dimanche 30 mars 2014

La femme au carnet rouge d'Antoine Laurain

La nostalgie du possible
La femme au carnet rouge d'Antoine Laurain (Flammarion, 237 pages, 2014)

Incipit :
Le taxi l'avait déposée à l'angle du boulevard. Elle n'avait que cinquante mètres à faire pour revenir chez elle. 
Une jeune femme rentre chez elle, il est tard. Prudente mais cela ne suffira pas à se faire arracher son sac. Blessée et ne pouvant rentrer dans son appartement, elle se réfugie dans un hôtel. Le lendemain, Laurent, un libraire, tombe sur un sac abandonné au-dessus d'une poubelle. après avoir tenté de le déposer à la police, il mène l'enquête pour retrouver sa propriétaire. Seuls indices : les objets dans le sac. Et un sac de femme en regorge ... seront-ils suffisant pour la retrouver ? 

Un auteur que j'ai découvert avec Le Chapeau de Mitterrand et qui m'avait envoûté. J'ai retrouvé ce style limpide, doux, éthéré comme de fourrer son nez dans le duvet soyeux du ventre de mon chat. Je m'y suis senti bien.

Je l'ai repris tôt ce matin, des rayons de soleil diffusant une lumière diaphane sur les pages , mon chat sur les genoux ronronnant de bonheur partagé, complètement immergé dans cette histoire romantique, peut-être cousue de fil blanc, mais si bien racontée, avec tendresse et sensualité.

Des scènes amusantes (ahh celle avec Chloé et son père près du lycée),des références à Modiano dont j'avais apprécié L'herbe des nuits, à Sophie Calle et ses projets fantaisistes, et ces petits riens comme le contenu du sac ou la bibliothèque de Laure qui éveille la curiosité, la richesse des livres, la beauté de la vie. Ce livre fourmille de bonnes idées pour raconter une histoire finalement assez simple mais racontée avec art. Un livre qui donne la pêche et qui a embelli ma journée !

Des clins d’œil qui font écho au travail de Sophie Calle qui suivait des personnes, qui a créé L'homme au carnet ou encore M'as-tu vue ?, une exposition ? En tout cas j'aime beaucoup ces références implicites. De même pour Modiano. Un livre enchanteur.

Note d'émotion : 10/10

samedi 29 mars 2014

Deuils de miel de Franck Thilliez

Le phéromone de l'année !
Deuils de miel de Franck Thilliez (Pocket, 340 pages, 2010 )

Incipit :
Un an ... Un an depuis l'accident.
Un moment d'inattention. Une seconde. Même pas. Une pulsation. Bordure nationale. Une crevaison.

Ahh que j'aime bien Franck Thilliez, il trouve toujours un sujet différent et nous emmène dans la noirceur des psychopathes comme un guide de haute montagne qui nous ferait visiter l'Anapurna. N'oubliez pas le guide. 
D'habitude je ne lis pas plusieurs livres en parallèle, enfin disons que je ne le faisais plus depuis quelques temps. Mais Arden m'ennuyant ferme j'ai continué le cycle Sharko avec Deuils de miel où Shark se reconstruit (bon pas vraiment ...) après la mort de sa femme et de sa fille. Il est au bord de la rupture et doit en plus rechercher un criminel furieux qui veut déclencher l'apocalypse à base d'insectes. Enfin c'est injuste envers Arden, je l'ai continué ce matin et il y a un peu d'intérêt, une dératisation à base de salami aux acacias ! Fou, non ?
L'entomologie est cette fois-ci au programme, sortez vos cahiers, Acherontia Atropos (mon papillon préféré depuis qu'enfant je l'avais vu illustré et cela n'a pas diminué tant il est connoté et ce n'est pas un hasard de le retrouver dans Le silence des agneaux par exemple) vous connaissez ? Z'avez 10 minutes. Cette fois un timbré retors va mettre en place un jeu de piste morbide où Shark va devoir fréquenter les circuits underground de NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) un peu particuliers, car interdits et particulièrement mortels.

Un Franck Thilliez de plus, et pas déçu du tout. Du bon thriller. Le suivant sur ma liste sera La forêt des ombres. Mais avant La femme au carnet rouge d'Antoine Laurain !

Note détente : 10/10

vendredi 28 mars 2014

Le théorème du homard de Graeme Simsion

J'en pince pour toi, tu sais ...
Le théorème du homard Ou comment trouver la femme idéale de Graeme Simsion (NiL, éditions, 378 pages, 2014)

Incipit :
J'ai peut-être une solution au Problème Épouse. Elle semble évidente a posteriori, une caractéristique fréquente des découvertes scientifiques majeures. Mais je ne l'aurais pas trouvée sans un enchaînement d'évènements qui n'étaient pas prévus à mon programme.

Las des soporifiques cent premières pages (voire plus, l'avenir le dira) d'Arden de Frédéric Verger, de la sélection du Prix Emmanuel Roblès, je me suis enquis d'un livre plus dans mes goûts. Et je suis tombé sur Le théorème du homard ! Un pur régal ! Un vrai bonheur ! A cause d'Arden j'ai même repris la série des Franck Thilliez ... c'est dire, ce qui explique le manque d'activité récente sur ce blog. J'ai aussi acheté La femme au carnet rouge d'Antoine Laurain, ayant beaucoup apprécié Le chapeau de Mitterrand.

Un chercheur en génétique, Donald Tilleman, est un pur génie, doué d'une logique implacable, organisé comme une montre suisse mais hélas aux interactions sociales perturbées par un manque d'empathie avéré. Il rappelle partiellement le personnage de Sheldon Cooper de la série The Big Bang Theory sur ce point. Donald a peu d'amis, il est parfaitement conscient de ses particularités comportementales et de la configuration singulière de son cerveau (syndrome d'Asperger). Lassé de la perte de temps induite par la recherche d'une partenaire, rituel social basé sur un protocole parfaitement inefficient : plusieurs rendez-vous, un comportement ritualisé qu'il ne maitrise pas mais qui prend du temps, pour s'apercevoir au bout de quelques jours voire de quelques semaines de la parfaite incompatibilité de la relation. Intolérable de perdre autant son temps pour un cartésien comme lui. Il va mettre en place un protocole de recherche afin d'optimiser les différents facteurs. En particulier un questionnaire qui permettra de faire une présélection drastique et de réduire à son minimum le temps consacré à trouver la partenaire idéale.

Mais voilà, la nature humaine ne se réduit pas à des équations. Et Donald va l'apprendre à ses dépends. La nature de Donald met en exergue avec beaucoup de drôlerie nos comportements soit disant normaux, leurs incohérences, leur manque de logique voire d'être complètement irrationnels. Et c'est le point fort de ce livre, jubilatoire de ce point de vue. Et en plus une histoire touchante qui va pointer son nez ... une histoire d'amour compliquée ... ce livre est une véritable bouffée d'oxygène, plein d'émotions, paradoxalement aussi de la part de Donald ce qui le rend particulièrement attachant. Peut-être une parabole de nos sociétés où tout est calculé, des indicateurs en veux-tu en voilà, des agences de notation par ci par là, bref l'humain ne se réduit pas en formules qu'on se le dise ! Un vrai coup de cœur donc ! Et ce livre est bien plus que ce que j'en dis. Un livre délicieux, une réussite totale.

Hier soir en rentrant du travail je n'ai pu le lâcher jusqu'à la fin soit vers minuit ... pas du tout raisonnable mais je m'en moquais complètement à ce moment là,  bon beaucoup moins ce matin au réveil il est vrai ...

Un livre intelligent sur la différence qui émerveille par son humour, par sa sensibilité, par son analyse pertinente de nos vies  ... D'un autre côté il est normal qu'un livre brillant nous éclaire.

Note extatique : 17/10

samedi 22 mars 2014

Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich

Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich (Albin Michel, 269 pages, 2014)

Incipit :
Un homme blanc dérive sur une barque. Il est jeune, très jeune. Le fleuve autour de lui brille sous les reflets d'une demi-lune.
Le destin d'Icare, jeune homme sans avenir qui se retrouve propulsé responsable du renseignement dans une dictature africaine et qui va se retrouver confronté à son immaturité.

Nous suivons les déambulations d'Icare, être désœuvré, sans avenir, menteur, veule, imposteur, qui par un hasard fortuit part en Afrique, protégé d'un général soudain en odeur de sainteté dans un gouvernement dictatorial. Une ambiance prenante aux souffles épiques où j'ai ressenti l'amour de l'Afrique de la part de l'auteur, ce continent souillé par les soubresauts des guerres, la corruption et ses dictateurs sans scrupules.

Une tragédie grecque soulignée par le choix des noms comme Icare ou encore Hélios, transposée dans une ville d'Afrique, Pendéré. Un vrai regard d'écrivain où la ville de Pendéré est décrite merveilleusement, avec sensualité, comme si c'était une femme. Une litanie de bassesses, de cynisme, d’égoïsme du narrateur et plus généralement des gens de pouvoir, mais pourtant porté par une écriture dynamique, une fable moderne mettant en avant les illusions qui nous bercent, le tout rehaussé d'une fin sublime, émouvante, qui fait croire en l'espérance.

Un parcours initiatique où un pauvre type balloté par le destin, se mentant à lui-même plus encore qu'aux autres, gagnera en sagesse, la rencontre de l'amour y étant pour beaucoup. Mais à quel prix.

Un livre qui fait partie de la sélection du prix Emmanuel Roblès 2014. Un premier roman réussi, par le choix du sujet, la quête initiatique, la rédemption spirituelle par l'amour qui apporte une réelle profondeur à cette histoire.

Pour un si jeune auteur (23 ans), quelle maîtrise ! Très bon roman.

Note dictatoriale : 10/10

jeudi 20 mars 2014

Le Miel de Slobodan Despot

La politique de l'autre ruche
Le Miel de Slobodan Despot (Gallimard, 127 pages, 2014)

Incipit :
Il est des pays où les autobus ont la vie plus longue que les frontières.
La succession de crises qui avaient frappé la Yougoslavie avait ôté à cet humble serviteur de la ligne 67 tout espoir de relève.

Le voyage dangereux dans le chaos de la guerre serbo-croate d'un fils parti chercher son père, apiculteur, dont le miel, symbole de son labeur et de son retrait d'un conflit inique et absurde, servira de médiateur.

Ce voyage permet de traverser un moment historique difficile à comprendre, celui du conflit serbo-croate dans l'ex-Yougoslavie, que le film No man's land a si bien retranscrit.

Assez bien écrit, l'auteur essaye de nous faire ressentir l'absurdité de cette guerre et les relations si particulières de personnes hier frères et sœurs puis ensuite ennemies, la majeure partie d'entre eux subissant un état de fait. Sans vraiment accuser qui que se soit ou cherchant à juger, l'auteur constate un certain nombre de faits au cours d'une histoire sensible d'une famille et d'une rencontre avec une herboriste. J'ai bien aimé ce fil conducteur joué par le miel comme le rôle tenu par le chapeau dans Le chapeau de Mitterrand.

Un livre enrichissant. Livre qui fait partie de la sélection du prix Emmanuel Roblès. Un premier roman prometteur.

Note : 8,5/10


mardi 18 mars 2014

La Fabrique du Monde de Sophie Van Der Linden

Paiement en âmes humaines
La Fabrique du Monde de Sophie Van Der Linden (Buchet-Chastel, 156 pages, 2013)


Incipit :
Sortir, en une propulsion due au seul souffle de la liberté. Puis courir, la vie en dépend, toute et à jamais. Droit devant, vers la nature, l'inconnu, à toute force.

Une jeune chinoise, Mei, travaille jusqu'à l'épuisement dans un camp de travail textile, sous-payée pour un travail abrutissant, dans l'anti-chambre du mercantilisme le plus débridé, au profit des pays riches. Une machine qui broie les désirs pour ceux des autres. La confection du bout du monde, esclavagisme moderne, pour nourrir ce monde sans fin.

La docilité, seule qualité importante pour ses parents, brise un destin possible de femme éduquée et libre, dans cette scène terrible où une institutrice tente d'infléchir un chemin tout tracé.

Dans ce petit monde de la soumission, du contrôle permanent, réduite à sa mécanique la plus sobre, Mei rêvasse, seul domaine non encore colonisé, non encore aliéné par ses slogans totalitaires et vains, et fait une rencontre improbable tant les forces contraires sont vives.

Un court texte où l'on s'immerge rapidement pour partager cet élan irrépressible de liberté, d'épanouissement. Une fable tragique fruit de notre idéologie de consommation et de globalisation qui se nourrit des êtres les plus faibles.

Cela m'a rappelé 1984 par l'isolement, l'asservissement, le contrôle et bien sûr la destruction lente de tout espoir. Fait partie de la sélection du Prix Roblès 2014.

Note triste : 8/10

dimanche 16 mars 2014

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis (Seuil, 219 pages, 2014)

Incipit :
De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiments de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Le récit de souffrance d'Eddy, homosexuel refoulé, subissant l’opprobre de ses parents de n'être pas un garçon assez viril et le bizutage de ses camarades du collège. En Picardie dans une famille d'ouvrier où la pauvreté, la violence et l'alcoolisme font bon ménage.

La misère sociale, l'esprit de clocher et de village, la vulgarité, le mâle dominant et violent, la virilité exacerbée, la bêtise et l'ignorance, l'intolérance, la xénophobie, le racisme, bienvenue chez les ploucs. Un récit sans concession où il ne fait pas bon d'être différent encore moins homosexuel. Le foot et la TV sont les deux mamelles culturelles de la France profonde. Pas de chance Eddy est aussi asthmatique. On a échappé de peu à ce qu'il soit borgne et unijambiste. En tout cas un bon candidat pour Mireille Dumas.

Style plat, écriture simple, pauvre littérairement, très descriptif, bourré de poncifs éculés de tous les clichés de comptoir, certainement honnête et sincère mais avec des situations grotesques comme l'accouchement dans la cuvette des WC ou la tante qui s'arrache les dents une fois cuitée. Cela donne la désagréable impression que tous les articles rayon "chien écrasé" de la PQR défilent qui restituent, il est vrai, à merveille un milieu et sa vision fantasmée. Psychologie des personnages réduite, sujet à thèse et à charge, sans plus-value ou un seul regard original, comme une checklist que l'on chercherait à compléter. D'autres récits ont mieux traité un tel sujet et l'homophobie mérite mieux. Ma lecture récente de Sauf les fleurs narre l'histoire difficile de Marthe mais c'est autrement plus singulier et innovant.

Puisque Bourdieu était l'indice pour le Prix Emmanuel Roblès 2014, La Misère du Monde de celui-ci était autrement plus intéressant. Quelle n'a pas été ma surprise ce soir d'apprendre que Le Masque et la Plume avait aimé unanimement En finir avec Eddy Bellegueule et que cet ouvrage était un succès (1). Il est vrai que d'apprendre que c'est autobiographique peut changer mon regard et à tout le moins me faire éprouver une grande compassion pour celui qui a subi tout cela et qu'il est estimable d'en faire part. Mais en tant que roman je ne changerais pas d'avis : bof ! bof !

Note : 4/10

(1) J'en conclus que ma carrière future de critique littéraire est sérieusement compromise ...

samedi 15 mars 2014

Editeur ! d'Emile Brami

Aeque pars ligni curvi ac recti valet igni
Éditeur ! d’Émile Brami (Écriture, 172 pages, 2013)

Incipit :
Au cas bien improbable où quelques lecteurs voudraient entrer en contact avec moi, j'ai pour habitude de donner, sur la page de garde de mes livres, une adresse email uniquement dévolue à cet effet.
Un écrivain, détenteur d'une galerie d'Art Brut, se retrouve responsable d'une maison d'édition montée par un riche entrepreneur dont les seuls critères sont lui, lui, lui, ses envies, ses passades et ses goût kitschissimes. 

Comme le résume l'auteur lui-même :
../.. cette aventure bouffonne n'a pas grande importance. Elle ne vaut guère plus qu'un petit roman à prétention comique pour lequel je chercherais un éditeur.
Le monde de l'édition gentiment brocardé ! Une ambiance délicieusement cynique, délétère où le nombrilisme, l'hypocrisie de prétendus auteurs en recherche d'un éditeur se mélange à un entrepreneur mégalomane et égocentrique et produit un effet ubuesque assez drôle.

Une galerie de portraits pastiches où tout le monde en prend pour son grade, que ce soit les auteurs qui font du Da Vinci Code, du Harry Potter, au monde de l'édition qui vendrait des livres comme on vend du cochon, avec les mêmes méthodes. Un des personnages s'appelle Myself ! C'est dire ...

Une lecture détente, un sujet que l'auteur doit bien connaitre, de bons moments, un style agréable, des personnages bouffons à souhait, des citations latines, la "réhabilitation" d'auteurs que j'ai connu au lycée comme Émile Verhaeren et ses campagnes hallucinées. Sans prétention comme le dit l'auteur mais bien équilibré. Merci à Catherine pour ce conseil de lecture.

Note éditeur : 9/10

Sauf les fleurs de Nicolas Clément

J'écris notre histoire pour oublier
que nous n'existons plus.
Sauf les fleurs de Nicolas Clément (Buchet-Chastel, 75 pages, 2013)

Incipit :
Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m'appelais Marthe, mon frère s'appelait Léonce, né un mensonge après moi.
Dans une ferme, un père violent, Marthe raconte son histoire, sa survie, son amour pour sa mère et son frère, sa destinée fracassée et sa lutte tragique.
Ce que j'aime dans un nom c'est trouver un toit.
Un livre court, certes, mais intense et d'une énergie sourde. D'un style très personnel, particulièrement inventif aux formes originales, l'auteur raconte le savoir et l'amour contre la bêtise et la violence au travers de la narratrice, Marthe, attachante et poignante.
En ouvrant, la ferme me saute au cou et je crois me réveiller aux côtés de Maman.
Des raccourcis elliptiques aux images fulgurantes, un très beau texte dont la puissance évocatrice touche l'âme. Une énergie viscérale qui éblouit nappée de soubresauts poétiques ... tout en simplicité.  J'ai relu plusieurs fois certains passages pour les déguster.
A Baltimore, être heureuse, appeler sa peau sans faire le zéro, respirer son visage.
Un premier roman réussi ! Fait partie de le sélection du Prix Emmanuel Roblès 2014.

Note fleurie : 10/10

vendredi 14 mars 2014

Prix Emmanuel Roblès 2014

Prix Emmanuel Roblès 2014

Normalement je devrais participer à l'élection du lauréat du prix Emmanuel Roblès. Je ne sais pas comment je vais faire part de mes lectures sans dévoiler mon choix même s'il sera mélangé à de nombreux votants. J'avais assisté à la remise du prix en 2013.

Après une suite d'indices disséminés sur le site de la Ville de Blois mais également dans la Nouvelle République du Centre, la sélection possible est :

  • Sauf les fleurs de Nicolas Clément
  • En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis
  • Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich
  • La fabrique du monde de Sophie Van Der Linden
  • Arden de Frédéric Verger
  • Le Miel de Slobodan Despot
C'est avec grand plaisir que je vais lire cette sélection et participer (pour la première fois) à un jury littéraire au travers du Club La Marguerite.

Plus d'informations les jours à venir. J'ai déjà reçu aujourd'hui Sauf les fleurs !

dimanche 9 mars 2014

Le collier rouge de Jean-Christophe Ruffin

Repos Sergent Tibbs !
Le colonel
Le collier rouge de Jean-Christophe Ruffin (Gallimard, 156 pages, février 2014)

Incipit :
A cette heure de l'après-midi, avec la chaleur qui écrasait la ville, les hurlements du chien étaient insupportables. Il était là depuis deux jours, sur la place Michelet, et depuis deux jours il aboyait.

Après la première guerre mondiale, un juge doit décider de la destinée d'un héros de la guerre, coupable de provocation. L'affaire, d'apparence simple, est plus complexe que prévu.

Pour l'homme des villes, l'arrière, c'était le plaisir, le confort, la lâcheté, en somme. Pour celui des campagnes, l'arrière, c'était la terre, le travail, un autre combat.

J'avais lu Le grand cœur du même auteur et cela m'avait passionné, alors quand j'ai vu en tête de gondole Le collier rouge, je n'ai pu résister. Jean-Christophe Ruffin a le sens du récit, une analyse fine de la psychologie des personnages. Là il met en place une scène étrange, il fait chaud, c'est après la première guerre, il n'y a qu'un seul prisonnier, qui ne semble pas faire grand cas de son sort et surtout un chien, fidèle parmi les fidèles, qui l'attend et dont il ne semble guère se soucier. Un juge militaire est diligenté pour régler la question mais par humanisme et là je reconnais bien l'auteur, il ne saura se satisfaire de l'apparence des choses.
Les distinctions, médailles, citations, avancements, tout cela était fait pour récompenser des actes de bêtes.

Au fil du récit, petit à petit se déploie une profondeur que je n'imaginais pas au départ et qui m'a emporté complètement. D'un récit intriguant Ruffin réussit à nous faire voyager alors qu'il devait s'agir d'un simple procès verbal. Sur fond de réflexions sur le patriotisme, la folie de la guerre, la révolution, la littérature, l'idéalisme, l'amour, la politique, le pouvoir ... toujours à propos.

Ce livre est un vrai coup de cœur de par cette histoire profondément humaine et touchante qui met en musique la fidélité sur tous les tons.

Note de tendresse : 10/10

La trahison d'Einstein d'Eric-Emmanuel Schmitt

Tout est relatif. Et inversement.
La trahison d'Einstein d'Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 153 pages, 2014)

Incipit :
Une fin d'après-midi, dans le New-Jersey, au bord d'un lac.
Tandis que le soleil dore l'horizon de teintes cuivrées, un homme, assis sur le sol, se prépare un repas frugal avec du pain, du jambon, des cornichons.

Une rencontre au début des années 1930 sur une berge entre un vagabond et Albert Einstein. S'ensuit une discussion sur le patriotisme et l'anti militarisme. Les prises de position d'Einstein font qu'il est mis sous surveillance par le FBI.

La montée du nazisme relèguera les principes de paix d'Albert Einstein au second plan. Hiroshima et surtout Nagasaki vont tourmenter Einstein sur son choix d'avoir pris la décision d'ouvrir la boite de Pandore et le paradoxe existentiel de sa vision humaniste.
Deux choses sont infinies ; l'univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.
Une réflexion sur le pouvoir, la science, la liberté, la guerre, et la vision utopique d'Einstein. Cette dernière est un projet à l'exact opposé de la vision totalitaire des nazis. Une pièce de théâtre parfaitement construite et pleine de réflexions, que j'aimerais beaucoup voir jouée. Eric-Emmanuel Schmitt y a inséré des aphorismes connus d'Albert Einstein dont certains sont très drôles d'autant que l'humour était un trait important pour Einstein.

Note théâtrale : 10/10

Miss Peregrine's Home for Peculiar Children by Ransom Riggs

Oula hup barbatruc
Miss Peregrine's Home for Peculiar Children by Ransom Riggs (Quirk Books, 384 pages, 2013).

Incipit :
I had just come to accept that my life would be ordinary when extraordinary began to happen.

Un jeune garçon découvre que les histoires étranges de son grand-père ne sont peut être pas si fantaisistes que cela.

Existe aussi en français, Miss Peregrine et les enfants particuliers, que j'ai commandé pour ma fille.

Sur les conseils de Sandrine, qui venait juste de m'inciter à lire M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit,  un livre ado original sur la forme car richement illustré de vraies photos noir et blanc particulières (la postface indique les crédits photographiques et le fait qu'il y a eu quelques petites retouches mais minimes).

C'est d'ailleurs le point fort de ce livre car cela le rend plus immersif, plus concret, plus mystérieux, et ajoute à l'imaginaire au lieu de s'y substituer tant les images sont bien choisies et s'intègrent à l'histoire.

Une histoire avec en toile de fond la seconde guerre mondiale et la chasse aux gens différents. Je ne veux pas en dire trop car déjà le quatrième de couverture en dévoile suffisamment. Disons que c'est une histoire mystérieuse, avec du suspense, un peu d'horreur à la Lovecraft, du fantastique et une symbolique forte (la caverne, roman initiatique, le nazisme) tout en restant un livre pour ado.

Le cri de Munch
Je ne m'attendais pas à cela, j'ai fait une confiance aveugle en Sandrine sans savoir de quoi il retourne, et ce livre se lit très bien. Évidemment cela m'évoque mes précédentes lectures récentes comme Maus et Confiteor à cause notamment de la période évoquée de l'Histoire.

Je m'attendais à une fin plus grandiose, qui ne se termine pas en attente mais en fait j'ai appris qu'il y avait une suite (ouf) ! En anglais c'est Hollow City, qui ne semble pas encore avoir été traduit. Mince je comptais lire le dernier Christophe Ruffin ou  La trahison d'Einstein, une pièce de théâtre d'Eric-Emmanuel Schmitt, cadeau de mon épouse. Bon je verrai. Je vais le faire au dé.

Également un recueil de ces photos étonnantes et si étranges par ce même auteur, Ransom Riggs, Talking Pictures, qui ont été récupérées par des collectionneurs au fil du temps. Peut être un prochain achat, qui sait ... je suis curieux de voir ces photos !

Note particulière : 10/10

samedi 8 mars 2014

The complete Maus d'Art Spiegelman

But here God didn't come
we were all on our own
The Complete Maus d'Art Spiegelman (Penguin Books, 296 pages, 2003)

Art Spiegelman retranscrit avec le media qu'il maitrise, le comics, l'histoire tragique de la Shoah vécue par son père.

C'est en lisant Les Ignorants que je me suis aperçu que je n'avais toujours pas lu Maus. J'ai étudié la seconde guerre mondiale au lycée comme tout un chacun, j'avais un professeur d'histoire passionné et passionnant, et le génocide des juifs faisait partie du cursus scolaire. Ce professeur nous prêtait des documents et des livres dont certains étaient très durs, comme Médecin à Auschwitz de Miklos Nyiszli en nous avertissant au préalable. Il avait raison.

J'avais tenté de lire Mein Kampf, la version non expurgée (canadienne), donc celle qui inclut les remarques sur la France et les français et non la version de propagande diffusée dans mon pays.

Abraham I didn't see again I think he came out the chimney

Il est difficile de comprendre une telle atrocité que furent le génocide, les camps de concentration, les chambres à gaz. Le documentaire de Claude Lanzmann éclaire à sa manière et Maus également d'une manière différente.

Every word is like an unnecessary stain on silence and nothingness. S. Beckett

Par distanciation peut-être, comme dans La bête est morte de Calvo ou encore Animal Farm d'Orwell, les personnages sont personnifiés par des animaux. Ici, les juifs sont des souris (d'où Maus en allemand), les polonais sont en cochon et les allemands en chat. Cela ne dénature en rien le drame absolu que peuvent avoir été ces évènements mais permet au contraire d'aller jusqu'au bout d'un ouvrage qu'il m'a été impossible de lire en continu.


Je ne comprends pas cette intolérance totale envers un peuple, envers les homosexuels, la couleur de peau, les tziganes, cette noirceur profonde de l'âme humaine qui mène à ces destructions. Et comment peut perdurer l'antisémitisme et ces idéologies de l'intolérance surtout lorsqu'elles émanent de soit disant croyants, qui sont pour l'occasion affublés du vocable intégristes.

L'auteur a fait un travail remarquable, n'édulcorant pas ses relations difficiles avec son père, le racisme latent de ce dernier ou les instincts de survie qui sont par essence égoïstes et qui enlèvent petit à petit toute humanité, un prix parfois trop lourd à payer pour le survivant. Dans cette noirceur des moments de générosité, si rares mais si essentiels.

Peut être que Maus m'a fait comprendre l'aphorisme lu dans Le Duel "Il est plus facile de croire en Dieu quand on sait qu'il n'existe pas" car croyant, après une telle tragédie, comment ne pas se dire que Dieu n'existe pas ?

Le plus important est que cet ouvrage participe au travail de mémoire. Même si l'être humain apprend peu de l’expérience des autres, ne pas transmettre cet héritage serait plus dommageable encore. Même si c'est au delà de l'imaginable, même si l’indicible par définition est indescriptible, l'empathie, cette faculté si utile, permet  de se représenter, modestement, ce moment singulier de notre Histoire.

The complete Maus recueille les différentes parties en un seul volume. A lire également, MetaMaus, incluant un DVD et des enregistrements du père d'Art Spiegelman qui approfondit l’œuvre et la réflexion.

Livre incontournable et essentiel.

mardi 4 mars 2014

Le Duel d'Arnaldur Indridason

Il est plus facile de croire en Dieu
quand on sait qu'il n'existe pas
Le Duel d'Arnaldur Indridason (Métailié, 309 pages, 2014)

Incipit :

A la fin du film, lorsque la lumière fut rallumée et que les spectateurs eurent quitté la salle, l'ouvreur découvrit le cadavre.

Une affaire policière, un jeune homme assassiné dans une salle de cinéma, en Islande lors de la rencontre au somment entre Boris Spassky et Boby Fischer. Sur un fond de guerre froide, d'espions russes et américains à Reykjavik, un banal fait divers soulève une affaire plus trouble que prévu.

Un roman policier de bonne facture dont les points forts sont le lieu, l'Islande étant un pays peu connu, donnant une teinte d'exotisme d'une certaine manière, l'histoire de ce pays, en particulier l'épidémie de tuberculose et les traitements de l'époque, au travers du passé de Marion, le policier principal qui mène l'enquête, le duel entre deux champions d'échecs, jeu mythique, et enfin l'ambiance de paranoïa, de complot, fruit de la lutte entre l'URSS et les USA. Un mélange savamment dosé qui donne une histoire qui se lit comme du petit lait.

J'ai été surpris par la phrase (p. 106) :" Il avait avancé sa reine de deux cases, c'était le premier mouvement de la partie". J'en doute fort, il n'est pas possible de jouer la reine en premier, seuls les pions ou un cavalier. Il est probable que ce soit un pion. Je pense que l'auteur soit connait les échecs soit s'y est intéressé un minimum. Une erreur de traduction donc ?

Également par (p. 129) "--- Oui, répondit Marion d'un ton sec qui suggérait que tout ce qu'Albert pourrait lui dire sur la tuberculose n'avait pour elle aucun intérêt." Elle ? Il se trouve que Marion est un homme.

Mais il s'agit de détails (un mot manquant en page 95 aussi) qui ne nuisent en rien au reste même si sur le coup cela surprend un peu.

Un bon policier qui ne s'attache pas uniquement à l'intrigue et c'est ce qui fait toute sa valeur. Oui Catherine, je n'ai pas eu la patience d'attendre et je l'ai acheté lundi finalement ... mais comme cela je pourrai le proposer à la prochaine réunion du Club de Lecture !

Note d'investigation : 10/10

lundi 3 mars 2014

Goggles de Tetsuya Toyoda

Goggles de Tetsuya Toyoda (Latitudes, 240 pages, 2013)
On the road again

Ensemble de six nouvelles qui touchent à divers sujets (économie, famille, aventures) qui ne sont pas forcément liées en dehors de deux d'entre elles.

La première mettant en scène des Kami, dont un représente la misère (suite à la crise financière subie par le Japon comme explicité dans la postface) est un peu fantastique.

L'auteur alterne avec délicatesse et finesse des histoires avec de l'humour, du drame, de la nostalgie.

J'aime beaucoup le dessin, aéré, détaillé, le choix des cadres, de la mise en page et l'art consommé de l'ellipse, l'auteur gérant avec talent le temps en suspens. Des moments de pure poésie.

Et toujours ce Japon que j'apprécie, un très bon mangaka qui rejoint mes auteurs favoris comme par exemple Naoki Urasawa (20th Century Boys, Monster, Pluto, Billy Bat ...) ou encore JirōTaniguchi (Quartien Lointain).

Au départ, pour le titre, j'avais lu Google ... mais non il s'agit bien de Goggles. Peut être la nouvelle la plus poignante.

Note graphique : 10/10

samedi 1 mars 2014

Le chien qui louche d'Etienne Davodeau

Faut bien casser la croûte
Le chien qui louche d’Étienne Davodeau (Futuropolis, 244 pages, 2013)

Sur un conseil avisé, est-ce utile de le préciser, de Catherine, à nouveau un Davodeau. J'avais bien aimé Les ignorants et ce titre Le chien qui louche était intriguant à souhait. Trois bonnes raisons de le lire, d'autant que Catherine était enchantée de nous le faire découvrir.

Fabien est gardien dans le prestigieux musée du Louvre. Il aimerait partager le même lieu d'habitation avec sa petite amie, Mathilde. Cette dernière lui fait tout de même découvrir sa famille, à la campagne. Profitant du métier de Fabien, les frères de Mathilde aimerait son avis sur un tableau peint par un de leur ancêtre. Une rencontre avec une confrérie du Louvre va peut-être faire avancer les choses.

Toujours aussi bien raconté, Étienne Davodeau a le sens de la narration, une histoire touchante sur l'Art, l'amour et la famille. Des remarques sur l'art pertinentes et toujours ces relations humaines si bien décrites.

Une très bonne BD.

Note dessinée : 10/10

M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit de Robin Sloan

Entrée libre
M. Pénombre libraire ouvert jour et nuit de Robin Sloan (Michel Lafon, 342 pages, 2014)

Incipit :

PERDU DANS LA PÉNOMBRE des rayonnages, j'ai failli tomber de l'échelle. Je suis exactement au milieu de celle-ci. En dessous, tout en bas, il y a le sol de la librairie, de la planète que j'ai laissée derrière moi.

Un jeune au chômage trouve par petite annonce une librairie qui recherche un vendeur. Particularité, la librairie est ouverte 24/24, les clients sont plutôt rares, la plupart, ceux qui viennent la nuit, empruntent des livres très particuliers ... Clay, qui prend le poste va découvrir petit à petit le mystère qui se cache derrière ces clients et ces livres mystérieux.

Une ambiance qui m'a rappelé (de loin) L'ombre du vent pour les lieux secrets sur les livres (librairie, bibliothèque souterraine), ou encore (de loin également) Dan Brown pour le jeu de piste avec confréries et codes secrets. Un livre qui n'est pas le thriller escompté mais plutôt un excellent roman pour ado.

Une histoire pétrie de culture g33k (jeu de rôle, programmation, réseaux sociaux, smartphones etc.) mais accessible à tous, de technophilie (hackerspace, Wired, l'ILM, les DRMs, le Googleplex, liseuses comme le kindle, le data mining et la datavision) également accessible à tous qui ravira aussi bien les ados que leurs parents. La typographie a une place de choix dans l'intrigue et c'est l'élément le plus novateur de l'histoire.

Un livre très actuel donc, guère étonnant de la part d'un auteur qui a travaillé pour twitter et qui a kickstarté un de ses livres. Un manifeste pour la révolution numérique et les acteurs qui y prennent part, Google en tête.

Sous le couvert d'une histoire mystérieuse il y a une vraie réflexion sur le passage du livre traditionnel au livre numérique, et le pouvoir potentiel du réseau internet au travers de ses différents outils, en particulier la capacité du réseau à mobiliser des ressources pour des projets bien plus concrets qu'une flash mob et une fin sous forme de parabole spirituelle qui est plutôt plaisante, .

Même si on peut y lire que le livre est dépassé, c'est tout de même un hommage aux Livres et ce qu'ils représentent dans notre culture. Comme toute technologie disruptive, et Gutenberg en son temps a été l'initiateur d'une telle technologie, le numérique fait évoluer rapidement notre imaginaire et nos usages, et cette histoire joue de cette transition que nous vivons au quotidien. Rien que pour cela ce livre est intéressant.

Note g33k : 10/10

Zombillénium Tome 3 d'Arthur de Pins

Allongez-vous ...
Zombillénium Tome 3 d'Arthur de Pins (Dupuis, 48 pages, 2013)


Ce tome 3 me réconcilie avec la série, je trouvais le précédent pas clair, moins drôle que le premier, mais là je retrouve Gretchen et Aurélien et leur idylle naissante. Un nouveau venu, aux dents longues (hi hi), veut révolutionner le parc. La règle numéro un, ne pas tuer les visiteurs, est abrogée ... ça va saigner.

Toujours l'ambiance entreprise, actionnaires, pour gérer un parc d'attraction d'épouvante dont les employés sont morts et qui malgré tout sont soumis à un manager. Et avec l'humour noir et la mort en filigrane cela donne une ambiance délirante et délicieusement morbide. Cela reste bon enfant tout de même ! On apprend également que Gretchen a une mission secrète à mettre en œuvre ... dans le tome 4 ?

Un moment très agréable avec deux ou trois moments très drôles ! Je vous le recommande, vivement la suite !

Note putride : 10/10