dimanche 29 septembre 2013

Antigone de Jean Cocteau

Antigone de Jean Cocteau (ClassicoCollège Belin Gallimard,133 pages, 2013)

Le projet de lire Le quatrième mur de Sorj Chalandon m'a incité à relire Antigone, la version que je connaissais (Anouilh) et puis finalement je me suis dit pourquoi pas les autres versions, dont celle-ci de Jean Cocteau.

Outre des didascalies changées, un décor de Pablo Picasso pour la représentation au théâtre, l'usage de masques en référence à la tragédie grecque, il y a beaucoup de variantes notamment sur l'attitude de Créon qui est ici plus clairement le jouet des Dieux et moins un Roi autoritaire et sûr de son pouvoir comme dans Anouilh.

Cette édition est destinée aux collégiens mais permet à tout un chacun de profiter d'un dossier assez fourni avec un vocabulaire précis, une chronologie, une contextualisation, des groupements de textes et plusieurs thématiques, sur l'injustice notamment. Cet ouvrage fait entre autre référence à Paul Eluard,  Boris Vian ou encore Jean-Claude Carrière avec un texte très instructif extrait de La controverse de Valladolid.

Un autre regard sur Antigone enrichi par cette édition scolaire excellente. J'attends de recevoir la version de Sophocle et peut être lirais-je celle de Brecht. Le texte théâtral lui-même est très court, à peine un tiers, le reste est le dossier. Instructif.



samedi 28 septembre 2013

Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Grasset, 327 pages, 2013)

Incipit :

Je suis tombé. Je me suis relevé. Je suis entré dans le garage, titubant entre les gravats. Les flammes, la fumée, la poussière, je recrachais le plâtre qui me brûlait la gorge.
Un projet un peu fou, monter la pièce de théâtre Antigone pendant le conflit du Liban dans les années 1980, avec des acteurs représentant les différentes factions en présence. 

L'auteur revisite Antigone (que j'ai relu pour l'occasion) avec maestria, renvoyant dos à dos croyances, points de vue dans ce qui ressemble à une exégèse romancée de l'Antigone d'Anouilh, d'une humanité dense avec toutes ses contradictions, sa complexité indicible, sa richesse multiple qui rend si tragiques ses conflits, ses guerres et ses massacres.

Mais c'est bien plus que cela, bien plus puissant et profond. Une mise en perspective du militantisme bien loin d'un conflit armé véritable. La guerre sans ses oripeaux et accessoires marketing (dommages collatéraux, frappe chirurgicale ou autre). Un livre lumineux d'enseignement, d'un charge émotionnelle rare, qui m'a ému aux larmes, la gorge souvent serrée d'un trop plein de sensations.

Une construction brillante d'un mythe tellement puissant qu'il en est intemporel et universel. Chacun y projetant comme un test de Rorschach sa vérité, ses convictions, ses dogmes, finalement engloutis par la folie.Ce n'est pas un hasard si Antigone a été réécrit par d'autres auteurs (Sophocle, Brecht, Cocteau, Anouilh) et se résume par cette phrase édifiante : Antigone doit être joué au présent. Les mythes grecs n'ont pas fini d'insuffler leur sagesse, de nourrir notre imaginaire, de s’immiscer jusqu'aux séries télés américaines, de Joseph Campbell (The hero with a thousand faces) à Mythologies de Barthes (avec un parallèle étonnant entre le catch et la tragédie grecque).

Il y a un parallèle entre l'évolution du personnage principal et Antigone mais ne pouvant dévoiler la fin, je n'en dirai pas plus. Le quatrième mur, un titre au symbolisme fort, renvoyant explicitement au théâtre dans l'ouvrage, où nous, occidentaux en paix sommes spectateurs impuissants, mais également au mur lui même, qui sépare, qui détruit, qui tue. Un titre parfait qui couronne la totale maîtrise de cette histoire qui entre en résonance avec d'autres conflits plus récents.

Un livre fort, puissant, sans concession, intéressant, pertinent, enrichissant, à lire absolument. Je ne serais pas surpris qu'il soit dans la liste des finalistes du Goncourt voire qu'il l'obtienne. Ce serait amplement mérité.

Merci M. Chalandon pour ce livre.

Note : 11/10

Liens

mardi 24 septembre 2013

Antigone de Jean Anouilh

Antigone de Jean Anouilh (La petite vermillon, 123 pages, 2008, 1946 pour l'édition originale)

Un classique sur le jeu du pouvoir jusqu'à l'absurde, qui mène inéluctablement vers une folie nihiliste destructrice et vaine. L'exercice du pouvoir nous interpelle cruellement, les contraintes inconciliables, la soumission à l'autorité comme dans l'expérience de Milgram, la résistance à l'autorité, la déresponsabilisation et l'écrasement aveugle avec ses dommages collatéraux comme diraient certains. Et devant la mort ... nous redevenons tous égaux, mais un peu tard.

Une pièce très enrichissante à étudier, à lire et relire.

C'est en prévision de lire Le quatrième mur de Sorj Chalandon (dans mon défi de lire tous les nominés du Goncourt ...), que j'ai décidé de relire Antigone. D'ailleurs je suis tombé par hasard sur la notion de quatrième mur au théâtre, la sérendipité a parfois du bon. En revanche Sorj Chalandon n'a certainement pas choisi ce titre au hasard.

Extrait :
Tous ceux qui avaient à mourir sont mort. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire -- même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l'histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris.

Note : 10/10

Étrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage de L.C. Tyler

Étrange suicide dans une fiat rouge à faible kilométrage de L.C. Tyler (Pocket, 273 pages, 2012)

Incipit [1] :
 J'ai toujours été écrivain.
J'ai écrit mon premier roman à l'âge de 6 ans. Il faisait sept pages et demie et racontait l’histoire d'un pingouin, qui se trouvait avoir le même prénom que moi, et d'une femelle hérisson, qui se trouvait avoir le même prénom que ma maîtresse d'école.

J'aime bien les titres farfelus, comme celui du livre Le bizarre incident du chien pendant la nuit. Intrigué à la fois par le titre et ce très beau collage, je l'ai ajouté à ma liste de lecture ni une ni deux, et j'ai cédé le soir même (aucune volonté).


Un titre improbable qui annonce un humour british de bon aloi omniprésent et rend la lecture jubilatoire, met sens dessus dessous le roman policier, un peu comme lire un Agatha Christie sous substances proscrites.

Le seul bémol est qu'à la fin j'ai ressenti comme une légère frustration, une suite avec un titre aussi savoureux Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire étant censée la combler. Et il n'y a pas que cette suite qui se passe dans la Loire, ma région, c'est également le cas pour le présent volume.

Len Tyler (courtesy of LC Tyler himself)
Un très bon moment de lecture, avec de multiples rebondissements, un jeu constant avec le lecteur, qui mène qui en bateau ?. L'objet 'roman policier' maltraité avec délectation un peu comme dans La vérité sur l'affaire Harry Québert (comment écrire un policier, un des héros de l'histoire est écrivain etc.), les deux étant tout de même suffisamment différents pour que le plaisir n'en soit pas affecté (Je le dis aussi bien pour ceux qui ont aimé Québert que pour ceux qui n'y ont pas souscrit. Si je peux faire plaisir.).

Ce crime writer comme il se nomme lui-même a lui aussi des initiales dont je n'ai pu connaître la teneur même sur sa fiche wikipédia. Un livre parfait pour l'été (et même les autres saisons ...)

Le titre anglais est beaucoup moins drôle je trouve (ou alors je ne l'ai pas compris, ce qui n'est pas exclu). De même que pour Karine Tuil j'ai demandé l'autorisation de publier son portrait et j'ai écrit (en anglais of course !!) à M. Tyler. A suivre [2]

Note : 9/10

[1] En fait le livre commence par ... un post-scriptum ... que je n'ai pas utilisé pour l'incipit, mais dès le départ j'ai pu sentir que l'auteur était joueur.
[2] Mr Tyler sent me a picture two days ago (september, 26, 2013). Many thanks !!!

lundi 23 septembre 2013

Tartes aux pommes et fin du monde de Guillaume Siaudeau

Tartes aux pommes et fin du monde de Guillaume Siaudeau (Alma éditeur, 133 pages, avril 2013)

Incipit :

Un été nous sommes allés, mon père ma sœur et moi, nous balader près d'une falaise. Nous avions emmené notre chien Bobby, un border collie croisé labrador.
L'Amour, la Mort. La tarte aux pommes. La fin du monde. La vie en somme. Un personnage lunaire, un peu simplet mais aux aphorismes bien vus, avec un regard poétique mais parfois pathétique, qui cherche comme tout le monde des raisons de vivre, ce qui n'est pas facile avec des petits boulots et une famille qui se délite.

Une rencontre aurait pu tout arranger mais à l'instar du héros de Taxi Driver, une vision simple ne peut tout arranger et il suffit d'un rien pour que tout bascule. Dans un sens comme dans l'autre. Des phrases sibyllines bien trouvées, un ton juste, le regard particulier d'un être un peu limité qui se cherche passant d'une quasi euphorie à une ambiance délétère.

Un petit livre qui se déguste comme un bonbon ... à l'arsenic. Une édition papier agréable, papier épais, fontes bien noir, couverture épaisse, j'aime beaucoup.

Note : 9/10



dimanche 22 septembre 2013

Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Les évaporés de Thomas B. Reverdy (Flammarion, 304 pages, 2013)

Incipit :

Il est assis à son bureau, face au mur, la tête dans les mains, penché sur les feuilles de papier à lettres couvertes de son écriture fine, au feutre noir. Il ne les voit plus cependant.

Un japonais, Kaze, décide de disparaître (s'évaporer selon la culture japonaise). Sa fille, Yukiko, vivant aux États-Unis embauche son ex, Richard B., poète détective, pour l'aider à le retrouver. Ce dernier fera notamment la rencontre d'Akainu, adolescent de quatorze ans, lui aussi un évaporé.

Le titre aurait pu être Fukushima ou encore Tsunami, mais Les évaporés est à la fois un titre plus original et bien plus élégant, emprunt de culture japonaise à laquelle l'auteur semble attaché intimement (comme il est possible de le constater sur son blog A french writer in Kyoto).

Cela tombe bien, la culture japonaise m'intrigue et m'intéresse depuis longtemps, j'espère y aller un jour ; de plus le roman démarre à San Francisco, une ville que j'ai eu le grand plaisir de visiter une fois, qui est sous la menace du Big One et ce choix n'est pas du au hasard. L'auteur fait également explicitement référence à Richard Brautigan dont j'avais lu le roman assez savoureux Dreaming of Babylon, narrant les déboires cocasses d'un détective pas particulièrement futé (un des souvenirs de Richard B. est d'ailleurs la trame de Dreaming of Babylon).

Sous le prétexte de s'intéresser aux disparus au Japon, les johatsu, l'auteur dépeint un Japon moderne peu après la catastrophe du tsunami et du désastre qui s’ensuivit, la destruction de la centrale de Fukushima. A l'instar de La nuit tombée nous sommes témoins des coulisses terribles au niveau humanitaire de ce drame technologique.

Les temps changent et nous sommes soumis aux contingences, qu'elles soient économiques, sociales, sociétales ou naturelles. S'adapter est la règle, comme survivre, et disparaître est une option comme une autre.

A la fois il y a distinction, séparation, différence, due à la culture, aux codes (langage, classement des supermarchés, hiérarchies, politesse etc.) mais rapprochement, parce qu'humain,  lorsqu'il y a effondrement (vie, ville, économie, famille, travail) symbolisé par la passerelle linguistique d'houmuresu qui provient d'homeless (Japon / Amérique).Que la pègre, ses milieux interlopes, son organisation, qui fait partie du Japon, traditionnel ou moderne, soit au final la solution la plus efficace peut dessiller les plus naïfs.

Un sujet enrichissant qui, après les remarques du gouvernement Japonais contre le Canard Enchaîné pour quelques caricatures, ne fait qu'accentuer  l'incrédulité devant cette tentative assez minable du pouvoir Japonais au regard de son incurie ainsi que de l'incompétence et de l'impéritie de TEPCO réduit à cette opération de com'. Finalement nous ne sommes pas préparés à ce type de catastrophe quoique puissent en dire les politiciens et les experts. Ce livre ne le démontre pas en tant que tel mais en fait le constat romancé. En France, un expert nous avait averti de ne pas nous inquiéter, le nuage radioactif s'arrêtant à notre frontière. Au Japon c'est la mer qui fera disparaître toute cette radioactivité ... par magie.

Une telle catastrophe dans un monde numérique où tout dépend des réseaux, du cloud, des datacenters fait frémir, un prochain chapitre pour Collapse de Jared Diamond ?

Mais quel prénom se cache derrière le B. de l'auteur ? Brautigan ? je plaisante, mais je n'ai pu trouver ...

Un livre émouvant avec un regard intéressant sur la société japonaise, des moments de pure poésie, avec un passage sous forme de conte fantastique, plein d'humanité.

Note : 9/10

samedi 21 septembre 2013

Barbe bleue d'Amélie Nothomb

Barbe bleue d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 170 pages, 2012)

Incipit :

Quand Saturnine arriva au lieu de rendez-vous, elle s'étonna qu'il y ait tant de monde. Certes, elle s'était doutée qu'elle ne serait pas l'unique candidate ; de là à être reçue dans une salle d'attente, où quinze personnes la précédaient, il y avait de la marge.

Un petit moment de détente pour me remettre de mes lectures précédentes, quoi de mieux qu'un livre d'Amélie ? Sur l'incitation de mon épouse, c'est tombé sur Barbe Bleue.

J'ai cru un instant qu'il s'agissait de l'édition pour mal voyant mais non.

Un conte classique, transposé à notre époque, où j'ai cru retrouver la verve, les échanges incisifs dans les conversations de L'hygiène de l'assassin. Des situations incongrues, des dialogues improbables mais toujours ce dynamisme qui vous accroche et vous garde jusqu'à la fin.

Ce n'est tout de même pas loin du bonbon acidulé, plaisant sur l'instant, savoureux, qui se déguste, vite avalé ... vite oublié. Mais une vision plus moderne de ce conte de Perrault (pour la version la plus populaire).

Plaisant mais sans plus. Bref rempli le contrat initial auquel j'avais souscrit, de ce point de vue une réussite. Une très belle couverture.

Note : 8/10


lundi 16 septembre 2013

Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik

Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik (Flammarion, 304 pages, 2013)

Incipit :

La lourde porte se ferme dans un grincement. Le bâtiment semble plus imposant, vu de dehors, son toit détaché dans le ciel de novembre. Elle est prise de vertige.

La famille Einstein compte parmi ses membres un fils peu connu, Eduard, qui a été interné. Nous suivons l'évolution de celui-ci sur fond historique.

Une recherche documentaire détaillée [1] sur la famille et ses secrets les plus lourds, une fille morte prématurément et un fils schizophrène, les relations difficiles avec son autre fils issu d'un précédent mariage, le tout sur fond historique retranscrit efficacement (entre autres la montée du nazisme et le maccarthysme mais aussi la recherche médicale de l'époque dont Freud).

Les états d'âme d'Eduard sont très bien rendus et particulièrement poignants, décrivant le monde selon une logique froide, alors qu'il subit des actes à la limite de la cruauté, mais permettant un regard décalé, original sur une situation familiale compliquée et sur son entourage médical.

Ce livre se lit bien mais s'essouffle un peu, disons qu'un léger ennui a pointé son nez dès le milieu de l'ouvrage ; je n'ai pu le trouver passionnant en dépit d'un sujet bien traité et, bien que cela m'ait touché, à la longue, mon intérêt a diminué.

Note : 6,5/10

[1] détaillé en postface

vendredi 13 septembre 2013

L'invention de nos vies de Karine Tuil

L'invention de nos vies de Karine Tuil (Grasset, 504 pages , 2013)

Incipit :

Commencer par sa blessure, commencer par ça - dernier stigmate d'un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire -, une entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté sans succès de faire décaper la surface à la meule abrasive chez un chirurgien esthétique de Times Square, trop tard, il la garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler d'où il vient, de quelle zone / de quelle violence. Regarde ! Touche !


Lors de ma lecture j'ai eu quelques réminiscences du livre précédent (Faber), car il y a une fille et deux garçons. Un des garçons tente d'écrire, l'autre a un ascendant particulier sur les deux autres, et dans les deux ouvrages il est d'origine étrangère. Plusieurs éléments m'ont un peu gêné au début car l'histoire précédente s’immisçait  dans ma lecture en cours mais le style et le fond de l'histoire divergeant assez rapidement, cela a passé.

La trame principale s'attache à suivre Samir Tahar, qui par le passé a été amoureux comme Samuel de Nina. Cette dernière a préféré Samuel (vous saurez pourquoi rapidement). Samir a alors disparu de leur vue. Vingt ans plus tard, Nina et Samuel voient Samir à la télévision, il est devenu un avocat réputé et il est le gendre de M. Berg un puissant entrepreneur juif. Mais voilà, ce que Nina et Samuel apprennent n'est pas conforme au passé de Samir.

Un style qui ne vous lâche pas, un flux constant, qui vous emporte, percutant, qui ne vous laisse quasiment aucun répit, qui vous entraîne sans espoir de retour. J'ai ressenti la vive énergie sous-jacente de l'auteur par l'usage notamment de longs paragraphes très dynamiques, de juxtaposition de mots séparés par des '/' (et là, pas de mention inutile à rayer), de notes de bas de page de vies inachevées, de ruptures de rythme brèves (pour mettre en valeur un mot, une situation) laissant échapper un léger souffle (temporaire) dans ce maelström d'illusions sur nos vies, nos espoirs et nos attentes.

J'ai l'impression que l'auteur règle des comptes sur l'intégrisme, l'intolérance, les clichés, nos barrières mentales, la xénophobie. Qu'elle déconstruit les apparences (trompeuses), expose sans fard l'hypocrisie de classe, de statut, le machisme, les conventions sociales et j'en passe.

Ce n'est qu'après l'avoir fini que j'ai enfin pu me poser, que j'ai enfin pu prendre un peu de distance et me rendre compte de la noirceur de cette histoire, du puits sans fond dans lequel j'étais tombé, happé et dont par miracle j'étais ressorti.

JF Paga (c) avec l'accord de Grasset
Pas de salut dans ces destinées, les personnages sont soumis/esclaves/prisonniers des contingences de la vie, de leurs identités, de leur passé, de leur histoire, éternels insatisfaits, éternels enfants qui ne grandiront jamais, broyés, laminés par la frustration, le racisme, l'instinct grégaire ou, pire, par l'aveuglement inique des lois d'exceptions. Même l'écrivain n'est pas épargné et ce livre vous laissera exsangue ou à tout le moins empli d'amertume.

Un langage soutenu avec une palanquée de très jolis mots (comme climatérique, coruscante, cacochymes, céruléen etc.) utilisés avec pertinence et à propos, ces quelques lanternes qui balisent une histoire sombre où peu d'espoir subsiste.

Nous sommes les acteurs involontaires d'une pièce tragique que nous n'avons pas choisie avec un metteur en scène fou pour une représentation éphémère sans spectateur.

Un livre qui pourrait se lire d'une traite, un style accrocheur et envoûtant qui vous secoue, des moments intenses. Un grand moment. Je me suis intéressé à cet auteur que je ne connaissais pas avant que Sandrine n'en parle au Club de Lecture de Beaugency et je suis même allé sur son site officiel, entre autre pour demander quelle photo je pourrais mettre légalement sur ce blog. Pas de réponse pour l'instant [1]. En tout cas un auteur à suivre. Je regrette de ne pas l'avoir connue avant la Forêt des Livres où elle était présente. Prix du roman Les Lauriers Verts de la Forêt des Livres.

10/10

[1] J'ai reçu l'accord de Grasset ce jour (24 septembre 2013) et j'ai rajouté la photo. Tous les droits de cette photo reviennent à JF Paga.

dimanche 8 septembre 2013

Faber de Tristan Garcia

FABER Le destructeur de Tristan Garcia (Gallimard, 480 pages, 2013)

Incipit [1] :

Je n'ai pas le sens de l'orientation ; je ne saurais même pas dessiner la forme approximative de mon trajet. Mais à chaque tournant j'avais l'impression de sortir d'un grand cercle pour entrer dans un plus petit.

Un beau titre qui prend tout son sens au fil des pages. Faber le destructeur (Faber, du latin fait avec art, ingénieux mais aussi artisan, ouvrier [2]) et destruction car pour construire il faut détruire ? Il y a en tout cas transformation voire révolution. A nouveau, je n'insiste pas pour ne pas trop dévoiler de ce livre, un titre en parfaite adéquation avec l'histoire.

Il y a plusieurs niveaux dans ce livre qui se découvrent au fur et à mesure comme un oignon que l'on pèle. Ce sont d'abord la réunion soudaine, après plusieurs années de séparation, de trois amis suite à des courriers a priori d'appel à l'aide, puis retour en arrière avec un long développement sur leur enfance et adolescence dans un village, comment le groupe s'est constitué, a évolué, a profité de ce moment propice à l'imaginaire, aux illusions. L'enfance, l'adolescence, ce moment particulier des rêves, où tout semble possible, envisageable.

A l'école, Madeleine et Basile sont un peu soumis, Madeleine garçon manqué et Basile souffre-douleur. Et Faber, figure tutélaire, qui va leur apporter ce qu'il leur manquait. Ou pas.

Il y a vraiment beaucoup de choses à dire sur ce roman, sur le message social, philosophique ou la critique d'une époque, sans parler de l'illusion du roman et de la réalité au travers du personnage de Tristan (oui comme l'auteur ... philosophe de formation). Une mise en abyme qui clôt un livre passionnant avec des personnages fouillés dans une histoire qui dévoile, petit à petit, sa complexité et sa profondeur.

Un très bon moment que je recommande qui aurait pu être dans la liste du prix Goncourt 2013. En tout cas plus que L'homme qui savait la langue des serpents auquel je prédisais le Goncourt des lycéens oubliant dans mon allégresse que le Goncourt est réservé à des romans français (c'est ballot).

Note : 10/10

[1] J'ai ignoré l'introduction.
[2] D'après mon Gaffiot de poche.

samedi 7 septembre 2013

La première sélection du prix Goncourt 2013

La première sélection du prix Goncourt 2013


  •  Naissance de Yann Moix (Grasset)
  •  La première pierre de Pierre Jourde  (Gallimard)
  •  Au revoir là-haut de Pierre Lemaître  (Albin-Michel)
  •  Palladium de Boris Razon (Stock)
  •  Le divan de Staline de Jean-Daniel Baltassat  (Seuil)
  •  La claire fontaine de David Bosc (Verdier)
  •  Le quatrième mur de Sorj Chalandon  (Grasset)
  •  Le divan de Staline de Jean-Daniel Baltassat  (Seuil)
  •  Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq  (POL)
  •  Petites scènes capitales de Sylvie Germain  (Albin Michel)
  •  Les Évaporés de Thomas B. Reverdy  (Flammarion)
  •  Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik  (Flammarion)
  •  L’échange des princesses de Chantal Thomas  (Seuil)
  •  Nue de Jean-Philippe Toussaint (Minuit)                                  
  •  L’invention de nos vies de Karine Tuil  (Grasset)
  •  Arden de Frédéric Verger (Gallimard)

 En général je ne cherche pas particulièrement à lire le Goncourt mais je regarde la liste tout de même et si, parfois, j'ai lu un des livres sélectionnés ou qui a remporté le prix. Le livre Un homme effacé d'Alexandre Postel, qui était dans la liste du Prix Roblès, mais l'a manqué, a eu le Prix Goncourt du premier roman 2013. Comme quoi rien n'est perdu pour un écrivain et un roman intéressant.

Dans cette première liste, il y a Les Évaporés, Le cas Eduard Einstein, L'invention de nos vies et Naissance qui me tentent. Et comme au Club La Marguerite hier soir le livre de Karine Tuil a eu les recommandations de Sandrine, ce sera L'invention de nos vies ma prochaine lecture.

mercredi 4 septembre 2013

Théorème vivant de Cédric Villani

Théorème vivant de Cédric Villani (Grasset, 288 pages, 2012)

Incipit :

Un dimanche à 13 heures ; le laboratoire serait désert, s'il n'y avait deux mathématiciens affairés. Un rendez-vous intime pour une séance de travail au calme, dans le bureau que j'occupe depuis huit ans au troisième étage de l’École normale supérieure de Lyon.

Un beau titre qui rappelle que les mathématiques, aussi abstraites et absconses qu'elles puissent être, sont le fait d'hommes et de femmes qui travaillent dur, qui ont des doutes, qui utilisent leur intuition, qui font des rencontres et s'enrichissent à leurs contacts, bref que c'est un processus de découverte chaotique. Et qu'une des formes pures des mathématiques, le théorème,  dans toute sa concision, dans tout son dénuement n’apparaît pas ex nihilo par magie mais est le fruit d'un travail intense, de collaborations et même de refus par une revue prestigieuse qui remet en question les points les plus faibles et participent à l'amélioration de la démonstration.

Cédric Villani nous fait ressentir son amour passionné pour la recherche mathématique qui m'a rappelé Logicomix de par son témoignage profondément humain. Bien que je ne comprenne pas les équations, il est possible d'en apprécier leur complexité formelle, bien plus que de quelques phrases indiquant que c'est difficile. Là je m'en rends compte par des traces concrètes : échanges de mails, et l'usage indissociable de TEX, en-tête de mail qui indiquent des métadonnées comme l'heure (le mathématicien n'a pas des horaires fixes ...), notes de conférence, papiers de recherche, usage de l'anglais.

La personnalité originale de l'auteur ajoute un cachet pittoresque plaisant, et les références régulières à l'histoire des mathématiques ou à d'autres chercheurs, illustrée par des gravures, mais aussi aux lieux prestigieux de la recherche, complète un tableau original et poétique d'un monde rarement exposé aux yeux du grand public. Le tout couronné par une récompense remarquable, la médaille Fields et où il est possible de ressentir (modestement en tant que lecteur) cet accomplissement et le déroulement de cette remise de prix à travers quelques anecdotes.

Ne pas comprendre les notes ou les démonstrations (sous forme d'extrait, la version finale faisant 180 pages environ ...) ne m'a pas gêné, au contraire cela donne un aspect ésotérique qui se marie parfaitement avec le quotidien de Cédric Villani qui a des goûts ou des références culturelles parfois étonnants (pour un mathématicien de son niveau et parce que c'est certainement contraire à l'image (cliché) que je me faisais du mathématicien dans sa tour d'ivoire)

Extrait :

Un mathématicien est comme un aveugle dans une pièce noire, cherchant à voir un chat noir, qui n'est peut-être même pas là ... C'est Darwin qui l'avait dit, il avait raison ! Le noir total, Bilbo dans le tunnel de Gollum.

Un Gömböc en bronze
La découverte dans ce récit d'un objet qui a demandé 12 ans de travail (Le Gömböc) a été une agréable surprise qui ravira les passionnés de puzzle en 3D ou d'objets étranges comme la bouteille de Klein.

Un livre (un peu ovni littéraire tout de même) qui mérite d'être lu.



Note : 10/10

mardi 3 septembre 2013

Les Boloss des Belles Lettres de Quentin Leclerc et Michel Pimpant

Les Boloss des Belles Lettres, la littérature pour tous les waloufs de Quentin Leclerc et Michel Pimpant (J'ai Lu, 191 pages, 2013)

Walouh, la claque, top ten du Casque & l'Enclume, l'Oulipo Achievement (pour 100 G) pour ce DLC de l'année. Les classiques à la sauce GangNam Style, 12 mégatonnes sur la cheullée de Scoville, de la capsaïcine Kaïllera pas pour toute la mifa, PEGI 16 mctc un bon trip pas relou qui C4 ton string fdp ! à se déchirer la boite à rire bien burné mais pas carré VIP non plus delbro mdr ! les joibours vont tâcher leur checou si tu kiffes l'Oulipo ou le keum Queneau tu vas véba vegra ce quinbou de terba, ai pas largué mes liards pour des nifs, j'ai les zygo Milky Way, j'te promets sur la life de ta reum, tu te fais pas iech direct avec ce matos V6 cylindre en V, c'est de la weed en barre bébé.

En parcourant les titres de la rentrée littéraire sur un étal de librairie et en lisant de nombreuses quatrièmes de couverture, j'ai remarqué ce titre, un exercice de style à la Raymond Queneau (avec une variante, le style est le même, les sujets changent) ou un exercice à la Oulipo. Des résumés de classiques de la littérature par un écrivain des cités. Mme Bovary, l’Étranger, Le Rouge et le Noir, La métamorphose, Ulysse, En attendant Godot et j'en passe, il y en a une cinquantaine et lorsque l'original est connu c'est encore plus drôle.

En cherchant la couverture, je me suis aperçu que cet ouvrage est le fruit d'un blog dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Une façon originale de dépoussiérer (d'où le plumeau de la jaquette ?) des œuvres classiques sous un angle complètement décalé. A la manière de ... de Paul Reboux et Charles Müller version gangsta. Un exercice que les membres de l'Oulipo auraient salué comme il se doit.

Un bon moment distrayant.

Teno de fêlé : 10/10

Utoya de Laurent Obertone

UTOYA Norvège, 22 juillet 2011, 77 morts de Laurent Obertone (Ring, 429 pages, 2013)

Incipit :

Quand je pose le pied sur le quai, l'île s'empare de moi.
Ciel sombre, air froid, terre humide. Entre le gris du ciel et de l'eau, une nappe de verdure au milieu du tableau. De l'herbe, quelques arbres. Le vent glacé qui balaie le fjord coupe l'air à l'horizontale, décharne la roche friable des rivages, se heurte aux piliers noirs de la forêt, des pins à l'écorce effritée, écorchés par le vent.

Anders Breivik. Un nom qui disparaîtra de l'esprit de l'immense majorité des gens comme celui de Ted Kaczynski (Unabomber) ou celui de Timothy McVeigh. Il y aura toujours des livres, des documents sur le net, mais ils n'auront pas la célébrité qu'ils recherchaient. Le pire scénario pour ce type d'individu. Et ce livre vous fera comprendre pourquoi.

Je n'avais pas regardé de trop près les événements à l'époque, l'emballement médiatique anesthésie toute pensée. Et la semaine dernière j'ai vu cette couverture en tête de gondole chez Leclerc. Je ne me rappelais pas que l'île s'appelait Utoya. Mais le sous-titre est sans ambiguïté sur les événements relatés.

Ce livre s'attache à présenter Breivik par ses actes terroristes, principalement par le massacre méthodique, déterminé, réfléchi, mécanique, sans empathie, de 69 innocents en une heure environ sur l'île d'Utoya. Difficile à imaginer. Difficile à accepter. Difficile à comprendre.

Ce récitr est très bien construit, un début qui vous met face au Mal de façon brutale et sans concession, alternant le périple du tueur et les rapports de médecin légiste (un résumé des blessures, amplement suffisant, dérangeant), et, peut-être, aider à comprendre la logique nihiliste destructrice de ce moment de chasse humaine.

Mélangeant avec efficacité l'idéologie de Breivik, sa psychologie mégalomaniaque, sa préparation très organisée, sa détermination, le récit de quelques victimes survivantes, d’extraits de rapport d'un psychiatre (pages 242, 250, 258, 262, 270, 274, 288) qui entrent en résonance parfaite avec la psyché de Breivik. S'y ajoutant les réflexions d'un policier, ce livre est une construction étonnamment puissante qui ne vous lâche plus, qui fait ressentir beaucoup d'émotions, d'autant plus prégnantes que je sais pertinemment que ce n'est pas un livre de fiction mais ce qui est le plus proche de ce qui s'est vraiment passé.

Je ne sais si cela m'aide à mieux comprendre ou mieux accepter. Aussi difficile que soit ce livre je pense, malheureusement, qu'il est encore en-deçà de la réalité, des moments atroces, indicibles, innommables vécus par tous ces jeunes sur l'île, des effets sur leur famille, de la souffrance ressentie chaque jour par les survivants terriblement mutilés ou traumatisés à vie. Absolument rien ne peut excuser un tel déchaînement de violence gratuite. L'être humain a, c'est désolant, la faculté de se construire ses propres raisonnements auto justificateurs pour tout et n'importe quoi, y compris de massacrer pour des raisons dites supérieures ou une idéologie. Peu importe que ces raisonnements soient le fruit d'un QI de 135 (Breivik) ou de l'idiot du village, l'intelligence rend plus dangereux l’individu pas son raisonnement plus juste. Chacun jugeant avec sa propre intelligence fait rarement le raisonnement de penser qu'une intelligence supérieure pourrait vous donner tort, ou simplement que la réalité dans toute sa complexité n'est de toute façon pas à la portée d'un individu, ou encore qu'en étudiant les courants de pensée contraires, l'Histoire (sur de longues durées), les avis des experts qui se sont plantés (la liste est trop longue), les mensonges (idéologues, polémistes, déclarations fausses à l'ONU etc.), rien n'est tangible ... bref comment y voir clair et être sûr ? Principe de logique : à partir du faux on déduit n'importe quoi. Alors tout est possible.

Le problème est quand une personne sûre de son idéologie en fait la démonstration par les armes. De la realpolitik au niveau de l'individu. Effrayant. Le seul point positif est le coût que cela nécessite de faire une telle entreprise : organisation, argent, essais, entraînement commando, achat d'armes, munitions, entraînement au tir, faux papiers, déguisement sans parler de volonté, d'hybris, de cynisme, de misogynie etc. Reste à espérer que, parmi les psychopathes, peu en soient capables. Breivik est le produit emblématique du XXème siècle : tueries de masse (nazime, stalinisme, bombe nucléaire, génocide Khmer, rwandais), technologies létales (fusil d'assaut haute performance, munitions spéciales) , communication de masse (media, internet), individualisme (égocentrisme, ethnocentrisme, xénophobie), compétition ultralibérale (écraser son voisin pour réussir), terrorisme.

Dommage qu'après tout ce travail il n'y ait pas les références des documents, supports, journaux, revues, vidéos, sites web etc. en fin d'ouvrage. Un peu surpris également par la préface de Stéphane Bourgoin qui indique page 13 que la non divulgation par les médias du nom et manifeste des tueurs de masse limiterait le phénomène. C'est plausible. Mais dire cela en préface d'un livre justement dédié à Breivik et à son idéologie me parait assez incohérent.

Paradoxalement le peu de témoignages (car peu de survivants) de victimes renforce d'autant et rend plus poignants leur témoignage et leur souffrance.

Un livre percutant, puissant, coup de poing, inquiétant, qui traite parfaitement du sujet.

Note : 10/10

dimanche 1 septembre 2013

L'extraordinaire voyage du FAKIR qui était resté coincé dans une armoire IKEA de Romain Puértolas

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA de Romain Puértolas (Le Dilettante, 253 pages, 2013)

Incipit :

Le premier mot que prononça l'Indien Ajatashatru Lavash Patel en arrivant en France fut un mot suédois.
Un comble !
Ikea.
Voilà ce qu'il prononça à mi-voix.

Un fakir, Indien, se fait payer un aller-retour Inde France pour acheter un lit à clous, le modèle Kisifrötsipi, celui avec 15 000 clous en inox. C'est le point de départ improbable d'une suite de voyages à travers plusieurs pays le plus souvent enfermé dans des colis (armoire, malle).

Cela m'a rappelé, sans que cela soit totalement comparable, deux auteurs, Gilles Legardinier pour le côté positif (la série des chats) et Jonas Jonasson (Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire) pour le côté rocambolesque et farfelu. S'y ajoute un message social sur les immigrés clandestins. Saupoudré d'un humour parfois lourd ou répétitif mais bon enfant et vous passez un moment sympathique dans cet univers décalé.

Ce livre est un peu le reflet de notre époque, les passagers clandestins, l'immigration, la mondialisation et ce n'est pas un hasard si Ikea (voir un article récent de M Le magazine du Monde [1]), société dont il est rappelé qu'une personne sur dix a été conçue dans un de ses lits, flux mondial de marchandises et d'art de vivre, s'insère dans le récit en contrepoint des flux humains et migratoires.

Il y a un parallèle intéressant entre la mise en boite du héros et celle du livre dans le livre.

Une fable humaniste, teintée d'humour, récit folklorique, où j'ai suivi avec plaisir le destin tragi-comique d'Ajatashatru (prononcer d'Achat d'un chat à trou [2]) dans un monde absurde qui joue sur les frontières, les enfermements, les barrières et cela sur plusieurs niveaux de compréhension.


Note : 8/10

[1] M, Le magazine du Monde. Le monde selon Ikea. 27 juillet 2013. Qui donne aussi les mêmes statistiques quant à la conception dans ses lits.
[2] je ne suis pas sûr mais je ne pense pas que celui-là ait été fait dans le livre qui use et abuse de ce procédé !