samedi 25 janvier 2014

Le chapeau de Mitterrand d'Antoine Laurain

Et un chapeau pour la 12, un !
Le chapeau de Mitterrand d'Antoine Laurain (J'ai Lu, 191 pages, 2012)

Incipit :

Daniel Mercier monta les escaliers de la gare Saint-Lazare à rebours de la foule. Des hommes et des femmes descendaient autour de lui, attachés-cases à la main et même valises pour certains.

Sa famille partie chez ses beaux-parents, Daniel se retrouve seul dans une brasserie un peu huppée. Quelle n'est pas sa surprise au cours de son repas de voir s'installer le Président François Mitterrand à la table d'à côté. Côtoyer de si près le pouvoir, la célébrité le fait rêvasser. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, le Président parti, Daniel tombe sur son chapeau, laissé sur un rebord, oublié par son propriétaire.

Autoportrait de l'auteur qu'il m'a envoyé
(c) Antoine Laurain
Sur une idée simple brillamment exploitée, à moins que ce ne soit une idée brillante simplement exploitée, ou encore ... bref, l'auteur tisse avec finesse ce qui semble être une suite de petites nouvelles dont le lien serait le chapeau perdu de Mitterrand, qui aurait le pouvoir de bouleverser le quotidien de ceux qui se retrouvent en sa possession, tel un catalyseur dans une réaction en chaîne. Il est même à la source de la sérendipité concernant le parfumeur. Comme un gri-gri emprunt de l'aura d'un puissant, cet objet magique comme dans un conte de fée va modifier suffisamment le contexte des différents personnages pour que leur vie prenne une nouvelle direction.

Je ne suis pas très nouvelles mais là la magie opère. La construction récursive du livre est élégante, comme les deux ailes d'un papillon, la première partie passe de personnage en personnage, la deuxième les reprend pour apprendre la suite mais dans l'ordre inverse avec un passage épistolaire en plein milieu. Excellent !

Baignant dans les années 80 et ses références culturelles, l'auteur revisite notamment la polémique sur les colonnes de Buren ou encore le nom de Mitterrand prononcé Mittrand comme un shibboleth utilisé par un certain milieu de droite. L'auteur réussit à chaque fois à rendre ses personnages très attachants voire émouvants et j'estime qu'il faut du talent pour y arriver en peu de pages.

Après une demande par mail d'autorisation d'insérer son portrait dans cet article, M. Laurain a eu l'extrême sympathie de m'envoyer un autoportrait rien que pour ce blog. Un grand merci !!! Son prochain ouvrage paraîtra en mars, à suivre.

Un roman emballant qui se lit comme du petit lait. Un vrai coup de cœur ! Il fera partie de ceux que je présenterai à la prochaine réunion du Club La Marguerite.

Note sentimentale : 10/10

mardi 21 janvier 2014

Zombillénium tome 1 d'Arthur de Pins

Tu veux ma photo ?
Zombillénium (tome 1, Gretchen) d'Arthur de Pins (Dupuis, 48 pages, 2010)

Un parc d'attraction très particulier, aussi bien dans sa gestion, sa composition que dans son mode de recrutement. Un petit bijou d'humour noir dans un monde teinté de fantastique avec un dessin assez épuré aux couleurs pastelles très réussies.

Un très bon moment qui m'a particulièrement amusé que j'ai bien vendu à ma femme et ma fille, cette dernière l'ayant dévoré (c'est simple il ne reste rien) !

Oups ! Ma fille adore, chut .. elle lit ... do not disturb !
La crise économique et le lean management chez les freaks ! Même pour eux la vie est dure ... ce qui n'empêche pas certains d'avoir les dents qui rayent le parquet ou qui seraient prêts à vendre leur âme (arf ! arf ! ) pour pas perdre leur job ! Dans ce tome 1 on rencontre Gretchen, chargée des ressources humaines, enfin humaines, je me comprend, et qui recrute un tout jeune homme au bout du rouleau mais qui grâce à elle va reprendre du poil de la bête. Enfin de la bête, disons ... bref, je me comprends. Garantie avec du zombie bio sans OGM dedans, et un diable hautain (hi hi) à la gestion expéditive.

Un excellent divertissement ! Accompagné d'un petit bol d'hémoglobine et de toasts à la viande hachée en écoutant la bande son de Scream. AAAaHhhhhhhhhh !!!!!!

Note sanglante : 10/10

dimanche 19 janvier 2014

L'enquête de Wittgenstein de Roland Jaccard

Élémentaire mon cher Russell !
L'enquête de Wittgenstein de Roland Jaccard (Livre de poche, 122 pages, PUF 1998)

Incipit :

Dans un épisode de X Files, l'agent Mulder du FBI interroge dans un asile d'aliénés un patient qui lui répète inlassablement : "Je ne suis qu'un homme après tout". C'est lui cependant qui révélera la clé de l'énigme.

Oui cela surprend un peu de voir X Files et l'agent Mulder dès le début d'un livre sur Wittgenstein !

A l'instar de Des éclairs de Jean Echenoz, un livre condensé, assez court, qui retrace la vie mouvementée, névrosée, au bord de la folie et du suicide de Ludwig Wittgenstein. C'est aussi l'histoire d'une âme torturée qui produira un livre événement dans le monde de la philosophie : le Tractatus logico-philosophicus. Également la recherche pour cet individu d'être humain, donnant naissance à une philosophie de vie qu'il s'appliquera à lui-même dont certains aphorismes sont proche du bouddhisme, même si Ludwig se dit lui-même du christianisme.

J'avais croisé Ludwig Wittgenstein récemment dans Logicomix, où il rencontrait Bertrand Russell puis dans un article du Magazine Clés. Et j'ai voulu en savoir plus. J'étais déjà en train de lire Ludwig Wittgenstein par C. Chauviré, plus ardu car se focalisant sur la philosophie, en particulier son ouvrage majeur et que certaines pages nécessitent une concentration entière. J'en suis à la moitié mais j'ai noté des divergences voire des contradictions sur des points mineurs entre les deux ouvrages. Notamment lorsqu'il était instituteur en haute montagne et les raisons de son "échec". Le livre de Roland Jacccard s'intéresse moins à la philosophie qu'à l'homme, ses rencontres, ses relations, ses travers. On y apprend notamment que Ludwig a été au même lycée qu'un certain Adolf Hitler. Mais celui de Chauviré offre des détails et une iconographie plus complète (famille, amis, relations) sur certains aspects dont l'architecture (conception et photos de détails comme poignée de porte, chauffage d'angle et intérieur de la maison).

Moins dense que celui de Chauviré, peut être moins bien écrit qu'un Echenoz d'un point de vue purement littéraire,  mais tout aussi captivant  sur un personnage hors norme.

Note subjective : 9/10

Bilan lecture 2013

Bilan lecture 2013

 Disons plutôt depuis le début de ce blog (soit avril 2013). Avant je ne comptais jamais et même je finissais par oublier ce que je lisais (ou alors de vagues souvenirs). L'avantage de ce blog est aussi la mémoire, l'historique et une cartographie possible des goûts, ça fait presque peur !. Pour la première fois un feedback permettant de faire un bilan plus ou moins poussé.
Le Lean Management est à la supply chain
ce que le coach feedback est à la performance de Gantt.


 Je me contenterai de l'aspect quantitatif :

  • Romans : 87
  • Essais, science etc: 10
  • Théâtre : 3
  • Art : 4
  • BD : 1 (cela n'est pas tout à fait juste j'en ai lu plus mais je n'ai pas fait d'entrée dans le blog)
Wouf ! wouf !
 En fait j'ai été surpris, je ne pensais pas lire autant. Il y a un "prix à payer", je passe très peu de temps devant la télé. J'ai aussi une épouse très compréhensive.

Je n'essaierai pas de "faire mieux" cette année 2014 ou autres billevesées, la lecture reste pour moi un plaisir, une évasion et un partage avec mes frères et sœurs lecteurs, que je salue au passage !


Note ego centrée : 10/10 

samedi 18 janvier 2014

121 Curriculum Vitae pour un tombeau de Pierre Lamalattie

Nous sentons que, quand toutes les
questions scientifiques possibles ont
eu leur réponse, les problèmes de la
vie restent complètement intacts.
Tractatus 6.52
121 Curriculum Vitæ pour un tombeau de Pierre Lamalattie (L'Editeur, 447 pages, 2011)

Incipit :

J'ai 54 ans. J'ai connu moins de femmes qu'un animateur du Club Med. J'ai gagné moins d'argent que mon voisin orthodontiste. Je suis moins sportif que ma belle sœur. J'habite toujours à 500 mètres de chez ma mère.

La partie roman de Portraits du même auteur. Je ne sais dans quelle mesure c'est autobiographique mais nous suivons Pierre, qui n'aime pas obligatoirement les humains mais s'y intéresse au point de les observer constamment, de les décrire dans leurs travers, leur bêtise, leur superficialité mais sans méchanceté car à la lecture de ces portraits j'ai ressenti le malaise de la société en général ou l'idée qu'on peut s'en faire.

Les relations interpersonnelles sont faites de malentendus.
 Ce livre précède Précipitation en milieu acide, que j'ai déjà lu et qui est dans le même ton.

Finalement je me suis dégonflé. Je suis un mec timide, en tout cas trop timide pour commencer une carrière d'artiste interventionniste.

Le narrateur a un poste lié aux ressources humaines, rencontre des gens, lit leur CV. Il lui vient à l'idée de faire leur portrait en peinture et d'illustrer chaque peinture d'une phrase, comme un haïku qui synthétiserait d'une phrase leur CV, leur vie. L'auteur m'apprend que le tombeau en question n'est pas notre dernière demeure mais un genre musical en hommage à une personne. Mais comme un passage, après la fin de quelque chose, à l'instar d'un enterrement de vie de garçon ou de jeune fille, donc tout de même lié à la mort, à quelque chose de terminé. Son projet artistique fait penser à une élégie ou une épitaphe, d'ailleurs ses peintures pourraient sans déparer illustrer une pierre tombale. Ces choix de sujet et phrases associées étant liés au monde du travail (CV) j'ai l'impression que nos vies se résument à ce monde par la force des choses, par l'emprise de l'économie et de ses crises régulières dont il n'est pas possible de s'astreindre.
Pierre L. (c) Fabien Breuil

C'est comme ça que j'ai décidé d'installer des toilettes sèches pour toute la famille. Au début on trouvait que ça sentait l'ammoniac, mais pas plus qu'un bon saint-nectaire.

Pierre, le narrateur, est en contrepoint, de par ses rêves, ses aspirations, son attitude même, sa culture, ses goûts et sa démarche artistique serait l'acmé de ces deux mondes indissociables et pourtant peu miscibles (travail/art). Ce livre m'a fait réfléchir sur le sens de la vie et de l'art en particulier. J'ai bien aimé les remarques de Pierre sur l'ART CONtemporain par exemple.

Pourtant, subsiste presque toujours la liberté de partir. Mais, cette liberté magnifique, je pense rarement à l'utiliser.

Un roman très actuel, dans une ambiance maussade, angoissée, névrosée mais qui laisse entrevoir quelques espoirs. L'auteur a le sens de la chute et un humour pince sans rire assez salutaire. Cela se marie bien avec le livre que je lis sur Ludwig Wittgenstein où la famille de ce dernier estimait qu'être peintre c'était rater sa vie.

../..Tu n'aimes plus lire ?
-- Si, si ! Mais, en ce moment, je dois finir le dernier Francis Lefebvre ...

Celle-là elle m'a bien fait rire !!! Ah j'ai appris aussi que la cathédrale d'Orléans était néo gothique et que ce style n'existait pas. J'aime bien ce genre de détail.

Avis personnel : 9/10

dimanche 12 janvier 2014

Le Chrysanthème de Robert Pinget

La Grande Question sur la vie,
l'univers et le reste.
Le Chrysanthème de Robert Pinget (ZOE mini, 37 pages, 2013)

Incipit :

Il m'a fallu enjamber un mur ou un soubassement, soyons précis, un ouvrage de brique ou de béton, souvenir de contact rugueux et froid, ce pouvait être de la pierre, pour ensuite enjamber d'autres ouvrages, contact plus ou moins froid, fouler du gravier me semblait-il, de l'herbe par intermittences, et buter dans du feuillage tout aussi approximatif ...

Un très court ouvrage (17 pages à peu près) dans un format poche que j'ai lu sur les conseils avisés de Jean-Louis Ezine qui l'a proposé lors d'une émission récente du Masque et la Plume et  que je remercie au passage tant se présence, sa phraséologie, le timbre de sa voix, son sens de la dérision et son humour caustique égaye ma journée. J'ai même récupéré le podcast de cette émission pour la réécouter !

Les écrivains s'interrogent parfois sur l'écrit, le métier d'écrivain ou l'acte d'écrire y compris dans des romans comme dernièrement La grand-mère de Jade, Lettres à un jeune poète de Rilke qui a peur en perdant ses démons de perdre les anges qui l'accompagnent, Paul Auster grand joueur du pouvoir de l’imaginaire lié à l'écrit, ou même Ian McEwan (dans Sweet Tooth). C'est un peu le sujet de ce court ouvrage, malheureusement défloré par une préface un peu trop explicative que j'aurais du lire après.

Un livre à l'ambiance étrange, chargée de symboles évocateurs assez forts, qui m'a remémoré la caverne de Platon ou Le septième sceau d'Ingmar Bergman avec un goût pour les situations abstraites ou poétiques que le style assez affirmé provoque chez le lecteur. Un conte philosophique sur les nourritures de l'âme dont l’écrivain se repaît et qui lui permet de créer, un Nosferatu artiste et maudit qui côtoie le royaume des morts afin de créer la vie mettant à profit le principe de Lavoisier, rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme.

A l'instar du petit Prince, un livre qui mérite d'être lu, et relu plusieurs fois, l'expérience évoluant au fil des lectures, le ressenti vécu au travers du palimpseste mémoriel s'enrichissant à chaque itération.

Cela a été pour moi la possibilité de connaître Robert Pinget (la note biographique en postface). Paru en roman sans les didascalies, cet ouvrage ferait une bonne pièce de théâtre. Merci à Jean-Louis Ezine de me l'avoir fait connaître.

Note : 10/10

vendredi 10 janvier 2014

Lamalattie Portraits

La solution du problème que tu vois
dans la vie, c'est une manière
de vivre qui fasse disparaître le problème.
Ludwig Wittgenstein
Lamalattie Portraits de Pierre Lamalattie (l’Éditeur, 141 pages, 2011)

Incipit :
121 PORTRAITS ET UN ROMAN
 J'ai cinquante-quatre ans. J'ai connu moins de femmes qu'un animateur de Club Med. J'ai gagné moins d'argent que mon voisin orthodontiste.

Un O.A.N.I. (1) ce livre, un mélange de peintures avec texte associé (sur la peinture même), une démarche artistique par les sujets choisis, les textes choisis, qui donne un effet et des sensations particulières que je serais bien en peine de définir. C'est également un livre en symbiose avec le roman 121 curriculum vitae pour un tombeau que je n'ai pas encore reçu. Il y a ainsi, ce n'est plus une surprise, 121 portraits peints présentés. Pas un roman mais plutôt un addendum illustré du roman.

Peinture de P. L. Avec l'autorisation de l'auteur.
L'auteur présente sa démarche dans une introduction et expose son projet artistique avec un focus sur la peinture dans la postface. J'aime beaucoup ce type de projet atypique et personnel. Les peintures sont très bien réalisées, avec une texture et un rendu que le papier restitue plutôt bien même si je préférerais les voir en vrai, lors d'une expo par exemple.

Le choix des textes, pas anodin, produit un effet par l'accumulation des portraits en dépit d'un côté minimaliste du texte, ce qui donne au final un sens étonnamment.

J'apprécie beaucoup l'esprit de l'auteur y compris dans l'explication de ses choix artistiques (postface) même si j'estime  qu'il n'y a certainement pas à se justifier lorsque l'on crée.

Note : 10/10

(1) Objet Artistique Non Identifié

jeudi 9 janvier 2014

La Grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt

La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve.
Et vous aurez vécu si vous avez aimé
Alfred de Musset
La Grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt (Actes Sud, 391 pages, 2009)

Incipit :

Tout  de suite en apprenant la nouvelle, Jade avait décidé d'aller la chercher. Sa grand-mère Jeanne, sa Mamoune, avait perdu connaissance.

Une grand-mère octogénaire perd connaissance. Ses trois filles décident, sans son avis, de l'envoyer en maison de repos. Sa petite-fille, Jade, après en avoir été informée par son père qui vit sur une île lointaine, décide de l'enlever et de l'emmener vivre avec elle à Paris.

Je suis rentré dans ce livre comme on enfile une chemisette de lin une fin d'après-midi d'été après une baignade dans un lagon (non, en fait je me blottissais d'une polaire affalé douillettement sur le canapé par une journée grisâtre mais cela a été un plaisir indicible de commencer cette histoire).

Un livre plein de sensibilités, d'émotions, qui décrit avec beaucoup d'amour et de justesse la vieillesse, les sentiments, les non-dits et une relation singulière, une jeune femme trentenaire, Jade, et sa grand-mère, Mamoune, dans un appartement parisien.

Une relation qui s’avérera pleine de surprises, de moments de pure poésie où chacune d'entre elles va s'observer, apprendre à se découvrir et remiser ses a priori basés sur un passé lointain, celui où Jade a été élevée en grand partie par sa Mamoune. Comme par exemple de découvrir que sa grand-mère a été une grande lectrice à l'insu de tous ! L'auteur décrit avec beaucoup de brio la richesse procurée par la lecture, la découverte des livres, des auteurs et son amour de fait pour ce champ de l'imaginaire inépuisable et qui apporte tant à tout un chacun.

Un livre rafraîchissant, plein de bonté et de générosité qui réserve tout de même une surprise de taille. A lire sans modération. Merci Mme Deghelt pour ce livre tendre et touchant !

Note : 9/10

dimanche 5 janvier 2014

Précipitation en milieu acide de Pierre Lamalattie

Être en oxydo-réduction c'est la base
Précipitation en milieu acide de Pierre Lamalattie (l’Éditeur, 396 pages, 2013)

Incipit :

En tirant les rideaux, j'ai été content de voir qu'il faisait bien gris. C'était le 1er décembre. Je m'étais levé, comme souvent, avec un peu de difficulté.

Un quadragénaire, lunaire, poète, cultivé et détaché, qui a un peu de mal à se situer, dont le couple périclite, s'interroge sur son devenir et la vie en général. Dans un monde où ne pas avoir une Rolex à cinquante ans serait signe d'une vie ratée (ce qui en dit long sur notre époque), où boire de l'eau Fiji est le summum de l'extase, il observe avec une ironie mordante la contamination à tous les champs de l'imaginaire et du réel de l'idéologie mortifère du winner.

Mais vouloir réussir un voyage, tout comme vouloir réussir sa vie, est sans doute le moyen le plus sûr de passer à côté.

Pierre L. (c) Fabien Breuil
Un livre apparemment désabusé sur la perte de repère, le manque de sincérité, de philosophie de nos vies contemporaines où il faut paraître, se vendre, vivre en open space et en vouloir. Avec un regard acéré l'auteur déconstruit l'idéologie du coaching, du management, où tout est supposé se mesurer, être mis dans un tableur, noté, classifié, hiérarchisé, cette maladie de la métrologie où il s'en faut de peu de faire des diagrammes de Gantt pour planifier les sorties extrascolaires de ses enfants. Une idéologie castratrice symboliquement évoquée lorsque le narrateur doit effectuer un spermogramme.

Il savait que tout ce qui est rationnel est, tout simplement, bidon.

Contamination du vocabulaire (avec beaucoup d’anglicismes comme vecteur et alibi de cette manipulation totale), des attitudes et des esprits, une fabrication du consentement qui mène voire impose à se mouler dans un cadre bien défini, celui de la société de consommation, du jetable, de l'apparence. Mais pour mener où ? A l'épuisement du Verbe ? du politique (comme évoqué dans le livre par la tentative de reprise d'une cidrerie) ?

Par défaut, les humains fonctionnent en mode utilitaire. S'ils voient des groseilles, ils ont généralement envie de les bouffer ou d'en faire des confitures.

Avec beaucoup de fraîcheur, d'ironie, de poésie, on suit les aventures de Pierre et comment cet être cultivé, par le lâcher prise va trouver, ou pas, sa place.

Chacun a peut-être droit à un second circuit de la récompense. Le premier est installé par défaut pour permettre aux humains de se débrouiller jusqu'à l'âge de la reproduction. Le second, s'il voit le jour, se forme de lui-même pour une deuxième vie, inutile et gratuite. La vraie vie, en somme.

Un livre très vivifiant, touchant, qui remet certaines pendules à l'heure de manière douce-amère avec sarcasmes mais aussi poésie et un hymne à la simplicité, au contemplatif. Avec une très belle fin. J'ai demandé M. Lamalattie de publier des photos de lui, il m'en a envoyé trois, dont une a été insérée dans cet article. Le copyright est celui du photographe M. Fabien Breuil. Merci M. Lamalattie. Les autres serviront pour ses autres livres puisque j'ai commandé 121 curriculum vitae pour un tombeau. Un auteur à lire !!!

Note : 9/10

jeudi 2 janvier 2014

Train d'enfer pour Ange Rouge de Franck Thilliez

Tu peux faire une croix dessus !
Train d'enfer pour Ange rouge de Franck Thilliez (Pocket, 436 pages, 2011)

Incipit :

La pluie chaude d'un orage d'été attaque avec caractère les pavés glissants du Vieux Lille. Plutôt que de chercher un abri, je préfère contempler les traits d'eau qui s'engagent dans les sillons des tuiles ocre, s'accrochent aux gouttières en perles d'argent pour ensuite venir danser au creux de mes oreilles.

Suzanne, la femme de Sharko, a disparu depuis plusieurs mois. Et là il est confronté à un tueur retors qui met en scène de manière extrêmement macabre ses victimes.

Et voilà finalement j'ai commencé la branche de Shark !! J'aurais du le faire plus tôt avant qu'il ne rejoigne Lucie, mais bon ainsi va la vie. C'est surtout pour me remettre de ma lecture inachevée précédente. Cela n'a pas loupé, un livre qui vous prend aux tripes ! Peut-être un peu plus sanglant que ceux habituellement ...

Le thème cette fois-ci c'est le monde BDSM et ses films underground. Un milieu glauque qui sied à merveille à l'Univers Thilliezien (un nouveau concept pour la nouvelle année). En tout cas je l'ai commencé ce matin et fini ce soir et cela me console de ma dernière lecture. Je peux embrayer sur Précipitation en milieu acide de Pierre Lamalattie.

Bref, un Thilliez qui déménage, un bon thriller haletant !! Je vais finir par créer une rubrique Franck Thilliez ...

Note : 10/10


mercredi 1 janvier 2014

Sweet Tooth by Ian McEwan

M. C. Escher was here
Sweet Tooth by Ian McEwan (384 pages, Vintage, 2013). Version française Opération Sweet Tooth.

Incipit :

My name is Serena Frome (rhymes with plume) and almost forty years ago I was sent on a secret mission for the British security service. I didn't return safely.

Une jeune femme, Serena Frome, se remémore sa mission 40 ans plus tôt. Indécise dans ses choix, incitée par ses parents à des études qu'elle ne souhaitait pas, elle finit presque par inadvertance à entrer au service du MI5. Elle devra approcher un écrivain pour une opération de propagande anti communiste.

C'est après la lecture de l'extrait dans le magazine Lire de décembre 2013 que j'ai été séduit par cette histoire, mélange d'espionnage et d'amour dans une ambiance très guerre froide. Et puis j'avais apprécié Solaire du même auteur et me remémore toujours cette scène irrésistible au pôle où le héros, pour se soulager d'une vessie malmenée par la moto neige, croit avec horreur avoir perdu son appendice typiquement masculin ... et l'auteur fait bien durer le suspense ...

Ian McEwan écrit très bien, il a le don pour mettre en scène, dévoiler les pensées de son personnage ou décrire les interactions entre les divers protagonistes. Il tient un sujet, la manipulation, et brode sur celui-ci d'abord par le choix de l'intrigue (un agent du MI5 qui doit manipuler un écrivain), l'époque de paranoïa liée à la guerre froide, le devoir de réserve lié à la fonction d'agent secret et les relations amoureuses dont le jeu de la séduction est comparable à celui de la manipulation. S’entremêlent aussi des petites histoires (celles de l’écrivain, cible de Serena) prétexte à ces manipulations y compris celles qu'on effectue sur soi. Enfin la propagande ou le travail d'influence que doit mener le MI5 au travers de Serena. Et bien sûr l'écriture, ce pouvoir de l'imaginaire, utilisé pour influencer, au travers de l'écrivain, celui dans le roman, et de l'écrivain, l'auteur. Ian McEwan a mis le paquet pour étayer sa thèse ... dont je n'aurais pas le dernier mot vu que je n'ai pu terminer son livre.

Mais voilà je ne suis pas très nouvelles. C'est trop court pour moi. Alors là je suis servi, arrivé à la moitié du livre Serena vient seulement de rencontrer l'écrivain et j'ai déjà lu trois des nouvelles de ce dernier dont une seule a su éveiller un peu mon intérêt (avec le mannequin). Sinon quel ennui ! J'ai lutté autant que j'ai pu mais à part quelques brefs passages je m'ennuyais ferme. Je n'aime pas abandonner un livre cela ajoute à ma frustration mais là je n'en peux plus. Ne souhaitant pas rester sur un échec j'ai tenté avec insuccès de commencer la branche Sharko de Franck Thilliez. C'est dire à quel point j'aurais du abandonner avant ... Bon, ok alors je vais évacuer sur mon blog. Voilà c'est fait. Il va vite me falloir un bon livre pour oublier tout ça.

Un livre très bien écrit avec un style affirmé, beaucoup de finesse mais un sujet et une histoire qui m'ont ennuyé grave.