lundi 29 septembre 2014

Fonds perdus de Thomas Pynchon

Simulacron 2.0
Fonds perdus de Thomas Pynchon (Fiction & Cie|Seuil, 441 pages, 2014)

Incipit :
C'est le premier jour du printemps 2001, et Maxine Tarnow, que certains ont encore dans leur système sous le nom de Loeffler, accompagne ses enfants à pied à l'école.

Un livre qui revisite les années 90 jusqu'à 2001. On y suit une enquêtrice anti-fraude, intéressée par un certain Gabriel Ice, qui a étonnamment survécu financièrement à l'éclatement de la bulle internet. L'évènement à venir du 11 septembre 2001 peut-il s'expliquer par les années 90 ? Par le capitalisme fou qui exacerbe les désirs mais sans réel but autre que lui-même ? Pour d'autres raisons ?

../.. lesquelles parmi elles sont capables de voir dans l'avenir, parmi les microclimats du binaire, étendant partout sur terre leur œuvre de câblage via la fibre noire, les paires torsadées et aujourd'hui le sans-fil à travers des espaces privés et publics, n'importe où parmi les reflets incessants des aiguilles dans les cyber-ateliers clandestins, dans cette tapisserie intranquille immensément cousue et décousue ../..

Ce n'est pas un thriller, de par son rythme digressif très littéraire, et pourtant tous les ingrédients y sont : espionnage,  mafia russe, pirates informatiques, assassinats, menaces, mouvements de fonds occultes, des indices de plus en plus précis au fur et à mesure du récit sur l'évènement terroriste du 11 septembre,  un peu comme un film catastrophe (La tour infernale) qui fait petit à petit monter la pression. Le tout à New-York, la mégalopole emblématique, la Grosse Pomme revisitée.  Heu non ce n'est pas du Dan Brown, ni du Umberto Eco, ni Robert Ludlum, Maurice Dantec ou encore Tom Clancy. Et pourtant l'auteur arrive à mixer de nombreux thèmes de la pop-culture des années 90, citant des jeux (Doom, Quake), l'internet naissant (html, css) et réussissant même à placer malloc(3) qui ne fera écho qu'à ceux connaissant unix, l’espionnage (Prism,  la NSA) qui m'a rappelé L'oeil de Washington de Fabrizio Calvi, des séries télé, Siegfried & Roy, Madoff etc. et liquider cette époque pour se retrouver au bord de l'effondrement des tours du World Trade Center. Le titre anglais, Bleeding edge, rappelant Funding edge et la folie capitaliste dont le WTC est le symbole. Mais aussi le bord entre le monde de surface du web et son côté souterrain, le deep web (internet profond), ou encore le bord, la frontière, entre le réel et le virtuel (jeux vidéos, flux continu d'information, fiction, storytelling). 

L'ennemi le plus à craindre est aussi silencieux qu'un match de basket maya à la télévision.
L'auteur passe pour un érudit, et c'est bien le cas encore ici, avec des références nombreuses et multiples sur toute une époque, de la série Friends à X-Files, en passant par Defcon (célèbre conférence de Hackers), les jeux vidéos, l'auteur se permettant des blagues de geek (la sortie de Daikatana) dont on ne s'attend pas de la part de Pynchon. Un livre sur l'information, du délit d'initié, aux transferts de fonds cryptés ou encore des traces bancaires/comptables dont l’héroïne se fait fort d'en déjouer les plans. Où vous apprendrez également comment dire luciole en mohican, à quoi sert un vircator (effet E.M.P.), qui sont les sayanims. Un livre sur la ville de New-York (lieux mythiques, lieux qui ont disparus etc) et ses habitants, avec parfois un ton grinçant. Au final cela donne l'impression d'un roman total, tant l'auteur puise à des sources diversifiées et réussit à les assembler dans cette histoire avec aisance.

../.. l'émigration au nord vers les fjords, vers les lacs subarctiques, où les énormes flux de chaleur générés par la concentration de serveurs peuvent commencer à corrompre les dernières parcelles d'innocence sur la planète.
Ambiance fin du monde (The End Of The World As We Know It des survivalistes), avec le bug de l'an 2000, la bulle internet qui a crevé, l'angoisse naissante de la crise énergétique, l'électricité en particulier, source pour tous les datacenters sur lesquels reposent nos sociétés, fragilité évidente et inquiétante.

Plus rien ne meurt, le marché des collectionneurs, c'est la vie après la mort, et les yuppies sont les anges.

Toujours un humour sous-jacent (Excel et la taille XL), des phrases assez drôles (le manomètre dans l'oreille et le manque de pression), et des "clés cachées". Notamment dans la science-fiction (William Gibson par exemple) la glace sert de défense anti-hacker. Serait-ce un clin d’œil concernant le nom de Gabrel Ice ? Ce livre doit gagner à être lu en version originale.
Ouaip, et ton Internet c'est leur invention, cette commodité magique qui s'insinue maintenant comme une odeur à travers les plus infimes détails de nos vies, les courses, les tâches ménagères, les impôts, qui engloutit notre énergie, avale notre précieux temps.
La fin d'un monde, à New-York, une critique acerbe d'internet, de ce monde de confusion, de perte de repères, de théories du complot, de paranoïa, aux travers de milieux interlopes (mafia, underground, internet profond), où la porosité entre fiction, réel, virtuel est permanente.
Regardez, chaque jour ça devient l'Inter-pas-très-net, les claviers et les écrans ne sont plus que des portails de sites web donnant ce à quoi le management veut qu'on soit accro, le shopping, les jeux, la branlette, le visionnage de conneries au kilomètre --
Un livre saisissant sur les années 90, le passage au XXIème siècle, avec une vision pessimiste du monde, avec comme couronnement les attentats du 11 septembre. Un livre sur le changement, un enterrement édifiant, qui évacue une époque dans les tuyauteries de l'histoire, avec cet humour particulier de l'auteur car cette évacuation est faite au propre comme au figuré avec cette scène décalée sur les WC (p. 286) dont je ne pense pas qu'elle soit le fruit du hasard. Le cynisme annoncé comme valeur reine.
Les tours du World Trade Center étaient religieuses elles aussi. Elles représentaient ce à quoi ce pays voue un culte par dessus-tout, le marché, toujours le putain de sacré marché.
Riche, dense, mélange de poème, références de films, de musiques, un esprit de synthèse brillant pour un roman qui ne l'est pas moins. Une lucidité édifiante pour un auteur culte. Il y a beaucoup trop de choses à dire je n'ai su que choisir. Les lecteurs de Neal Stephenson (Cryptonomicon et autres) pourraient trouver sympathique ce type d'ouvrage. L'impression de passer à côté de références même si j'ai pu en apprécier une grande partie. Pas sûr que ceux qui n'ont pas la culture des jeux vidéos, de l'informatique soient emballés par certains passages.
 Pour beaucoup de gens, en particulier à New-York, le rire est un moyen d'être bruyant sans avoir rien à dire.
J'ai adoré !!!

Note : 10/10

Les intellectuels faussaires de Pascal Boniface

L'ouverture de la chasse
Les intellectuels faussaires Le triomphe médiatique des experts en mensonge de Pascal Boniface (Pocket, 229 pages, 2011)

Sur le mien c'est marqué plus de 50 000 exemplaires vendus : un succès ?

J'ai hésité à le mettre ici, ce n'est pas un roman, plutôt une suite de portraits dénonçant les contradictions flagrantes de personnalités médiatiques et cette particularité française de tout excuser.

Pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant cela est intéressant, car les portraits sont argumentés et sourcés.

Je regrette qu'il n'y ait pas d'analyse permettant de mieux comprendre pourquoi cette tolérance aux mensonges, aux arguments biaisés, aux contradictions, est tolérée (pour ne pas dire plus). Peut-être parce que ces personnes sont considérées comme intellectuelles au lieu de polémistes, rôle très assumé aux États-Unis où les débats sont très polarisés. Cela montre aussi le poids de l'idéologie et les facilités d'argumentaires puisées dans l'Art d'avoir toujours raison de Schopenhauer. Ajouté à cela le peu de temps pour argumenter (tv, radio), le peu d'espace de réel débat, la communication omniprésente, le storytelling, le fait que la surinformation réduit à trois mois la mémoire des téléspectateurs, bref tout cela autorise à tout se permettre.

Je regrette aussi qu'il n'y ait pas de pistes pour enrailler ce glissement. Dire que B.H.L. se discrédite en citant Botul, c'est bien, mais insuffisant. Et puis que dire de cette polémique entre Acrimed et Pascal Boniface ? Bien triste tout ça.

Les quelques critiques de cet ouvrage, comme celle du journal Le Monde, sont assez médiocres. Ce livre est considéré comme pamphlétaire. Pourquoi pas. Et l'auteur y subit quelques attaques ad hominem. Pourquoi pas. Bref, une analyse sur la forme. Quant au fond il est quasiment ignoré. Il est pourtant symptomatique mais ne mérite pas, aux yeux des critiques finalement, une réflexion plus aboutie. C'est bien dommage.

Dans un monde où un élu de la république peut ne pas payer ses impôts depuis trois ans, et à qui il faut demander explicitement de ne plus être député et qui se permet l'outrecuidance de trouver anormal cet acharnement, tout est permis. Il devrait pourtant être déchu de ses droits de citoyen pendant quelques temps. Le plus cocasse (oui, ce n'est pas ce qui me venait à l'esprit) est un autre élu PS qui prend sa défense et dit que ce n'est pas de la fraude. Ah oui quand même. Fallait oser. A ce niveau on frôle le délire asymptotique.

Dans un monde où un ancien président avec plusieurs affaires lourdes dont le trafic d'influence, et dont le parti a triché aux dernières élections (Bygmalion) revient, alors la République Française devient une république bananière. On peut s'en désoler.

Et je ne prends que deux exemples récents. Les extrêmes ont de l'avenir ...

Ce livre ne vous redonnera pas espoir, vous êtes prévenu.

Note : 7/10


dimanche 28 septembre 2014

De zéro à Z de Plonk & Replonk

Balance Roberval du paléolithique
Musée Celtique
De zéro à Z l'abécédaire de l'inutile de Plonk & Replonk, préface de Daniel Pennac (Hoëbeke, 93 pages, 2013)

Une série de carte postales et quelques textes, préfacé par Daniel Pennac, qui en dit tout le bien qu'il en pense, et nous faire partager sa joie qu'il a eu d'envoyer ces cartes à ses relations. Moi, je ne connaissais pas Plonk & Replonk. Manque d'attention sûrement car Google images regorge d'illustrations de leurs cartes.

Montages, collages, "abstractions" décalées, univers qui interroge mais ne donne pas toujours de réponse, le regardeur participe autant, sinon plus, à l'effet. Se laisser émerveiller par l'ingéniosité des constructions et de la simple phrase les illustrant, mais Ô combien appropriée, pour un moment de pure détente au fond d'un canapé cuir, en sirotant du Birlou ramené récemment d'Auvergne.

Une bonne idée de cadeau !

Note : 10/10

Les moustiques n'aiment pas les applaudissements d'Auguste Derrière

Les chauves-souris n'aiment pas
les missiles sol-air
Les moustiques n'aiment pas les applaudissements d'Auguste Derrière (Le Castor Astral, 159 pages, 2009) Préface d'Albert Muddah, postface d'Arthur Pithude, prolégomènes de Stéphane des Sixetize

Incipit :
Qui vole un bœuf est vachement costaud.

Un livre bourré d’aphorismes (450 je crois), plein d'esprit, un recueil de friandises à base de calembours, mot-valises etc. qui remet en perspective les aphorismes si tristes et si communs, comme les transports, et permet de les redécouvrir sous un jour nouveau et amusant.

A déguster régulièrement et en famille, bien que certains soient avec des sous-entendus graveleux, mais anodin pour qui ne les comprends pas (sinon il est ... trop tard de toute façon). De mémoire c'est en explorant autour des Zeugmes au plat que je suis tombé sur cette référence. Parfois illustré de dessins, de fausses affiches, type réclames très 1900 artistiquement parlant, peut rappeler L'os à moelle. Pour les passionnés de l'Ouliposuccion (méthode qui consiste à vous alléger de vos bons mots créatifs) voire de l'Oulipoaspiration (les apprentis de l'Oulipo).

D'excellents moments !! Créatif, déjanté, un véritable bonheur ...

Note : 10/10 

dimanche 21 septembre 2014

Les résidents de Maurice G. Dantec

Effet tunnel
Les résidents de Maurice G. Dantec (Inculte, 652 pages, 2014)

Incipit :
Comme toujours après un meurtre, elle avait observé son corps dans le miroir. 

En parcourant les rayonnages de ma librairie préférée (vous savez les lieux qui tendent à disparaitre parce qu'on lit de moins en moins, ou alors des livres médiocres comme Cinquante nuances de Grey), que perçoivent inopinément mes yeux curieux ? Maurice Georges Dantec ! Il fait partie de ces rares auteurs dont j'ai relu plusieurs fois un livre, en l'espèce Les racines du mal. Format original, qui, je le précise au passage, est idéal à lire avec un lutrin sur les genoux, engoncé dans le canapé (moi, pas le lutrin). Oui, car à la longue, il pèse un peu sur mes articulations délicates.  Je parcours donc fébrilement le quatrième de couverture et je lis : "Vingt ans après La sirène rouge et Les racines du mal, Maurice G. Dantec revient au roman noir avec une œuvre totale, Les résidents." Cela me navre de le dire, mais ce n'est pas tout à fait juste, voire, si je me laissais entrainer à l'emphase, complètement erroné. Et ce ne sera pas une palinodie de ma part. Que nenni.

J'avais abandonné la lecture de Dantec car il partait dans des délires métaphysico-politico-géo-techno-économico-militaro-spirituo-etc... en usant et abusant de vocables provenant des sciences, des techniques. Je reconnais une langue unique, inventive, qui se détache du paysage littéraire et cela est bien sûr tout à fait louable. Croyant retrouver l'auteur des Racines du mal, ce qui est un peu le cas dans les disons 400 premières pages mais plus du tout après.  Et si je fais abstraction du délire science-fictionnesque de la fin l'histoire promettait beaucoup mais ne m'a pas satisfait le moins du monde. Un début où on suit une tueuse en série accompagnée d'un ado serbe tueur de masse, une suite écœurante où un enfant est séquestré et abusé par son père incestueux, puis l'arrivée dans un centre secret avec deux anciens agents de la C.I.A. Cela sur à peu près 500 pages. C'est long. Et la fin ne m'a pas récompensé ... On retrouve le angoisses et les sujets que l'auteur affectionne (ultra violence, virtuel/numérique, déliquescence de nos sociétés, manipulation, théorie du complot, surveillance, technologies omniprésentes, drogues etc) avec l'ajout des technologies dans le vent (ha ha) comme les drones, mais avec le style adopté après Les Racines du mal. Cela transparait dans deux extraits :

Les métaphores techniques de son père possédaient cette faculté simplissime de produire l'effet voulu pour rester durablement imprimées dans son système de références. (p. 407)
Il n'y a pas que les métaphores techniques. Dantec use et abuse de l'anaphore et, à la longue, je trouve cela épuisant.  Ainsi que de mots récurrents : irréfragable, mercure, miroir, simulacre, etc.
 -- Vous savez quoi ? J'm'en fumerais bien un petit ... (p. 497) 

Il n'y a peut-être pas que l'un des personnages qui a fumé ...Voilà en substance (illicite) comment je ressens la lecture de ce livre : logorrhée mutante quantique aux attracteurs étranges, irréfragables simulacres du destin, chaos survoltés d'un melting-pot sémantique aux néons mercure, langue-miroir du catastrophisme-religion, pop-culture urbaine d'utra-violence en streaming sur tous les channels, chaos not dead, radiance solaire de l'angoisse-ça post-freudienne. M.O.R.T. Style fécal hype, zeitgeist digital post-traumatique, auteur-roi, seigneur adulescent aux traumas vidéo-ludique oxydés, au langage narcissique free-style crépitant d'irisations cosmogoniques du Dieu Kantien mort-né sous perfusion C.N.N. en continu. Boucle neurale récursive , intégrale de la cartographie mentale pathogène, mémoire oscillante saturée. Arrêt brutal sur l'asphalte fragmentée. Extinction du regard-miroir, plasma au zéro absolu sur écran LCD ultra-HD. Chromatisme crypté, un doigt recouvert de latex chirurgical, crevant l’œil-regard new-age du hacker virtuel, n'existant qu'au travers d'une layer de réalité augmentée, disruptive technology, condensé sur une USB ultra-densité, ruban Möbius luminescent insuffisamment updaté. Voilà un peu l'effet que cela m'a donné, je n'ai pas le talent de l'auteur, il n'écrit bien sûr pas comme cela. Mais au final, pas pour moi, hors de ma portée. Dépassé par ce que veut dire Dantec. Très déçu. Mais j'admire l'auteur pour sa créativité et sa digestion post-moderne des artéfacts de notre siècle.
Cela contraste violemment avec Victor Hugo que je lis en parallèle. Un livre magnifique, j'en ai lu un tiers environ (soit 500 pages). Mais ce sera pour un autre article. Je reviens d'un vide-grenier mais le temps proche d'une humidité de 100% (heu oui, en fait il pleut) n'était pas idéal pour fouiner dans les caisses de livres. Revenu plus tôt, ce qui m'a permis de m'échauffer au piano avant l'arrivée de notre professeur attitré. Un mal pour un bien, en somme. Pour conclure, sur un sujet d'anticipation proche (enfin pas tout à fait quand même) il y a Daniel Suarez et son diptyque Daemon et Freedom avec une vraie idéologie derrière et l'usage de technologies réalistes (imprimante 3D ou Google glass) que je vous invite à lire.

Note : 4/10




Les zeugmes au plat de Sébastien Bailly

Zeugme n'est qu'un au revoir mes frères ...
Les zeugmes au plat de Sébastien Bailly (Mille et une nuits, 105 pages, 2011)

Incipit :
Quel zeugme est-il ?
Le zeugme est le parent pauvre, jamais mis à l'honneur dans l'étude de la langue.

Un opuscule sur une figure de style relativement peu connue, encore que Pierre Desproges l'ait popularisée avec l'humour décapant qu'on lui connait. Néanmoins cette figure est peu étudiée ou peu reconnue. Justice lui est enfin rendue ! Alléluia et les verts ! (non là ce n'est pas un zeugme ...)

Un avant-propos bien troussé par Hervé Le Tellier, le diablotin qui sévit dans l'émission Des papous dans la tête et dont j'ai lu Joconde jusqu'à 100 et plus si affinités. Oui, on voit tout de suite pourquoi il a été choisi, n'est-ce pas ?

Avec ce petit livre vous saurez tout sur cette figure de style et bien plus, jusqu'à l'antanaclase elliptique, avec force exemples et mini atelier d'écriture, pour faire vos gammes. Je m'y suis essayé et cela marche plutôt pas mal. Après pour en faire un très bon il faut passer du temps. Il ne suffit pas d'appliquer des règles oulipiennes pour trouver la perle rare. Des citations de zeugmes tirés de la littérature française et pas au hasard, illustrent avec brio et moi-même ce petit bijou, cette fantaisie qui égayera votre journée. Le livre donne beaucoup de références comme Pour tout l'or des mots, qui m'intéresse ... L'auteur indique que le zeugme est rarement cité dans les livres sur les figures de style, il est tout de même dans celui que j'ai, Figures de style d'Axelle Beth et Elsa Marpeau (Librio).

Je ne suis pas à l'abri d'une faute ou d'une pluie d'été. A cet égard, du Nord d'où je viens à point nommé et à pied, j'ai migré vers le Sud et sous Linux. Soupçonné de vol, libre comme le vent et un oiseau, j'épanche mon âme et ma soif dans l'écrit et le vin. Hier j'ai fait fureur et mon marché, perdu mon portefeuille et de vue mon voisin. Au déjeuner et demeurant, je saute parfois des lignes et à la corde. Réveillé en sursaut et de bonne heure, le café m'attend sur la table basse et sagement en fumant. Peu avant la naissance de ma fille, ma femme a perdu ses boucles d'oreilles et les eaux. Je m'essaye au zeugme et sur un tabouret.

Bon voilà j'ai fait au mieux et du logis.

Pour les amoureux de la langue et les curieux de tout poil, bien que ce soit aussi recommandé aux imberbes. A déguster, à savourer, un livre passionnant !

Note 10/10

dimanche 14 septembre 2014

William Shakespeare's the Jedi doth return by Ian Doescher

Ubu roi
William Shakespeare's the Jedi doth return - Star wars ® part the sixth by Ian Doescher

Incipit :
VADER Cease to persuade, my grov'ling Jerjerod,
Long-winded Moffs have ever sniv'ling wits.
'Tis plain to me thy progress falls behind
And lacks the needed motivation. Thus,
I have arriv'd to set thy schedule right.

Une entrée en matière ultra-libérale où Vader se pose en responsable de gestion de projet et va contrôler l'avancée de la construction de l'étoile noire numéro II, pour écraser la concurrence, (non ... pas les chinois), mais les rebelles. Mais je m'égare, voici le troisième volet (épisode 6) de la saga La Guerre des Étoiles, écrite par William Shakespeare. Et oui, Georges Lucas est un vulgaire plagiaire qui a tout copié sur William.  Il a juste actualisé les dialogues. Pas beau tout ça Georges.

Après Star Wars et The Empire Striketh Back, Ian Doescher signe à nouveau une pièce dans le style victorien si particulier et qui sied à merveille à cette épopée, ce space-opéra qu'on pourrait qualifier d'intemporel, ce livre le prouve. Du théâtre en vieil anglais mais accessible, les scènes cultes sont revues au travers des pensées des personnages.  Que dire de plus ? Si vous avez apprécié le premier volet, voire le deuxième, le troisième ne vous décevra aucunement (à part peut-être quelques illustrations un peu faiblardes). Un très agréable moment !

Note : 10/10

mercredi 10 septembre 2014

ε de Jacques Roubaud

Andy Warhol's style
ε de Jacques Roubaud (Poésie/Gallimard, 155 pages, 1967 pour la première édition)

Incipit :
Je ne vois plus le soleil ni l'eau ni l'herbe m'étant emprisonné où
nul matin n'a de domaine si dans le cube pur de la nuit je
distingue d'autres branchages que sur l'arche des pensées je les
chasse je les cache

Un  livre de poésie très original dans l'esprit oulipien auquel malheureusement je n'ai pas totalement accroché ayant abandonné à peu près au tiers. C'est bien dommage et je suis le premier à me flageller stoïquement tous les matins pour manquement à l'harmonie céleste de mon moi intérieur - jeu de Go - poésie oulipienne.

Car une des originalités (parmi beaucoup d'autres) est que cet ensemble de sonnets fait écho à une partie inachevée de Go entre Masami Shinohara (8è dan) et Mitsuo Takei (2è kyu). Un relation beaucoup plus intime que celle du roman de Shan Sa, La joueuse de Go.  Non seulement il y a alternance entre blanc et noir, mais chaque coup fait l'objet d'un morceau de poésie. L'ouvrage permet en plus une lecture multiple, qui ne suit pas celle habituelle de l'ordre des pages.

Le livre date de l'époque où un petit groupe essayait d'introduire ce jeu en France (A la fin des années 60). Il semble que ce soit deux ans après que parait le Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go (Christian Bourgeois Éditeur) de Pierre Lusson, Georges Pérec et ... surprise ... Jacques Roubaud. C'est l'intérêt pour ce jeu passionnant qui m'a amené à ε.

Bon je continuerais peut-être de lire ce livre de temps en temps mais je n'arrive pas à m'immerger dans ce monde poétique ... Je viens de commencer le troisième livre de Ian Doescher, après Star Wars et The Empire striketh back, écrit comme par Shakespeare : The Jedi doth return juste par plaisir coupable (bon ... d'accord ... pour mon côté un peu g33k). Mais surtout j'ai commencé la fresque Les misérables de Victor Hugo que ma fille est supposée étudier cette année, des passages magnifiques mais d'autres, liés à l'histoire et les évènements de l'époque (des personnalités, des titres de journaux, évidement pas la révolution de 1789 que tout le monde connait) qui risquent de l'interpeller ... Mais si je ne lis que Victor Hugo vous n'êtes pas près de voir un article (1300 pages !) donc je lis autre chose en parallèle, ce que j'évite en général.

Bon je ne vais pas dire que je n'ai "pas aimé" ni "aimé" ε ce serait injuste vu que je ne l'ai pas fini. En tout cas un livre étonnant. Pour les collectionneurs de livre de Go comme moi, assurément.

samedi 6 septembre 2014

Comme une tombe de Peter James

Six feet under
Comme une tombe de Peter James (Pocket, 532 pages, 2004 pour l'édition originale)

Incipit :
Jusque-là, à quelques détails près, le plan A fonctionnait à merveille. Ce qui tombait plutôt bien, vu qu'ils n'avaient pas, à proprement parler, de plan B.



Hier soir il y a eu un repas gastronomique avec les membres du Club de Lecture. Très très sympathique de faire le tour de table en sirotant un apéritif dans un lieu de détente, paon, jardin, petit étang. Un moment festif très agréable et réussi, dommage que tout le monde n'ait pu venir.

Après un bon livre, comme par exemple ceux de Michel Folco, Dumas (Alexandre pas Mireille) ou encore plein d'autres, peu importe, j'ai un peu de mal à passer à un nouveau livre. Finalement un intermède salvateur s'est concrétisé par une lecture plus distrayante, où on est directement dans le bain. Un bon thriller par exemple. Enfin, on ne sait pas en le commençant qu'il sera bon, mais un thriller tout de même. C'est Franck Thilliez qui me permettait cette transition en souplesse, mais voilà j'ai quasiment tout lu de lui. Récemment un ami m'a passé deux Peter James dont Comme une tombe avec une accroche motivante et un peu délire. J'aurais bien lu le dernier Fred Vargas mais voilà c'est déjà fait et j'attends le prochain depuis plusieurs mois ...

Imaginez une bande de copains dont l'un enterre sa vie de garçon, Michael. D'ailleurs je ne pense pas que cette expression idiomatique,  "enterrer sa vie de garçon" ait son équivalent en anglais, ou plutôt si (Stag party) mais pas avec le même champ sémantique, car enterrer sa vie de garçon et se retrouver dans un cercueil six pieds sous terre est assez savoureux en français.  En anglais le titre a bien un double sens (sur le mot dead/mort car le titre est Dead simple pour dire que quelque chose est particulièrement simple) mais bien différent. Bref, le Michael en question est plutôt doué, tout lui réussit, mais il est également un camarade qui peut pousser loin la plaisanterie, et ses quatre amis ce soir là ont décidé de prendre leur revanche. Lors de cet enterrement de vie de garçon, tournée des pubs obligatoire et surprise, une fois bien éméché (et les autres aussi), le Michael se retrouve enterré, un tuyau pour respirer dans son cercueil, un talkie-walkie et une revue pour adulte.  Puis les amis s'en vont, bien décidés à le laisser moisir une heure ou deux ... Là où cela se corse (pour une vendetta c'est bien choisi, non ?), c'est qu'en continuant leur tournée dans leur van, en pleine nuit, un accident survient du fin fond de la nuit, court vers l'aventure au galop !!! yi ha ! ha pardon là c'est zorro. Donc un accident et les quatre amis ont un ticket direct vers leur créateur, ne passent pas par la case départ et ne touchent pas 20 000 francs (ha on est en euros ?). C'est ballot. Hum, je suis pas Madame Soleil, mais l'avenir de Michael me semble légèrement compromis. Et ce ne sera pas la seule surprise de ce thriller qui distille, comme un sadique surentrainé distillerait des électrochocs sur sa victime, son lot de surprises. Déjà son associé Mark qui ... hum non je ne vous dis rien.

Voilà je vais pouvoir passer à un livre moins détente. J'ai eu la bonne nouvelle d'apprendre que ma fille allait étudier Les misérables. Pas mal non ? Toute la famille va s'y mettre, cela sera l'occasion d'échanger sur cette œuvre très connue que je n'ai pourtant pas lue. J'ai acheté le dernier Pynchon et Aurélien Bellanger. Cela ne va pas être facile de tout lire. Faudrait que je démissionne de mon boulot. Je vais y réfléchir.

En conclusion, Peter James est mon nouveau candidat pour la lecture détente. Ce livre commence un cycle avec le détective Roy Grace, ce qui tombe à pic, car ce pauvre détective n'a plus sa femme et ne va pas fort. Et sa vie personnelle m'intéresse, j'espère en apprendre plus dans les prochains tomes.

Un bon thriller !

Note : 9/10

mercredi 3 septembre 2014

Tarnac, magasin général de David Dufresne

C'est nous qui proclamons ces
gens coupables. Eux se prétendent éternellement
innocents. Et, en un sens, ils sont innocents.
Philip K. Dick, Minority Report
Tarnac, magasin général de David Dufresne (Pluriel, 664 pages, 2012 pour l'édition originale)

Incipit :
Elle avait garé sa voiture, juste devant la mienne, à quelques centaines de mètres du village.

Une enquête, ou plutôt une  contre-enquête de l'enquête, dans le pur esprit du gonzo-journalisme. Il s'agit de l'"affaire" de Tarnac, Julien Coupat, le Goutailloux, où un complot terroriste aurait pris racine qui aurait induit des sabotages de caténaires sur des lignes TGV en 2008. L'auteur y livre ses doutes, son approche et comment il essaye de ne pas se faire intoxiquer, manipuler. A ce titre une leçon de journalisme à l'ancienne. Chapeau bas.

Une enquête sur initiative du parquet, comme l'a été cette affaire de Tarnac, c'est politique, c'est dangereux. La politique s'est créé un outil, hors de contrôle, qui exécute les basses œuvres. Cette affaire est un emblème. Elle inaugure une nouvelle ère.

Un récit composé de témoignages de différents acteurs de l'"affaire", d'interviews, de pièces du dossier d'instruction, d'extraits de livres classés subversifs comme L'Appel ou encore L'insurrection qui vient. Avec une légère inquiétude j'ai commandé ce dernier. J'ai été rassuré dans les Notes de fin de l'ouvrage, qu'il y ait eu au moins déjà 45 000 ventes de ce livre au moment où l'auteur rédigeait son ouvrage. Bon, je ne devrais pas être trop fiché ni voir le SDAT débarquer à la maison demain matin. Encore que, en lisant ce livre, on peut légitimement se poser la question.

Et le droit est ainsi fait, et parfois bien fait ; sans billes, rien ne tient bien longtemps.

L'objectif de ce livre n'est pas tant la vérité de l'"affaire", pour peu qu'elle existe et qu'elle transparaisse un jour, que de déconstruire le montage post-moderne qui en a été fait, principalement le storytelling, la communication, les images et l'abreuvement pornographique d'information continue de nos sociétés modernes du spectacle. En somme l'envers du décor, au sein même de ceux qui l'ont vécu. Un Pouvoir qui n'en sort pas grandi, on a le sentiment de machines à broyer, que cela provienne du pouvoir politique, judiciaire ou encore médiatique. Un emballement comme les médias en connaissent régulièrement, la boite de Pandore, un monstre qui échappe à ses créateurs incrédules.

Un livre riche d'enseignement à plusieurs niveaux, au niveau humain où on peut apprécier la bravoure des inculpés devant l'adversité, et quelle adversité, sur la notion de terrorisme, notion peu définie, multiple, qui après les évènements du 11 septembre, a vu le pouvoir faire dériver cette notion afin d'avoir les coudées franches pour à peu près tout et n'importe quoi. Car au final il s'agit d'abus de pouvoir manifeste et disproportionné. Des pistes de réflexion pour sentir les limites à ne pas dépasser sans risquer les dérapages. Mais voilà, une fois lancée, pour satisfaire les fantasmes, l'air du temps, le zeitgeist,  la créature échappe à ses maîtres, plutôt apprentis-sorciers, un manque de professionnalisme assez sidérant, chacun essayant de survivre, de tirer l'épingle de son jeu, dans ce maelström, que ce soit le conseiller, le politique, et évidemment les accusés, mais eux on les excuses, ils n'ont pas le choix. Certains conseillers du Prince s'amusent de leur influence, c'est comme un jeu pour eux, démontrant par là-même que le cynisme est une valeur sûre et plein d'avenir.

J'ai été surpris par la bravoure et la haute tenue des échanges des principaux accusés, d'un niveau intellectuel et d'une érudition avérés avec parfois un débat philosophique lors des auditions. Amusé par l'ironie dont ils ont fait preuve parfois. Assez gonflé de leur part lorsqu'on risque 20 ans de réclusion criminelle.

Un livre édifiant, passionnant par les questions qu'il pose, par la présentation dense qu'il propose, les pistes explorées, et par la motivation sincère de l'auteur, dont je suis admiratif. Un livre essentiel au débat démocratique sur un sujet sensible. Enfin, je n'ai pu qu'être pantois devant une telle gabegie de moyens et de ressources, fonds publics, qui auraient été mieux utilisés ailleurs.Je vous recommande ce livre chaudement.

Pardo's first postulate : anything good in life is either illegal, immoral or fattening. Everything else causes cancer in rats.

L'humanité n'a jamais dépassé l'étape de la chenille, elle pourrit à l'état de chrysalide et n'aura jamais d'ailes. David Herbert Lawrence.

Note : 12/10