jeudi 29 mai 2014

Même le mal se fait bien de Michel Folco

Mon Alice, Alice
Araignée maltèque
Même le mal se fait bien de Michel Folco (Points, 2009, 732 pages)

Incipit :
-- Oui, je le veux, dit Giulietta en bon français sans accent.
Sa voix fraîche  résonna sous la voûte séculaire de la cathédrale. La nef centrale était bondée.

L'épisode final de la quadrilogie, en attendant peut-être une suite (vas-y Michel !!!) après les excellents Dieu et nous seuls pouvons, Un loup est un loup et En avant comme avant !. Michel Folco réussit sans peine à se renouveler, chaque livre ayant sa propre tonalité et fond historique (18, 19, 20ème siècle). Le dernier volume n'échappe pas à la règle avec un début en trois étapes, avec bonds dans le temps, flashbacks et références diverses avec les volumes précédents. De Tricotin Charlemagne on passe à son descendant Carolus puis de là à Marcello le fils de ce dernier pour un carnet de voyage bourré de rebondissements, un livre d'aventure, croisement de Jules Verne pour l'aventure, Dumas pour la complexité et Rabelais pour la truculence et le verbe haut.

Un voyage initiatique pour un Marcello un peu niais qui va s'enorgueillir et être profondément changé. Les voyages forment la jeunesse ! Une fresque jubilatoire où l'auteur nous réserve quelques surprises comme la rencontre avec Adolf Hitler alors enfant, la fiction se mêlant plaisamment avec l'Histoire. Je n'en dit pas plus mais Michel Folco restitue toujours avec autant de talent le fumet d'une époque, que ce soit au travers de l'art, des personnalités, des lieux, des décors, des moyens de transports et toujours ce plaisir lié au savoir et à la découverte, avec souvent un polymathe à l'instar d'un Leonardo Da Vinci. Knowledge is power et la vengeance qui va avec, mise en œuvre avec de la préparation dans cette histoire, la plus éclatante démonstration que le cerveau peut être plus fort que l'épée.  L'auteur joue toujours aussi bien de l'éthique, car il n'y a pas de vraiment de saint dans ses histoires et même les personnages auxquels on s'attache ont des actions parfois outrageantes et répréhensibles, mais quelle liberté !. La science a aussi un place prépondérante et l'auteur insère parfois les toutes dernières découvertes de l'époque (médicale, technologique, mécanique) ou ce qui est à la limite de nos savoirs, comme les N.D.E. (Near Death Experiment), qui rappelle par exemple le livre du Dr Raymond Moody, qui a eu un certain succès il y a quelques années, et que l'auteur recycle avec plaisir et intelligence dans son histoire.

Un style qui vous emporte nappé d'humour ironique, noir, grinçant et de métaphores désopilantes. Michel Folco sème des clins d’œil un peu partout, par exemple un des personnages surnommé cui cui et qui parle d'oiseau  à Marcello dans un autre chapitre, ou encore la plaque minéralogique X 666, le X faisant référence à ce qui se passe au Tutti Frutti, et 666 au mal, au diable ... L'auteur s'amuse beaucoup et nous avec lui.

Durant un court instant, on eût dit que l’œil droit du cocher mangeait des cerises tandis que l'autre recrachait les noyaux.
Un quatrième volume qui tient ses promesses. A quand la suite ?

Ce n'est pas une fausse note : 10/10

dimanche 25 mai 2014

Le diable et le bon dieu de Jean-Paul Sartre

Cachez ce saint que je ne
saurais voir ...
Le diable et le bon dieu de Jean-Paul Sartre (Folio, 283 pages, 1951 édition originale)

Incipit :
L'ARCHEVÊQUE, à la fenêtre
Viendra-t-il ? Seigneur, le pouce de mes sujets a usé mon effigie sur mes pièces d'or et votre pouce terrible a usé mon visage : je ne suis plus qu'une ombre d'archevêque.
Un pièce de théâtre mettant en scène une bataille, un siège et l’interaction entre un chef de guerre, Gœtz, son amante, un archevêque et un moine pour les personnages principaux.

Un livre sur la prise de décision impliquant l'éthique, qu'est-ce que faire une bonne action ou faire le bien ? et son alter ego, faire le mal ? Interroge au final le libre arbitre de l'homme, et la présence ou pas de Dieu dans les décisions humaines.

Le bien et le mal et la responsabilité qui en découle que ce soit auprès des autres hommes ou de son créateur.

Un discours rhétorique sur Dieu, le diable, l'âme humaine qui permet de s'interroger quasiment à chaque page. Des phrases bien trouvées qui pourraient servir d'aphorismes. Ne dicte pas vraiment quoi penser tant finalement le sujet est complexe. En tout les cas moins simple qu'on pourrait le penser de prime abord. On sent bien sûr l'auteur philosophe derrière l'auteur écrivain. L'être et le néant sont suggérés explicitement dans cette pièce.

J'avais commencé un livre de Mohsin Hamid, un auteur pakistanais, mais tenté depuis longtemps à finir le cycle Michel Folco je me suis laissé aller à lire quelques pages de Même le mal se fait bien et ... ben je suis dans Michel Folco tant j'aime sa façon de nous plonger dans l'Histoire, avec son style si particulier de conteur talentueux.

Note de représentation : 9/10

La malédiction de Rascar Capac : Le mystère des boules de cristal, tome 1

Le retour de la momie
La malédiction de Rascar Capac : Le mystère des boules de cristal, tome 1 d'Hergé et Philippe Goddin (Casterman, 136 pages, 2014)

Les strips originaux en noir et blanc du mystère des boules de cristal. Une très belle édition au format paysage, cousue, avec papier de qualité. Une documentation fournie, fourmillant de références, des sources d'inspirations d'Hergé avec une iconographie riche et bien exploitée.

Une très belle édition, indispensable à tout Tintinophile, tant les détails fournis sont enrichissants. L'occasion de découvrir pour certains des cases inédites car les strips ont été remaniés pour l'édition couleur au format classique.

Note hergéenne : 10/10

Literary Life by Posy Simmonds

T'as d'beaux yeux tu sais ...
Literary Life by Posy Simmonds (Jonathan Cape, 72 pages, 2003)

Une bande dessinée sur le monde très étendu du livre.

Scènes de la vie quotidienne d'écrivains ou du milieu de la littérature (librairies, cocktail lors de la sortie d'un ouvrage, club de livres, séances de travail de l'écrivain  etc). Travers et vécus amusants de ce milieu avec souvent mise à distance et second degré. Un traitement assez drôle comme les épisodes du Docteur Derek, médecin littéraire (si, si) soignant les bobos des écrivains ou de leurs manuscrits. Les fausses couvertures ou les supermarchés traitent avec une ironie grinçante la marchandisation de la culture.

Pleins de clins d’œil, cela sent le vécu.

Note de sympathie : 10/10

mercredi 21 mai 2014

Mr Gwyn d'Alessandro Baricco

Orange ! Ô désespoir!
Ô vieillesse ennemie !
Mr Gwyn d'Alessandro Baricco (Gallimard, 192 pages, 2014)

Incipit :
Tandis qu'il marchait dans Regent's Park -- le long d'une allée qu'il choisissait toujours, entre toutes --, Jasper Gwyn eut soudain la sensation limpide que ce qu'il faisait chaque jour pour gagner sa vie ne lui convenait plus.

Un écrivain renommé, Jasper Gwyn, avec seulement quelques livres à son actif, décide d'arrêter, au grand dam de son agent littéraire. Un nouveau projet germe en lui, faire un portrait écrit d'une personne posant comme pour un peintre.

Un livre atypique, un écrivain singulier autour duquel flotte un délicieux mystère. De beaux portraits de personnages avec une mise en abyme sur plusieurs niveaux (écriture, écrivain, portraits, la fin du roman indiquée ... dans le roman, l'amour de la littérature, de la création avec un personnage créatif qui a une vision d'artiste unique). Le vieux monsieur qui fabrique des ampoules spécifiques et si originales, répondant à un cahier des charges d'une étrange douceur, est un moment magique. L'idée de l'accompagnement sonore dans le loft fait aussi partie des nombreuses bonnes idées qui émaillent ce joyau.

Avec délicatesse, l'usage constant du non-dit, du sous-texte, où il faut induire et déduire, l'auteur ne nous mâchant pas le travail, ne disant pas les évidences, mais les suggérant avec intelligence, il nous raconte une histoire pleine de sensibilité, de poésie, où l'indicible transparait et finit par toucher l'âme.

Un livre rare, maitrisé, qui mêlent le mystère, l'amour, la création, et qui reste en nous bien après avoir fini la dernière page à l'instar d'un Murakami, d'un Kawabata dans Les belles endormies, où l'étrange, la beauté, la psychologie des personnages forme un ballet édifiant. Une place belle à l'imaginaire, se marie parfaitement avec les gnossiennes d'Eric Satie (pur hasard lors de ma lecture, si je l'avais su j'aurais tout lu avec cette musique).

Un hommage appuyé à la littérature et sa porosité avec la vie réelle, démontrant avec brio la symbiose entre cet art et l'humanité.

Encore un livre suggéré dans l'Express par François Busnel. Bien vu.

Une réussite totale, envoûtant, un coup de cœur. Merci M. Baricco ...

Note enchantée : 20/10

lundi 19 mai 2014

La porte du Messie de Philip Le Roy

Da Vinci Coran
La porte du Messie de Philip Le Roy (Le Cherche Midi, 382 pages, 2014)

Incipit :
En ce soir d'été 1983 dans le quartier beyrouthin d'Achrafieh, la douceur de l'air inclinait à oublier la guerre qui déchirait le Liban depuis 1975.

Simon, un voyageur impénitent, vient d'apprendre la mort de ses parents. Son père lui a légué des documents de recherche essentiels censés changer la face du monde. A la recherche de ce secret, il va se retrouver au centre de complots et fera l'objet de poursuites par des individus sans scrupules.

Un roman à la Da Vinci Code sauf qu'ici en lieu et place d'une intrigue construite autour de la Bible il s'agit du livre saint Le Coran. A l'instar de Dan Brown l'auteur s'appuie sur des sources existantes et étayées notamment des documents de recherche. Documents qu'il est possible de trouver en ligne comme ceux de Luxenberg et de son livre The Syro-Aramaic Reading of the Koran. Une postface complète les sources utilisées, ce qui est appréciable.

Comme pour les romans de Dan Brown c'est le point fort de ce livre, par exemple j'y ai appris l'histoire de la porte Dorée à Jérusalem et la raison pour laquelle elle avait été murée mais également plein d'informations sur Jérusalem, la genèse du Livre Saint Le Coran, et de points historiques sur le moyen-orient. Il m'est toutefois compliqué de séparer le grain de l'ivraie de ce roman dont l'introduction insiste sur le côté véridique, l'auteur se mettant en scène comme réceptacle de cette histoire. Par exemple difficile d'y trouver la trace sur le net (via Google) du Codex Coranicum cité dans ce roman.

Mais je ne boude pas mon plaisir, un roman enlevé, qui se laisse lire avec plaisir et facilité. Je trouve tout de même les personnages insuffisamment étoffés ou certaines ellipses, lors des scènes d'action notamment, un peu faciles ou rapides voire trop rocambolesques. Quelques points surprenants comme le fait que Simon reconnait l'écriture d'un copain vieux d'une semaine (Markus) alors qu'il s'agit de celle de son père, qu'il n'a donc pas reconnue. Bon c'est du détail mais je trouve cela bizarre. Sur les jeux de hasard, lorsque la sourate 5 est citée, préciser l'ayat 92 aurait été pas mal étant donné le nombre de versets de la sourate en question.

Cela reste un thriller plutôt bien mené et que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Encore un livre recommandé par l'Express. Finalement c'est bien que je reçoive gratuitement ce magazine !

Note religieuse : 9/10



samedi 17 mai 2014

Il est de retour de Timur Vermes

I'll be back
Il est de retour de Timur Vermes (Belfond, 405 pages, 2014)

Incipit :
C'EST LE PEUPLE QUI M'A LE PLUS SURPRIS. J'avais pourtant fait tout mon possible pour empêcher que la vie puisse se perpétuer sur ce sol profané par l'ennemi.

Un point de départ particulier. Adolf Hitler est revenu (sans que l'on sache comment) à notre époque. Passé la surprise d'être à une époque qui n'est pas la sienne, tout en critiquant notre société il va de nouveau tenter de s'inscrire dans l'Histoire.

Un point de départ singulier, que l'on pourrait trouver déplacé ou déplaisant. Certes, qu'un personnage du passé se retrouve dans notre présent démontre les changements de société et peut prêter à sourire. Que ce soit Hitler est prétexte à des rapprochements ou des comparaisons intéressantes car puisant dans les anecdotes ou la vie d'autres personnages célèbres (voire tristement célèbre) de l'Histoire Allemande ou Européenne, un point fort du livre car s'y trouvent des personnes actuelles comme la Chancelière ou des journaux comme Bild. En dehors d'une critique acerbe des médias, de la confusion des esprits propre à une société démocratique et libre, d'une certaine forme de décadence ressentie, le retour suggéré est peut-être celui des idées d'Hitler plus que du personnage lui-même, une parabole en quelque sorte. Car Hitler est mort mais pas son idéologie. Et le titre fait certainement référence à l'idéologie.

L'auteur se moque avec brio de quelques travers de nos sociétés modernes et l'infotainment qui rabaisse et dilue l'important dans le superflu, un mélange des genres qui rend toute pensée difficile surtout devant un bretteur comme Hitler dont la rhétorique est bien rodée. Notre société recyclant avec facilité et cynisme toute idéologie fusse-t-elle extrême (d'aucuns diront décomplexée). Un humour noir ou au deuxième degré poussant le paradoxe jusqu'à l’agression d'Hitler par des extrémistes de droite le prenant pour un juif dévalorisant l'Allemagne !

Un sujet qui nous pousse à nous interroger sur une idéologie funeste mais dont le sujet s'épuise relativement vite. Un livre qui m'a rappelé La vague de Todd Strasser car posant des questions pertinentes sous forme d'histoire romancée à défaut d'essai, et qui montrait avec quelle facilité on peut glisser vers la dictature des esprits et des comportements.

Intéressant mais je ne pense pas en avoir personnellement retiré grand-chose. La question posée dans le livre : peut on rire avec Hitler ? est posée par le livre lui-même. Ce livre n'est clairement pas un panégyrique du dictateur, ses crimes génocidaires sont explicitement cités. Ce qui interroge c'est que son idéologie perdure et puisse se fondre dans notre culture. Le populisme est ici décrié avec une ironie mordante.

En ce moment je reçois L'Express gratuitement et j'avais lu un article sur ce livre et je voulais voir. Quant à l'Express et ses couvertures racoleuses (Très people pour les trois dernières, le summum étant Hollande et ses femmes (sic!)) elles sont typiques de ce qui est critiqué dans ce livre.

Note brune : 7/10 

jeudi 15 mai 2014

Speed Baduk de Sung-Rae KIM

Hummm bon les smarties !
Speed Baduk de Sung-Rae KIM Level 4,5,6 (Oromedia, 3 x 170 pages, 2008)

Décidé à m'améliorer au Go, j'ai entrepris d'étudier sérieusement (et donc régulièrement). Outre qu'il me faut jouer régulièrement, j'étais à la recherche de cours. Et des livres d'origine coréenne proposent exactement cela : des cours pour étudiant en Go ! Soit pour utiliser soi-même soit pour un enseignant comme support.

A l'étude du premier volume (level 4) j'ai ressenti déjà le côté pragmatique et la démarche pédagogique. C'est scolaire mais dans le bon sens du terme.  Un vrai plaisir de faire ses leçons une fois par jour. La quatrième volume sont les solutions. Quelques erreurs de typo et de graphiques mais rien de gênant.

Comme tous fondamentaux les éléments,  les formes et les techniques de base sont disséquées. Les exercices fragmentés en éléments fondamentaux et au passage on apprend les formes efficaces ainsi que les techniques, ... Il y a une répétition évidente lors des exercices mais j'y vois une éducation de l’œil (comme l'importance d'avoir le même exercice présenté selon les quatre axes de symétrie, pour habituer l’œil et le cerveau quel que soit l'angle, ce que ne font pas toujours les autres livres d'exercices mais que font par exemple quelques logiciels, en cochant la bonne option) et un véritable travail en profondeur. Il ne s'agit pas seulement de comprendre une technique mais d'imprégner son cerveau de l'essence du Go.

D'apparence facile (bon, normal pour le level 4) mais la profondeur réside dans la progression et les choix pédagogiques. Et souvent un des exercices a une variante, pour rappeler que jouer d'instinct n'évite pas de réfléchir un peu.

C'est exactement ce que je cherchais. Philosophie différente des livres théoriques, ou ceux qui se concentrent uniquement sur les tsumegos ou les tesuji (notamment parce que la répétition liée à une combinaison est dans ce type d'ouvrage absente et qu'ils se concentrent sur un seul thème).

Vision d'ensemble très progressive qui font de ces ouvrages des cours essentiels pour tout pédagogue ou étudiant.

J'aurais aimé découvrir le Go à partir de ces ouvrages dès le début. Pour plus jeune il y a la série des Level Up, à partir de 5 ans, ou les Jump Level Up pour les niveaux intermédiaires.

Le point fort de ces ouvrages sont les combinaisons de base (donner des exemples : atari puis prise, atari puis net, atari puis utegaeshi, atari puis shibori etc.) et surtout familiarise en même temps aux bonnes formes : les briques fondamentales avec le ciment des techniques. Ainsi que quelques jeux (rapidité, compter les libertés) ou des stratégies de base et des tests en fin d'ouvrage pour évaluer ce qu'on a retenu (excellente idée).

Un peu comme apprendre l'écriture, l'ouvrage est composé d'unités de travail qui intègrent concept, forme, principe. Vivement conseillé. Les level 4 à 6 sont jusqu'à 10k. Mais j'estime que c'est utile pour tous ceux même un peu plus forts qui souhaitent avoir de solides fondamentaux, qu'il est difficile de découvrir par soi-même en ne faisant que jouer.

Note pédagogique : 10/10

samedi 10 mai 2014

Le liseur de 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT

La banquette
Platon
Le liseur de 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT (Au Diable Vauvert, 217 pages, 6 mai 2014)

Incipit :
Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D'autres poussent leur premier cri affublés d'un strabisme disgracieux, d'un bec de lièvre ou d'une vilaine tache de vin au milieu de la figure.

La vie triste et grise d'un employé, à peine embellie par la lecture journalière dans un RER de pages survivantes d'une machine monstrueuse dédiée à broyer et recycler les livres invendus, voit sa vie prendre une tournure plus positive.

Une nouvelle qui s'avère un conte moderne où survivre au quotidien par la volonté de ne pas abandonner et de s'accrocher aux vestiges du savoir (fruit de la digestion d'une machine industrielle recyclant des centaines de tonnes de livres par jour) va maintenir un semblant d'humanité dont le premier bénéficiaire sera un collègue estropié par cette machine dévoreuse de savoir justement. Ces lectures disparates de quelques feuillets rescapés, tous les jours en allant au boulot, lui permettra de rencontrer deux vieilles dames adorables et de faire la lecture à un lectorat qui en avait bien besoin pour finir, par la grâce d'une clé USB, par un bouquet final qui conclut à la parabole optimiste de ce conte enchanteur.

Un livre éminemment sympathique qui sait réserver des surprises et qui distille sa bonté d'âme avec bonheur. J'avais lu un entrefilet puis Catherine, notre Maitresse de Cérémonie au Club La Marguerite, nous a envoyé un article au moment idéal : la fin du livre précédent. Merci Catherine pour cette découverte !

Note charmante : 10/10

vendredi 9 mai 2014

Le mystère Sherlock de J.M. Erre

Autant de morts ? Elle l'aime en terre
mon cher Watson
Le mystère Sherlock de J.M. Erre (Pocket, 260 pages, 2012)

Incipit :
En ce joli moi de mai, la neige était tombée dru, juste pour énerver le réchauffement climatique. Dans la vallée suisse de Meiringen, dame Nature avait revêtu son blanc manteau.

L'heure est grave. Plusieurs universitaires Holmésiens (chercheurs passionnés par l’œuvre de Sherlock Holmes)  se réunissent dans un hôtel afin de déterminer auquel d'entre eux revient la chaire Sherlock Holmes nouvellement créée à la Sorbonne. Avec un humour délirant, un clin d’œil facétieux aux Dix petits nègres d'Agatha Christie et à l'ambiance Cluedo qui en découle, les universitaires meurent les uns après les autres. Mais heureusement le détective Lestrade est là pour résoudre ce problème épineux et pis c'est tout.

Soyons francs et directs : l'auteur ne fait, mais alors vraiment aucun effort pour être sérieux cinq minutes (même pas une minute c'est dire), c'en est  à un point consternant. Avec application il insuffle un humour constant, ignorant avec superbe le principe de précaution, prenant ainsi le risque insensé d'avoir sur le dos une hécatombe de lecteurs morts de rire (ou noyés s'ils sont incontinents) sur la conscience (en plus du dos) qu'il n'a plus manifestement (la conscience pas son dos). Un serial comique recherché par toutes les polices (sauf celle de l'assurance qui a jugé un tel risque disproportionné) du monde, car l'auteur sévit aussi en langue étrangère. Un ouvrage qui scelle un destin funeste à l'ennui, qui se permet l'extravagance de faire oublier le travail routinier de la journée, qui vous emporte dans un monde virtuel dont chacun sait qu'il est le garant de la chute de notre civilisation. Amen.

Mes frais en cosmétique ont explosé, tant à certains passages mon rimmel a coulé, laissant ça et là des taches indélébiles sur ma chemise Charvet initialement immaculée et proposant à tout étudiant en psychologie des taches de Rorschach du plus bel effet (en vente sur ebay). Connaissant  l'auteur et ses méfaits par une lecture précédente (La fin du monde a du retard),  je m'étais pourtant préparé avec conscience et discipline, un paquet de mouchoirs très absorbants pour les larmes de rire qui risquaient de jaillir subrepticement, un miroir pour me remaquiller, mon testament si je venais à mourir de rire, une déclaration d'impôt pour échapper au long tunnel blanc et revenir sur terre (ne pas abuser, peut rendre dépressif) et l'avertissement à mes proches de ne pas s'inquiéter en cas de soubresauts à la lecture de l'objet du délit. Une formation au défibrillateur leur a également été dispensée (à mes proches pas à l'objet du délit, ce qui n'aurait aucun sens), le 15 averti pour une intervention rapide éventuelle pour ne pas dire certaine. Mon épouse, fidèle, prête à m'arracher le livre aux premiers signes alarmants (l'évènement ayant eu lieu à maintes occasions, je ne puis prêter ce livre, nous n'avons pas retrouvé toutes les pages). Bon, bref en clair tout était planifié. Je n'avais pas trop prévu la camisole et un séjour de quelques jours dans un espace confiné capitonné mais, à part cela, le plan s'est déroulé sans accroc. Je vais mieux, le travail m' a ramené à une attitude plus stable.

L'auteur, en plus de pasticher les classiques du genre policier, de s'en amuser (quel clown !) et d'y ajouter son humour habituel (no limit le gars), se permet (le bougre) en plus d'être intéressant sur Sherlock Holmes (le gredin). Plein de détails et d'anecdotes (ah il a tout de même bossé !) sur ce détective légendaire. Ce qui donne au final un ensemble très réussi et redonne une élasticité bienvenue aux muscles faciaux (particulièrement utile à ceux qui font la gueule mais beaucoup moins pour un trompettiste, vous voyez ?) et surtout une bonne humeur joyeuse et positive (pour un peu je serais presque prêt à tondre la pelouse) et pardonne à ceux qu'il a offensé.

Un moment très agréable pour tout public (mais déconseillé aux cardiaques ou alors penser à mettre une  pile neuve dans votre pacemaker).

Note hilare : 10/10





jeudi 8 mai 2014

84, Charing Cross Road d'Helene Hanff

Bonjour, vous auriez une tranche de culture ?
84, Charing Cross Road d'Helene Hanff (Livre de poche, 146 pages, 1970) avec postface inédite ha oui quand même !)

Incipit :
Messieurs :
D'après votre publicité dans le Saturday Review of Literature, vous êtes spécialisés dans les livres épuisés.
Un roman épistolaire, encore que ce point puisse être discuté comme cela est fait dans une postface instructive qui n'a fait que renforcer le charme particulier de ce livre, hymne d'amour à la littérature classique anglaise par une passionnée américaine et qui s'avère un guide sur les trésors de ce pays comme par exemple Tristram Shandy (que j'aimerais bien lire !), oui, une longue phrase d'introduction propre à décourager le lecteur inattentif ou épuisé après une longue journée de travail acharné.

Une jeune américaine jette son dévolu sur une librairie londonienne spécialisée dans les ouvrages de qualité.

Ce qui commence par des échanges plus ou moins formels glisse petit à petit vers la tendresse, la générosité et l'amitié. Helene Hanff, l’américaine, n'a pas la langue dans sa poche et s'exprime avec naturel et passion,  au contraire de Franck Doel, le libraire, plus formel. Une complicité s'instaurera rapidement et on ressent l'entente intellectuelle entre les deux protagonistes. D'une nature généreuse, Helene Hanff contribuera au bien être des collaborateurs de la librairie par l'envoi de colis alimentaires. Car l'histoire se passe juste après la seconde guerre mondiale et l’Angleterre encore soumise au rationnement.  Les échanges de lettres se faisant sur plusieurs décades on ressent les changements historiques à quelques détails comme par exemple la Beatlemania dont Helene Hanff se plaint (non pas des Beatles mais du bruit de leurs fans ...)

D'autres lettres, des amis d'Helene Hanff ou des collaborateurs de Franck Doel s'insèrent dans le récit et viennent soutenir l'échange principal, cette amitié naissante dont on attend au fil du temps qu'elle se concrétise par une rencontre en Angleterre ... Deux villes qui se parlent, deux cultures que l'on ressent jusqu'au ton, aux entêtes ou aux formulations, l'échange de lettres offrant des non-dits qui laissent place à l'imaginaire et à la rêverie.

Une postface idéale qui retrace cette histoire vraie et le destin si particulier de l'auteur.

84, Charing Cross Road fait partie de ces livres culte que l'on se prête entre amis, transformant ses lecteurs en autant de membres d'une même société secrète.
 Un journaliste de Newsweek.

Me voilà à l'insu de mon plein gré, membre de cette société secrète. Merci à Émilie du Club de Lecture La Marguerite de me l'avoir fait découvrir !!! Un roman au charme délicieux.

Note confidentielle : 10/10

mardi 6 mai 2014

I Am Pilgrim by Terry Hayes

Qui me l'empreinte ?
I Am Pilgrim by Terry Hayes (Bantam Press, 704 pages, 2013)

Incipit :
THERE ARE PLACES I'll remember all my life - red square with a hot wind howling accross it, my mother's bedroom on the wrong side of 8-Mile, the endless gardens of a fancy foster home, a man waiting to kill me in a group of ruins known as the Theatre of Death.

Cela faisait longtemps  que je n'avais pas mis à jour ce blog ... la faute en est à l'étude du Go qui puise sensiblement dans mes ressources limitées de temps libre. Et puis peut-être le nombre conséquent de pages (700 !) de ce pavé mais qui se lit avec entrain tant le rythme y est soutenu (un véritable page turner).

Un enquêteur qui m'a rappelé celui du Silence des Agneaux, car possédant le don de se mettre à la place des gros vilains et d'en déduire leur motivation, leur pensée et au final d'émettre des hypothèses subtiles et payantes. A cela une intrigue pas loin d'un Tom Clancy pour le côté complot d'envergure ou scénario catastrophe et donc aussi dans une certaine mesure d'un Dan Brown (en particulier Inferno) d'ailleurs signalé dans la postface.

La version VF
L'auteur prend le temps de construire une intrigue avec plusieurs fils et digressions qui en font toute la saveur. Un personnage attachant en dépit de relativement peu de détails en dehors de son métier d'agent de renseignement. Un scénario dans l'air du temps, islamisme radical, terrorisme, attentats du 11 septembre mais utilisé avec astuce. C'est agencé un peu comme une partie entre deux esprits, le plus malin sera celui qui gagnera et même si certains rebondissements n'en sont pas trop (je m'attendais à deux des "surprises") ce livre est de bonne facture et plaira à celles et à ceux épris de thriller alambiqués et menés tambour battant.

Le dernier thriller qui m'avait emballé était Daemon et sa suite Freedom de Daniel Suarez, plus technologique mais qui intégrait avec intelligence les dernières technologies disruptives (imprimante 3D, Google Glass, réalité augmentée, internet ambiant, jeu vidéo massivement multijoueur etc.) mais surtout un véritable projet de société (utilisant notamment La troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin).

Un roman haletant et distrayant avec une fin épique !

Note suspense : 10/10

Fuseki de la Nihon Ki-in

Ciel mon Goban !
Fuseki Volume 2 (The Nihon Ki-in, 252 pages, 2000, Yutopian Enterprises)

Un livre sur les ouvertures au Go (Fuseki). Un livre méthodique, bien présenté, qui offre les 3,4 ou 5 premiers coups classiques dans les coins et le développement possible sur une dizaine de coups de ce qui peut suivre ce qui donne un compendium particulièrement instructif sur cette phase délicate qu'il ne faut pas sous-estimer tant un bon départ est une base solide pour l'étape qui s'ensuit, le chuban.

Les chapitres égrènent les 12 situations de départ les plus classiques et les quelques pages qui suivent donnent les variantes pour poursuivre, un livre présenté de façon claire avec des commentaires simples et accessibles. Idéal dès 15k ou pour moi-même (environ 7k sur KGS à l'heure où j'écris) pour consolider des fondamentaux.

Le seul point faible (mais je tatillonne) est le manque d'exercices pour tester ses connaissances acquises. Il est possible de travailler sur un éditeur sgf ou tout simplement sur son goban. Mais une vingtaine de pages pour vérifier ses connaissances auraient été les bienvenues.

Un excellent ouvrage pour étudier et avoir des bases solides.

Note d'étude : 10/10