dimanche 26 octobre 2014

Ma rencontre avec Franck Thilliez

Non mais quel biscayen !! Pas croyable ! Comme annoncé ce matin je devais rencontrer Franck Thilliez ce jour pour une dédicace sur son dernier ouvrage, Angor, et je suis parti gaiement à Passion Culture.

Une fois sur place, diantre, pas d'affiche sur la devanture ... cela s'augure mal. Je vérifie sur mon smartphone (qui porte bien son nom, le smart c'est bien lui et pas moi), catégorie agenda électronique, et arghhhhh (cri équivalent à celui poussé lorsqu'un marteau-piqueur vous défonce les pieds), c'était hier. Ha bon, hier ? Super je me suis trompé mais pas grave je suis venu aujourd'hui. Je sms mon épouse qui me confirme, non, non, c'est bien Dimanche. Ouf. Sur ce point elle a complètement raison. Mais c'est sur le jour et le mois qu'il y a un léger décalage. C'est le 30 novembre ... Arghhhhhhh (cri équivalent à celui poussé lorsqu'une agrafeuse murale exerce sa fonction sur vos globes oculaires). Oui, j'ai vérifié entre temps sur Facebook, page Franck Thilliez. Oui, car vérifier sur la page d'Amélie Nothomb n'aurait guère fait progresser le sujet. Encore qu'elle passe le 4 novembre pour dédicacer Pétronille à Orléans ... mais je m'égare.

C'est le Franck Thilliez qui m'aura coûté le plus cher : version broché (d'habitude c'est en poche), autoroute, péage, trajet d'une heure, un diabolo menthe à un troquet, parking, 3 heures de mon temps facturé à 189 euros de l'heure, c'est bien la peine d'avoir un smartphone ... Je ne suis pas revenu les mains vides, je l'ai tout de même acheté, faut pas déconner. Déjà que cela fait quinze jours que je me retiens. Comme cela le 30 novembre je me ferais arrêter pour vol chez Passion Culture quand je reviendrais avec pour la dédicace, arf arf arf. Bon je les ai prévenu chez Passion Culture que je me suis légèrement fourvoyé, que je l'achète tout de même aujourd'hui pour rentabiliser mon périple et que je reviens avec dans 1 mois. Non, ils n'ont pas appelé des gars en blouse blanche, pourquoi ?. J'ai gardé le ticket de caisse, pour une fois. Et oui pas de prison, ou alors avec une bibliothèque bien fournie. Et repas trois étoiles.

Et hop comment occuper sainement son Dimanche !!! J'ai fait un titre accrocheur pas tout à fait juste ... pas vu Franck Thilliez ... technique journalistique, hi hi

Ça peut pas rater de Gilles Legardinier

../.. les filles obéissantes vont au paradis.
Les autres vont où elles veulent.
Ça peut pas rater de Gilles Legardinier (Fleuve éditions, 421 pages, 2014 )

Incipit :
 Il fait nuit, un peu froid. Je frissonne dans l'ait humide. C'est sans doute la proximité du canal le long duquel je marche sans savoir où je vais.

Je n'avais pas remarqué que c'était le changement horaire ce week-end. Je me suis levé encore plus tôt que je ne le pensais et commencé à lire dès 5h30 ce matin ... Comme Legardinier remercie ses lecteurs qui passent pour des dingues car lisant un peu partout (c'est mon cas) il aurait pu ajouter à n'importe quelle heure. La journée va tout de même être longue, ce qui n'est pas grave je sais comment m'occuper ! Car oui aujourd'hui je rencontre, si tout se passe bien, Franck Thilliez. Mais je vous en reparlerai.

Je viens de terminer Les Misérables et j'ai entamé La bibliothèque perdue de Walter Mehring, qui demande une certaine concentration, non seulement c'est érudit mais les réflexions sont nombreuses et complexes. Bon il me faut du plus léger. Je n'ai plus de Franck Thilliez, mais comme vous vous en doutez cela ne va pas durer, cet après-midi ce point devrait être réglé, avec son dernier livre à la clé, Angor et, si je suis sage, une belle dédicace dessus. Mais j'ai aussi dans la manche la série des chats de Gilles Legardinier ! Allez vendu !

Le point de départ m'a rappelé le film Vilaine avec Marilou Berry, marre d'être très gentille et de se faire avoir et qui libère son alter ego satanique, mais en fait pas tout à fait. Certes, Marie, l’héroïne du roman en a un peu ras le bol. Des hommes en particulier. Depuis que son mec l'a trompé puis larguée comme une cannette elle est en mode grenade dégoupillée,  les dix doigts sur dix queues de détente, avec des M60 plein le sac à dos et le regard sniper réglé sur détection mâle, visée laser en sus. En plus au travail cela ne va pas fort, un chef d'entreprise requin, tous ailerons déployés, dans l'air (vicié) du temps, rentabilité des actionnaires en priorité prioritaire, délocalisation et peut être un coup fourré sous la coude. En clair le moral est au plus bas dans les sondages et dans son cœur. Mais entourée d'amis sympa et de relations généreuses, elle se dégotte un super appartement, base arrière d'opérations spéciales, pour en faire baver à son ex et, qui sait, retrouver l'amour ?

De nouveau le retour du chat, nom pas celui de Philippe Geluck mais celui de Legardinier. Le feel-good book, qui va vous redonner la pêche, vous faire oublier vos soucis et guérir le cancer. Peut-être un peu plus convenu que les précédents, des péripéties rocambolesque voire grotesques parfois, mais des bonnes idées, et de temps en temps assez drôle. J'aime bien aussi la postface ! Si j' en ai l'occasion j'aimerais rencontrer l'auteur et même diner avec lui ! On peut dire que son livre donne la joie et la bonne humeur.

Je voulais un moment de détente, je l'ai eu, que demander de plus ?

Note : 8/10

jeudi 23 octobre 2014

Les Misérables de Victor Hugo

Ce n'est rien de mourir;
c'est affreux de ne pas vivre
Les Misérables de Victor Hugo (Pléiade, 1485 pages)

Incipit :
En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans; il occupait le siège de Digne depuis 1806.
Paris au XIXème siècle, la misère des pauvres, la guerre de Waterloo avec des personnages connus et emblématiques comme Cosette, Jean Valjean, Gavroche, Fantine, Javert et les Thénardiers. Une fresque étonnante de richesse, de réflexions et qui relate les destinées sublimes de différents individus dont le plus édifiant, Jean Valjean.

L'édition en Pléiade explique les deux versions des Misérables et les notes , fournies, en précise le contour et le choix retenu. De même elles proposent des variantes, comme les sonnets de Gavroche, qui ont ont été modifiés assez conséquemment par l'auteur.

Une œuvre bâtie comme une cathédrale, après tout il s'agit de l'auteur de Notre-Dame de Paris, avec ses fondations solides, ses couloirs, ses recoins, ses bas-fonds, ses tours et sa flèche, pour atteindre au sublime.
Le livre que le lecteur à sous les yeux en ce moment, c'est, d'un bout à l'autre, dans son ensemble et dans ses détails, quelles que soient les intermittences, les exceptions ou les défaillances, la marche du mal au bien, de l'injuste au juste, du faux au vrai, de la nuit au jour, de l'appétit à la conscience, de la pourriture à la vie; de la bestialité au devoir, de l'enfer au ciel, du néant à Dieu. Point de départ : la matière, point d'arrivée : l'âme. L'hydre au commencement, l'ange à la fin.
Nous entamons l'histoire par l’évêque de Digne, l'auteur pourrait en dire tout le bien qu'il pense de ce juste, mais cela serait insuffisant, il va le démontrer à sa manière, sous plusieurs facettes. Puis il introduira Jean Valjean, son passé de forçat, sa noirceur, voilà pour quelques fondations qui prépareront à la rencontre de ces deux personnages et quelle rencontre ! D'autant plus marquante que la préparation a été minutieusement préparée. Le Juste, Jean Valjean et son retournement quasiment mystique, qui rappelle Le Comte de Monte Cristo sur plusieurs points, sont deux des figures quasi symboliques présentées au début de l'histoire. Et il y en a plein d'autres, les personnages se croisant pour en faire ressortir la substantifique moelle.
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau
Tour à tour politologue (digressions sur le pouvoir, les révolutions, la royauté, la république), sociologue (les couvents, la modernisation de la religion, la misère), journaliste, poète, historien (la bataille de Waterloo, les égouts de Paris), philologue (l'argot), philosophe (la liberté, l'éthique, la justice, l'équité, bien vivre, l'honneur, le bonheur etc.), écologiste dans cette digression étonnante sur les matières fécales et les égouts de Paris, l'auteur se mettant même parfois en scène, témoin de son temps, comme un journaliste. Ses détours comme la bataille de Waterloo (au moins 50 pages), passionnantes, pour présenter un aspect, dans la dernière page, d'un des protagonistes. Des moments de pure poésie, une histoire d'amour quasi impossible, des rencontres intenses, une fin épique, des portraits saisissants, inoubliables tant ils marquent de leurs empreintes.
Il y a des gens qui observent les règles de l'honneur comme on observe les étoiles, de très loin.

La puissance du verbe, une langue qui prend son temps et qui vous engloutie, un livre érudit, intelligent, profond, riche d'enseignement, qui pousse au paroxysme les frictions entre certains personnages, l'exploration de la noirceur humaine ; des phrases admirables, des envolées lyriques, un livre éblouissant de majesté, tragique et sublime, un chef-d’œuvre. Ce qui n'exclut pas un humour discret et des titres de chapitre digne d'un feuilleton.
MORTUUS PATER FILIUM MORITURUM EXPECTAT
Très content qu'il parle de Natoire dont j'ai pu admirer une des pièces à l'hôtel Dupanloup d'Orléans, ou encore de la Pagode de Chanteloup que j'ai pu visiter l'an passé avant d'aller à la Forêt des Livres. Une érudition qui laisse pantois, mais enrichit à chaque fois, je ne connaissais pas Restif de la Bretonne par exemple.

Un livre que j'ai terminé ce matin, avec beaucoup d'émotions. Un classique à lire ... et à relire.

Note : 100/10



samedi 11 octobre 2014

Et rien d'autre de James Salter

My name is Salter ...
James Salter
Et rien d'autre de James Salter (Éditions de l'Olivier, 365 pages, 2014 )

Incipit :
Toute la nuit, dans le noir, la mer avait défilé.
Sous le pont, dans leurs lits métalliques étagés les uns au-dessus des autres par rangées de six, des centaines d'hommes, silencieux, gisant pour la plupart sur le dos, n'avaient toujours pas trouvé le sommeil alors que le jour allait poindre.
Je me suis engagé dans une nouvelle activité, le tir à l'arc, et mon rythme de lecture en a pâtit.  Car je potasse les livres comme Les fondamentaux du tir à l'arc de Nicolier et Rousseau, Tir à l'arc de Haywood et Lewis (Vigot) et enfin Tir à l'arc méthode pour la performance (Amphora) de la F.F.T.A. Et puis bien sûr l’activité en elle même.

Également Les Misérables de Victor Hugo, j'en suis à plus de la moitié, guère pressé d'en finir tellement je suis bien dedans. Une fresque qui se déguste. Quelques chapitres chaque soir avant de s'endormir. Mais venons-en à James Salter :

En parcourant les quatrièmes de couverture, ce livre s'était inséré dans la liste des livres à lire. Et puis Catherine me l'a proposé à la dernière réunion du Club de Lecture La Marguerite. Ce qui tombait bien. Un livre assez simple à résumer, on suit la vie de Philip Bowman, ses ambitions, ses rencontres amoureuses, ses contradictions, ses états d'âmes, ses hauts et ses bas et un peu de la vie des personnages qui gravitent autour de lui. La vie en somme, mais si bien racontée qu'il m'est difficile de dire exactement pourquoi ce livre me touche.

Qu'est-ce que la vie ? Ou plus précisément qu'est-ce qu'une vie, réussie ou non, ce n'est pas le sujet ? On s'aperçoit qu'il n'y a guère de logique à trouver dans nos destinées, que les contingences de la vie sont intrinsèques à celle-ci. Que chacun peut y donner un sens selon sa propre vision, sa propre perception, sa propre logique mais que les évènements sont intangibles, évanescents, surprenants que cela soit une bonne surprise ou une mauvaise. Que rien n'est sûr, que cette incertitude même est finalement le sel de la vie. L'auteur a su capter une partie de l'indicible de nos vies, le temps qui s'écoule, de l'absurdité du monde dans laquelle nous nous mouvons. Y donner un sens affirmé, être sûr de quelque chose aide bien sûr à vivre au mieux mais se base la plupart du temps sur des illusions. L'auteur le démontre avec talent, légèreté, amoralité et une forme d'insouciance salvatrice.

Un lecture enrichissante.

Note : 9/10