dimanche 30 novembre 2014

Ma vraie rencontre avec Franck Thilliez

Franck Thilliez en pleine dédicace
Ma vraie rencontre avec Franck Thilliez (Passion Culture, 2h de file d'attente, 30 novembre 2014)

Incipit :
Une journée triste, grise comme la robe des souris qui grignotent dans les murs de mon abri de fortune délabré. La température extérieure, de réfrigérateur fanatique, n'a pas vaincu ma volonté inébranlable de partir en mission. Le dernier pavé de Sir Thilliez sous mes bras fatigués, un mégot au bec, avec un contrat en ligne de mire. Avoir une dédicace de l'auteur. De Franck Thilliez. Hé oui. Et le plaisir ineffable de le rencontrer en chair et en os, d'entendre sa voix, de partager son espace un bref instant. Un grand moment en perspective.

Et oui, mission réussie !!! C'était pas gagné. Prévu de longue date, suivi d'un échec cuisant, j'ai enfin rencontré mon idole. Bon les deux heures de file d'attente m'ont égaré et alors que je me suis retrouvé devant lui j'ai ressenti l'émotion de l'ado prépubère qui doit réciter la première fois sa poésie devant une classe remplie d'ado prépubères. J'ai commencé très fort, "j'aime ce que vous faites". Ah oui. Quand même. Mince. Michel Audiard aurait été fier. Heureusement qu'un journaliste a pu immortaliser ce moment. Bon il est vrai que pendant deux heures j'ai eu le temps de discuter de tout un tas de questions et que la personne qui est passée juste devant moi en a posé plein. Et après l'émotion, que dire d'original ? Alors qu'il vient de voir défiler 476 personnes avant moi ? De ce questionnement métaphysique a résulté cette question sublime de banalité. En fait je lui aurais bien demandé de pouvoir lire le manuscrit de son prochain livre. Mouais, peu probable.
Ahhhh trop content !!! Dans ma main gauche,
le manuscrit de son prochain livre.
Naaannn je rigole

Bon il est super sympathique, à l'antithèse du poster où il pose, avec le regard Sig Sauer, où clairement vous ne lui confieriez même pas votre chat. Ou alors votre belle-mère. Mince, ma femme ... bon disons qu'il est adorable. Super dédicace au fait, merci Franck ! (il y a même un dessin !!!). J'aurais bien demandé le poster de promo pour la dédicace, et pouvoir l'accrocher au dessus de mon lit (après négociation avec ma douce). D'un autre côté j'avais pas le poster. Et je viens seulement d'y penser. Ok, peut-être une prochaine fois.

J'ai demandé l'autorisation de publier sa photo sur ce blog, ce qu'il m'a accordé et, surprise, il a pris l'adresse de ce site. Wahou la pression, arghhh, qu'est-ce que j'ai écrit déjà sur ses livres, déjà ??? En particulier sur le dernier ??? Sais plus. Bon j'assume en tout cas. Mais j'ai fait, en fait même refait, du trajet, pour le voir donc ....

En tout cas très content de ce moment singulier. Rencontrer des auteurs est toujours pour moi source d'une joie indicible (l'effet célébrité ?). La prochaine fois je réfléchirai à une vraie question. Merci à mon épouse de m'avoir ravitaillé en vol (eau, Muffin) ce qui m'a permis d'arriver devant Franck dans un état à peu près potable (comme l'eau en somme). Et d'avoir pris la photo pour immortaliser ce moment (Comme disent les oiseaux, que ferais-je sans elle). J'ai tout de même appris au passage qu'on prononçait "tilié" et non "tilièze", cela m'apprendra à lire et de ne pas regarder la télé.

Note : 10/10

L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger

Da Vinci TGV
L'aménagement du territoire d'Aurélien Bellanger (Gallimard, 478 pages, 2014)

Incipit :
Classé 4 sur l'échelle de Turin -- requiert l'attention des astronomes, risque de collision supérieur à 1%, susceptible de dévaster une région --, le géocroiseur Apophis pourrait atteindre la Terre le 13 avril 2036.
Un livre assez étonnant, car traite d'un sujet a priori abscons, l'aménagement du territoire, qu'on imagine bien réservé à des hauts fonctionnaires aux vêtements grisâtres, manipulant des statistiques, étudiant des rapports administratifs denses et soporifiques. De surcroit l'histoire-géo n'est pas souvent la matière la plus citée comme étant source de joie et d'éclate totale. Mais Aurélien Bellanger réussit à rendre ce sujet passionnant, revisitant l'histoire, la géographie, et trouvant les points clés ou les éléments propices à rendre attrayante une région, par son territoire, son passé, et non par les spécialités locales (c'est pas le guide du routard !).

Il va mettre en avant une région, la Mayenne, une ville, Argol, et les divers points qui font muter ou permettent de faire muter en environnement. Quelles décisions, quelles forces en présence, sur le court, moyen et long terme. C'est le tracé d'une ligne TGV qui sert de prétexte mais aussi qui va précipiter les choses.

L'auteur prend de la hauteur et on sent l'intelligence de ses propos, faisant correspondre des événements souvent distants ou ayant semble-t-il peu de rapport entre eux, pour en sortir une réflexion, une analyse. Petit à petit on tend vers le thriller, le complot, les sociétés secrètes. Un peu comme un Da Vinci Code (écrit par Fred Vargas ? Umberto Eco ?), mais assez cérébral (oui ce n'est ni le Da Vinci Code, ni du Fred Vargas), en s'intéressant à la campagne plutôt qu'à une grande ville touristique, et à des matières qui interrogent notre humanité comme l'archéologie, à la politique d'aménagement d'une région, à la politique industrielle, à la lutte entre des capitaines d'industrie et des haut fonctionnaires souhaitant valoriser les territoires.

Un roman qui fait écho à des faits relativement récents comme l'affaire de Tarnac. (bravo pour le pastiche l’Étoile Absinthe) ou plus ancien comme Ted Kaczynski (Unabomber), et réfléchit sur les luttes de pouvoir plus ou moins visibles influençant l'environnement, que ce soit au niveau historique (et sa mise en forme, son contrôle), géographique (et l'impact économique de choix d'aménagement, lutte entre les régions, indépendantisme), mental (manipulation, théories du complot, propagande), politique (extrême droite), religieux etc.. Ce livre touche à beaucoup de sujets mais avec un esprit de synthèse étonnant.

Il y a trop de choses à dire d'un tel ouvrage, je ne sais si je lui rends justice, j'ai l'impression de partir dans tous les sens, mais en tout cas le livre se tient. Il est passionnant de bout en bout. Plus que d'avoir l'impression de se sentir plus intelligent après, je ressens surtout l'intelligence de l'auteur qui a écrit un livre maitrisé, voire brillant. J'aime l'éclectisme des sujets abordés. Du grand art. J'ai appris qu'il avait eu le prix du Zorba en sus du prix de Flore.

Note : 10/10

mercredi 26 novembre 2014

Le problème Spinoza d'Irvin Yalom

Je demande à la foule ignorante et
superstitieuse de ne pas lire mon livre.
Le problème Spinoza d'Irvin Yalom (Livre de poche, 546 pages, 2012)

Incipit :
Tandis que les derniers rayons de lumières ricochent sur les eaux du Zwanenburgwal, Amsterdam ferme boutique. Les teinturiers rassemblent leurs étoffes - magenta, cramoisies - qui sèchent sur les berges de pierre du canal. 
Quel livre ! je l'ai dévoré en quelques jours. Cela se passe à deux époques, le XVIIème siècle au temps de Spinoza et au début du XXème au temps d'Alfred Rosenberg, idéologue nazi. Et l'auteur explore au passage la rupture de la pensée suscitée par les idées étonnantes pour l'époque de Spinoza. On est témoin de leur genèse, Irvin Yalom réussissant à s’immiscer dans la tête du philosophe. En parallèle dans celle d'une personne névrosée qui a œuvré à diffuser ses idées de suprématie blanche et du sang pur aryen.

Un livre très pédagogue sur la philosophie de Spinoza qui prend souvent la forme de dialogues très travaillés à l'instar des dialogues antiques de Platon. Le genre de livre où je me suis senti plus intelligent après la lecture qu'avant. Se pose rapidement le problème Spinoza. A son époque ne pas avoir la foi de sa communauté, voire instiller le doute dans cette dernière posait des problèmes de pouvoir des rabbins mais pouvait aussi mettre en danger la communauté. C'est un peu ce qu'on retrouve dans le XXème siècle chez Alfred Rosenberg, à la fois troublé qu'un juif comme Baruch Spinoza ait pu avoir une influence, être courageux et avoir mis en charpie la foi par l'arme de la raison. Cela pose beaucoup de questions sur l'aveuglement, l’idolâtrie en : la religion, l'idéologie, mais aussi la raison, qui ont les mêmes symptômes, le même absolutisme et où chacun voit midi à sa porte. La question cruciale de "qu'est-ce que la Vérité ?" est également posée, avec force et l'auteur en détaille les conséquences. Mais aussi comment des idées délétères, heurtant la raison, comment des opinions aussi peu fondées, comme le sang pur, ont pu aider à un génocide, le portrait d'Alfred Rosenberg aide dans une certaine mesure à comprendre. Des idées qui, malheureusement, perdurent de nos jours. L'auteur, avec une ironie mordante, décrit les conflits au sein même de l'élite supposée des übermensch, conflits dont ont été témoins et acteurs les soit-disant êtres supérieurs, tellement imbus de leur folie, aliénés de leurs idées, qu'ils étaient aveugles de la contradiction flagrante entre l'idéologie et les actes et pensées de leur entourage. De faux dieux aux pieds d'argile. Il est tout de même paradoxale que Spinoza, à des années lumières du nazisme et des camps de concentration, ai pu "servir" à l'idéologie de Rosenberg.

L'épilogue fait frémir, se terminant par le procès de Nuremberg et la postface, quant à elle, distingue l'Histoire de la fiction.

Un livre accessible, très intéressant par les sujets et les réflexions abordés, qui démontre la noirceur humaine mais laisse un espoir quant à la tolérance. L'aventure de la bibliothèque de Spinoza, point de départ de l'envie d'écrire le livre m'a rappelé La bibliothèque perdue.

Brillant, profond, érudit, un livre passionnant de bout en bout qui traite le fait religieux sans superstition, un peu comme dans Le royaume, mais dépasse ce cadre par d'autres considérations (le nazisme, la Shoah, la philosophie) en plus de l'étude du Livre (ici la Torah) et par la finesse psychologique des personnages assez fouillée, l'auteur étant psychiatre de formation, cela se ressent. L'exploration édifiante d'une partie de notre Histoire.

Chapeau ! Un auteur à découvrir, et dont les autres parutions semblent tout aussi passionnantes, en particulier La méthode Schopenhauer ou Et Nietzsche a pleuré.

Note : 20/10

dimanche 23 novembre 2014

Constellation d'Adrien Bosc

Constellation d'Adrien Bosc (Stock, 198 pages, 2014)

Incipit :
Ce soir du 27 octobre 1949 sur la piste de l’aérodrome d’Orly, le F-BAZN d’Air France s’apprête à accueillir trente-sept passagers en partance pour les États-Unis. Un an plus tôt, Marcel Cerdan débarquait auréolé du titre de champion du monde de boxe des poids moyens conquis de haute lutte à Tony Zale.
Le crash de l'avion des stars, un Constellation, qui emportait à son bord des célébrités comme Marcel Cerdan, boxeur mondialement connu, et Ginette Neveu, prodige du violon.

L'auteur va raconter les circonstances du drame, le contexte, puis s'intéresser aux personnes à bord du Constellation. Très bel avion par ailleurs. J'aimais bien les avions plus jeune, mes deux préférés étaient le Corsair F4U (à cause de la série TV et de ses ailes en W) et le SR71 Lookheed Blackbird pour son design exceptionnel. J'avais pu même faire le premier en maquette, que je n'ai plus hélas. J'ai donc bien apprécié les parties sur les pilotes ou l'avionique (balises radio etc).

Dans cet ouvrage on apprend plein de choses en particulier sur Ginette Neveu, je ne savais pas à quel point elle était douée. On peut mesurer aussi les contingences de la vie, comment certains ont échappé à ce crash, par pur hasard, de même que les forces qui ont poussé à prendre cet avion à ce moment là. Il y a plusieurs moments d'émotion, pas forcément pour les plus connus d'ailleurs, mais pour la 49ème victime, je ne m'y attendais pas et j'ai trouvé cela très touchant.

Parfois l'auteur se laisse aller à la fiche wikipédia, comme pour l'alphabet radio ou certaines biographies, mais l'ensemble se tient et ne manque pas d'allure. L'auteur voyage, enquête et retrouve même ce jeune garçon qui attendait le retour de son père, très beau passage. Finalement cette enquête est riche et pleine d'émotions, la lecture de certaines lettres sont d'une poésie tragique.

J'aime beaucoup !

Note : 9/10 

samedi 22 novembre 2014

Ma rencontre avec Clara Dupont-Monod

L'affiche pour la promo
Ma rencontre avec Clara Dupont-Monod (Château de Beaugency, Dédicace)



Cet après-midi à Beaugency, était présenté le dernier livre de Clara Dupont-Monod. Cela s'est passé dans l'enceinte du château récemment rénové. La température de la salle était dans l'ambiance XIIème siècle, fraîche. Normal pour un château me direz-vous. Un échange fructueux s'est ensuivi avec une animatrice de la librairie Passion Culture, où pendant une heure des questions pertinentes ont fusé et ont eu des réponses qui ne l'étaient pas moins. Je suis beaucoup plus calé en Aliénor d'Aquitaine que ce matin, vous pouvez me croire. Et j'ai bien ri aussi. Le monde est petit car la libraire animatrice est celle à qui j'ai acheté le dernier Franck Thilliez le jour où il devait y avoir une dédicace. Pas d'erreur de date cette fois.

Clara pose pour moi !

Agrémenté de chants (chœur de musique ancienne) et de lectures de passages de son dernier ouvrage, nous avons eu droit après à une séance de dédicaces et surtout la possibilité d'échanger quelques mots avec celle qui sévit sur France Inter dans l'émission de Charline Vanhoenacker et d' Alex Vizorek (émission dont elle dit le plus grand bien et je la comprends, tant l'ambiance est chaleureuse). J'ai eu le plaisir et l'honneur de lui apporter des pâtisseries et, cela ne doit pas être un secret, Clara est gourmande ! Fidèle en cela à l'esprit du moyen-âge où elle a usé du même vocable : une époque de gourmandise.

Son dernier livre
La dédicace est amusante, un petit mot pour ma femme et moi, et c'est d'ailleurs ce qui m'a plu chez elle à savoir son humour. Aussi son franc-parler, sa spontanéité, sa manière de raconter. Bref elle est charmante. Mon épouse ne me contredira pas, qui ne tarit pas d'éloge à son égard. J'ai pu lui demander l'autorisation de publier son portrait sur ce blog (je parle de Clara et non de ma femme), elle a préféré poser, les autres clichés n'étant pas à son goût. Il est probable qu'il y ait une suite à ce livre sur Aliénor, en tout cas elle y pense sincèrement.

Très content de ce moment partagé.

Note : 10/10





jeudi 20 novembre 2014

Charlotte de David Foenkinos

Charlotte de David Foenkinos (Gallimard, 224 pages, 2014)

Incipit :
Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe.
Elle n’est donc pas la première Charlotte.
Il y eut d’abord sa tante, la sœur de sa mère.
Les deux sœurs sont très unies, jusqu’à un soir de novembre 1913.
Franziska et Charlotte chantent ensemble, dansent, rient aussi.
Ce n’est jamais extravagant.
A l'instar d'un OOna & Salinger, mi-fiction mi-biographie, David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, sa famille aux multiples traumas (suicide, dépression), son génie artistique compromis par une époque chaotique, sa destinée fauchée par l’innommable, la haine ... le nazisme.

Un choix narratif particulier, suite de phrases courtes, mais qui ne m'a pas semblé artificiel ou forcé. Dit autrement, on se laisse emporter dans cette histoire, avec empathie pour ce destin brisé injustement. De même que pour Maus j'ai ressenti une incompréhension pour ce délire de haine contre les juifs et un mélange de tristesse mêlée à la colère devant l'indicible cruauté de l'être humain. Cela contraste d'autant avec la vie de Charlotte, déjà pas facile au départ, qui veut tout simplement se réaliser, artistiquement, familialement et amoureusement. Elle aura eu le temps de laisser suffisamment de traces, une  œuvre qui fait un pied de nez devant la bêtise absolue du nazisme, de la bassesse de certains. David Foenkinos rend hommage à cette artiste d'une belle manière, à la fois humble et sincère. Touchant.

Note : 10/10

mardi 18 novembre 2014

L'Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

Les enfants du capitaine Roblès
L'Île du Point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma, 460 pages, 2014)

Incipit :
Le Tigre à droite, désormais invisible, à gauche les hauteurs pelées des monts Gordiens ; entre les deux, la plaine ressemblait à un désert fourmillant de carabes à reflets d’or. C’était à Gaugamèles, moins de trois ans après la cent douzième Olympiade.
Certains développent des applications, des théories, d'autres des muscles saillants (le développé-couché ha ha), moi j'ai développé une tendinopathie. C'est moins glamour mais laisse plus de temps à la lecture d'un autre côté. Las, moins de tir à l'arc, snif snif, pause forcée, l'amertume et le vague à l'âme. La fin du monde quoi. Tout à coup l'arc recurve flambant neuf ou encore le super kit Win&Win Archery Blast 34" devient un rêve plus diffus voire sombre dans l'abîme. Depuis que j'ai essayé un compound j'ai des étoiles dans les yeux et le bras qui pend. C'est ballot. Pfft ! Mais voilà j'ai pu lire en quelques jours L'Île du Point Némo ... maigre compensation, mais compensation tout de même.

L'enquête rocambolesque sur un joyau disparu. Holmes est sur le coup. Tout converge vers le point Némo. Mais attention dans son royaume, Cthulhu veille et rêve. Iä, Iä, Cthulhu fhtagn.

La liberté d'écrire, de voyager, de surprendre, foisonnement textuel, hymne à l'imaginaire. Aventures, mélange de Jules Verne, Bob Morane de Vernes aussi ..., mais écrit par les Marx Brothers sous coke ou par Mel Brookes sous LSD. Récit déjanté, foutraque, d'une épopée très référencées y compris, et cela m'a surpris, de l’œuvre de Lovecraft : Cthulhu, Miskatonic, Armitage, R'lyeh, etc. 

Inclassable, moins délirant que J.M. Erre tout de même, avec son Sherlock ou sa fin du monde, qui ne se prend jamais, mais alors jamais au sérieux. Cela me rappelle l'imagination d'un Charles Stross ou d'un Jasper Fforde. Comme dans M. Pénombre il y a une réflexion sur le livre, la littérature, sa dématérialisation. Comme dans l'urinoir, un côté décalé que j'aime beaucoup. De plus les personnages sont "inversés", "mélangés", Holmes qui a un passé de Watson, qui déduit comme une bille etc. Et une surprise qui donne une suite originale à L'île mystérieuse. Cela n'a pas de prix ! Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, la mise en abyme, le patchwork ... très ludique.

Un livre qui vous emmène dans un voyage, de l'autre côté du miroir, plus malin qu'il n'y parait et dont les références me parlent. Les couvertures des éditions Zuma sont très jolies, une belle décoration dans la bibliothèque !

Une réussite.

Note : 10/10

mercredi 12 novembre 2014

Le Royaume d'Emmanuel Carrère

Da Vinci Carrère
par Sir Emmanuel
 Le Royaume d'Emmanuel Carrère (P.O.L., 630 pages, 2014) 

Incipit :
Ce printemps-là, j'ai participé au scénario d'une série télévisée. En voici l'argument : une nuit, dans une petite ville de montagne, des morts reviennent.
Les réflexions personnelles sur le fait religieux et les origines du christianisme, un récit sur une quête spirituelle personnelle, une enquête sur les faits historiques à l'époque de Jésus et des apôtres, sur ce qui est crédible ou pas, et le choix de combler de façon réaliste ce qu'il manque. Pas à proprement parler un roman, en tout cas pas comme je le conçois. Pourrait faire partie des factions, comme pour Oona & Salinger. On suit les doutes, les changements, l'auteur ayant été croyant trois ans, puis non croyant, et l'introspection assez poussée sur la signification de la Vie ou du moins qu'est-ce que bien vivre, au sens spirituel et chrétien plus particulièrement.
L'écriture est enlevée, fluide, et cela se lit avec entrain même pour un non croyant. On sent que l'auteur connait, maîtrise le sujet, et prend plaisir à son exégèse. J'ai bien apprécié aussi les comparaisons contemporaines notamment avec le communisme. Ce qui me plait le plus est l’esprit d’analyse mis en œuvre, l’art subtil de l’interprétation, de la comparaison et la méthodologie mêlée d’intuition et d’imaginaire pour enrichir le corpus de l’étude biblique. Je ne suis pas expert et ne peux juger de la qualité finale mais en tout cas c'est particulièrement convaincant. L’auteur a le mérite de préciser lorsqu’il invente, déduit, compare et n’hésite pas à s’impliquer et dire franchement ce qu’il pense de tel ou tel fait. Sur ce point c’est d’ailleurs parfois assez drôle. Enfin si on prend suffisamment de distance et de recul.  Le tout sans fausse pudeur semble-t-il mais aussi avec un peu de pédantisme, ce qu'il assume totalement. Mais le cabotinage ne me gêne pas, cela ajoute de la vivacité !

Quant aux personnes qui ont besoin, dans l'intérêt de leur croyance, que je sois un ignorant, un esprit faux ou un homme de mauvaise foi, je n'ai pas de prétention de modifier leur prétention. Si elle est nécessaire à leur repos, je m'en voudrais de les désabuser.

Un livre qui n'est pas un guide de développement personnel mais qui offre des pistes de réflexions spirituelles diverses, à tout le moins qui interroge. Ce qui n’exclut pas l'ironie ou le sarcasme un peu comme dans La lamentation du prépuce, assez caustique, et pourtant dans ce livre, l'auteur, Shalom Auslander, était, lui, toujours croyant. Ce thème de la foi sincère et totale était abordé au début des Misérables, par cet homme exceptionnel, l’évêque de Dignes. Cela aussi me plait que des lectures m'en rappellent d'autres.
En bref, Le Royaume est un livre original, pas commun dans ce que je lis habituellement, qui m'incite même à poursuivre ma lecture de la bible, débuté depuis plusieurs mois déjà. Autre coïncidence bien à propos, les références à Homère, L'Odyssée, que je lis également, tranquillement en parallèle des lectures habituelles. Ce qui tombe à point nommé. Offert à mon épouse il y a un mois environ c'est Catherine qui m'a incité à le lire lors de la dernière réunion du Club de Lecture La Marguerite. Un bon choix.

Note : 10/10

jeudi 6 novembre 2014

[ANGOR] de Franck Thilliez

Et ça continue [ANGOR] et [ANGOR]
C'est que le début d'accord, d'accord...
[ANGOR] de Franck Thilliez (fleuvenoir, 619 pages, 2014)

Incipit :
[U]ne jeune automobiliste de 23 ans, impliquée dans un accident de voiture, a été retrouvée morte plusieurs heures après le drame, à un kilomètre à peine de son domicile familial, à la sortie de Quiévrain.
Après un projet de rencontre, ma rencontre ratée et à puis celle à venir, enfin si rien ne s'y oppose, j'ai quelques questions à lui poser, une photo à prendre de lui (de nous ?) si possible et l'accord de la publier sur ce blog, j'ai fini le dernier Franck Thilliez.

Content de retrouver Franck et Lucie, dans la suite d'une saga commencée par Syndrome E, suivie de GATACA et Atomka, la surprise étant qu'une suite à Angor est fortement suggérée à la fin. Angor est l'autre nom de l'angine de poitrine. On découvre Camille, une gendarme qui a été greffée d'un cœur, dont le donneur qu'elle recherche comme une quête d'identité, n'est pas n'importe qui. Franck et Lucie sont parents et sont dans les couches, mais pas pour longtemps. Une femme séquestrée dans une cave, devenue aveugle, est retrouvée (ce que la couverture illustre superbement). Et puis deux crimes violents. C'est le début d'une enquête sur fond de trafic, de fous furieux. Du classique.

J'espère qu'entre Angor et sa suite il y aura un petit one shot, un récit complet, comme avec Puzzle ou Vertiges. D'ailleurs c'est une de mes questions que je réserve à Franck Thilliez. L'autre c'est qu'il me refile son email et qu'on aille déjeuner ensemble. Et une photo de lui pour publier sur ce blog. Et son prochain manuscrit, s'il pouvait me le faire lire avant tout le monde. Et aussi de m'insérer comme personnage dans un de ses romans, qui mourra atrocement, disséqué, éviscéré et ... heu pardon je m'emporte.

J'ai passé un bon moment, démarre lentement mais dès que ça décolle j'ai eu envie de terminer sans le lâcher. C'est ce qu'on demande à un thriller, non ? En plus des atrocités s'entend. Bon c'est mort, on va révoquer ma licence de tir à l'arc au regard de mes lectures sombres et morbides.

Comme à son habitude l'auteur mélange faits historiques et scientifiques et ça c'est ce qui me plait beaucoup. Un bon moment ! 

Note : 9/10.

dimanche 2 novembre 2014

La bibliothèque perdue de Walter Mehring

« Là où on brûle des livres, on finit aussi
par brûler des hommes. »
Heinrich Heine.
La bibliothèque perdue de Walter Mehring (Les belles lettres, 265 pages, 2014)

Incipit :
C'est à Vienne, avant sa chute, que j'ai possédé pour la dernière fois un foyer ... Je m'y trouvais encore entouré par les livres de la bibliothèque de mon père, et je leur devais de me sentir chez moi.

Le récit, érudit, emprunt d'un temps révolu, sur les livres auxquels l'auteur avait accès dans la bibliothèque appartenant à son père, et qui a été irrémédiablement perdue, par les bons soins du Troisième Reich.

C'est le souvenir d'un pan entier de son passé, où la bibliothèque, fortement dotée, était source de connaissance, de découvertes, d'interdits. Une somme de culture sur laquelle il s'opposait parfois avec son père, plus un conflit de génération au travers des livres qu'une opposition à la littérature en tant que telle, au contraire même. Des pensées lumineuses, complexes et une ironie mordante. L'auteur a participé aux riches mouvements culturels, comme le dadaïsme, créé par Hugo Ball, et met souvent en avant les lieux intellectuels de son époque, en particulier les bars, dont il a constaté la disparition au fil du temps.

Ce livre n'est pas à proprement parler un guide de lecture mais sa passion pourra vous inciter à en découvrir certains comme par exemple Marcel Proust, dont il parle avec amour. Du reste, cet amour pour la littérature et le débat intellectuel est omniprésent. Il ne se faire guère d'illusion sur l'être humain. La littérature ne rend pas meilleur ce dernier, et c'est bien dommage. Pas de cynisme mais de la lucidité.

Dommage que l'éditeur ait parsemé l'ouvrage de fautes typographiques : "Oui" au lieu de "Qui" p. 181, "place" au lieu de "placé" p. 54 pour ne prendre que deux exemples. Pour un éditeur se nommant "Les belles lettres" c'est assez cocasse ... et désolant.


Peut-être la civilisation n'est-elle qu'une phase d'un processus de putréfaction ; peut-être que nous, qui existons encore, ne sommes-nous qu'une sorte de champignon transitoire qui végète, générateur de pourrissement, parmi la faune dégénérée d'une planète en agonie ? Et voici pourquoi nos glorieuses réussites techniques et intellectuelles ne sont rien d'autre que des agents de dissociation nécessaires, inconscients, destinés à nettoyer l'écorce terrestre de nos cadavres.
Cet extrait pourra vous rappeler un aphorisme de l'écrivain D.H. Lawrence, plusieurs fois cité par Mehring (Lawrence pas l'aphorisme) :

L'humanité n'a jamais dépassé l'étape de la chenille, elle pourrit à l'état de chrysalide et n'aura jamais d'ailes.


J'ai un ami qui est récemment revenu de Berlin où l'un des mémoriaux sur le lieu (La Bebelplatz) du plus important autodafé porte l'aphorisme de Heinrich Heine,  « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. ». Une bibliothèque vide (œuvre de Micha Ullman) peut y être aussi vue et symbolise cet acte, la destruction d'une bibliothèque ou de livres, et cela résonne d'autant plus en moi en lisant Walter Mehring. Un autre mémorial peut aussi être visité à Berlin, sur les lesbiennes (mais pas les gays qui avaient un triangle rose) ou autres parasites inutiles qui ont été décimés, marqués, tatoués  d'un triangle noir. Homophobie, misogynie, antisémitisme ... cela me rappelle un polémiste qui a du succès en librairie en ce moment. Triste époque pour époque triste. Finalement l'être humain n'apprend rien. Enfin si un être humain oui, l'humanité pas vraiment.

Un livre émouvant, dense, à la recherche d'un bibliothèque perdue et le sens que peut avoir dans la vie d'un homme l'accès à un amas particulier de livres, pourvu qu'on s'y intéresse.

Note : 10/10