ont déjà eu lieu pour mettre en scène cette pièce !!!

Ce livre est collector et je n'ai pu m'abstenir de le commander au format papier finalement.

May the force be with you Ian ...

Note : 10/10


[1] Car George Lucas a fait différents montages et rééditions, modifié des scènes (ajout de personnages, de décors, scènes, effets spéciaux), modifié des visages (dont celui de Darth Vader) etc.

L'attentat de Yasmina Khadra

L'attentat de Yasmina Khadra (Pocket, 246 pages, 2005)

Incipit :

Je ne me souviens pas d'avoir entendu de déflagration. Un sifflement peut-être, comme le crissement d'un tissu que l'on déchire, mais je n'en suis pas sûr. Mon attention était détournée par cette sorte de divinité autour de laquelle essaimait une meute d'ouailles alors que sa garde prétorienne tentait de lui frayer un passage jusqu'à son véhicule.

Un chirurgien, d'origine palestinienne mais ayant acquis la nationalité israélienne, travaillant en Israël, est confronté à un événement qui va le déstabiliser profondément et le mener à se remettre en question.

Amine, c'est son nom, est estimé dans son travail. Alors qu'un attentat vient d'avoir lieu, il travaille d'arrache-pied pour sauver des vies. Quelle n'est pas sa surprise d'avoir à confirmer que la personne ayant commis cet attentat suicide, qui a décimé de nombreuses vies civiles dont des enfants, ... est sa propre femme.

C'est le deuxième volume d'une trilogie commencée par Les hirondelles de Kaboul, qui explore les conflits au moyen orient et en particulier le terrorisme. D'une écriture toujours aussi soutenue, une quête de la vérité, qui permet à l'auteur de dévoiler l'immense complexité des individualités au sein d'une histoire qui les dépasse, de l'absurdité de la guerre, de l'intolérance, qui détruit des vies de part et d'autres.

Comment comprendre des personnes qui font des choix de prime abord contraires à toute logique, comment comprendre ce qui peut amener quelqu'un, a fortiori dont l'avenir était favorable, à se faire exploser dans un restaurant ?

Yasmina Khadra tente de répondre à ces questions et bien d'autres, en décrivant, le plus humainement possible, la vie au sein de ces conflits, en exposant les points de vue, en confrontant les divers acteurs, en décrivant aussi près que possible l'indicible douleur des uns et des autres.

Un livre poignant qui, tout en m'apportant des clés pour comprendre, n'en laisse pas moins une amertume durable devant un conflit qui ne semble pas finir. Ce livre fait écho en moi à une excellente série, Homeland, qui elle aussi tente de montrer l'inextricable complexité des rapports de pouvoir au travers des conflits individuels internes et des agendas contradictoires des forces en présence.

Note : 10/10

Spyder Web de Tom Grace

Spyder Web de Tom Grace (Anglais, Kindle, 464 pages, 2009)

Incipit :

'Thank you,' Lin Mei said absently as the owner of the restaurant brought her tea and a bowl of noodles with fish.
She had arrived early at the tiny dockside restaurant, the anticipation of word from her brother in Beijing being almost more than she could contain.

Une nouvelle technologie informatique permettant de défendre les réseaux est améliorée pour permettre également de les attaquer. Un groupe va tenter de voler cette technologie, à tout prix.

Un roman idéal pour mes vacances, mélange de technologie, course poursuite, espionnage, services secrets, opérations spéciales, bref un thriller bien rodé qui vous emmène aux quatre coins du monde à la James Bond !

Des clichés, des invraisemblances un peu partout, que ce soit les situations ou les aspects informatiques,  mais qu'importe, c'est plutôt bien fichu, entremêlant espionnage économique avec les espions purs et durs, notamment des anciens du KGB et chinois.

Cela faisait un moment que je n'avais pas lu de thriller, et la chaleur amenuisant mes facultés, il me fallait un roman détente, celui là est tombé pile au bon moment. L'anglais n'est pas compliqué du tout, les chapitres sont relativement courts et s'alternent avec une cadence soutenue entre les différentes intrigues jusqu'au bouquet final.

Bref, sympathique mais pas non plus exceptionnel.

Note : 7,5/10

mercredi 7 août 2013

Pulse de Julian Barnes

Pulse de Julian Barnes (Vintage, 240 pages, 2011)

Je ne suis pas très recueil de nouvelles pour plusieurs raisons, difficultés à me sentir rapidement dans une histoire à peine sorti de la précédente, le regret d'une histoire trop courte si elle m'a bien plu, ou une fin parfois frustrante. En revanche l'avantage est de pouvoir morceler sa lecture plus facilement et de pouvoir faire autre chose entre chaque nouvelle, comme lire un autre livre ...
.
Dans ce recueil de nouvelles, Julian Barnes décrit les relations humaines, de famille, d'amis, d'amour, et surtout nos pensées, cette partie indicible si difficile à retranscrire, les émotions, les douleurs, les regrets ... et c'est un exercice où je trouve qu'il excelle, se permettant d'introduire des réflexions souvent justes, fruits d'observations fines sur nos sociétés actuelles.

Plusieurs nouvelles m'ont émue, intrigué voire amusé. Les discussions entre amis à bâtons rompus, qui font l'objet de plusieurs nouvelles, sont à la fois bien écrites et riches, pleines de phrases en suspens, de sous-entendus, d'échanges politiquement incorrects. L'auteur a un vrai talent pour capter les pensées, les émotions et nous les faire ressentir. Dans une des nouvelles il est possible de lire la phrase ../.. sense of an ending ../.. qui a donné le titre d'un autre de ses ouvrages, le premier que j'avais lu de lui et qui m'avais déjà beaucoup plu.

L'avantage de lire dans la langue originale est (entre autre) quand notre langue est utilisée, ce qui est le cas pas mal de fois dans ces nouvelles. Cela m'intrigue souvent de voir des expressions françaises ou des mots français utilisés dans des livres étrangers.

De bons moments à passer dans ces nouvelles tendres, tristes parfois mais toujours pleines de vie.

Note : 9/10

samedi 3 août 2013

Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra

Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra (Pocket, 148 pages, 2002)


Incipit :

Au diable vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe ; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme le bras d'un supplicié. 

La vie à Kaboul avec plusieurs personnages clés, un geôlier, un couple cultivé, un ancien guerrier qui rêve de politique alors que les Talibans assoient leur domination sur la ville.

Un regard dénué de naïveté sur l'occident mais sans espoir sur l'aveuglement intégriste des Talibans. L'auteur ne juge pas vraiment, il raconte, et cela est amplement suffisant.

Extrait :
Les miens sont morts ou bien portés disparus. Le dernier lien qui me restait s'est volatilisé par ma faute. C'était une lueur, j'ai soufflé dessus un peu fort pour en faire une torche et je l'ai éteinte.

Avec un style soutenu, poétique parfois, l'auteur nous offre une profonde réflexion sur nos destinées dans un monde en déréliction, abruti par la chaleur autant que par l'obscurantisme et qui fait perdre le reste de raison même aux plus éclairés, où l'espoir, ténu, a peu de place, mais où l'amour trouve toujours un chemin. Mais ce dernier a t il encore une destination ?

Extrait :

Nous avons tous été tués. Il y a longtemps que nous l'avons oublié.
Un livre marquant aux thèmes forts qui m'a laissé beaucoup de tristesse devant un tel désastre mais qui mérite d'être lu. Un cri d'espoir déchirant dans la nuit ? Sera-t-il entendu ? Un style travaillé qui n'empêche pas de se sentir étouffé par les événements (le livre débute, presque, par la lapidation d'une femme et ce ne sera pas le seul acte de barbarie) ou par l'ambiance pesante.

Comment, au nom du divin et de croyances aveugles, des crimes sont commis et ces mêmes croyances, éclairées par la bonté et l'amour, permettent un miracle, un sublime sacrifice, mais ce dernier suffira-t-il ? Cette histoire forte laisse un goût de cendres dans la bouche, les cendres de toutes ces vies détruites par des ignorants et des croyants à la foi corrompue.

Note : 10/10


vendredi 2 août 2013

L'abandon de Peter Rock

L'abandon de Peter Rock (Points, 259 pages, 2012, 2008 édition originale)


Incipit :

Parfois tu marches dans la forêt et une branche morte surgit et te fouette plusieurs fois le dos et les épaules, avant de disparaître dans les broussailles. Il n'y a rien d'autre à faire que de poursuivre ton chemin, tu dois être prête à tout, et c'est mon cas tandis que je suis Père qui marche devant moi.

Inspirée d'un fait divers, la vie d'un père et de sa fille en bordure de la société. Un père qui éduque seul sa fille, Caroline, tout en vivant en pleine forêt à l'écart des hommes, de leur train de vie, de leur confort et de leur façon de voir.

Avec une paranoïa aiguë, comme des fugitifs traqués dans un thriller, nous découvrons la vie de tous les jours de Caroline, jeune fille intelligente, observatrice, à la fois respectueuse, reconnaissante à l'égard de son père mais qui petit à petit développe une indépendance vis à vis de ce guide omniprésent.

Bien sûr nous nous demandons pourquoi ils en sont là, pourquoi ce choix, pourquoi cette misanthropie, quel est leur passé mais ce n'est pas l'essentiel. C'est plutôt cette vie hors norme qui fascine, sur une forme de vie que je qualifierais volontiers de survie en milieu hostile alors que de leur point de vue c'est leur vie normale, avec leurs propres règles.

L'ambiance en forêt est bien rendue, très survie, et il y a plein de petits détails en particulier ceux qui font ressentir l'impression de traque constante comme d'avoir une heure différente, la façon de marcher, de ne pas paraître ensemble en ville, de mettre en place des codes, de prendre des billets aller retour alors qu'on ne compte pas revenir, qui font penser à des espions ou des agents en couverture.Et de voir comment cette "éducation" façonne Caroline.

Une histoire singulière racontée avec beaucoup de sensibilité et de finesse qui laisse des traces d'amertume et de questionnement.

Note : 9/10

Economix de M. Goodwin et Dan E. Burr (Ill.)

Economix, la première histoire de l'économie en BD de Michael Goodwin et Dan E. Burr (illustration) (Les arènes, 304 pages, 2013)

Tout ce que vous avez voulu savoir sur l'économie sans jamais oser le demander !

Un livre qui arrive à présenter simplement des idées complexes et les rendre ainsi accessibles tout en abordant les récents problèmes.

A la fois histoire des idées économiques, leur influence grandissante au sein du politique, comment cette économie a des conséquences directes sur l'économie réelle et la vie des gens, comment elle est à la fois un outil utile mais aussi un outil imparfait, surtout si de surcroît il est utilisé n'importe comment ou pire par des idéologues sans scrupules qui par pure idéologie ignorent ce qui les dérange et pervertissent la pensée économique pour leur propre profit.

Certes ce livre a une vision de justice sociale et cet ouvrage ne plaira pas à ceux dont l'économie est seulement un outil pour s'enrichir au détriment des autres. La financiarisation à outrance, les lobbies et la prévalence de Wall-Street sur l'économie réelle sont ici clairement exposées. L'ouvrage ne fait pas l'impasse sur la complexité à modéliser l'économie afin de mieux la comprendre et mieux la contrôler, pour le bien de tous et non de quelques uns.

Beaucoup de mensonges sont dénoncés, ou d'angles de vue purement idéologiques, qu'ils soient le laisser faire total (comme la dernière bulle immobilière aux états-unis et des milliers de foyer mis dehors) ou le communisme planifié (et ses camps de travail).

Un excellent ouvrage, une base idéale pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, avec un glossaire et un guide de lecture. Pour une économie plus juste. Indispensable pour tous les citoyens.

Note : 10/10