lundi 28 juillet 2014

The Empire Striketh back by Ian Doescher

Être ou ne pas être ...
question elle est ...
The Empire Striketh back by Ian Doescher (Quirk Books, 176 pages, 2014)

Incipit :
LUKE   If flurries be the food of quests, snow on.
 Belike upon this Hoth, this barren rock,
My next adventure waits. 'Tis time shall tell.
And yet, is it adventure that I seek ?

Il a récidivé ! Le premier volet (quatrième épisode en fait), Star Wars, était une réussite, il continue sur sa lancée. Le troisième est d'ores et déjà annoncé, William Shakespeare's The Jedi Doth Return.

En plus cela tombe en pleine fête de la naissance de Shakespeare (450ème anniversaire)

Le même principe décalé et complètement anachronique, raconter la saga de la guerre des étoiles avec des vers à la mode Shakespeare (pentamètre iambique). Et ça marche !!!L'auteur s'est posé beaucoup de questions pour les vers concernant Maître Yoda, car les vers ressemblent justement à sa façon de parler donc tout le monde parle comme lui ... Dans la postface il explique la solution qu'il a trouvée pour le distinguer, à la fois simple et élégante.

J'aime passionnément ! vivement la suite !

dimanche 27 juillet 2014

Dix ans après de Julian Barnes

Chausse-trappe
Dix ans après de Julian Barnes (Folio, 309 pages, 2000)

Incipit :
Stuart : Salut !
On s'est déjà rencontrés. Stuart. Stuart Hughes.
Oui, j'en suis sûr. Certain. Il y a une dizaine d'années.
Stuart tente de récupérer son ex-femme mariée à son meilleur ami, dix ans après.

Cela me rappelle que pendant mes vacances en Auvergne,  j'ai commencé un autre livre de Julian Barnes. Et plus j'avançais plus je me disais que je connaissais l'histoire. En regardant le sommaire j'en ai été convaincu. C'était Pulse, j'ai pu vérifier dès que j'ai eu de nouveau l'Internet (oui pas de réseau en Auvergne ...) et oui il était bien dans le blog ... bien pratique ce blog ;-) Revenons à 10 ans après.

Bref. Julian Barnes est un auteur que j'ai découvert avec The Sense of an Ending (Une fille, qui danse ... en français) et dont j'avais apprécié le sens de la psychologie. Il est vraiment excellent pour analyser les comportements humains et en faire des histoires. Assez intimiste, un sens de l'observation pointu, une vision fine des relations interpersonnelles (Mince je parle comme un psy !)

Œuvre chorale, cela est présenté comme une interview de plusieurs personnages. Un "Trio" amoureux, Stuart, Oliver et Gillian, ainsi que la mère de Gillian, une ex-femme américaine de Stuart, une vieille voisine à qui Oliver devait de l'argent ... et tout le monde s'exprime à son tour, le tout retranscrit comme s'il s'agissait d'une interview et que le lecteur en était le réceptacle.

Pour ceux qui savourent les romans psychologisants c'est toujours aussi bien fait ! La couverture est un résumé assez visuel de l'histoire ... Deux hommes, une femme, la femme au milieu (enfin ses chaussures), les hommes incomplets (Gödel ?), et donc insatisfaits (une seule chaussure), et séparés (amitié impossible ?)

J'aime passionnément !



La Déesse des petites victoires de Yannick Grannec

Proposition : la vie, la mort et le reste.
Décidabilité ?
La Déesse des petites victoires de Yannick Grannec (Pocket, 539 pages, 2012 )

Incipit :
A l'exacte frontière du couloir et de la chambre, Anna attendait que l'infirmière plaide sa cause. La jeune femme se concentrait sur chaque bruit, tentant de museler son angoisse : conversations effilochées, éclats de voix, murmure des télévisions, chuintement des portes qui s'ouvrent sans cesse, claquement des chariots métalliques.
L'histoire d'un couple improbable : celui d'un génie des mathématiques, Kurt Gödel, et d'une danseuse, au travers de l'Histoire et du milieu scientifique de l'époque. Rencontres de personnalités comme Pauli, Einstein, Von Newman ou encore Oppenheimer. Et bien sûr le logicien Bertrand Russell, rencontré dans Logicomix. Cela me rappelle, dans l'idée du couple atypique, Oona & Salinger sauf que là ce n'est pas dans le show-business et que la relation était plus chaotique. Mais dans les deux cas les auteurs comblent de façon crédible et brodent pour parfaire une biographie, pardon une faction (Pour Facts & Fiction d'après Frédéric Beigbeder).

Une structure faite d'alternance entre présent et passé sur fond historique notamment la deuxième guerre mondiale, l'antisémitisme, le nazisme. Les affres de couples y sont décrits avec beaucoup d'empathie. On ressent les sacrifices pour atteindre l'acmé du génie mais aussi ceux pour maintenir une liaison amoureuse difficile. L'auteur a construit des liens forts avec l'histoire d'Anna dans le présent et la relation qu'elle construit avec Adèle. Dialogues enlevés, anecdotes, des aphorismes connus (comme ceux d'Einstein) très bien immiscés dans l'histoire et des discussions essentielles sur des points de philosophie ou encore des éclaircissements sur le théorème de Gödel, en particulier ce qu'il ne dit pas ou ses limitations à un domaine bien particulier (Pour ceux qui souhaitent approfondir ce point lire Prodiges et vertiges de l'analogie de Jacques Bouveresse).

Je connaissais le théorème d’incomplétude, ayant lu Gödel, Escher et Bach : les brins d'une guirlande éternelle de Douglas R. Hofstadter, où il est possible d'expérimenter avec le théorème de Gödel et faire la démonstration de l'indécidabilité par des travaux pratiques (génial, non ?). En plus ce livre exceptionnel est à la fois ludique, poétique, musical, philosophique tout en étant bourrés de mathématique.

Un peu comme le ruban de Möbius, l'auteur fait un lien entre le présent : Anna et Mme Gödel, et le passé : Adèle et Kurt, et également une Anna. De plus Adèle rencontre Anna du présent, petite (qui se fait gronder par sa mère à ce moment là, vous verrez dans le livre), enfin si je me rappelle bien, je l'ai lu au début de mes vacances.

Très bien raconté, on se sent au cœur de la science, de la philosophie, des relations sociales, on touche du doigt le génie, la pensée abstraite et l'auteur en profite pour passer plein de messages aussi intéressants les uns que les autres. L'entropie par exemple, les mathématiciens et les physiciens souhaitent la soumettre à l'abstraction, aux modèles, à la théorie unifiée, ils n'admettent pas de ne pas comprendre ou de ne pouvoir mettre en équation ou de prouver, afin d'atteindre une perfection aussi bien esthétique que scientifique. L'auteur le résume bien en parallèle de la vie d'Adèle qui à son niveau lutte également contre l'entropie : la vieillesse, décadence, etc.  de son mari et le synthétise en un paragraphe se terminant par "les hommes seraient plus heureux s'ils passaient l'aspirateur". Une parabole du roman en quelque sorte.

Une belle histoire de scientifique d'une richesse étonnante.

J'aime passionnément.

Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco

Do
Novecento : pianiste d'Alessandro Baricco (Folio, 87 pages, 2002)

Pas d'incipit, vous allez rire, je n'ai pas retrouvé le livre. Je l'ai fini juste avant le départ en Auvergne et là où je dois en faire un petit commentaire, impossible de mettre la main dessus. Dommage c'était un cadeau. Mais comme disait  ma femme (© Columbo) il n'est pas perdu il est dans la maison. C'est dingue le nombre de trucs que j'ai pas perdu mais que je ne retrouve pas.

L'histoire d'un enfant recueilli sur un bateau faisant la navette entre l'Europe et les États-Unis, qui n'en est jamais descendu et qui a un talent fou pour le piano (comme Pierre-Yves Plat ?, le Speedy Gonzalès du piano !) c'est pas mal comme point de départ, non ?

Depuis Mr Gwyn je suis tombé amoureux de cet auteur (bon le terme est peut-être un peu fort ... en plus je ne voudrais pas rendre jalouse ma moitié, ni complètement d'ailleurs) et j'ai souhaité découvrir d'autres ouvrages de lui (on s'en serait pas douté ...). J'ai alors lu Soie , un très beau roman où l'auteur déploie tout son talent et que mon épouse chérie a également adoré (vous pouvez donc y aller les yeux fermés !).

Quant à celui-là, il est aussi original, je retrouve à nouveau le soin de l'auteur pour des histoires touchantes, l'art du récit, une écriture concise et qui pourtant soulève des montagnes. Très court à lire, tout de même moins enchanteur que Soie, mais un moment à part. J'en ai commandé deux autres de lui pour la peine (Na !)

J'aime beaucoup.






Vacances : Auvergne

A peine arrivé, déjà en train de lire ...
Période de vacances 2014 : l'Auvergne

Vous vous demandiez où j'étais passé, hein ? non ? vraiment pas ? sûr ? ha bah oui forcément, vous êtes en vacances vous aussi ...

Ahhh l'Auvergne ... des vacances de rêve. Cela faisait longtemps. Et pas d'accès à l'Internet ... cela surprend un peu mais bon c'était pour une courte durée. Je n'ai pu mettre à jour ce blog pendant pas mal de jours. Attendez-vous à quelques articles ... J'avais pris mon portable, mais dans un acte manqué qui ferait la joie d'un psychiatre, je n'ai pas pris le bloc d'alimentation. Donc PC portable quasi inopérant. Suffisamment de batterie pour regarder quelques photos et recharger mon kindle (un comble ...)

Une location dans un trou perdu, un lieu-dit  charmant, avec une ferme seulement dans les parages. Un buron typique, avec des murs de plus d'un mètre d'épaisseur, très efficace contre les ours, moins contre les scarabées et les fourmis. Un terrain arboré propice à la méditation, voire à la sieste, et surtout à l'arrière une vue qui défrise, en bordure de la vallée avec en fond des monts d'Auvergne installés confortablement dans une brume ouatée taquinant les épicéas qui tapissent le fond et s'étalant majestueusement. Après m'être baigné les mirettes dans cet oasis, je me suis installé pour lire, un environnement idéal, avec en musique de fond les oiseaux qui stridulent joyeusement. Des nuits calmes mais calmes ... à part peut-être la transhumance des vaches salers vers heu ... vers ... disons beaucoup trop tôt le matin. Concert de cloche de bronze en ut majeur avec vagissement alto pour accompagnement. Je dis cela mais en fait je me rendormais assez rapidement.

La visite du lac Pavin, son restaurant gastronomique (toque d'Auvergne), les randonnées dans la vallée de Chaudefour ou au mont Dore (cascades), le Birlou (digestif à base de pomme et châtaigne), le tir à l'arc, les festivités au château de Murol, le lac Chauvet, la Bourboule  ont égrenés mes journées. J'aime la montagne et les randonnées étaient une véritable bouffée d'oxygène !  J'ai pu lire quelques livres dont je vous parlerai dans les prochains articles mais l'Auvergne m'a conquis (j't'adore !).

Près de deux cents photos tout de même et quelques vidéos. Le tri va s'avérer l'étape la plus délicate ... Bref des vacances en famille, parfaites (la famille et les vacances). Le retour de ce lieu paradisiaque a été plus délicat  ... Faut tout même le concéder, la région Centre est un peu plate.

L'Auvergne : j'aime à la folie !

jeudi 17 juillet 2014

Soie d'Alessandro Baricco

Le Kant à soi
Soie d'Alessandro Baricco (Folio, 142 pages, 1996)

Incipit :
Bien que son père eût imaginé pour lui un brillant avenir dans l'armée, Hervé Joncour avait fini par gagner sa vie grâce à une profession insolite, à laquelle n'était pas étrangers, par une singulière ironie, des traits à ce point aimables qu'ils trahissaient une vague inflexion féminine.

La route de la soie au XIXème siècle au travers d'Hervé Joncour, embauché par un entrepreneur introverti, qui dans un petit village monte des ateliers de sériciculture... Suite à des parasites sur les vers à soie, l'entrepreneur envoie Joncour au Japon. Ce voyage ramènera plus que des vers à soie ...

Un livre beau et léger comme une danseuse éthérée qui ferait des pointes au crépuscule sur un lac brumeux sans en faire frémir la surface. Un conte superbement raconté, un pont entre deux cultures effleurées où le non-dit est omniprésent, laissant libre court à la rêverie, à l'imaginaire, au désir brûlant contenu avec peine par l'infime épaisseur de la soie.

J'ai découvert l'auteur avec Mr. Gwyn et je retrouve le même état d'esprit, le style tout particulier et charmant. Un style d'une fine délicatesse, un art consommé de suggérer l'indicible, de titiller l'imaginaire en suspension, le tout avec un arôme de mystère et d’exotisme. Cette histoire est comme une perle découverte par hasard au fond d'un océan. 

Un livre magnifique, conte onirique et poétique, une histoire d'amour racontée avec brio. Court mais parfait. Cela me donne l'envie d'en lire d'autres de lui, cela tombe bien j'ai eu comme cadeau Novecento,  pianiste.

J'aime avec passion ! Une lecture d'été idéale (j'aurais dit la même chose aux trois autres saisons ...)

lundi 14 juillet 2014

Malevil de Robert Merle

Art of War
Malevil de Robert Merle (Folio, 636 pages, 1972)

Incipit :
A l’École Normale des Instituteurs, nous avions un professeur amoureux de la madeleine de Proust. Sous sa houlette, j'ai étudié, admiratif, ce texte fameux.
Un livre qui débute sur l'avant. L'avant de l'évènement. Un évènement brutal, violent, qui isole dans un château quelques survivants. Comment s'organiser lorsqu'on se retrouve réduit à l'état de primitifs ?

Une histoire de survie comme sur une île à la Robinson Crusoë ou encore L'île mystérieuse, car le château est entouré de terres dévastées. Un huis clos qui va s'élargir et prendre de l'ampleur avec l'art de la guerre, la géopolitique, une organisation novatrice, des politiques qui se cherchent, des idéologies qui se fracassent.

Avec beaucoup de finesse psychologique on y découvre un guide qui construit une spiritualité sur les cendres du passé. Un environnement post-apocalyptique qui impose des choix éthiques, moraux difficiles et/ou douloureux où il faut changer son regard pour s'adapter sinon la mort est assurée.

Un livre majestueux qui parle de l'humain comme seuls les bons livres le font. Un classique incontournable qui restera durablement dans mes lectures les plus marquantes.

Un héros visionnaire qui montre toute la subtilité du pouvoir et la difficulté de l'appliquer sans en être corrompu. Un sujet de tous les temps y compris de notre actualité. Des personnages  auxquels on s'attache beaucoup et Robert Merle rend crédible une famille reconstituée.

D'une écriture fluide, rythmée et au final envoûtante l'auteur construit avec brio une histoire riche, emplie de remarques qui poussent à la réflexion et nous offre un grand roman d'aventure. Écrivain à découvrir ou à redécouvrir. Je pense lire d'autres ouvrages de lui comme La mort est mon métier et Un animal doué de raison.

Quel talent ! Il y a tant à dire de ce type d'ouvrage ... Je remercie Daniel de m'avoir incité à le lire.

J'aime passionnément.

dimanche 13 juillet 2014

Anticyclone d'Étienne Davodeau

Avis de tempête
sur climat social houleux
Anticyclone d’Étienne Davodeau (Delcourt, 56 pages, 2000)

Une femme, Nina, qui lutte pour exister, qui fait croire à sa famille qu'elle a un métier dans l'international. Un peu exaspérée par la médiocrité des relations de travail et l'exprimant vertement, elle se retrouve au bord du licenciement. Un début de grève pousse un employé à négocier pour une meilleure place au détriment de ses collègues. Tout ne se passe pas comme prévu, Nina et cet homme, surnommé Castor, se retrouvent en concurrence.

Une BD qui s'intéresse au "bas de l'échelle", ce qui est courageux, à en croire Olivier Adam,  qui, au passage, milite pour lire Bourdieu. Je ne puis qu'être d'accord avec lui.Ou encore Annie Ernaux, ce qui me fait d'autant plus regretter de ne pas avoir su apprécier En finir avec Eddy Bellegueule dont on voit dans les médias les remous que cela soulève.

Une histoire sur la survie, sur la lutte sociale (que des intellos en mal d'idées, ou à l'idéologie clairement polarisée, considèrent comme n'existant plus) et les compromissions ou les choix cornéliens qu'on est amené à faire lorsqu'on est à terre, écrasé par la précarité. La souffrance de devoir paraître, qui pousse une mère de famille à mentir, fruit de l'idéologie ultra libérale où sans rolex à cinquante ans on est supposé avoir raté sa vie. En revanche celui qui a proféré cette ânerie a raté l'occasion de se taire. Je plaisante. Il a très bien fait de l'ouvrir, l'arrogance permet de voir sans fard la médiocrité de ceux qui, riches/haut placés, se croient au dessus des autres. Avoir le sentiment d'être arrivé si haut et avoir des propos si bas, belle démonstration de bêtise.

Une bande-dessinée qui fait écho à tout cela et qui, en dépit du tragique, réussit à offrir quelques moments d'amour et de poésie. A lire également de Davodeau, Le chien qui louche et Les ignorants.

J'aime beaucoup !


samedi 12 juillet 2014

Oona & Salinger de Frédéric Beigbeder

Amour, Gloire et Beauté
Oona & Salinger de Frédéric Beigbeder (Grasset, 335 pages, 2014)

Incipit :
Quand on demandait à Diana Vreeland si ses souvenirs les plus extravagants  étaient factuels ou fictifs, elle répondait : « it's faction.»

Ceci est un livre de pure faction. Tout y est rigoureusement exact : les personnages sont réels, les lieux existent (ou ont existé), les faits sont authentiques et les dates toutes vérifiables, dans les biographies ou les manuels d'histoire. Le reste est imaginaire, et pour ce sacrilège, je prie les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de mes héros de pardonner mon intrusion.
L'histoire, dans le genre faction (cf. l'incipit), de la rencontre entre Oona et J.D. Salinger, puis avec Charlie Chaplin, qu'Oona épousera et avec qui elle aura huit enfants, sur fond de seconde guerre mondiale.

Hier, dans une librairie, que vois-je sur un étal ? Le dernier livre de Frédéric Beigbeder. Il était dans ma liste de lectures potentielles, liste commencée avec le dernier magazine Lire qui donne des extraits de quelques livres de la rentrée littéraire (oui, déjà). Autant dire que j'ai hésité une fraction de secondes, trop heureux de découvrir avec surprise un des livres dont j'avais prévu la lecture. Mais je me remémorais vaguement néanmoins qu'il devait paraitre plus tard. Je n'allais tout de même pas entamer un débat métaphysique sur l'apparition impromptue d'un livre avant la date officielle. Après tout il pouvait paraitre en avance ou je pouvais m'égarer quant à la date de sortie. Arrivé à la caisse pour payer ... le livre n'était pas enregistré. Ah oui. quand même. Bon tant pis. Après un appel interne de la caissière «Il va être enregistré, je peux faire passer un client en attendant ?» Mais faites donc ... Et me voilà en possession d'un livre avant tout le monde, semble-t-il. De retour à la maison, internet confirme. Prévu en août ! Bon je le lis ou pas ? (ben oui) J'écris un article ou pas ? (heu je sais pas trop, vais-je avoir un procès, dans ce monde cruel et sans pitié ? Le blog va-t-il être censuré, dans ce monde cruel et sans pitié ? Mon épouse daignera-t-elle corriger les fautes de frappe ou imparfait du subjonctif mal maîtrisé ? Oh cruel dilemme. Bon allez il n'y a pas crime tout de même et puis j'ai adoré, alors ...

J'apprécie beaucoup Frédéric Beigbeder, et les deux derniers que j'ai lu de lui, Un roman français et Windows on the world, étaient déjà très bien. Il a gardé son style de dandy faussement détaché (avis personnel bien sûr) avec une fausse modestie discrète. Avec comme souvent chez lui le sens de la formule. Il a su avec cette histoire capter une époque, la psychologie des personnages. Les pages sur la guerre ajoutent de la profondeur à ce roman qui se lit avec un grand plaisir.

J'y ai même appris qu'une descendante des Chaplin, Oona Castilla Chaplin avait joué dans Game of Thrones (un personnage attachant, et donc qui se fait trucider violemment ... criblée de coup de couteau alors qu'elle est enceinte ... horrible).

L'auteur a fait un effort de recherche important et cela se ressent, de même les liens avec la littérature, ce qui dénote un amour immodéré pour la littérature, amour qui déteint sur le lecteur et fait de Frédéric Beigbeder un passeur passionné et passionnant. Des liens sont établis entre le présent et le passé, on y rencontre par exempleTruman Capote. J'y ai découvert un prix Nobel de la littérature dont je n'avais jamais entendu parler (Eugene O'Neill), inculte que je suis et une liste des couples avec un écart d'âge notable (Les miscellanées de Beigbeder) . Bref je suis aux anges. Il va tout de même falloir que je lise L'attrape cœur ! (oui, inculte que je vous dis) Ce qui tombe bien je vais essayer de lire des classiques et pas uniquement ce qui vient  de sortir.

Une biographie originale racontée avec beaucoup de tendresse et d'empathie. Un regard toujours intéressant sur la littérature et l'Histoire.

J'aime passionnément

lundi 7 juillet 2014

Under the skin by Michel Faber

The vampire strikes back
Under the skin by Michel Faber (Canongate Books, 296 pages, 2010)

Incipit :
ISSERLEY ALWAYS DROVE straight past a hitch-hiker when she first saw him, to give herself time to size him up. She was looking for big muscles : a hunk on legs. Puny, scrawny specimens were no use to her.


Une femme parcourt les routes d’Écosse à la recherche d'auto-stoppeurs. Après quelques échanges elle décide ou non de le garder ou de le déposer à une destination convenue.

ATTENTION : l'idéal est d'entrer dans cette histoire en en sachant le moins possible. Déjà que le film a une accroche qui en révèle déjà beaucoup trop ... Donc ne pas lire la suite si vous souhaitez garder les surprises intactes et le plaisir le plus intense.

Un livre difficile à classer, empruntant à différents genres, y compris l'horreur, mais dont tout le sel réside dans les indices qui sont égrainés petit à petit et qui modifie l'impression sur l'histoire et la personnalité de son personnage principal, Isserley. On fait des hypothèses qui évoluent au fil du temps, le mystère s’épaississant en dépit des informations fournies. On s'interroge beaucoup, l'auteur laissant place à l'imaginaire et la façon dont on peut rendre plausible l'histoire. Plusieurs thèmes sont abordés dont la difficulté des relations hommes femmes (voire les rapports simplistes ou superficiels des premières rencontres), la dictature de l'apparence  (chirurgie plastique, jugement sur la peau, les attributs visibles, les mutilations), les pensées diverses des différents hommes croisés (alors qu'Isserley est le point fixe autour de laquelle ils gravitent), l'essence qui définit un être humain, nos rapports avec l'animal, son exploitation etc. Souvent en inversant les rôles habituellement dévolues (C'est une femme qui "chasse" les hommes ; Le rapport humain / animal) et offre une profondeur onirique voire métaphysique riche en symboles et pistes à explorer.

Ce qui est intéressant est l'idée qu'on se fait d'Isserley. Elle semble tout d'abord rechercher un auto stoppeur. Peut être pour avoir de la compagnie ou faire sa B.A. Puis après plusieurs recherche et l'innuendo sexuel présent, notre point de vue dérive et Isserley est perçue comme une nymphomane. Une personne qui, au fur et à mesure de l'histoire, semble étrange et réagit bizarrement, ces quelques dissonances font penser à une personnalité pour le moins atypique et perturbée, puis une première révélation où Isserley devient alors prédatrice ... Pour quelle raison ? Serial-killer ? A peine le temps de s'interroger qu'apparait une ferme avec des hommes uniquement. Un complot, la C.I.A. (dont le nom est ferme en anglais) ?

Version française et
couverture du film éponyme
Au delà des révélations l'auteur  joue avec les clichés (ici une femme est une prédatrice et non un homme), sur les illusions (les apparences sont trompeuses et sur plusieurs niveaux de perception), les contrastes (l’Écosse et son accent rendent encore plus étrangère une Isserley et paradoxalement, on comprend par la suite, plus normale qu'elle ne l'est), un renversement des rôles qui ne touche pas uniquement les humains et les animaux, mais les hommes et les femmes, la sexualité, les normes sociales. Amusant que la source d'intégration pour Isserley, uniquement la télé, en révèle ses limites comme une critique en creux de la vacuité télévisuelle. Pour un livre qui parle des illusions dans lesquelles on se berce, la télé en est une belle illustration.

Une écriture qui sied à merveille pour véhiculer cette atmosphère particulière et qui au final interroge l'essence de notre humanité.

Une adaptation cinématographique a été faite avec Scarlett Johansson, qui était l'héroïne (sous forme de sosie) de La première chose qu'on regarde, avec au moins deux points communs puisque l'apparence était aussi un thème central de ce livre.

Le film utilise comme accroche La mutante comme référence, dans ce cas on pourrait y ajouter Lifeforce avec Mathilda May ou encore Soleil vert (trafic de matière organique d'origine ... critique de l'agroalimentaire). Cette histoire offre bien plus que cela.

Un livre sur la quête de soi, la solitude, l’incommunicabilité, l'économie de marché, etc. Un livre étonnamment riche et décalé.

J'aime passionnément !



dimanche 6 juillet 2014

Le chemin du serpent de Torgny Lindgren

La banalité du mal
Le chemin du serpent de Torgny Lindgren (Actes Sud, collection les inépuisables, 142 pages, 2014)

Incipit :
Lors du voyage que j'ai effectué dans la vallée de Vindlälven durant le mois d'octobre passé, j'ai réservé une journée pour me rendre à Kullmyrliden, lieu proche de la limite entre les communes de Lucksele et de Norsjö où, dit-on, s'est produite vers le milieu de la précédente  décennie une catastrophe naturelle de moindre envergure.

Une très belle édition (Les inépuisables), couverture en tissu et papier gaufré. Un vrai plaisir de lecture en dépit d'un sujet poignant et douloureux.

Dans un endroit reculé et arriéré, dans la Suède du XIXème siècle,  le "droit de cuissage" d'un commerçant envers une famille de fermiers. La mainmise du pouvoir du commerce et l'argent sur des miséreux, exploités, aliénés, car faibles. La survie de cette famille au travers de la musique (seule culture explicite) et la foi. Cette dernière, omniprésente, est régulièrement interpellée par les exploités et paradoxalement utilisée par le commerçant afin de mieux affermir son emprise, utilisant les ressorts de la rhétorique, une langue de serpent, manipulatrice et spécieuse.

Un texte fort, d'une beauté noire, avec un final qui entre en résonance avec le premier chapitre, comme un cercle sans fin, l'ouroboros de la banalité du mal. Sur les conseils avisés de Catherine. Cette lecture d'une tristesse indicible m'a laissé un goût amer ... Le serpent est un symbole fort, langue fourchue qui est le mensonge, mais aussi symbole biblique (dans le jardin d'Eden, pas si parfait que cela finalement) jusqu'à irriguer les œuvres modernes comme le cycle Harry Potter. Un livre où la phrase obsessionnelle "tu as du crédit" devient un leitmotiv du commerçant utilisant une langue pour masquer l'immonde vérité.

J'aime passionnément !




mardi 1 juillet 2014

L'utilité de l'inutile de Nuccio Ordine

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L'utilité de l'inutile de Nuccio Ordine (Les belles lettres, 223 pages, 2014)

Incipit :
L'oxymore qui constitue le titre de cet essai - L'Utilité de l'inutile - appelle quelques éclaircissements. La paradoxale "utilité" dont je voudrais parler ici n'a rien à voir avec celle au nom de laquelle les savoirs humanistes et, de manière plus générale, les savoirs qui ne produisent aucun profit en viennent à être considérés comme inutiles.

En pleine grève des intermittents alors que la culture par le tourisme rapporte énormément à la France comme cela l'a été rappelé par Thomas Legrand sur France Inter (se demandant à juste titre comment peut raisonner le MEDEF avec une vision aussi dépassée) un livre qui rappelle quelques fondamentaux.

A une époque où le 1% traite de fainéant les intermittents et le mouvement Occupy Wall Street. Ces intermittents ou ces working poor qui font plusieurs boulots, sont mal rémunérés et qui se retrouvent jugés par des riches qui ne bossent pas plus en terme d'heures mais ont en plus des voitures avec chauffeurs, des femmes de ménage, sont bien mieux soignés, mieux couverts par la sécurité sociale, mieux massés dans des instituts de soins, ont de plus belles vacances ... A cette aune je me demande où sont les vrais fainéants, les 1% sont clairement et de fait des assistés, ils ont même les moyens de l'être.Cela me ferait presque pleurer d'entendre de tels propos outranciers.

En plein succès du Capital au XXIème siècle de Thomas Piketty (dont le jugement sévère notamment par le Financial Times est un signe qu'il gratte là où ça fait mal). Certains ont critiqué que les plus riches ne sont plus les mêmes et que ce serait une erreur de jugement de la part de Piketty (oubliant l'introduction et surtout que cela fait une belle jambe aux pauvres) et surtout oubliant le thème central, des riches qui le sont de plus en plus et un écart avec les plus pauvres qui se creuse. Les 17 banquiers aux États-Unis gagnent plusieurs millions ... par mois. Quelle personne/métier mérite une telle rémunération ? Ne cherchez pas, aucun. Et certainement pas banquier, les fossoyeurs des démocraties (comme certains politiciens qui n'ont aucune intégrité). Je ne parle pas des banquiers de province. Un autre critiquant une erreur de Piketty comme quoi le capital ne peut pas être infini ... étant donné qu'il s'est dématérialisé et que certains produits financiers sont totalement déconnectés de la réalité tangible, au contraire, le capital peut augmenter indéfiniment, avec des opérations à la nanoseconde grattant la moindre parcelle de capital sur des produits complètement pourris (Voir le livre Le casse du siècle). Mais de toute façon Piketty ne dit pas cela, dès l'introduction, en parlant de Marx.

En pleine actualité, un tas d'affaires récentes (pouvoir et profits : BNP/Paribas qui méprise les lois et dissimule 190 milliards, Bygmallion, traffic d'influence) ou un peu moins comme Cahuzac, l'idéologie est ici dénoncée, la corruption et l'argent roi. Les loups de Wall-Street !

En plein démantèlement de l'éducation, une autonomie chimérique pour mieux asservir les Universités, pour ne citer qu'un exemple.

Bref, ce livre est un véritable Manifeste qui offre une bulle d'air pur.  Pour la défense des savoirs jugés "inutiles" et non rentables, ce livre rappelle que ce problème est assez ancien et déroule un historique de cette vision déshumanisée et utilitariste qui permet à certains d'estimer que La Princesse de Clèves n'est pas utile. Deux choses, la première, Franck Lepage dans des sketches (Inculture 1 & 2) démontre la perversité d'une telle inanité, la deuxième est qu'au salon du livre j'ai rencontré une personne sympathique et chaleureuse et qui m'a aidé à suspendre des tableaux inspirés de Laurent Corvaisier (il se reconnaîtra). Son boulot consistait à ranger dans les rayons de supermarché. Rien de déshonorant en cela, juste que la culture était pour lui une nécessité de survie.Q.E.D. quod erat demonstrandum ...

Livre essentiel, argumentaire solide et étayé, références riches.

J'aime passionnément.