mercredi 31 décembre 2014

Léviathan de Paul Auster

Aux armes citoyens !
Léviathan de Paul Auster (Livre de Poche, 318 pages, 1992 pour l'édition originale)

Incipit :
Il y a six jours, un homme a été tué par une explosion, au bord d'une route, dans le nord du Wisconsin. Il n'y a pas eu de témoin, mais on pense qu'il était assis à côté de sa voiture garée sur l'herbe quand la bombe qu'il était en train d'assembler a sauté par accident.
Un écrivain découvre que son meilleur ami est devenu poseur de bombe. Il s'évertue à en faire un texte afin d'expliquer qu'il y a plus que les apparences, que de simples faits ne résument pas la vie d'un homme. Que ce dernier n'a pas toujours été ce qu'il est devenu.  Qu'un homme ne se résume pas à son point de chute mais que la trajectoire mérite également notre attention.
Ce n'est pas le premier Paul Auster que je lis, le dernier en date était In the Country of last Things. J'avais aussi beaucoup aimé Moon Palace, La trilogie New-yorkaise et je m'étais fait la réflexion que cela serait intéressant de tous les lire, par ordre chronologique. Un  de mes nombreux projets de lecture avorté. Et puis en lisant Tarnac, magasin général, le Léviathan apparait dans la liste des livres saisis par la Justice. Ayant terminé ce livre ce jour, je comprends pourquoi, il y a effectivement des similitudes, comme l'influence d'un texte sur la vocation radicale d'un des personnages. Dans Tarnac c'est L'insurrection qui vient, dans le Léviathan c'est une thèse sur Alexandre Berkman.Il y a d'autres similitudes troublantes. Ce livre résonne différemment pour ces différentes raisons, après tout j'avais choisi de le lire car étant un livre saisi. J'en ai d'ailleurs acheté quelques autres de cette liste, pour voir.

C'est avant tout un roman psychologique avec une analyse fine des rapports entre les personnages, de leurs changements, de leur ambivalence et finalement des sables mouvants sur lesquels se fondent une grande partie de notre vision du monde, de nos certitudes, et comment ces dernières peuvent être remises en cause. Aussi comment il est difficile de comprendre quelqu'un, que nos représentations des autres reposent sur des convictions le plus souvent erronées. Ce qu'on retrouve dans les livres de Julian Barnes par exemple.

Le choix de couverture est excellent, car dans le livre est fait référence à une représentation distordue de la statue de la liberté. Et comme l'auteur s’ingénie à une mise en abyme savoureuse, le narrateur parlant du roman de son ami, du roman sur cet ami qu'il a baptisé Léviathan, qui in fine est le livre que le lecteur tient dans les mains, Paul Auster s'amusant de la frontière entre auteur, narrateur, et personnage à l'intérieur du roman. De même dans le livre une thèse défend le combat d'un anarchiste, un peu comme Léviathan défend Benjamin Sachs. Comme souvent chez cet auteur la lecture est à plusieurs niveaux et j'ai pris grand plaisir à lire cet ouvrage très bien écrit, les personnages étant particulièrement vivants, le lecteur est aux premières loges de leurs introspections.

Le sujet abordé est très contemporain et sensible puisqu'il s'agit de terrorisme et il est possible à partir de cet ouvrage de réfléchir sur les tenants et les aboutissants d'une telle pratique violente. Paul Auster ne cherche pas tant à condamner qu'à essayer de comprendre le cheminement qui peut amener à un tel choix. De ce point vue également l'ouvrage tient ses promesses sans dogmatisme. La thèse qui soutient des choix de lutte radicaux dans le roman peut rappeler le manifeste d'Unabomber (Ted Kaczynski) ou encore celui d'Anders Behring Breivik qui a massacré de jeunes innocents sur Utoya. Les motivations ne sont pas toujours les mêmes et la manière de faire non plus. Comme quoi les mots ont une influence, et l'auteur le souligne lorsque le narrateur, écrivain, parle de ses ouvrages qui lui échappent et ont une vie propre, que ses lecteurs se les approprient et les interprètent à leur façon.

Ce livre de P. Auster "présente" un terrorisme soft, sans morts, et romantique (les messages sibyllins envoyés à la presse). De ce point de vue l'auteur ne va pas trop loin sur un sujet difficile. Mais cela reste néanmoins une source de réflexion riche et sujette à débat. Plus profondément l'auteur aborde la perte de certaines valeurs dans la société américaine.

J'ai été happé par cette histoire, curieux d'en connaitre la fin, le dénouement entre les différents protagonistes. Une histoire très bien racontée sur un sujet de société qui interpelle.

Note : AAA

lundi 29 décembre 2014

Tu mourras moins bête tome 3 de Marion Montaigne

L'étoile noire ! L'étoile noire !!
Tu mourras moins bête tome 3 de Marion Montaigne (Delcourt, 256 pages, 2014)

Résumé :
Des questions de science, vulgarisée et illustrée, avec un humour potache qui fait drosophile.

Je ne connaissais pas il y a encore peu de temps, c'est un ami proche qui m'en a parlé, et qui dans la foulée a offert ce volume à ma femme pour son anniversaire, grâce lui soit rendu. Bon maintenant je suis Montaignophile ou Marionpathe c'est selon. Ma femme fait partie du C.Q.F.M.M. (Club Quantique des Fanatiques de Marion Montaigne) plus connu sous le vocable CQFM carré.

On apprend plein de chose (si vous n'êtes pas convaincu lisez la bibliographie à la fin, faut aussi être anglophone car les sources sont de la recherche et en général c'est en anglais) sur la vie de tous les jours et c'est illustré avec beaucoup (énormément) d'humour. Au départ je trouvais les dessins assez mal fait, bon c'est toujours le cas en fait, mais non seulement on s'y habitue mais en plus cela illustre plutôt assez bien le propos décalé (rien que le professeur moustache déjà ...). C'est à partir d'un blog que finalement Delcourt en a fait un recueil papier. Là c'est le volume 3 et il nous tarde de lire le 1 et le 2 ! Cela tombe bien je pars à la médiathèque cet après-midi !

Note : AA

dimanche 28 décembre 2014

La fonction du balai de David Foster Wallace

Allô CÔco ?
Psychanalyse des contes défaits.
Manifeste de pensée latérale
La fonction du balai de David Foster Wallace (J'ai Lu, 700 pages, 2014)

Incipit :
La plupart des très jolies filles ont de très vilains pieds, et Mindy Metalman n'échappe pas à la règle, comme le remarque soudain Lenore.

Un livre ovni, où vous rencontrerez une perruche nommée Vlad l'Empaleur, qui éructe des propos tendancieux, un psychologue à l'éthique élastique dont les patients sont invités dans son cabinet sur des fauteuils mécaniques roulants, un éditeur dont la maison n'édite quasiment rien, l'installation d'un désert de sable noir comme projet d'aménagement, une grand-mère qui vit dans une pièce chauffée à 37,5°  et j'en passe.
"Oh oui nous le savons, n'est-ce pas mon précieux ?" siffla l'Antéchrist à la jambe.
Un travail d'écriture et sur l'écrit remarquable, dans ce monde de parole, de communication, et pourtant névrosé jusqu'à la moelle.  Un imaginaire débordant, avec des styles variés, dans une trame dense et ramifiée nécessitant un effort pour ne pas se perdre. Un humour très fin, deuxième voire troisième degré, teinté d'une ironie grinçante et désespérée. Une mise en abyme sur plusieurs niveaux, l'auteur prenant grand plaisir à troubler la frontière entre la fiction, le réel, la fiction sur le réel, le réel de la fiction, ajoutant des passages philosophiques et de réflexion à ce récit labyrinthique. Une fascination pour les histoires, pour les mots, le récit, où l'auteur teste certaines de leurs limites, peut-être critiquant en creux le storytelling constant des médias, les outils de communication, y compris ceux au service de la thérapie. Il décrit un monde d'illusion, de pertes de repère où chacun est confronté à ses limites pour exister.
Quand les gens commencent à s'imaginer qu'ils y connaissent quelque chose en littérature, ils cessent d'être intéressants, littérairement parlant, et ils ne présentent plus aucun intérêt pour ceux qui le sont. Tu es parfaite, c'est moi qui te le dis.
Des passages oniriques, voire surréalistes, un monde post-moderne, chaotique, absurde, non-sensique. Un livre génial et fou qui m'a rappelé, bien que je l'aie lu il y a longtemps, La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, qui s'est suicidé lui aussi. Un côté Monty Python et pas seulement pour la scène du repas, Terry Gilliam et son Brazil déjanté, Boris Vian pour l'onirisme fantastique, Pynchon pour le roman complexe et érudit (entre autres), Murakami pour le brouillage des frontières rêve réalité, etc.  La psychanalyse des contes de fée de Bettelheim, sur le symbolisme, et Freud sur la sexualité. Les fictions du livre et à l'intérieur de celui-ci s'interpénètrent et s'influencent comme dans Le Magnifique avec Belmondo (le lecteur étant le spectateur, extérieur à l'objet dans les deux cas). L'auteur en tout cas a une clairvoyance lucide sur son époque et réussit à en faire un récit percutant. Il digère la culture pop et se permet de citer Le Seigneur des Anneaux (voir l'extrait supra).
Seul un grand homme peut rire de lui-même, mais seul un homme encore plus grand peut rire de cet homme.
Un livre qui parle d'aliénation, de manipulation, de contrôle, de paranoïa, de faux-semblants, des apparences, comme dans les romans de Philip Kindred Dick. Un livre qui débute par un trauma et qui se termine par

Bravo au traducteur car cela ne devait pas être une tâche facile. Un premier roman saisissant. C'est en lisant les entretiens qu'il a eus avec David Lipsky [1] dans Le Magazine Littéraire que j'ai voulu découvrir cet auteur. Quelle tristesse que D. F. Wallace ait mis fin à ses jours, j'aurais vraiment aimé le rencontrer et lui poser tout un tas de questions.
 LENORE : Par simple définition. Tout ce qui est dit  crée, limite et définit.
Une œuvre littéraire culte ! Je suis un homme de

Note : AAA

[1] Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même. Sur la route avec David Foster Wallace. David Lipsky. Au diable vauvert.

Les vieux fourneaux : ceux qui restent, tome 1 de Lupano et Cauuet

Le vie c'est du théâtre
Les vieux fourneaux : ceux qui restent, tome 1 de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud, 56 pages, 2014)

Résumé :
Trois vieux se retrouvent à un enterrement. L'un deux rencontre sa petite fille qui 1. est enceinte 2. a repris le théâtre (Le théâtre du loup en slip) d'un de ses parents, 3. lâchée par son compagnon. Ces retrouvailles donnent lieu à une révélation qui va enclencher toute une série d'évènements.

Dès le début on accroche à l'histoire, les couleurs, le dessin, les cadres, l'humour très présent, les personnages très bien campés, font qu'on s'immerge totalement.
Les auteurs ont su saisir ce qui fait l'essence de la vie, les petits détails, souvenirs, les rapports de famille, et surtout cet état particulier, la vieillesse, où le corps ou l'esprit se dégradent alors qu'on a eu une vie riche, étonnante, mouvementée,  et cette histoire le met excellemment bien en relief, un peu le tragique de nos destinées à la date de péremption programmée.

Un de mes beaux cadeaux de Noël, dévoré le soir même. A lire !! je suis curieux de la suite ...

Note : AAA 

dimanche 21 décembre 2014

Saving Joseph de Laurent Clerc

Olé !
Saving Joseph de Laurent Clerc (Denoël, 180 pages, 2014)

Incipit :
Marie est agenouillée, les mains jointes sur la poitrine. Deux boucles symétriques dépassent de son voile blanc. Son regard aimant posé sur la litière anticipe le nouveau-né radieux.

Un quadra à la recherche du bonheur. Son couple semble dans un état Schrödinger (à la fois mort et vivant ! pour savoir il faut opérer ...). Décidé à sauver ce qu'il peut suite à la donation financière de son père, il utilise cette manne financière pour proposer un voyage de rêve à sa femme. Cela ne se passe pas comme prévue. L'aide de Joseph, qui a du temps libre dans la crèche de l'église toute proche, n'aura pas non plus tout à fait les effets escomptés.

Le style détaché, humoristique, de personnages aux vies compliquées me rappelle les livres de Gilles Legardinier. L'amour, le désir, l'insatisfaction continuelle, le sens de la vie, la recherche du bonheur, un parallèle osé avec la vie de Joseph, alter-ego intérieur et fantasmatique de notre héro, sur lequel ce dernier projette ses propres névroses, donne une histoire dynamique, alerte et amusante.

Un livre sympathique.

Note : A

L'oiseau Canadèche de Jim Dodge

Coin ! Coin !
L'oiseau Canadèche de Jim Dodge (10/18, 115 pages, 1984 pour l'édition originale)

Incipit :
Elle avait dix-sept ans ; elle s'appelait Gabrielle Santee ; elle était enceinte de trois mois quand elle se maria avec Johnny Makhurst, dit le Supersonique.

Un conte poétique, qui commence par la perte familiale irréparable pour Titou, alors recueilli par un grand-père excentrique. Titou a une passion, les clotûres, qu'il pose à longueur de journée, inconsolable de la perte de sa mère. Le grand-père est immortel par les vertus d'un whisky dont la recette a été transmise par un vieil indien agonisant. La vie de Titou et du grand-père est chamboulée par l'arrivée d'une cane au caractère bien trempé et la chasse à un sanglier malin, déterminé à saccager les clôture de Titou.

Une porte sur la perception, qui laisse libre aux interprétations. Un conte spirituel et spiritueux, qui laisse rêveur. Une lecture agréable et malicieuse.

Note : A


samedi 20 décembre 2014

Le fils de Philipp Meyer

I'm a lonesome cowboy
and I'm a long way from home ...
Le fils de Philipp Meyer (Albin Michel, 688 pages, 2014)

Incipit :
On a prophétisé que je vivrais jusqu'à cent ans et maintenant que je suis parvenu à cet âge je ne vois pas de raisons d'en douter. Je ne meurs pas en chrétien bien que mon scalp soit intact et si les prairies des chasses éternelles existent, alors c'est là que je vais.

Le livre débute par un arbre généalogique, très utile, voire indispensable au début, pour suivre les récits sur la famille McCullough. Centré principalement sur trois personnages, Eli, enlevé par les comanches , et élevé par ces derniers, Peter, la honte de la famille, celui que le massacre d'une famille voisine de mexicain ronge, et Jeannie (Jeanne Anne) qui va tenter de survivre dans un monde d'homme, lors de l'expansion rapide d'une nouvelle ère énergétique, l'exploitation du pétrole.

La naissance d'une nation, les états-unis,  vu au travers d'un lieu, le Texas, et d'une famille. La violence, la cruauté, le pouvoir, l'argent, la colonisation. Sans angélisme ni manichéisme, un portrait saisissant d'une époque, avec ses coutumes, son racisme, sa dureté. Cette relecture, par le prisme de trois générations d'une famille, est passionnante. Une synthèse excellente du self-made man, de la place de la femme, de la volonté de conquête de l'homme (qu'il soit indien, mexicain, Blanc ...), de puissance, d’expansionnisme etc. Le prix à payer du gène égoïste, livre brillant de Richard Dawkins, et qui explique le déclin et la chute des civilisations (voir Effondrement de Jared Diamond).

Le combat des êtres, des familles, des peuples pour vivre, survivre puis mourir. Un livre fort, profondément humain,  désespérant sur certains aspects. Pousse à l'introspection et à la réflexion sur le sens de la vie, il dépasse allègrement la simple histoire de la naissance du Texas américain. Le fils est tout un symbole, si j'ai bien compris de qui il s'agissait. Cela démontre d'une manière magistrale la tragédie de nos destinées.

Une excellente lecture ! Un conseil de lecture : photocopier l'arbre généalogique et prendre quelques notes (compléter l'arbre par divers évènements, les surnoms, les relations etc), cela aide à bien suivre. En tout cas cela m'a bien été utile pour vivre avec cette famille pendant plus d'une semaine !

Note : AAA (il parait que les notes chiffrées font peur et traumatisent ...)

dimanche 30 novembre 2014

Ma vraie rencontre avec Franck Thilliez

Franck Thilliez en pleine dédicace
Ma vraie rencontre avec Franck Thilliez (Passion Culture, 2h de file d'attente, 30 novembre 2014)

Incipit :
Une journée triste, grise comme la robe des souris qui grignotent dans les murs de mon abri de fortune délabré. La température extérieure, de réfrigérateur fanatique, n'a pas vaincu ma volonté inébranlable de partir en mission. Le dernier pavé de Sir Thilliez sous mes bras fatigués, un mégot au bec, avec un contrat en ligne de mire. Avoir une dédicace de l'auteur. De Franck Thilliez. Hé oui. Et le plaisir ineffable de le rencontrer en chair et en os, d'entendre sa voix, de partager son espace un bref instant. Un grand moment en perspective.

Et oui, mission réussie !!! C'était pas gagné. Prévu de longue date, suivi d'un échec cuisant, j'ai enfin rencontré mon idole. Bon les deux heures de file d'attente m'ont égaré et alors que je me suis retrouvé devant lui j'ai ressenti l'émotion de l'ado prépubère qui doit réciter la première fois sa poésie devant une classe remplie d'ado prépubères. J'ai commencé très fort, "j'aime ce que vous faites". Ah oui. Quand même. Mince. Michel Audiard aurait été fier. Heureusement qu'un journaliste a pu immortaliser ce moment. Bon il est vrai que pendant deux heures j'ai eu le temps de discuter de tout un tas de questions et que la personne qui est passée juste devant moi en a posé plein. Et après l'émotion, que dire d'original ? Alors qu'il vient de voir défiler 476 personnes avant moi ? De ce questionnement métaphysique a résulté cette question sublime de banalité. En fait je lui aurais bien demandé de pouvoir lire le manuscrit de son prochain livre. Mouais, peu probable.
Ahhhh trop content !!! Dans ma main gauche,
le manuscrit de son prochain livre.
Naaannn je rigole

Bon il est super sympathique, à l'antithèse du poster où il pose, avec le regard Sig Sauer, où clairement vous ne lui confieriez même pas votre chat. Ou alors votre belle-mère. Mince, ma femme ... bon disons qu'il est adorable. Super dédicace au fait, merci Franck ! (il y a même un dessin !!!). J'aurais bien demandé le poster de promo pour la dédicace, et pouvoir l'accrocher au dessus de mon lit (après négociation avec ma douce). D'un autre côté j'avais pas le poster. Et je viens seulement d'y penser. Ok, peut-être une prochaine fois.

J'ai demandé l'autorisation de publier sa photo sur ce blog, ce qu'il m'a accordé et, surprise, il a pris l'adresse de ce site. Wahou la pression, arghhh, qu'est-ce que j'ai écrit déjà sur ses livres, déjà ??? En particulier sur le dernier ??? Sais plus. Bon j'assume en tout cas. Mais j'ai fait, en fait même refait, du trajet, pour le voir donc ....

En tout cas très content de ce moment singulier. Rencontrer des auteurs est toujours pour moi source d'une joie indicible (l'effet célébrité ?). La prochaine fois je réfléchirai à une vraie question. Merci à mon épouse de m'avoir ravitaillé en vol (eau, Muffin) ce qui m'a permis d'arriver devant Franck dans un état à peu près potable (comme l'eau en somme). Et d'avoir pris la photo pour immortaliser ce moment (Comme disent les oiseaux, que ferais-je sans elle). J'ai tout de même appris au passage qu'on prononçait "tilié" et non "tilièze", cela m'apprendra à lire et de ne pas regarder la télé.

Note : 10/10

L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger

Da Vinci TGV
L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger (Gallimard, 478 pages, 2014)

Incipit :
Classé 4 sur l'échelle de Turin -- requiert l'attention des astronomes, risque de collision supérieur à 1%, susceptible de dévaster une région --, le géocroiseur Apophis pourrait atteindre la Terre le 13 avril 2036.
Un livre assez étonnant, car traite d'un sujet a priori abscons, l'aménagement du territoire, qu'on imagine bien réservé à des hauts fonctionnaires aux vêtements grisâtres, manipulant des statistiques, étudiant des rapports administratifs denses et soporifiques. De surcroit l'histoire-géo n'est pas souvent la matière la plus citée comme étant source de joie et d'éclate totale. Mais Aurélien Bellanger réussit à rendre ce sujet passionnant, revisitant l'histoire, la géographie, et trouvant les points clés ou les éléments propices à rendre attrayante une région, par son territoire, son passé, et non par les spécialités locales (c'est pas le guide du routard !).

Il va mettre en avant une région, la Mayenne, une ville, Argol, et les divers points qui font muter ou permettent de faire muter en environnement. Quelles décisions, quelles forces en présence, sur le court, moyen et long terme. C'est le tracé d'une ligne TGV qui sert de prétexte mais aussi qui va précipiter les choses.

L'auteur prend de la hauteur et on sent l'intelligence de ses propos, faisant correspondre des événements souvent distants ou ayant semble-t-il peu de rapport entre eux, pour en sortir une réflexion, une analyse. Petit à petit on tend vers le thriller, le complot, les sociétés secrètes. Un peu comme un Da Vinci Code (écrit par Fred Vargas ? Umberto Eco ?), mais assez cérébral (oui ce n'est ni le Da Vinci Code, ni du Fred Vargas), en s'intéressant à la campagne plutôt qu'à une grande ville touristique, et à des matières qui interrogent notre humanité comme l'archéologie, à la politique d'aménagement d'une région, à la politique industrielle, à la lutte entre des capitaines d'industrie et des haut fonctionnaires souhaitant valoriser les territoires.

Un roman qui fait écho à des faits relativement récents comme l'affaire de Tarnac. (bravo pour le pastiche l’Étoile Absinthe) ou plus ancien comme Ted Kaczynski (Unabomber), et réfléchit sur les luttes de pouvoir plus ou moins visibles influençant l'environnement, que ce soit au niveau historique (et sa mise en forme, son contrôle), géographique (et l'impact économique de choix d'aménagement, lutte entre les régions, indépendantisme), mental (manipulation, théories du complot, propagande), politique (extrême droite), religieux etc.. Ce livre touche à beaucoup de sujets mais avec un esprit de synthèse étonnant.

Il y a trop de choses à dire d'un tel ouvrage, je ne sais si je lui rends justice, j'ai l'impression de partir dans tous les sens, mais en tout cas le livre se tient. Il est passionnant de bout en bout. Plus que d'avoir l'impression de se sentir plus intelligent après, je ressens surtout l'intelligence de l'auteur qui a écrit un livre maitrisé, voire brillant. J'aime l'éclectisme des sujets abordés. Du grand art. J'ai appris qu'il avait eu le prix du Zorba en sus du prix de Flore.

Note : 10/10

mercredi 26 novembre 2014

Le problème Spinoza d'Irvin Yalom

Je demande à la foule ignorante et
superstitieuse de ne pas lire mon livre.
Le problème Spinoza d'Irvin Yalom (Livre de poche, 546 pages, 2012)

Incipit :
Tandis que les derniers rayons de lumières ricochent sur les eaux du Zwanenburgwal, Amsterdam ferme boutique. Les teinturiers rassemblent leurs étoffes - magenta, cramoisies - qui sèchent sur les berges de pierre du canal. 
Quel livre ! je l'ai dévoré en quelques jours. Cela se passe à deux époques, le XVIIème siècle au temps de Spinoza et au début du XXème au temps d'Alfred Rosenberg, idéologue nazi. Et l'auteur explore au passage la rupture de la pensée suscitée par les idées étonnantes pour l'époque de Spinoza. On est témoin de leur genèse, Irvin Yalom réussissant à s’immiscer dans la tête du philosophe. En parallèle dans celle d'une personne névrosée qui a œuvré à diffuser ses idées de suprématie blanche et du sang pur aryen.

Un livre très pédagogue sur la philosophie de Spinoza qui prend souvent la forme de dialogues très travaillés à l'instar des dialogues antiques de Platon. Le genre de livre où je me suis senti plus intelligent après la lecture qu'avant. Se pose rapidement le problème Spinoza. A son époque ne pas avoir la foi de sa communauté, voire instiller le doute dans cette dernière posait des problèmes de pouvoir des rabbins mais pouvait aussi mettre en danger la communauté. C'est un peu ce qu'on retrouve dans le XXème siècle chez Alfred Rosenberg, à la fois troublé qu'un juif comme Baruch Spinoza ait pu avoir une influence, être courageux et avoir mis en charpie la foi par l'arme de la raison. Cela pose beaucoup de questions sur l'aveuglement, l’idolâtrie en : la religion, l'idéologie, mais aussi la raison, qui ont les mêmes symptômes, le même absolutisme et où chacun voit midi à sa porte. La question cruciale de "qu'est-ce que la Vérité ?" est également posée, avec force et l'auteur en détaille les conséquences. Mais aussi comment des idées délétères, heurtant la raison, comment des opinions aussi peu fondées, comme le sang pur, ont pu aider à un génocide, le portrait d'Alfred Rosenberg aide dans une certaine mesure à comprendre. Des idées qui, malheureusement, perdurent de nos jours. L'auteur, avec une ironie mordante, décrit les conflits au sein même de l'élite supposée des übermensch, conflits dont ont été témoins et acteurs les soit-disant êtres supérieurs, tellement imbus de leur folie, aliénés de leurs idées, qu'ils étaient aveugles de la contradiction flagrante entre l'idéologie et les actes et pensées de leur entourage. De faux dieux aux pieds d'argile. Il est tout de même paradoxale que Spinoza, à des années lumières du nazisme et des camps de concentration, ai pu "servir" à l'idéologie de Rosenberg.

L'épilogue fait frémir, se terminant par le procès de Nuremberg et la postface, quant à elle, distingue l'Histoire de la fiction.

Un livre accessible, très intéressant par les sujets et les réflexions abordés, qui démontre la noirceur humaine mais laisse un espoir quant à la tolérance. L'aventure de la bibliothèque de Spinoza, point de départ de l'envie d'écrire le livre m'a rappelé La bibliothèque perdue.

Brillant, profond, érudit, un livre passionnant de bout en bout qui traite le fait religieux sans superstition, un peu comme dans Le royaume, mais dépasse ce cadre par d'autres considérations (le nazisme, la Shoah, la philosophie) en plus de l'étude du Livre (ici la Torah) et par la finesse psychologique des personnages assez fouillée, l'auteur étant psychiatre de formation, cela se ressent. L'exploration édifiante d'une partie de notre Histoire.

Chapeau ! Un auteur à découvrir, et dont les autres parutions semblent tout aussi passionnantes, en particulier La méthode Schopenhauer ou Et Nietzsche a pleuré.

Note : 20/10

dimanche 23 novembre 2014

Constellation d'Adrien Bosc

Constellation d'Adrien Bosc (Stock, 198 pages, 2014)

Incipit :
Ce soir du 27 octobre 1949 sur la piste de l’aérodrome d’Orly, le F-BAZN d’Air France s’apprête à accueillir trente-sept passagers en partance pour les États-Unis. Un an plus tôt, Marcel Cerdan débarquait auréolé du titre de champion du monde de boxe des poids moyens conquis de haute lutte à Tony Zale.
Le crash de l'avion des stars, un Constellation, qui emportait à son bord des célébrités comme Marcel Cerdan, boxeur mondialement connu, et Ginette Neveu, prodige du violon.

L'auteur va raconter les circonstances du drame, le contexte, puis s'intéresser aux personnes à bord du Constellation. Très bel avion par ailleurs. J'aimais bien les avions plus jeune, mes deux préférés étaient le Corsair F4U (à cause de la série TV et de ses ailes en W) et le SR71 Lookheed Blackbird pour son design exceptionnel. J'avais pu même faire le premier en maquette, que je n'ai plus hélas. J'ai donc bien apprécié les parties sur les pilotes ou l'avionique (balises radio etc).

Dans cet ouvrage on apprend plein de choses en particulier sur Ginette Neveu, je ne savais pas à quel point elle était douée. On peut mesurer aussi les contingences de la vie, comment certains ont échappé à ce crash, par pur hasard, de même que les forces qui ont poussé à prendre cet avion à ce moment là. Il y a plusieurs moments d'émotion, pas forcément pour les plus connus d'ailleurs, mais pour la 49ème victime, je ne m'y attendais pas et j'ai trouvé cela très touchant.

Parfois l'auteur se laisse aller à la fiche wikipédia, comme pour l'alphabet radio ou certaines biographies, mais l'ensemble se tient et ne manque pas d'allure. L'auteur voyage, enquête et retrouve même ce jeune garçon qui attendait le retour de son père, très beau passage. Finalement cette enquête est riche et pleine d'émotions, la lecture de certaines lettres sont d'une poésie tragique.

J'aime beaucoup !

Note : 9/10 

samedi 22 novembre 2014

Ma rencontre avec Clara Dupont-Monod

L'affiche pour la promo
Ma rencontre avec Clara Dupont-Monod (Château de Beaugency, Dédicace)



Cet après-midi à Beaugency, était présenté le dernier livre de Clara Dupont-Monod. Cela s'est passé dans l'enceinte du château récemment rénové. La température de la salle était dans l'ambiance XIIème siècle, fraîche. Normal pour un château me direz-vous. Un échange fructueux s'est ensuivi avec une animatrice de la librairie Passion Culture, où pendant une heure des questions pertinentes ont fusé et ont eu des réponses qui ne l'étaient pas moins. Je suis beaucoup plus calé en Aliénor d'Aquitaine que ce matin, vous pouvez me croire. Et j'ai bien ri aussi. Le monde est petit car la libraire animatrice est celle à qui j'ai acheté le dernier Franck Thilliez le jour où il devait y avoir une dédicace. Pas d'erreur de date cette fois.

Clara pose pour moi !

Agrémenté de chants (chœur de musique ancienne) et de lectures de passages de son dernier ouvrage, nous avons eu droit après à une séance de dédicaces et surtout la possibilité d'échanger quelques mots avec celle qui sévit sur France Inter dans l'émission de Charline Vanhoenacker et d' Alex Vizorek (émission dont elle dit le plus grand bien et je la comprends, tant l'ambiance est chaleureuse). J'ai eu le plaisir et l'honneur de lui apporter des pâtisseries et, cela ne doit pas être un secret, Clara est gourmande ! Fidèle en cela à l'esprit du moyen-âge où elle a usé du même vocable : une époque de gourmandise.

Son dernier livre
La dédicace est amusante, un petit mot pour ma femme et moi, et c'est d'ailleurs ce qui m'a plu chez elle à savoir son humour. Aussi son franc-parler, sa spontanéité, sa manière de raconter. Bref elle est charmante. Mon épouse ne me contredira pas, qui ne tarit pas d'éloge à son égard. J'ai pu lui demander l'autorisation de publier son portrait sur ce blog (je parle de Clara et non de ma femme), elle a préféré poser, les autres clichés n'étant pas à son goût. Il est probable qu'il y ait une suite à ce livre sur Aliénor, en tout cas elle y pense sincèrement.

Très content de ce moment partagé.

Note : 10/10





jeudi 20 novembre 2014

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte de David Foenkinos (Gallimard, 224 pages, 2014)

Incipit :
Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe.
Elle n’est donc pas la première Charlotte.
Il y eut d’abord sa tante, la sœur de sa mère.
Les deux sœurs sont très unies, jusqu’à un soir de novembre 1913.
Franziska et Charlotte chantent ensemble, dansent, rient aussi.
Ce n’est jamais extravagant.
A l'instar d'un OOna & Salinger, mi-fiction mi-biographie, David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, sa famille aux multiples traumas (suicide, dépression), son génie artistique compromis par une époque chaotique, sa destinée fauchée par l’innommable, la haine ... le nazisme.

Un choix narratif particulier, suite de phrases courtes, mais qui ne m'a pas semblé artificiel ou forcé. Dit autrement, on se laisse emporter dans cette histoire, avec empathie pour ce destin brisé injustement. De même que pour Maus j'ai ressenti une incompréhension pour ce délire de haine contre les juifs et un mélange de tristesse mêlée à la colère devant l'indicible cruauté de l'être humain. Cela contraste d'autant avec la vie de Charlotte, déjà pas facile au départ, qui veut tout simplement se réaliser, artistiquement, familialement et amoureusement. Elle aura eu le temps de laisser suffisamment de traces, une  œuvre qui fait un pied de nez devant la bêtise absolue du nazisme, de la bassesse de certains. David Foenkinos rend hommage à cette artiste d'une belle manière, à la fois humble et sincère. Touchant.

Note : 10/10

mardi 18 novembre 2014

L'Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

Les enfants du capitaine Roblès
L'Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma, 460 pages, 2014)

Incipit :
Le Tigre à droite, désormais invisible, à gauche les hauteurs pelées des monts Gordiens ; entre les deux, la plaine ressemblait à un désert fourmillant de carabes à reflets d’or. C’était à Gaugamèles, moins de trois ans après la cent douzième Olympiade.
Certains développent des applications, des théories, d'autres des muscles saillants (le développé-couché ha ha), moi j'ai développé une tendinopathie. C'est moins glamour mais laisse plus de temps à la lecture d'un autre côté. Las, moins de tir à l'arc, snif snif, pause forcée, l'amertume et le vague à l'âme. La fin du monde quoi. Tout à coup l'arc recurve flambant neuf ou encore le super kit Win&Win Archery Blast 34" devient un rêve plus diffus voire sombre dans l'abîme. Depuis que j'ai essayé un compound j'ai des étoiles dans les yeux et le bras qui pend. C'est ballot. Pfft ! Mais voilà j'ai pu lire en quelques jours L'Île du Point Némo ... maigre compensation, mais compensation tout de même.

L'enquête rocambolesque sur un joyau disparu. Holmes est sur le coup. Tout converge vers le point Némo. Mais attention dans son royaume, Cthulhu veille et rêve. Iä, Iä, Cthulhu fhtagn.

La liberté d'écrire, de voyager, de surprendre, foisonnement textuel, hymne à l'imaginaire. Aventures, mélange de Jules Verne, Bob Morane de Vernes aussi ..., mais écrit par les Marx Brothers sous coke ou par Mel Brookes sous LSD. Récit déjanté, foutraque, d'une épopée très référencées y compris, et cela m'a surpris, de l’œuvre de Lovecraft : Cthulhu, Miskatonic, Armitage, R'lyeh, etc. 

Inclassable, moins délirant que J.M. Erre tout de même, avec son Sherlock ou sa fin du monde, qui ne se prend jamais, mais alors jamais au sérieux. Cela me rappelle l'imagination d'un Charles Stross ou d'un Jasper Fforde. Comme dans M. Pénombre il y a une réflexion sur le livre, la littérature, sa dématérialisation. Comme dans l'urinoir, un côté décalé que j'aime beaucoup. De plus les personnages sont "inversés", "mélangés", Holmes qui a un passé de Watson, qui déduit comme une bille etc. Et une surprise qui donne une suite originale à L'île mystérieuse. Cela n'a pas de prix ! Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, la mise en abyme, le patchwork ... très ludique.

Un livre qui vous emmène dans un voyage, de l'autre côté du miroir, plus malin qu'il n'y parait et dont les références me parlent. Les couvertures des éditions Zuma sont très jolies, une belle décoration dans la bibliothèque !

Une réussite.

Note : 10/10

mercredi 12 novembre 2014

Le Royaume d'Emmanuel Carrère

Da Vinci Carrère
par Sir Emmanuel
 Le Royaume d'Emmanuel Carrère (P.O.L., 630 pages, 2014) 

Incipit :
Ce printemps-là, j'ai participé au scénario d'une série télévisée. En voici l'argument : une nuit, dans une petite ville de montagne, des morts reviennent.
Les réflexions personnelles sur le fait religieux et les origines du christianisme, un récit sur une quête spirituelle personnelle, une enquête sur les faits historiques à l'époque de Jésus et des apôtres, sur ce qui est crédible ou pas, et le choix de combler de façon réaliste ce qu'il manque. Pas à proprement parler un roman, en tout cas pas comme je le conçois. Pourrait faire partie des factions, comme pour Oona & Salinger. On suit les doutes, les changements, l'auteur ayant été croyant trois ans, puis non croyant, et l'introspection assez poussée sur la signification de la Vie ou du moins qu'est-ce que bien vivre, au sens spirituel et chrétien plus particulièrement.
L'écriture est enlevée, fluide, et cela se lit avec entrain même pour un non croyant. On sent que l'auteur connait, maîtrise le sujet, et prend plaisir à son exégèse. J'ai bien apprécié aussi les comparaisons contemporaines notamment avec le communisme. Ce qui me plait le plus est l’esprit d’analyse mis en œuvre, l’art subtil de l’interprétation, de la comparaison et la méthodologie mêlée d’intuition et d’imaginaire pour enrichir le corpus de l’étude biblique. Je ne suis pas expert et ne peux juger de la qualité finale mais en tout cas c'est particulièrement convaincant. L’auteur a le mérite de préciser lorsqu’il invente, déduit, compare et n’hésite pas à s’impliquer et dire franchement ce qu’il pense de tel ou tel fait. Sur ce point c’est d’ailleurs parfois assez drôle. Enfin si on prend suffisamment de distance et de recul.  Le tout sans fausse pudeur semble-t-il mais aussi avec un peu de pédantisme, ce qu'il assume totalement. Mais le cabotinage ne me gêne pas, cela ajoute de la vivacité !

Quant aux personnes qui ont besoin, dans l'intérêt de leur croyance, que je sois un ignorant, un esprit faux ou un homme de mauvaise foi, je n'ai pas de prétention de modifier leur prétention. Si elle est nécessaire à leur repos, je m'en voudrais de les désabuser.

Un livre qui n'est pas un guide de développement personnel mais qui offre des pistes de réflexions spirituelles diverses, à tout le moins qui interroge. Ce qui n’exclut pas l'ironie ou le sarcasme un peu comme dans La lamentation du prépuce, assez caustique, et pourtant dans ce livre, l'auteur, Shalom Auslander, était, lui, toujours croyant. Ce thème de la foi sincère et totale était abordé au début des Misérables, par cet homme exceptionnel, l’évêque de Dignes. Cela aussi me plait que des lectures m'en rappellent d'autres.
En bref, Le Royaume est un livre original, pas commun dans ce que je lis habituellement, qui m'incite même à poursuivre ma lecture de la bible, débuté depuis plusieurs mois déjà. Autre coïncidence bien à propos, les références à Homère, L'Odyssée, que je lis également, tranquillement en parallèle des lectures habituelles. Ce qui tombe à point nommé. Offert à mon épouse il y a un mois environ c'est Catherine qui m'a incité à le lire lors de la dernière réunion du Club de Lecture La Marguerite. Un bon choix.

Note : 10/10

jeudi 6 novembre 2014

[ANGOR] de Franck Thilliez

Et ça continue [ANGOR] et [ANGOR]
C'est que le début d'accord, d'accord...
[ANGOR] de Franck Thilliez (fleuvenoir, 619 pages, 2014)

Incipit :
[U]ne jeune automobiliste de 23 ans, impliquée dans un accident de voiture, a été retrouvée morte plusieurs heures après le drame, à un kilomètre à peine de son domicile familial, à la sortie de Quiévrain.
Après un projet de rencontre, ma rencontre ratée et à puis celle à venir, enfin si rien ne s'y oppose, j'ai quelques questions à lui poser, une photo à prendre de lui (de nous ?) si possible et l'accord de la publier sur ce blog, j'ai fini le dernier Franck Thilliez.

Content de retrouver Franck et Lucie, dans la suite d'une saga commencée par Syndrome E, suivie de GATACA et Atomka, la surprise étant qu'une suite à Angor est fortement suggérée à la fin. Angor est l'autre nom de l'angine de poitrine. On découvre Camille, une gendarme qui a été greffée d'un cœur, dont le donneur qu'elle recherche comme une quête d'identité, n'est pas n'importe qui. Franck et Lucie sont parents et sont dans les couches, mais pas pour longtemps. Une femme séquestrée dans une cave, devenue aveugle, est retrouvée (ce que la couverture illustre superbement). Et puis deux crimes violents. C'est le début d'une enquête sur fond de trafic, de fous furieux. Du classique.

J'espère qu'entre Angor et sa suite il y aura un petit one shot, un récit complet, comme avec Puzzle ou Vertiges. D'ailleurs c'est une de mes questions que je réserve à Franck Thilliez. L'autre c'est qu'il me refile son email et qu'on aille déjeuner ensemble. Et une photo de lui pour publier sur ce blog. Et son prochain manuscrit, s'il pouvait me le faire lire avant tout le monde. Et aussi de m'insérer comme personnage dans un de ses romans, qui mourra atrocement, disséqué, éviscéré et ... heu pardon je m'emporte.

J'ai passé un bon moment, démarre lentement mais dès que ça décolle j'ai eu envie de terminer sans le lâcher. C'est ce qu'on demande à un thriller, non ? En plus des atrocités s'entend. Bon c'est mort, on va révoquer ma licence de tir à l'arc au regard de mes lectures sombres et morbides.

Comme à son habitude l'auteur mélange faits historiques et scientifiques et ça c'est ce qui me plait beaucoup. Un bon moment ! 

Note : 9/10.

dimanche 2 novembre 2014

La bibliothèque perdue de Walter Mehring

« Là où on brûle des livres, on finit aussi
par brûler des hommes. »
Heinrich Heine.
La bibliothèque perdue de Walter Mehring (Les belles lettres, 265 pages, 2014)

Incipit :
C'est à Vienne, avant sa chute, que j'ai possédé pour la dernière fois un foyer ... Je m'y trouvais encore entouré par les livres de la bibliothèque de mon père, et je leur devais de me sentir chez moi.

Le récit, érudit, emprunt d'un temps révolu, sur les livres auxquels l'auteur avait accès dans la bibliothèque appartenant à son père, et qui a été irrémédiablement perdue, par les bons soins du Troisième Reich.

C'est le souvenir d'un pan entier de son passé, où la bibliothèque, fortement dotée, était source de connaissance, de découvertes, d'interdits. Une somme de culture sur laquelle il s'opposait parfois avec son père, plus un conflit de génération au travers des livres qu'une opposition à la littérature en tant que telle, au contraire même. Des pensées lumineuses, complexes et une ironie mordante. L'auteur a participé aux riches mouvements culturels, comme le dadaïsme, créé par Hugo Ball, et met souvent en avant les lieux intellectuels de son époque, en particulier les bars, dont il a constaté la disparition au fil du temps.

Ce livre n'est pas à proprement parler un guide de lecture mais sa passion pourra vous inciter à en découvrir certains comme par exemple Marcel Proust, dont il parle avec amour. Du reste, cet amour pour la littérature et le débat intellectuel est omniprésent. Il ne se faire guère d'illusion sur l'être humain. La littérature ne rend pas meilleur ce dernier, et c'est bien dommage. Pas de cynisme mais de la lucidité.

Dommage que l'éditeur ait parsemé l'ouvrage de fautes typographiques : "Oui" au lieu de "Qui" p. 181, "place" au lieu de "placé" p. 54 pour ne prendre que deux exemples. Pour un éditeur se nommant "Les belles lettres" c'est assez cocasse ... et désolant.


Peut-être la civilisation n'est-elle qu'une phase d'un processus de putréfaction ; peut-être que nous, qui existons encore, ne sommes-nous qu'une sorte de champignon transitoire qui végète, générateur de pourrissement, parmi la faune dégénérée d'une planète en agonie ? Et voici pourquoi nos glorieuses réussites techniques et intellectuelles ne sont rien d'autre que des agents de dissociation nécessaires, inconscients, destinés à nettoyer l'écorce terrestre de nos cadavres.
Cet extrait pourra vous rappeler un aphorisme de l'écrivain D.H. Lawrence, plusieurs fois cité par Mehring (Lawrence pas l'aphorisme) :

L'humanité n'a jamais dépassé l'étape de la chenille, elle pourrit à l'état de chrysalide et n'aura jamais d'ailes.


J'ai un ami qui est récemment revenu de Berlin où l'un des mémoriaux sur le lieu (La Bebelplatz) du plus important autodafé porte l'aphorisme de Heinrich Heine,  « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. ». Une bibliothèque vide (œuvre de Micha Ullman) peut y être aussi vue et symbolise cet acte, la destruction d'une bibliothèque ou de livres, et cela résonne d'autant plus en moi en lisant Walter Mehring. Un autre mémorial peut aussi être visité à Berlin, sur les lesbiennes (mais pas les gays qui avaient un triangle rose) ou autres parasites inutiles qui ont été décimés, marqués, tatoués  d'un triangle noir. Homophobie, misogynie, antisémitisme ... cela me rappelle un polémiste qui a du succès en librairie en ce moment. Triste époque pour époque triste. Finalement l'être humain n'apprend rien. Enfin si un être humain oui, l'humanité pas vraiment.

Un livre émouvant, dense, à la recherche d'un bibliothèque perdue et le sens que peut avoir dans la vie d'un homme l'accès à un amas particulier de livres, pourvu qu'on s'y intéresse.

Note : 10/10


dimanche 26 octobre 2014

Ma rencontre avec Franck Thilliez

Non mais quel biscayen !! Pas croyable ! Comme annoncé ce matin je devais rencontrer Franck Thilliez ce jour pour une dédicace sur son dernier ouvrage, Angor, et je suis parti gaiement à Passion Culture.

Une fois sur place, diantre, pas d'affiche sur la devanture ... cela s'augure mal. Je vérifie sur mon smartphone (qui porte bien son nom, le smart c'est bien lui et pas moi), catégorie agenda électronique, et arghhhhh (cri équivalent à celui poussé lorsqu'un marteau-piqueur vous défonce les pieds), c'était hier. Ha bon, hier ? Super je me suis trompé mais pas grave je suis venu aujourd'hui. Je sms mon épouse qui me confirme, non, non, c'est bien Dimanche. Ouf. Sur ce point elle a complètement raison. Mais c'est sur le jour et le mois qu'il y a un léger décalage. C'est le 30 novembre ... Arghhhhhhh (cri équivalent à celui poussé lorsqu'une agrafeuse murale exerce sa fonction sur vos globes oculaires). Oui, j'ai vérifié entre temps sur Facebook, page Franck Thilliez. Oui, car vérifier sur la page d'Amélie Nothomb n'aurait guère fait progresser le sujet. Encore qu'elle passe le 4 novembre pour dédicacer Pétronille à Orléans ... mais je m'égare.

C'est le Franck Thilliez qui m'aura coûté le plus cher : version broché (d'habitude c'est en poche), autoroute, péage, trajet d'une heure, un diabolo menthe à un troquet, parking, 3 heures de mon temps facturé à 189 euros de l'heure, c'est bien la peine d'avoir un smartphone ... Je ne suis pas revenu les mains vides, je l'ai tout de même acheté, faut pas déconner. Déjà que cela fait quinze jours que je me retiens. Comme cela le 30 novembre je me ferais arrêter pour vol chez Passion Culture quand je reviendrais avec pour la dédicace, arf arf arf. Bon je les ai prévenu chez Passion Culture que je me suis légèrement fourvoyé, que je l'achète tout de même aujourd'hui pour rentabiliser mon périple et que je reviens avec dans 1 mois. Non, ils n'ont pas appelé des gars en blouse blanche, pourquoi ?. J'ai gardé le ticket de caisse, pour une fois. Et oui pas de prison, ou alors avec une bibliothèque bien fournie. Et repas trois étoiles.

Et hop comment occuper sainement son Dimanche !!! J'ai fait un titre accrocheur pas tout à fait juste ... pas vu Franck Thilliez ... technique journalistique, hi hi

Ça peut pas rater de Gilles Legardinier

../.. les filles obéissantes vont au paradis.
Les autres vont où elles veulent.
Ça peut pas rater de Gilles Legardinier (Fleuve éditions, 421 pages, 2014 )

Incipit :
 Il fait nuit, un peu froid. Je frissonne dans l'ait humide. C'est sans doute la proximité du canal le long duquel je marche sans savoir où je vais.

Je n'avais pas remarqué que c'était le changement horaire ce week-end. Je me suis levé encore plus tôt que je ne le pensais et commencé à lire dès 5h30 ce matin ... Comme Legardinier remercie ses lecteurs qui passent pour des dingues car lisant un peu partout (c'est mon cas) il aurait pu ajouter à n'importe quelle heure. La journée va tout de même être longue, ce qui n'est pas grave je sais comment m'occuper ! Car oui aujourd'hui je rencontre, si tout se passe bien, Franck Thilliez. Mais je vous en reparlerai.

Je viens de terminer Les Misérables et j'ai entamé La bibliothèque perdue de Walter Mehring, qui demande une certaine concentration, non seulement c'est érudit mais les réflexions sont nombreuses et complexes. Bon il me faut du plus léger. Je n'ai plus de Franck Thilliez, mais comme vous vous en doutez cela ne va pas durer, cet après-midi ce point devrait être réglé, avec son dernier livre à la clé, Angor et, si je suis sage, une belle dédicace dessus. Mais j'ai aussi dans la manche la série des chats de Gilles Legardinier ! Allez vendu !

Le point de départ m'a rappelé le film Vilaine avec Marilou Berry, marre d'être très gentille et de se faire avoir et qui libère son alter ego satanique, mais en fait pas tout à fait. Certes, Marie, l’héroïne du roman en a un peu ras le bol. Des hommes en particulier. Depuis que son mec l'a trompé puis larguée comme une cannette elle est en mode grenade dégoupillée,  les dix doigts sur dix queues de détente, avec des M60 plein le sac à dos et le regard sniper réglé sur détection mâle, visée laser en sus. En plus au travail cela ne va pas fort, un chef d'entreprise requin, tous ailerons déployés, dans l'air (vicié) du temps, rentabilité des actionnaires en priorité prioritaire, délocalisation et peut être un coup fourré sous la coude. En clair le moral est au plus bas dans les sondages et dans son cœur. Mais entourée d'amis sympa et de relations généreuses, elle se dégotte un super appartement, base arrière d'opérations spéciales, pour en faire baver à son ex et, qui sait, retrouver l'amour ?

De nouveau le retour du chat, nom pas celui de Philippe Geluck mais celui de Legardinier. Le feel-good book, qui va vous redonner la pêche, vous faire oublier vos soucis et guérir le cancer. Peut-être un peu plus convenu que les précédents, des péripéties rocambolesque voire grotesques parfois, mais des bonnes idées, et de temps en temps assez drôle. J'aime bien aussi la postface ! Si j' en ai l'occasion j'aimerais rencontrer l'auteur et même diner avec lui ! On peut dire que son livre donne la joie et la bonne humeur.

Je voulais un moment de détente, je l'ai eu, que demander de plus ?

Note : 8/10

jeudi 23 octobre 2014

Les Misérables de Victor Hugo

Ce n'est rien de mourir;
c'est affreux de ne pas vivre
Les Misérables de Victor Hugo (Pléiade, 1485 pages)

Incipit :
En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans; il occupait le siège de Digne depuis 1806.
Paris au XIXème siècle, la misère des pauvres, la guerre de Waterloo avec des personnages connus et emblématiques comme Cosette, Jean Valjean, Gavroche, Fantine, Javert et les Thénardiers. Une fresque étonnante de richesse, de réflexions et qui relate les destinées sublimes de différents individus dont le plus édifiant, Jean Valjean.

L'édition en Pléiade explique les deux versions des Misérables et les notes , fournies, en précise le contour et le choix retenu. De même elles proposent des variantes, comme les sonnets de Gavroche, qui ont ont été modifiés assez conséquemment par l'auteur.

Une œuvre bâtie comme une cathédrale, après tout il s'agit de l'auteur de Notre-Dame de Paris, avec ses fondations solides, ses couloirs, ses recoins, ses bas-fonds, ses tours et sa flèche, pour atteindre au sublime.
Le livre que le lecteur à sous les yeux en ce moment, c'est, d'un bout à l'autre, dans son ensemble et dans ses détails, quelles que soient les intermittences, les exceptions ou les défaillances, la marche du mal au bien, de l'injuste au juste, du faux au vrai, de la nuit au jour, de l'appétit à la conscience, de la pourriture à la vie; de la bestialité au devoir, de l'enfer au ciel, du néant à Dieu. Point de départ : la matière, point d'arrivée : l'âme. L'hydre au commencement, l'ange à la fin.
Nous entamons l'histoire par l’évêque de Digne, l'auteur pourrait en dire tout le bien qu'il pense de ce juste, mais cela serait insuffisant, il va le démontrer à sa manière, sous plusieurs facettes. Puis il introduira Jean Valjean, son passé de forçat, sa noirceur, voilà pour quelques fondations qui prépareront à la rencontre de ces deux personnages et quelle rencontre ! D'autant plus marquante que la préparation a été minutieusement préparée. Le Juste, Jean Valjean et son retournement quasiment mystique, qui rappelle Le Comte de Monte Cristo sur plusieurs points, sont deux des figures quasi symboliques présentées au début de l'histoire. Et il y en a plein d'autres, les personnages se croisant pour en faire ressortir la substantifique moelle.
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau
Tour à tour politologue (digressions sur le pouvoir, les révolutions, la royauté, la république), sociologue (les couvents, la modernisation de la religion, la misère), journaliste, poète, historien (la bataille de Waterloo, les égouts de Paris), philologue (l'argot), philosophe (la liberté, l'éthique, la justice, l'équité, bien vivre, l'honneur, le bonheur etc.), écologiste dans cette digression étonnante sur les matières fécales et les égouts de Paris, l'auteur se mettant même parfois en scène, témoin de son temps, comme un journaliste. Ses détours comme la bataille de Waterloo (au moins 50 pages), passionnantes, pour présenter un aspect, dans la dernière page, d'un des protagonistes. Des moments de pure poésie, une histoire d'amour quasi impossible, des rencontres intenses, une fin épique, des portraits saisissants, inoubliables tant ils marquent de leurs empreintes.
Il y a des gens qui observent les règles de l'honneur comme on observe les étoiles, de très loin.

La puissance du verbe, une langue qui prend son temps et qui vous engloutie, un livre érudit, intelligent, profond, riche d'enseignement, qui pousse au paroxysme les frictions entre certains personnages, l'exploration de la noirceur humaine ; des phrases admirables, des envolées lyriques, un livre éblouissant de majesté, tragique et sublime, un chef-d’œuvre. Ce qui n'exclut pas un humour discret et des titres de chapitre digne d'un feuilleton.
MORTUUS PATER FILIUM MORITURUM EXPECTAT
Très content qu'il parle de Natoire dont j'ai pu admirer une des pièces à l'hôtel Dupanloup d'Orléans, ou encore de la Pagode de Chanteloup que j'ai pu visiter l'an passé avant d'aller à la Forêt des Livres. Une érudition qui laisse pantois, mais enrichit à chaque fois, je ne connaissais pas Restif de la Bretonne par exemple.

Un livre que j'ai terminé ce matin, avec beaucoup d'émotions. Un classique à lire ... et à relire.

Note : 100/10



samedi 11 octobre 2014

Et rien d'autre de James Salter

My name is Salter ...
James Salter
Et rien d'autre de James Salter (Éditions de l'Olivier, 365 pages, 2014 )

Incipit :
Toute la nuit, dans le noir, la mer avait défilé.
Sous le pont, dans leurs lits métalliques étagés les uns au-dessus des autres par rangées de six, des centaines d'hommes, silencieux, gisant pour la plupart sur le dos, n'avaient toujours pas trouvé le sommeil alors que le jour allait poindre.
Je me suis engagé dans une nouvelle activité, le tir à l'arc, et mon rythme de lecture en a pâtit.  Car je potasse les livres comme Les fondamentaux du tir à l'arc de Nicolier et Rousseau, Tir à l'arc de Haywood et Lewis (Vigot) et enfin Tir à l'arc méthode pour la performance (Amphora) de la F.F.T.A. Et puis bien sûr l’activité en elle même.

Également Les Misérables de Victor Hugo, j'en suis à plus de la moitié, guère pressé d'en finir tellement je suis bien dedans. Une fresque qui se déguste. Quelques chapitres chaque soir avant de s'endormir. Mais venons-en à James Salter :

En parcourant les quatrièmes de couverture, ce livre s'était inséré dans la liste des livres à lire. Et puis Catherine me l'a proposé à la dernière réunion du Club de Lecture La Marguerite. Ce qui tombait bien. Un livre assez simple à résumer, on suit la vie de Philip Bowman, ses ambitions, ses rencontres amoureuses, ses contradictions, ses états d'âmes, ses hauts et ses bas et un peu de la vie des personnages qui gravitent autour de lui. La vie en somme, mais si bien racontée qu'il m'est difficile de dire exactement pourquoi ce livre me touche.

Qu'est-ce que la vie ? Ou plus précisément qu'est-ce qu'une vie, réussie ou non, ce n'est pas le sujet ? On s'aperçoit qu'il n'y a guère de logique à trouver dans nos destinées, que les contingences de la vie sont intrinsèques à celle-ci. Que chacun peut y donner un sens selon sa propre vision, sa propre perception, sa propre logique mais que les évènements sont intangibles, évanescents, surprenants que cela soit une bonne surprise ou une mauvaise. Que rien n'est sûr, que cette incertitude même est finalement le sel de la vie. L'auteur a su capter une partie de l'indicible de nos vies, le temps qui s'écoule, de l'absurdité du monde dans laquelle nous nous mouvons. Y donner un sens affirmé, être sûr de quelque chose aide bien sûr à vivre au mieux mais se base la plupart du temps sur des illusions. L'auteur le démontre avec talent, légèreté, amoralité et une forme d'insouciance salvatrice.

Un lecture enrichissante.

Note : 9/10


lundi 29 septembre 2014

Fonds perdus de Thomas Pynchon

Simulacron 2.0
Fonds perdus de Thomas Pynchon (Fiction & Cie|Seuil, 441 pages, 2014)

Incipit :
C'est le premier jour du printemps 2001, et Maxine Tarnow, que certains ont encore dans leur système sous le nom de Loeffler, accompagne ses enfants à pied à l'école.

Un livre qui revisite les années 90 jusqu'à 2001. On y suit une enquêtrice anti-fraude, intéressée par un certain Gabriel Ice, qui a étonnamment survécu financièrement à l'éclatement de la bulle internet. L'évènement à venir du 11 septembre 2001 peut-il s'expliquer par les années 90 ? Par le capitalisme fou qui exacerbe les désirs mais sans réel but autre que lui-même ? Pour d'autres raisons ?

../.. lesquelles parmi elles sont capables de voir dans l'avenir, parmi les microclimats du binaire, étendant partout sur terre leur œuvre de câblage via la fibre noire, les paires torsadées et aujourd'hui le sans-fil à travers des espaces privés et publics, n'importe où parmi les reflets incessants des aiguilles dans les cyber-ateliers clandestins, dans cette tapisserie intranquille immensément cousue et décousue ../..

Ce n'est pas un thriller, de par son rythme digressif très littéraire, et pourtant tous les ingrédients y sont : espionnage,  mafia russe, pirates informatiques, assassinats, menaces, mouvements de fonds occultes, des indices de plus en plus précis au fur et à mesure du récit sur l'évènement terroriste du 11 septembre,  un peu comme un film catastrophe (La tour infernale) qui fait petit à petit monter la pression. Le tout à New-York, la mégalopole emblématique, la Grosse Pomme revisitée.  Heu non ce n'est pas du Dan Brown, ni du Umberto Eco, ni Robert Ludlum, Maurice Dantec ou encore Tom Clancy. Et pourtant l'auteur arrive à mixer de nombreux thèmes de la pop-culture des années 90, citant des jeux (Doom, Quake), l'internet naissant (html, css) et réussissant même à placer malloc(3) qui ne fera écho qu'à ceux connaissant unix, l’espionnage (Prism,  la NSA) qui m'a rappelé L'oeil de Washington de Fabrizio Calvi, des séries télé, Siegfried & Roy, Madoff etc. et liquider cette époque pour se retrouver au bord de l'effondrement des tours du World Trade Center. Le titre anglais, Bleeding edge, rappelant Funding edge et la folie capitaliste dont le WTC est le symbole. Mais aussi le bord entre le monde de surface du web et son côté souterrain, le deep web (internet profond), ou encore le bord, la frontière, entre le réel et le virtuel (jeux vidéos, flux continu d'information, fiction, storytelling). 

L'ennemi le plus à craindre est aussi silencieux qu'un match de basket maya à la télévision.
L'auteur passe pour un érudit, et c'est bien le cas encore ici, avec des références nombreuses et multiples sur toute une époque, de la série Friends à X-Files, en passant par Defcon (célèbre conférence de Hackers), les jeux vidéos, l'auteur se permettant des blagues de geek (la sortie de Daikatana) dont on ne s'attend pas de la part de Pynchon. Un livre sur l'information, du délit d'initié, aux transferts de fonds cryptés ou encore des traces bancaires/comptables dont l’héroïne se fait fort d'en déjouer les plans. Où vous apprendrez également comment dire luciole en mohican, à quoi sert un vircator (effet E.M.P.), qui sont les sayanims. Un livre sur la ville de New-York (lieux mythiques, lieux qui ont disparus etc) et ses habitants, avec parfois un ton grinçant. Au final cela donne l'impression d'un roman total, tant l'auteur puise à des sources diversifiées et réussit à les assembler dans cette histoire avec aisance.

../.. l'émigration au nord vers les fjords, vers les lacs subarctiques, où les énormes flux de chaleur générés par la concentration de serveurs peuvent commencer à corrompre les dernières parcelles d'innocence sur la planète.
Ambiance fin du monde (The End Of The World As We Know It des survivalistes), avec le bug de l'an 2000, la bulle internet qui a crevé, l'angoisse naissante de la crise énergétique, l'électricité en particulier, source pour tous les datacenters sur lesquels reposent nos sociétés, fragilité évidente et inquiétante.

Plus rien ne meurt, le marché des collectionneurs, c'est la vie après la mort, et les yuppies sont les anges.

Toujours un humour sous-jacent (Excel et la taille XL), des phrases assez drôles (le manomètre dans l'oreille et le manque de pression), et des "clés cachées". Notamment dans la science-fiction (William Gibson par exemple) la glace sert de défense anti-hacker. Serait-ce un clin d’œil concernant le nom de Gabrel Ice ? Ce livre doit gagner à être lu en version originale.
Ouaip, et ton Internet c'est leur invention, cette commodité magique qui s'insinue maintenant comme une odeur à travers les plus infimes détails de nos vies, les courses, les tâches ménagères, les impôts, qui engloutit notre énergie, avale notre précieux temps.
La fin d'un monde, à New-York, une critique acerbe d'internet, de ce monde de confusion, de perte de repères, de théories du complot, de paranoïa, aux travers de milieux interlopes (mafia, underground, internet profond), où la porosité entre fiction, réel, virtuel est permanente.
Regardez, chaque jour ça devient l'Inter-pas-très-net, les claviers et les écrans ne sont plus que des portails de sites web donnant ce à quoi le management veut qu'on soit accro, le shopping, les jeux, la branlette, le visionnage de conneries au kilomètre --
Un livre saisissant sur les années 90, le passage au XXIème siècle, avec une vision pessimiste du monde, avec comme couronnement les attentats du 11 septembre. Un livre sur le changement, un enterrement édifiant, qui évacue une époque dans les tuyauteries de l'histoire, avec cet humour particulier de l'auteur car cette évacuation est faite au propre comme au figuré avec cette scène décalée sur les WC (p. 286) dont je ne pense pas qu'elle soit le fruit du hasard. Le cynisme annoncé comme valeur reine.
Les tours du World Trade Center étaient religieuses elles aussi. Elles représentaient ce à quoi ce pays voue un culte par dessus-tout, le marché, toujours le putain de sacré marché.
Riche, dense, mélange de poème, références de films, de musiques, un esprit de synthèse brillant pour un roman qui ne l'est pas moins. Une lucidité édifiante pour un auteur culte. Il y a beaucoup trop de choses à dire je n'ai su que choisir. Les lecteurs de Neal Stephenson (Cryptonomicon et autres) pourraient trouver sympathique ce type d'ouvrage. L'impression de passer à côté de références même si j'ai pu en apprécier une grande partie. Pas sûr que ceux qui n'ont pas la culture des jeux vidéos, de l'informatique soient emballés par certains passages.
 Pour beaucoup de gens, en particulier à New-York, le rire est un moyen d'être bruyant sans avoir rien à dire.
J'ai adoré !!!

Note : 10/10

Les intellectuels faussaires de Pascal Boniface

L'ouverture de la chasse
Les intellectuels faussaires Le triomphe médiatique des experts en mensonge de Pascal Boniface (Pocket, 229 pages, 2011)

Sur le mien c'est marqué plus de 50 000 exemplaires vendus : un succès ?

J'ai hésité à le mettre ici, ce n'est pas un roman, plutôt une suite de portraits dénonçant les contradictions flagrantes de personnalités médiatiques et cette particularité française de tout excuser.

Pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant cela est intéressant, car les portraits sont argumentés et sourcés.

Je regrette qu'il n'y ait pas d'analyse permettant de mieux comprendre pourquoi cette tolérance aux mensonges, aux arguments biaisés, aux contradictions, est tolérée (pour ne pas dire plus). Peut-être parce que ces personnes sont considérées comme intellectuelles au lieu de polémistes, rôle très assumé aux États-Unis où les débats sont très polarisés. Cela montre aussi le poids de l'idéologie et les facilités d'argumentaires puisées dans l'Art d'avoir toujours raison de Schopenhauer. Ajouté à cela le peu de temps pour argumenter (tv, radio), le peu d'espace de réel débat, la communication omniprésente, le storytelling, le fait que la surinformation réduit à trois mois la mémoire des téléspectateurs, bref tout cela autorise à tout se permettre.

Je regrette aussi qu'il n'y ait pas de pistes pour enrailler ce glissement. Dire que B.H.L. se discrédite en citant Botul, c'est bien, mais insuffisant. Et puis que dire de cette polémique entre Acrimed et Pascal Boniface ? Bien triste tout ça.

Les quelques critiques de cet ouvrage, comme celle du journal Le Monde, sont assez médiocres. Ce livre est considéré comme pamphlétaire. Pourquoi pas. Et l'auteur y subit quelques attaques ad hominem. Pourquoi pas. Bref, une analyse sur la forme. Quant au fond il est quasiment ignoré. Il est pourtant symptomatique mais ne mérite pas, aux yeux des critiques finalement, une réflexion plus aboutie. C'est bien dommage.

Dans un monde où un élu de la république peut ne pas payer ses impôts depuis trois ans, et à qui il faut demander explicitement de ne plus être député et qui se permet l'outrecuidance de trouver anormal cet acharnement, tout est permis. Il devrait pourtant être déchu de ses droits de citoyen pendant quelques temps. Le plus cocasse (oui, ce n'est pas ce qui me venait à l'esprit) est un autre élu PS qui prend sa défense et dit que ce n'est pas de la fraude. Ah oui quand même. Fallait oser. A ce niveau on frôle le délire asymptotique.

Dans un monde où un ancien président avec plusieurs affaires lourdes dont le trafic d'influence, et dont le parti a triché aux dernières élections (Bygmalion) revient, alors la République Française devient une république bananière. On peut s'en désoler.

Et je ne prends que deux exemples récents. Les extrêmes ont de l'avenir ...

Ce livre ne vous redonnera pas espoir, vous êtes prévenu.

Note : 7/10


dimanche 28 septembre 2014

De zéro à Z de Plonk & Replonk

Balance Roberval du paléolithique
Musée Celtique
De zéro à Z l'abécédaire de l'inutile de Plonk & Replonk, préface de Daniel Pennac (Hoëbeke, 93 pages, 2013)

Une série de carte postales et quelques textes, préfacé par Daniel Pennac, qui en dit tout le bien qu'il en pense, et nous faire partager sa joie qu'il a eu d'envoyer ces cartes à ses relations. Moi, je ne connaissais pas Plonk & Replonk. Manque d'attention sûrement car Google images regorge d'illustrations de leurs cartes.

Montages, collages, "abstractions" décalées, univers qui interroge mais ne donne pas toujours de réponse, le regardeur participe autant, sinon plus, à l'effet. Se laisser émerveiller par l'ingéniosité des constructions et de la simple phrase les illustrant, mais Ô combien appropriée, pour un moment de pure détente au fond d'un canapé cuir, en sirotant du Birlou ramené récemment d'Auvergne.

Une bonne idée de cadeau !

Note : 10/10