jeudi 31 décembre 2015

Quai d'Orsay, tome 1 de Blain et Lanzac

Dieu vous en prie.
Quai d'Orsay, tome 1 : Chroniques diplomatiques de Christophe Blain et Abel Lanzac (Dargaud, 104 pages, 2010)

Au cœur d'une équipe de la diplomatie française menée par quelqu'un qui rappelle Dominique de Villepin.

Excellent travail sur le langage, écrit et non verbal, servi à merveille par le dessin, très dynamique, en mouvement, en plans qui frappent l'imaginaire et des couleurs qui contrastent et mettent en valeur l'essentiel. Le stress, la pression sont palpables. Rares sont les personnes qui résistent à la tempête verbale, physique du ministre, très bien rendu par le dessin, les attitudes, cette présence intimidante qui rappelle les bourrasques dans un champ de blé.

Le ministre utilise une maïeutique particulière, très très drôle à lire (et certainement très dure à subir, on plaint son conseiller) qui, paradoxalement, obtient des résultats, ce qui est d’autant plus drôle !

J'adore !! Vivement le tome 2. A lire, vous ne le regretterez pas !

Note : AAAAAA

Une petite tentation de Grelin et Jim

Une petite tentation de Grelin et Jim (Vent d'ouest, 160 pages, 2013)

Deux jolies jeunes filles, des rêves plein la tête, se font concurrence pour charmer un quadra, non par amour mais par pure ambition, afin de se placer socialement. Dans quelle mesure sont-elles prêtent à aller jusqu'au bout ?

Sous couvert d'un dessin stylisé, de couleurs chaudes, se dévoil un pur cynisme, reflet de notre société de consommation (un monde de tentations), de réussite sociale par l'argent, du bonheur soumit à l'apparence et aux biens.

Mais il est toujours possible de tomber sur plus cynique que soit ...

Confronté au réel il n'est pas toujours facile de réaliser son plan, l'imaginaire est parfois plus cynique que ce qu'on est réellement, et s'en rendre compte est peut-être ce qui s'appelle grandir, mûrir et finalement s'accorder à sa réelle personnalité.

Très beau dessin, scénario sur le passage au monde adulte et sur les travers exacerbés de notre époque.

Note : AAA

mardi 29 décembre 2015

Un homme dangereux d'Émilie Frèche

De l'autre côté de l'écritoire
Un homme dangereux d’Émilie Frèche (Stock, 284 pages, 2015)

Incipit :
Nous n'avons pas échappé aux statistiques, comme quatre-vingts pour cent des couples, après quinze ans de vie commune et deux enfants, Adam et moi ne couchions plus jamais ensemble.


Une femme juive a qui tout réussi, métier, famille, amour, s'entiche d'un homme antisémite. Une relation toxique à laquelle elle va tenter d'échapper.

Je ne crois pas à la relation amoureuse entre Émilie (l'héroïne) et Benoît (l'amant toxique), l'auteur l'avoue elle-même page 226 ("../.. tel quel, le lecteur n'arriverait jamais à comprendre comment une femme pouvait se retrouver sous sa dépendance."), alors que vers la fin la fiction est totalement assumée. Ce manque de crédibilité est le point faible du livre, ce qui pose un gros souci vue que tout tourne autour de cette relation délétère.Et puis les remarques du personnage principal sont parfois étonnantes (p. 157 "../.. un type auquel il espérait piquer sa femme était assez con pour le lire ... J'en ai voulu à Adam de ne pas l'avoir compris", de la part d'un personnage qui trompe son mari, lui ment, se fout carrément de lui ... c'est assez gonflé.)

Il y a un côté Alice au travers du miroir, et un mélange entre fiction, auto-fiction, roman, réalité, surtout vers la fin, et cela et le point fort du livre, mais cela ne compense pas suffisamment pour que je recommande cette lecture. De plus le livre dans le livre, la mise en abyme, le pouvoir des mots bla-bla-bla c'est de moins en moins original voire commence à me saouler. Faut-il souffrir pour écrire ? Faut-il écrire pour ne plus souffrir ? Bof, pareil. Le lien/parallèle avec Dumontet est tout de même intéressant (p. 145 puis vers la fin).

J'ai appris l'existence de ce livre à l'émission Répliques de Finkielkraut sur France Culture. J'étais en voiture, j'ai pris l'émission en court, je n'ai même pas pu suivre la fin, mais le point qui m'avait attiré vers ce livre, c'est qu'il parlait de l'émission de Taddeï, sur l’antisémitisme, où l'auteur avait été invitée ainsi que Marc-Edouard Nabe. C'est en effectuant quelques recherches sur ce dernier que j'ai voulu en savoir plus finalement. L'excuse curieuse de Taddeï (Marc Edouard Nabe n'a "jamais été condamné pour antisémitisme", mais il ne dit pas qu'il n'est pas antisémite. Le lien personnel entre Nabe et Taddeï éclaire mieux sa position), le côté sulfureux, ignoble de Nabe  (sa revue Patience est bien pire que les tweets de Marine Le Pen (l'envoi de photos sur les atrocités du proto-état islamique), avec la complaisance des Inrocks, entre autre). Je pensais en apprendre plus dans ce roman, en fait moins que ce qui a été dit dans l'émission de Finkielkraut, par exemple la raison pour laquelle Nabe et Soral ne s'entendent plus (ce dernier est complotiste, pour lui le 11 septembre c'est la CIA etc). Tout simplement parce que Nabe souhaite que soit reconnu à Al Quaeda la paternité des attentats. Il a été reproché à Richard Millet le titre ambigu (Éloge littéraire d'Anders Breivik) voire son soutien pour l'assassin Anders Breivik ? Que dire alors d'Une lueur d'espoir de Nabe avec comme fond les tours détruites du World Trade Center ? De son soutien en filigrane au terrorisme ? Consternant. Des dérèglements du monde Amin Maalouf  a une proposition bien plus intéressante et constructive.

Je reste dubitatif sur l'intérêt d'Un homme dangereux. Se lit bien mais sans plus. Déçu car j'en attendais vraisemblablement autre chose. Toutefois je ne regrette pas de l'avoir lu car il touche à des sujets et des personnes réelles de notre temps.

Note : AA

Le dérèglement du monde d'Amin Maalouf

Geopolitics for dummies
Le dérèglement du monde d'Amin Maalouf (Livre de poche, 315 pages, 2009)

Incipit :
Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole.
Dès les tout premiers mois, des évènements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connait un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois - dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique.
Amin Maalouf, dans Les identités meurtrières, se concentrait sur la notion d'identité, multiples, et dont une, selon les influences extérieures, pouvait ressortir plus fort voire se radicaliser. Il proposait un "code de conduite" pour le bénéfice de tous. Bien sûr je simplifie mais c'est l'idée.
L'encre du savant vaut mieux que le sang du martyr.
Ici il prend du recul et analyse plus globalement le monde. De son statut d'émigré/immigré, ayant le pied dans deux "mondes", il est plus à même de ressentir ses désordres présents (identités, terrorisme islamiste, crise des subprimes, etc), d'autant qu'il se passionne pour l'Histoire et démêle pour nous les grandes lignes de fractures. Ne pas y voir pour autant Le choc des civilisations d'Huntington, il explique d'ailleurs pourquoi ce livre serait néfaste pour écrire l'avenir. Un ouvrage anxiogène comme l'a été pour moi Collapse de Jared Diamond (Effondrement en français), non par ses analyses sur les civilisations passées mais par extension sur la notre (vers la fin de l'ouvrage), cependant le livre de Maalouf  tente d'apporter matière à avoir un avenir meilleur.
Cherchez le savoir, jusqu'en Chine s'il le faut.
Ce livre m'a beaucoup apporté en particulier sur l'histoire du monde arabe, sur l'analyse historique, sur les erreurs à long termes des uns et des autres. Parfois ce qui parait bien dans l'immédiat se révèle désastreux. Il estime qu'il faut rénover notre façon de penser, d'aborder les problèmes et espère une nouvelle humanité naissante. Idéaliste, je ne peux qu'être d'accord avec lui, mais ce projet est ambitieux et pour moi il est peu probable qu'il advienne. Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Lisez ce livre, offrez le autour de vous, discutez-en. D'une lucidité et d'une sincérité touchante, il explique les influences réciproques entre les peuples et les textes sacrés. Tout est sujet à interprétation, selon l'époque. C'est d'une discussion sans fin, la position par rapport aux textes sacrés évoluant selon les tensions. Ce qui veut aussi dire que tout est possible, dans un sens mais aussi dans l'autre. A nous tous d'aller vers le sens d'une fraternité. Ou alors ce sera le chaos.
Le monde ne se maintient que par le souffle des enfants qui étudient.
J'estimais que la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme était une mauvaise idée. Improductive envers les terroristes potentiels, un très mauvais signal, fût-il symbolique, envers les nombreux bi-nationaux. Surtout une tendance à la crispation, au repli sur soi, à la réaction agressive inutile, dénoncés par Amin Maalouf aussi bien dans Les identités meurtrières que dans ce livre. Dans ce dernier il insistait sur l'ouverture vers l'autre au travers l'étude des langues (entre autre). Ici il voit encore plus large, c'est sur la culture, connaitre l'autre intimement (Je simplifie, lire son livre). Et hier sur France Inter dans l'émission Vous avez dit classique ? invité Jérôme Clément, écrivain, ne disait pas autre chose sur la culture, c'est vers 46' de l'émission. Il va d'ailleurs sortir un livre sur le sujet de la culture : L'urgence culturelle chez Grasset. C'est aussi pour toutes ces raisons pourquoi le Front National (cf. La Présidente) n'est pas la bonne réponse.
Étudiez, du berceau jusqu'à la tombe.
Un livre à lire d'urgence. Très bonne idée la couverture. Faire l’œuf (repli), fragilité, naissance, fécondation, espoir, se fendille, arghhhhh ... trop tard.

Note : AAAAAA

jeudi 24 décembre 2015

Le ROLAND-BARTHES sans peine de Burnier et Rambaud

Fragments d'un discours jargonant
Le ROLAND-BARTHES sans peine de Michel-Antoinne Burnier et Patrick Rambaud (Chifflet&Cie, 116 pages, 1978 réédition 2015)

Incipit :
Pour intéresser de jeunes élèves à l'étude d'une langue, chacun sait qu'il importe de les mettre au plus tôt en présence d'une phrase complète. Ainsi :
 La jalousie est une équation à trois termes permutables (indécidables): on est toujours jaloux de deux personnes à la fois : je suis jaloux de qui j'aime et de qui l'aime. L'odiosamato (ainsi se dit “rival” en italien) est aussi aimé de moi : il m'intéresse, m'intrigue, m'appelle (voir L’Éternel Mari, de  Dostoïevski).
est une phrase de Roland Barthes.

Rappelant les méthodes de langue sans peine, ce livre déconstruit le parlé scriptural de Roland-Barthes, R.B. pour les intimes et pour lui-même. C'est particulièrement réussit et drôle. Pour les amateurs de jeu de langue (Oulipiens et Cie, avec entre autre Exercices de Style, mais aussi Le Boloss
des Belles Lettres ou encore Pascal Fioretto, L'élégance du maigrichon,  ou les pastiches de Reboux et Muller), des détracteurs de l'obfuscation du discours (par exemple George Orwell, recueil Why I write, article Politics and the English Language), des adeptes de la French Theory de Cusset (voir la variante, recueil Fresh Theory), ou plus sérieusement de critiques (Prodiges et vertiges de l'analogie de Jacques Bouveresse où on apprend que, pour Régis Debray, l'autisme est un tore ; Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, blague potache édifiante) ou les tripatouillages du pouvoir dominant en philosophie (De la Pourriture, de Jean-François Raguet).

Je précise que je n'ai rien contre R.B.(cf. Note 1 en base de page) J'ai adoré ses Mythologies. Et dernièrement un roman qui parle de sa mort, La septième fonction du langage. Et ce livre de Rambaud et Burnier, truffé de travaux pratiques, me permettra de décoder/décrypter ses ouvrages plus abscons (s'il y a bulle, papale ?) comme Le degré zéro de l'écriture. J'avais commencé calmement par Le degré zorro de l'écriture de Jean-Pierre Verheggen (pour les amoureux de Valère Novarina).

A mundo condito, ce livre pratique/pragmatique/pragma-tique ouvrira un "nouveau" champ/culture de compréhension de l'univers R.B (pour moi ? l'Autre ?). Cela (le Ça Freudien qui donne le la/DoRéMiFaSol) ne plaira/détestation pas à la Doxa (l'exploratrice), champ contre champ, lutte intestine, diarrhée, incontinence verbiale. Le Barthes sans peine (à jouir ?) pendant de l'Oulipo (sucion, marque du diable, copyright, DRM), paysage non euclidien, le degré bozzo/clownesque de l'ek-criture, fragments d'un discours sur les quantas mimétiques. L’authenticité du Dasein n’existe que si la liberté est libérée du “on” (1921/1922: Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. Einführung in die phänomenologische Forschung. 2. durchges. Auflage. Klostermann, Frankfurt am Main 1994) mais pas du moi (Moi ?), essence/gazole/tangente pétrolière de cet ouvrage.

Bon ok, je ne suis pas aussi bon que les auteurs mais en tout cas ce pamphlet est très bien fait, très amusant, très ludique. Brillant ! Remake d'un vieux film (Jason et les Argonautes) cela donne Roland et les jargonautes.

Note : AAAA


Notes de bas de page :

1. oui je n'ai rien contre R.B. et je le précise comme le précise cet ouvrage dans son quatrième de couverture (!?). Étrange comme précaution. Ayant entendu récemment Patrick Rambaud pour son prochain livre (François Le Petit) il a clairement dit qu'une fois décodé le R.B. énonçait des choses banales. Ah ouais, quand même, digne d'un Rambaud 2. LOL.

mercredi 23 décembre 2015

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel (l'arbalète Gallimard, 285 pages, 2015)

Incipit :
Je ne sais à quel âge remonte, en réalité, ma vocation de libraire. Toute petite, je pouvais passer des heures à feuilleter un livre d'images ou un grand volume illustrée.
Mes cadeaux préférés étaient des livres qui s'empilaient sur des étagères le long des murs de ma chambre de fillette.

Un témoignage de première main d'une femme juive polonaise, qui avait ouvert la première librairie française à Berlin, qui a du fuir la montée du nazisme et qui, une fois en France, a été pourchassée parce qu'elle était étrangère et surtout juive.

Ce récit historique (1930-1945) m'a beaucoup touché car il raconte les aventures de l'auteur avec simplicité, sensibilité mais jamais pour se plaindre, par commisération ou pour faire pitié. C'est étonnant mais donne une force incroyable à ce témoignage sur la montée graduelle du nazisme, vécu et subit par une personne, sur l'ambiance de l'occupation, ambiance plombée, délétère avec pourtant quelques moments de joie, d'espoir. On ressent les mesquineries, la méchanceté, la haine de certains mais aussi, et c'est fou ce que c'est rassurant, la bonté, la générosité, l'aide d'autres, en particulier du couple Marius.

L'auteur décrit à merveille son quotidien, les petits riens, les tracas administratifs, les moments d'angoisse, ses stratégies pour survivre, les comportements des uns et des autres, les différences de comportement selon qu'on est un occupant italien ou allemand, les petits coups de main de quelques gendarmes et j'en passe. Si ce n'était si tragique certaines scènes sont assez cocasses, l'auteur ira jusqu'à se réconforter en pensant à Courteline, pourfendeur des travers de l'administration.

Un hommage aux livres, à cette première librairie française fondée à Berlin (!), à cet amour pour la littérature française d'autant plus saisissant et touchant qu'il s'agit d'une polonaise. Cette richesse intérieure l'a vraisemblablement aidée. J'aime beaucoup son style, fin, qui décrit avec délicatesse, sans méchanceté, sans esprit de vengeance. Même les moments les plus durs sont présentés sans chercher à dramatiser, ce qui n'enlève rien à l'aspect tragique de la situation, bien au contraire. L'ambiance générale et l'attitude des gens ont été altérées par l'occupation ou l'exode, ce livre l'illustre parfaitement.

Elle arrive à rendre vivant en quelques paragraphes, par exemple la galerie bigarrée des personnages de l'hôtel La Roseraie, ou encore ces quelques passages poétique où elle apprécie ce qui l'entoure, la beauté des paysages. Son aventure rocambolesque montre à quel point la fragilité de nos destinées. Qu'elle ait survécu et pu en témoigner rend particulièrement précieux cet ouvrage. Un livre rare.

Un livre magnifique avec une belle préface de Modiano, qui rappelle la destinée de l'édition de ce livre et quelques informations sur l'auteur. Une postface qui présente quelques documents (photos, notamment l'endroit où s'était implantée la librairie à Berlin, demandes d'indemnisation, couverture originale, autographe).

Un très beau livre que je recommande chaudement.

Note : AAAAAAA

lundi 21 décembre 2015

Orwell ou l'horreur de la politique de Simon Leys

Unchain my heart, baby, set me free
Orwell ou l'horreur de la politique de Simon Leys (Fammarion, Champs essais, 2006, 104 pages)

Incipit :
On a peine à croire qu'il y a déjà trente-quatre ans qu'Orwell dort dans son petit cimetière campagnard. Ce mort continue à nous parler avec plus de force et de clarté que la plupart des commentateurs et politiciens dont nous pouvons lire la prose dans le journal de ce matin.

Initialement un essai publié en 1984 (oui, Orwell est décédé depuis bien plus de trente-quatre ans, mort de tuberculose en 1950 à l'âge de 46 ans) puis réédité avec moult notes de bas de pages. Cet essai brosse un portrait d'Eric Blair, s'inspirant ou faisant référence aux divers ouvrages (dont la biographie de Crick) et documents divers, dont des courriers. On peut voir cet essai comme une bonne introduction sur Orwell. A la fin de l'ouvrage des extraits de passages marquants de son œuvre et enfin une rapide analyse de la prétendue liste noire où Orwell aurait été une balance.

Je comptais, un jour, lire la biographie d'Orwell, cet essai m'a convaincu aussi bien par ce qu'il dit (les grandes lignes de la vie d'Orwell) que par ce qu'il ne dit pas (mais qu'il est possible de trouver dans les références citées). Les textes que j'ai lu récemment dans Why I write en particulier le Lion et la Licorne, qui se trouve être son manifeste politique, prennent une toute autre ampleur.

Une excellente introduction sur cet homme singulier. Il me reste à lire sa biographie maintenant !

Note : AAAA

dimanche 20 décembre 2015

Samarcande d'Amin Maalouf

Hue dia !
Samarcande d'Amin Maalouf (Livre de poche, 1988, 312 pages)

Incipit :
Au fond de l'Atlantique, il y a un livre. C'est son histoire que je vais raconter.
Peut-être en connaissez-vous le dénouement, les journaux l'ont rapporté à l'époque, certains ouvrages l'ont consignés depuis : lorsque le Titanic a sombré, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve, la plus prestigieuse des victimes était un livre, exemplaire unique des Robaïyat d'Omar Khayyam, sage persan, poète, astronome.

J'ai d'abord découvert Amin Malouf au travers de son ouvrage Les désorientés puis de son essai Les identités meurtrières. J'apprécie beaucoup son style, son analyse des évènements, sa manière de raconter, ses réflexions. J'en ai déjà un autre de lui, Le dérèglement du monde.

Cet auteur a un réel talent de conteur et je me sens immergé par ses histoires. Petite précision, dans ce livre il y a une carte à la fin, je l'ai découverte une fois le livre terminé. Alors pour les nouveaux lecteurs sachez que vous pouvez vous y référer pour les lieux décrits, nous sommes au XIème siècle, quand bien même nous serions au XXème mon niveau de géographie trouverait toujours utile une carte ...
Le paradis et l'enfer sont en toi
Dans ce livre il y a en gros deux périodes, l'une se situant à l'époque d'Omar Khaayyam (XIème siècle) et l'autre au début du XXème. Je pensais connaitre Omar et ses robaïyat (proche des haïku) et en fait non, pas du tout, j'ai retrouvé avec peine le livre auquel je pensais et il se trouve qu'il s'agit de Nasr Eddin Hodja !! Rien à voir, ah la mémoire ce qu'elle peut jouer comme tour ... En tout cas Amin Maalouf m'a clairement donné envie d'en savoir plus sur cet Omar !!!
Lève-toi nous avons l'éternité pour dormir
Comme points forts, l'auteur nous faire découvrir l'étonnant Omar, un savant, passionné par le savoir et la découverte, comme un enfant lorsqu'un sultan lui propose de lui construire un observatoire. Et surtout un livre dans lequel Omar a consigné ses pensées (ses robaïyat), lesquelles à cette époque aurait pu lui valoir la prison voire la mort. L'auteur s'attache à nous raconter la destinée du seul exemplaire du manuscrit d'Omar ayant traversé les époques.

La deuxième partir, plus récente, décrit l'opportunité ratée de la Perse (en partie due aux pressions géopolitique  Britanniques et Prussiennes) d'entrer dans la modernité. Les forces progressistes n'ayant pu s'installer durablement.

Au final un conte enchanteur et teinté d'amertume. J'aime de plus en plus cet auteur !

Note : AAAA

mercredi 16 décembre 2015

Why I write by George Orwell

Because I can
Why I write by George Orwell (Penguin Books, Great Ideas, 120 pages, 1984)

Incipit :
From a very early age, perhaps the age of five or six, I knew that when I grew up I should be a writer. Between the ages of about seventeen and twenty-four I tried to abandon this idea, but I did so with the consciousness that I was outraging my true nature and that sooner or later I should have to settle down and write books.

En fait il s'agit d'un recueil de quatre courts essais. Le premier qui est le titre éponyme, sur les raisons qui ont poussé Eric Arthur Blair à devenir écrivain, le deuxième sur la politique de l'Angleterre, juste avant la deuxième guerre mondiale et en plein post-colonialisme, le troisième sur une pendaison, essai qui prend à la gorge, et enfin le quatrième sur les dérives du langage dans la pensée et en politique, les discours ou réflexions remplacés par un verbiage approximatif et de la pure communication, le tout au détriment de la clarté et du sens. Bien qu'appliqué à la langue anglaise, il est tout  à loisir de transposer l'analyse, sur le fond, à d'autres langues ... dont le français.

Political language is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearence of solidity to pure wind.

Une langue claire, incisive. Une pensée affirmée et construite. Des dons d'observation et d'analyse qui rendent instructif ces quatre essais. Ce qui m'a amené à lire autre chose que les classiques 1984 et Animal Farm, est une émission qui soulignait la vie intense de l'auteur. Je m'étais dit qu'il fallait que je lise sa biographie. En cherchant la meilleure d'entre elle je suis tombé sur ce recueil. Le dernier essai sur le langage est réjouissant et n'a pas perdu de son intérêt même à notre époque. C'est tout le contraire.

Ayant lu Churchill, le premier essai permet de sentir ce que pouvait penser un esprit réfléchi juste avant 1939 de la politique anglaise vis à vis d'Hitler. Il pressentait les concessions à faire pour gagner la guerre. Certes cela seyait à sa vision du Socialisme, mais il entrevoyait déjà les problèmes que peuvent susciter des écarts de revenu trop important pour ne citer qu'un exemple.

Un livre qui n'est pas du vent.

Note : AAA

Les vieux fourneaux tome 3 de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Ça plane pour moi, houhou houhou !
Les vieux fourneaux - Celui qui part - tome 3 de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud, 64 pages, 2015)

Et voilà la suite des aventures des vieux nanars déjantés, suite du tome 1, Ceux qui restent, une belle surprise, du tome 2, Bonny and Pierrot, un poil moins bien. Toujours l'esprit décalé et l'approfondissement des personnages récurrents avec à la clé une sacré surprise concernant leur voisine Berthe.

Une bonne série !!

Note : AAAA

dimanche 6 décembre 2015

Les identités meurtrières d'Amin Maalouf

Hé Manu, j'te descends ?
Les identités meurtrières d'Amin Maalouf (Livre de poche, 189 pages, 1998 pour l'édition originale)

Incipit :
Depuis que j'ai quitté le Liban en 1976 pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleurs intentions du monde si je me sentais « plutôt français » ou « plutôt libanais ». Je réponds invariablement : « L'un et l'autre ! » Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment je mentirais.

J'avais commandé ce livre car d'une part j'avais apprécié Les désorientés et d'autre part parce qu'une connaissance l'avait cité suite aux attentats de Paris. Je pensais qu'il s'agissait d'un roman, en fait c'est un essai (réussi). Mais je n'y perds rien au change. D'une écriture claire, limpide, rappelant judicieusement ce qu'il appelle des évidences, Amin Maalouf disserte sur une notion complexe, multiple, évanescente parfois, sensible toujours, en particulier de nos jours car souvent instrumentalisée par des politiciens démagogues.

J'ai trouvé ce livre pédagogue, nuancé, fort à propos dans cette période troublée que nous traversons, et offrant même au delà d'une analyse fine et optimiste, un code de conduite, qui, appliqué par tous, pourrait apaiser et désamorcer toutes tentatives violentes et offrir à tout un chacun une ouverture sur l'autre, source d'enrichissement. C'est aussi un livre qui peut permettre, sur les bases communes qu'il propose, d'échanger avec celui qu'on considère parfois avec peur, inquiétude, hostilité. Un livre de salut public en somme.

Prémonitoire lorsqu'il envisage l'élection prévisible d'un Noir à la Présidence des États-Unis, il l'est moins, malheureusement, à son insu, en ce qui concerne l'espoir qu'il recèle. Et suite aux derniers évènements (France, Tunisie, États-Unis) il est d'autant plus important de le lire.

Il a même une proposition pour l'Europe, étayée et soutenue par des argumentations solides comme le reste de son essai,  concernant l'apprentissage des langues. Trois, une identitaire, la troisième l'anglais et celle du milieu une langue européenne de cœur. Cette idée, apparemment simpliste, jouerait plusieurs rôles concernant les identités meurtrières (qu'elles ne seraient donc plus) ce qui lui donne toute sa force. Pour illustrer cet article j'aurais pu extraire beaucoup de phrases pleines de bon sens et sur lesquelles tout le monde devrait être amené à réfléchir, discuter, et avancer.

Un très beau livre avec une conclusion qui clôt cet essai avec brio. Un livre à offrir autour de soi !

Note : AAAAA


jeudi 3 décembre 2015

La Présidente, par François Durpaire et Farid Boudjellal

Bouh !
La Présidente, par François Durpaire et Farid Boudjellal (Les Arènes, 160 pages, 2015)

Et si Marine Le Pen se présentait en 2017 ? bon là pas de surprise, normalement elle se présente, mais si elle gagnait ? Bon ok là il y a certainement qui ont un orgasme, mais pour les autres ? Ha, ça rigole déjà moins, là, non ?

Au jeu de "on se fait peur", c'est même nettement plus probable que ce qui se passe dans Soumission de Houllebecq. Les auteurs ont fait du bon travail, ils ont bien potassé le programme du FN et construisent une politique-fiction des plus crédible en poussant les idées du FN au bout de leur logique si elles étaient appliquées  au sein du pouvoir de la Vème république.

Et comme l'indique le surtitre, "vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas".  Sur certains points ils ne vont pas trop loin, pas de guerre civile (comme le souhaiterais l'O.E.I., l'Organisation de l’État Islamique) mais l'application pure et dure des lois anti-immigration, de la sortie de l'Europe, du retour au Franc etc. et des conséquences probables (Attachez vos ceintures ça va faire mal). Le scénario est bien ficelé, bien construit, bien étayé. Le dessin se prête à merveille pour cette histoire, les personnages sont bien campés, les mises en scènes et les réactions, en particulier des médias et des politiques sont réalistes à souhaits. On s'y croirait. La BD recèle quelques surprises que je vous laisse découvrir.

Du point de vue BD, scénario et dessins, c'est du tout bon. Quant au fond, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas (ha, ha). En ces périodes troublées le choix du FN est encore moins anodin (pour peu qu'il l'ai jamais été). Ma lecture en cours des Identités meurtrières d'Amin Malouf, qui propose un code de conduite constructif, pour écrire les pages à venir de la France et qui va à l'encontre d'un Zemmour , tourné vers le passé, montre à quel point le choix de l'extrémisme est erroné, et à quel point (aussi) je regrette de ne pas avoir avoir lu Amin Malouf plus tôt. Une BD qui a  aussi le courage de parler du présent et de sujets polémiques intelligemment. Je ne peux qu'applaudir.

Une excellente lecture pour une BD tout aussi excellente ! A lire d'urgence.

Note : AAAA

dimanche 29 novembre 2015

Le XXe siècle idéologique et politique de Michel Winock

Ciel mon mari !
Le XXe siècle idéologique et politique de Michel Winock (tempus, 2009, 487 pages sans les notes)

Incipit :
L'idéologie, terme péjoratif sous la plume de Marx - l'idéologique est le contraire de scientifique -, prend une tournure positive sous celle de Lénine : un système d'idées et de théories destinées à servir d'armes dans le combat politique.

Par une série de relatifs courts chapitres, Michel Winock met en perspective les idéologies du XXème siècle, totalitarisme, fascisme et démocratie. Il rappelle comment ces idéologies se sont définies, comment elles ont évoluées et en enfin comment l'historien peut en faire une synthèse éclairée qui permet à tout citoyen de mieux en saisir le sens, la complexité.

Puis dans d'autres chapitres il expose le capitalisme, le socialisme, les extrémismes, le populisme, en se focalisant principalement sur la politique française. La richesse de l'exposé, l'argumentation claire et solide permet de se faire une bonne idée de l'histoire politique et de l'histoire des idées au sein de l'histoire française, de ses élites, de la classe dirigeante et de montrer ainsi, sous un jour nouveau, les évènements parfois douloureux qui ont émaillé son périple. Le personnage de Jeanne d'Arc, Clemenceau et De Gaulle, l'Affaire Dreyfus, le colonel La Rocque, la décolonisation, enfin Mai 68 font partie de ces sujets que l'auteur explore, analyse, décortique, ce qui m'a permit de mieux appréhender le monde qui m'entoure et pas seulement l'histoire du passé. Par exemple, et cela m'a plutôt amusé d'une certaine manière, de découvrir des arguments déclinistes, xénophobes, réactionnaires au XIXème siècle, les mêmes que j'entends encore aujourd'hui à peu de choses près. Et ce n'est qu'un des aspects de ce livre dense, riche, qui mérite une attention toute particulière tant il peut apporter à tout un chacun. Pourquoi ne l'ai-je pas lu plus tôt ?

Pour apprendre ou réviser et avoir des bases solides sur des sujets qu'il n'est pas conseillé d'ignorer. Si vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique, quant à elle, s'intéresse à vous. Michel Winock rappelle à bon escient le rôle de l'historien et les écueils qu'il lui faut éviter (anachronisme, ne pas se mettre dans le contexte de l'époque, juger avec moralisme etc), il a bien sûr raison mais cela devrait également être le cas des citoyens. Cela éviterait bien des polémiques stériles, polarisée, binaires. Encore que. L'auteur rappelle à juste titre que la vérité et l'objectivité ne sont pas toujours les objectifs poursuivis, et il explique pourquoi. Il insiste aussi sur le fait de ne pas toujours de laisser envahir par les grandes lignes de fractures, la simplicité, et de regarder au delà, plus en détail. Il fait très bien sur l'Affaire Dreyfus par exemple. Sur Mai 68 aussi il y a quelques phrases clés qui permettent de mieux comprendre le phénomène. Cela m'éviteras l'intimidation de certains avec des phrases ou slogans tout fait style "la pensée 68", ce qui ne veut pas dire grand-chose en soi, car il rappelle pertinemment que ce n'est pas si simple, en particulier que ladite pensée s'est forgée après (livres etc) et que l'esprit du temps (y compris et surtout dans d'autres pays)  a beaucoup contribué également. Quand je vous dit que ce livre vaut son pesant de cacahuètes ! Je vous recommande également, du même auteur, Le siècle des intellectuels. J'en ai un excellent souvenir. Pour conclure un livre qui permet de penser, loin du brouhaha médiatiques, des petites phrases qui font la une, de la pensée kleenex, de la philosophie tweeter,  des commentaires de blog idiots, des polémistes aux discours simplistes et polarisés, des journaux d'opinions qui tordent la réalité, des politiques menteurs et manipulateurs, de la télévision sans mémoire, racoleuse, médiocre et au voyeurisme pornographique et des émissions dont la bêtise abyssale laisse pantois. Sur ce dernier point, je ne sais plus, je ne regarde plus la télévision.

Note : AAAAA

dimanche 22 novembre 2015

Les désorientés d'Amin Maalouf

T'as pas vu mon cerf-volant ?
Les désorientés d'Amin Maalouf (Poche, 514 pages, 2012)

Incipit :
Je porte dans mon prénom l'humanité naissante, mais j'appartiens à une humanité qui s'éteint, notera Adam dans son carnet deux jours avant le drame.
Dans un pays qui s'apparente au Liban (mais qui n'est jamais cité), Adam est  contacté par un ancien ami, Mourad, mourant, qui souhaite le revoir une dernière fois. Adam qui a fui son pays décide d'y revenir, d'y rassembler le cercle d'amis tel qu'il fut 30 ans auparavant. Ce sera l'occasion pour lui de se remémorer son passé, ses amis, ses relations, et bien plus.

C'est d'abord en nous ligotant le corps que les tyrannies morales nous ligotent l'esprit. Ce n'est pas leur unique instrument de contrôle et de domination, mais il s'est révélé, tout au long de l'histoire, l'un des plus efficaces.
Un livre plein d'humanisme, de réflexions sur le monde, la guerre et ses conséquences sur des destinées individuelles. Des observations et des remarques d'une troublante justesse. Très bien écrit, un voyage qui pousse à s'interroger sur la puissance de l'amitié, la complexité des relations humaines, la psychologie humaine lorsque les différents protagonistes proviennent d'univers variés, que cela soit le milieu social ou la religion. Même les retrouvailles amoureuses sont amenées avec beaucoup de délicatesse. Je cherchais un livre réconfortant après les attentats de Paris. Je l'ai trouvé, même si la fin est amère. Un livre d'ouverture contre le fanatisme. Car les intégristes sont prompts à interdire, par exemple la musique (voir la vidéo d'un imam, l'imam de Brest, endoctrinant des enfants : la musique vous transforme en porc ou en singe (sic), les morts du Bataclan apprécieront, mais étonnamment n'interdit en rien certains travers ... qui concernent les riches bien entendu. Comme de s'acheter une Porsche ou une Ferrari rutilante, voir ces véhicules abandonnés en Arabie Saoudite. Il y a bien d'autres exemples où la loi religieuse est aménagée, interprétée ... pour les puissants, rien de surprenant de la part d'un pouvoir, de tous les pouvoirs).
Ma patrie sociale, c'est l'entre-deux. Ni les possédants, ni les revendicateurs. J'appartiens à cette frange médiane qui, n'ayant ni la myopie des nantis ni l'aveuglement des affamés, peut se permettre de poser sur le monde un regard lucide.
Sans chercher à juger, avec beaucoup de finesse, une histoire lumineuse porteuse d'espoir même si, je ne m'y attendais pas le moins du monde, la fin m'a fauché dans mon humeur quasi mystique.
Personne ne prétend qu'il ne faut jamais rien interdire. Mais certains de tes coreligionnaires ont l'interdiction facile. On a l'impression qu'ils fouillent les textes à la recherche d'un interdit de plus, qu'ils se dépêchent de proclamer. Quelqu'un a dit un jour des puritains anglais : "Ils ne sont pas vraiment fanatiques, ils veulent seulement être sûrs que personne ne s'amuse nulle part."
Un livre aussi sur le voyage, l'exotisme, l'exil, l'émigration et ses conséquences sur notre vision du monde et sur nos choix. 
 Mais à votre âge il faut que vous le sachiez : le temps de la décence est révolu. Ou, pour dire les choses plus brutalement : la décence est morte.
Un livre magnifique. Quelques paragraphes très instructifs et quelques phrases qui pourraient servir d’aphorismes. J'ai adoré ce livre. Cela m'a donné l'envie de lire d'autres livres de cet auteur. J'ai choisi Les identités meurtrières.

Ceux qui appellent à la révolution devraient démontrer à l'avance que la société qu'ils vont établir sera plus libre, plus juste, et moins corrompue que celle qui existe déjà. Vous ne croyez pas ?

Note : AAAA

jeudi 19 novembre 2015

La septième fonction du langage de Laurent Binet

Ne pas confondre hémorroïde et
annus horribilis
La septième fonction du langage de Laurent Binet (Grasset, 494 pages, 2015)

Incipit :
La vie n'est pas un roman. C'est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXe siècle a toutes les raisons d'être angoissé au dernier degré.

Un accident. Roland Barthes renversé. Un accident ? vraiment ? Un inspecteur est sur le coup. Une étrange voiture le suit lors de son enquête dans le milieu intellectuel de l'époque, où on rencontre Chomsky, Derrida, Kristeva, Foucault où le langage fait l'objet de toutes les analyses. Une société secrète, le Logos Club, où les joutes de langage remplacent le combat dans l'arène, voyage en Italie pour croiser Umberto Eco. Un livre riche, à l'humour délicat, qui se joue de la langue, des mots, des personnages, de l'histoire, avec un petit côté délirant délicieux.

Une enquête intello qui se moque gentiment, au passage, des têtes pensantes de l'époque de Barthes. La première partie est plus emballante, la deuxième et les suivantes se perdent un peu parfois dans la critique d'un milieu à l'instar d'un David Lodge mais au final assez jubilatoire. Le résultat du combat avec Sollers est assez tordante. Quant à la fin, intéressante ...

Un livre érudit et bien ficelé !

Note :  AAA

L'islamisme vrai visage de l'islam d'Hamid Zanaz

Le Mal est dans l'œil de celui qui regarde
L'islamisme vrai visage de l'islam d'Hamid Zanaz (Les éditions de Paris, 2012, 80 pages)

Incipit :
Le fanatisme lié à la religion islamique est un sujet brûlant, voire explosif. Ce n'est pas un hasard si les écrits se multiplient sur le sujet. L'islamisme, dans toutes ses composantes, est le nouveau colonialisme du monde arabe qui pourrait menacer la sécurité du monde et la civilisation.

Une introduction prémonitoire. Bien avant les attentats contre Charlie Hebdo, le restaurant juif, contre les valeurs de la République, de la fatwa contre Charb, des manifestations hostiles, incitant à la haine et aux meurtres de la part des islamistes (notamment en Grande-Bretagne, voir les photos et les slogans !!), et aux attentats de Paris dernièrement. Bien avant 2084 : la fin du monde de Boualem Sansal (mieux accepté malgré la charge de sa fable que Soumission de Michel Houellebecq) mais après Yasmina Khadra, bien avant Merah,  et je m'arrêterai là, un livre synthèse, sourcé, citant Le choc des civilisations, des penseurs s'exprimant dans Le Monde, Le Nouvel Observateur, un livre qui ne pratique pas la langue de bois ou des propos lénifiants, qui dit clairement ce qu'il exprime, sans ambages ou circonlocutions superfétatoires. Il n'ignore pas les musulmans généreux, pacifiques qui font partie de la majorité de cette croyance mais indique sans fard que l'islam en tant que religion est incompatible avec les valeurs de la République, de la modernité. Il va même plus loin, il n'y a pas d'islamistes : l'islamisme est l'islam. Les terroristes sont d'une certaine manière plus pressés que les autres et utilisent la voie de la violence. Mais le but est le même, celui clairement exprimé dans 2084 de Sansal. La domination totale. Une théocratie mondiale. Je me suis étonné de la sociologue citée (Leïla Babes) indiquant que nulle part dans le Coran la femme pouvait être battue (clairement indiquée dans le verset 34, sourate les femmes), après vous pourrez lire sur des sites musulmans que ce n'est pas tout à fait vrai, dans une belle démonstration de rhétorique alambiquée digne des plus grands jésuites. Pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.  Ou encore des propos de Fadela Amara. Comme tout pouvoir il cherche à s'étendre et diminuer le pouvoir de l'autre. D'où l'intérêt de la loi sur la laïcité où chacun est libre ... chez soi. Bref. Le plus ironique est Zemmour vilipendé d'islamophobie, alors qu'il est tout de même assez phallocrate, réac etc. ce qu'est la religion de l'islam. Ce livre parlait déjà de Molenbeek, ville belge carrefour des terroristes.

Suite aux évènements récents, cela fait en tout cas froid dans le dos. J'espère qu'Hamid Zanaz se trompe. Je terminerai par une très belle citation : "A long terme, tous les fils d'Adam et d'Eve sont des enfants perdus" (Amin Maalouf).

Note : AAA

L'ami retrouvé de Fred Uhlman

I'm a poor lonesome cowboy ...
L'ami retrouvé de Fred Uhlman, introduction d'Arthur Kœstler (folio, 140 pages, 2000)

Incipit :
Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et découses, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort.

Un adolescent au lycée, sans véritable ami. Jusqu'au jour où un nouvel arrivant, très bien habillé, d'une famille noble et réputée, arrive dans sa classe. C'est l'ami qu'il recherchait. Cela sera-t-il réciproque ?

Me rappelle La lettre à un jeune poète de Rilke par les sensations que ce texte dégage, la façon de raconter, cette amitié magique et totale. Qu'un totalitarisme va broyer, c'était l'amour dans 1984 d'Orwell, ce sera l'amitié dans L'ami retrouvé. Quoique ... la fin est d'une certaine manière plus optimiste comme le titre le sous-entend. Il trainait à la maison, c'est au programme de ma fille. Lu en une soirée (environ 2h je dirais).

Un texte lumineux, une histoire simple et sublime.

Note : AAA

Le suicide français d'Eric Zemmour

Passé subjectif versus présent décomposé
Le suicide français d'Eric Zemmour (Albin Michel, 544 pages, 2015)

Incipit :
La France est l’homme malade de l’Europe. Les économistes évaluent sa perte de compétitivité. Les essayistes dissertent sur son déclin. Les diplomates et les soldats se plaignent en silence de son déclassement stratégique. Les psychologues s’alarment de son pessimisme. Les sondeurs mesurent son désespoir. Les belles âmes dénoncent son repli sur soi. Les jeunes diplômés s’exilent. Les étrangers les plus francophiles s’inquiètent de la dégradation de son école, de sa culture, de sa langue, de ses paysages, de sa cuisine même. La France fait peur ; la France se fait peur. La France est de moins en moins aimable ; la France ne s’aime plus. La douce France vire à la France amère ; malheureux comme Dieu en France ?

Eric Zemmour revisite la France de 1970 à nos jours, beaucoup de référence à la culture, l'économie, la politique. Il critique pas mal (lol), il y en a qui vont avoir les oreilles qui sifflent. Langage intéressant, soutenu parfois, j'ai même trouvé un zeugma ...

Il aborde des sujets divers et variés : l'éducation, l'autorité, le pouvoir gay, la fin de l'assimilation, la globalisation, l'immigration, l'islam, l'agro-alimentaire, l'urbanisation, les centrales d'achat, l'anti-racisme qui mélange tout, le communautarisme, De Gaulle, Chirac, Jospin, Napoléon etc.

Il y a des propos réducteurs à son encontre. Pour Vichy oui il dit que les juifs français ont été sauvés par le sacrifice des juifs étrangers (sourcé) on peut y voir une réhabilitation mais plus loin il indique bien que ce régime (Pétain/Vichy) était funeste aux juifs.

Il y a une cohérence de sa pensée, il regrette la perte des repères, la fin de l'assimilation, la tout dans un monde globalisé etc. et c'est dans ce sens que l'immigration musulmane actuelle lui pose souci (chômage, communautarisme, etc).

Au lieu de lire ce qu'on en dit vous y gagnerez à le lire. Bien sûr vous ne serez pas d'accord sur tout, et justement c'est bien plus intéressant. Par exemple même si je comprends que la judiciarisation à l’américaine est une dérive à déplorer (en lieu et place d'une médiation par exemple) cela justifie-t-il pour autant qu'on puisse mettre la main aux fesses d'une jeune femme, fussent-elles jolies ? (c'est son argument !!).

Un livre riche, des mises en parallèle surprenantes ...mais Zemmour a tendance à essentialiser (le peuple, la France, les musulmans, les féministes etc), à simplifier et grossir le trait. Néanmoins cela permet de poser un débat et d'y réfléchir.

Récemment accusé de racisme pour des propos en Italie, cela ne fait que confirmer ce qu'il dit dans son livre. SOS-racisme et ses dérives à tout va étant égratignés dans son livre pas de surprise pour cette tentative de museler la liberté d'expression, car si ce qu'il a dit relève de l'incitation à la haine raciale il va falloir censurer pas mal de journaux (entre autres). Ce n'est pas sain pour le débat et me rappelle la Terreur (La révolution française de Max Gallo) où sous des prétextes de vertu, de morale on condamnait avec parodie de procès, on muselait, on décapitait. Si effrayés par Eric Zemmour ou si peu sûr d'eux mêmes, qu'ils en sont réduits à des méthodes d'intimidation et d'attaques ad hominem. Et s'il y avait un peu plus de matière à lui opposer que des vocables infamants comme raciste ou réactionnaire ? L'accuser de racisme est un peu dévoyer les termes et ne pas les utiliser judicieusement. A force de les utiliser à propos de tout et n'importe quoi cela les vide de leur substance. Comme les accusations de racisme à l'encontre du dernier Astérix (ignorant au passage que les numides de l'album sont scribes et que l'un d'entre eux dévoile le plan de César ... entre autres). Il y a beaucoup plus idiot, de la part de Michel Serres pour qui la série Astérix est fasciste (sic) et incite à la drogue (France Info le dimanche 18 septembre 2011). A comparer avec son analyse de Tintin. Pauvre Michel Serres, après son produit marketing Petite Poucette  il passe le mur du çon avec les honneurs.

Il faut prendre le livre dans sa globalité. Il n'est pas tant contre Bourdieu que par ce que la gauche en a fait : l'égalitarisme, où l'école se nivelle vers le plus bas. Il n'est pas tant misogyne, phallocrate ou contre le féminisme que contre l’indifférenciation. Indifférenciation que l'on retrouve dans le cosmopolitisme mondialisé etc, le communautarisme, la non intégration, donc le rejet de la France et de ses valeurs. C'est pour cela qu'il ne faut pas se contenter d'extraits de son livre mais le lire intégralement.

Ces tentatives de censure, ces propos réducteurs parfois à son encontre, me rendent encore plus nécessaire de lire son essai. Pour la liberté d'expression et parce qu'on est encore, je l'espère, dans une démocratie. Et pour faire la nique aux bien pensants :-)

Cet article devait paraitre samedi dernier. Les attentats de Paris par des islamistes ont changé la date de sa parution et colore son contenu de façon étrange et prémonitoire. L'idéalisme ne marche pas. L'angélisme non plus. Ce livre montre bien que l'assimilation (pour ne prendre que cette thématique) est plus favorable à la vie ensemble que la non intégration qui pousse à l'intégrisme et aux attentats (au regard du contexte actuel). Boualem Sansal est bien plus sévère dans sa fable ...

Note : AAA

samedi 14 novembre 2015

Attentats Paris


Suite aux évènements de cette nuit, je suis en deuil. Mes pensées aux victimes.




lundi 9 novembre 2015

1789 : silence aux pauvres ! d'Henri Guillemin

Hue dia !
1789 : silence aux pauvres ! d'Henri Guillemin (utovie / h.g., 120 pages, 2012)

Incipit :
J'avais pensé à Éloge des vaincus. Mais il fallait avoir lu mon petit texte pour comprendre ce titre-là : les vaincus ? ceux que liquida le 9 Thermidor, avec, en quarante-huit heures, la plus belle fiesta de la guillotine, plus de cent dix têtes coupées le 10 et le 11.

Je ne sais plus comment j'ai découvert Henri Guillemin (mais j'ai pu l'écouter en mp3 ou le voir sur youtube). Il est doté d'un style pamphlétaire réjouissant.

Dans ce court récit, la révolution en peut se résumer par : les gens de biens contre les gens de rien.

La suite idéale à La révolution française de Max Gallo même si ce dernier ne cache en rien ce qu'en dit Henri Guillemin.

Note : AAA

La révolution française de Max Gallo

Tu sors !
La révolution française de Max Gallo (France Loisirs, 756 pages, 2008/2009)

Incipit :
Il était le roi de France, Louis, le XVIè du nom, l'héritier d'une lignée qui depuis plus de dix siècles avait bâti et gouverné ce royaume des fleurs de lys et qui, par la grâce de Dieu, en avait fait l'un des plus puissants du monde.

Un pavé qui nous fait revivre la révolution française jusqu'à l'avènement de Napoléon Bonaparte.

La fin de la monarchie, Louis XVI décapité. Naissance de la république et ce qui l'accompagne la Terreur, Danton et Robespierre en assassins, Fouquier Tinville en psychopathe. Où on tue au nom de la morale, de la vertu et de la liberté !.

Le pouvoir de la com, déjà, de la politique qui permet par un renversement des mots de tout justifier. La naissance de la gauche, de la droite, l'assemblée, l'école publique etc.

Des détails d'une période troublée et chaotique, les luttes intestines de pouvoir, pouvoir qui rend cruel, inhumain, assassin. C'est bien mieux que Game of Thrones car ancré dans la réalité et faisant partie du fondement de la France.

Cela se lit presque comme un roman, si la densité de détails, de personnages, de renversements, si la complexité des situations ne demandaient pas autant de concentration.

Une mine d'information ! Peut aider grandement à comprendre d'où viennent certains courants politiques et le pourquoi de leurs oppositions.

Note : AAA

L'intégrale Gaston Lagaffe de Franquin

M'enfin !
L'intégrale Gaston Lagaffe de Franquin (Hachette Collection, 2015)

L'intégrale de Gaston Lagaffe. Comment résister ? En sus les deux volumes Idées Noires. A chaque fois des suppléments qui détaillent les personnages, des anecdotes. Le plus de cette série est le respect des couleurs tel que l'aurait voulu Franquin (par exemple au début Gaston a les espadrilles oranges ...) et la qualité des albums (dos toilé, cousu, grand format).

Un grand plaisir de retrouver un de mes héros d'enfance. La collection vient de se terminer et j'ai fini le dernier album il y a quelques jours déjà. Ô tempore Ô mores.

Note : AAA

Le Jour J Tome 11 et Tome 12

Le Jour J Tome 11 La nuit des Tuileries et Tome 12 Le lion d’Égypte (Delcourt)



J'avais complètement oublié de parler de ces deux épisodes de Jour J. Sauf que je les ai lu il y a au moins trois semaines. Depuis voyage en Normandie et autres lectures et j'ai un peu oublié. Dans la nuit des tuileries il y a le roi, Marie-Antoinette, des trahisons etc. j'aurais beaucoup gagné à le lire après La Révolution Française de Max Gallo que je viens de terminer. Quant au Lion d’Égypte, je me rappelle seulement que les machines infernales de Léonard de Vinci y font fureur.

Note : AA

samedi 7 novembre 2015

Le guide du routard spécial débarquement et la bataille de Normandie

Le guide du routard Le débarquement & la bataille de Normandie (Hachette, 158 pages, 2014)

Récemment parti en vacances en Normandie, thème plages du débarquement. Je n'ai pas pu trop lire pendant ce voyage culturel et fort passionnant (bon un petit peu quand même, j'avais emmené mon kindle).

La station radar de Douvres










Nous sommes passés à Arromanches pour découvrir les vestiges du port artificiel, le Mulberry B. Le musée présente deux maquettes de l'ensemble, une vidéo 3D et bien sûr des objets comme un scaphandre, une mine flottante pour les plus imposants.
Tombe juive cimetière canadien


Il y a eu aussi la Pointe du Hoc où environ 200 Rangers ont du grimper des falaises et sécuriser un site hautement défendu. Il nous a été possible d'y voir encore les trous profonds, traces du bombardement intensif il y a quelques 70 ans.

Passage obligé, le pont de Bénouville, rebaptisé Pégasus Bridge, car Pégase était le symbole du 6th airborne.  Des gliders (planeurs) ont réussi l'exploit d'atterrir à 50 m du pont, en pleine nuit, sans GPS ...Bon d'accord le pilote était nyctalope mais quand même. Le musée est très bien fait, avec le pont d'origine, un glider réparé à partir de pièces d'autres glider, les ponts Bailey, facile à bien monter, difficile à mal monter, parole du génie et beaucoup d'objets (dont la cornemuse de Bill Millin). Une maquette avec des points animés raconte en détail la nuit du 6th airborne. Pas loin nous avons avons fait une pause au café Gondrée (première bâtisse libérée et qui a servi d'hôpital de campagne).
Mulberry, port artificiel Arromanches

Le Mémorial de Caen, avec son bunker souterrain de 70 m de long et une présentation de nombreux thèmes, au prix d'entrée le plus élevé de toutes nos visites, n'a pas échappé à notre vigilance. Les jardins du souvenir (américain, canadien et britannique) sont superbes en particulier l'américain et sa chute d'eau.
Street Art à Arromanches

Le Grand bunker de Ouistreham, sur cinq étages, dont le commando anglais a du s'y reprendre à deux fois pour exploser la porte blindée (d'abord 3 kg de TNT puis 5 Kg), où il y a un télémètre, des pièces spécialisées (armurerie, cuisine, chambrée, salle des cartes etc), une barge à l'extérieur qui a servi pour le film Il faut sauver le soldat Ryan ; Et le musée Kiefer du commando de français, les seuls français présents lors du débarquement, tout proche.

Le point le plus éloigné de notre voyage, Sainte-mère église, avec le mannequin de John Steele sur la flèche bien que du mauvais côté par rapport à la réalité historique, un musée richement doté, avec un C47 et la reconstitution des instants avant le largage des paras (bruitage inclus). A noter, dans l’Église, peut-être l'unique vitrail au monde à présenter la vierge marie entourée de parachutistes.

Cimetière américain de Colleville
Et bien sûr le respect du aux morts par le recueillement dans un cimetière Canadien, au cimetière britannique de Ranville, au cimetière allemand de la Cambe, à celui Américain de Coleville où nous avons pu suivre une visite guidée (excellente) par un britannique. Beaucoup d'anecdotes, le fils du président Roosevelt y est enterré, y sont aussi enterrés des frères dont Spielberg s'est inspiré pour son film (cf. supra), du personnel non militaire comme une femme de la croix rouge, décédée dans un accident d'avion etc. Il n'est pas possible de rester indifférent devant tant de stèles et le sacrifice de tant d'êtres humains. A noter les petites pierres posées sur les tombes juives surtout au cimetière canadien et britannique.

Vierge marie et G.I. Église de
Sainte-mère église

A la sortie du cimetière de Colleville il y a l'Overlord Museum avec des reconstitutions étonnantes (Avec des véhicules lourds, et même un char Tigre IV, des scènes diverses assez réalistes).

Une semaine dense, avec quelques 450 photos pour se remémorer, les pieds en compote, mais aucun regret (Enfin si, ne pas y être resté plus longtemps au regard du nombre de sites potentiels à visiter ).

Le guide du routard nous a été d'une aide précieuse pour préparer ce voyage. Le GPS aussi pour circuler sans souci (avec une estimation de la durée des trajets) et surtout se permettre tous les détours si d'aventure une opportunité se présentait.

Outre le guide que je vous recommande, allez en Normandie vous ne le regretterez pas ! J'ai acheté quelques livres spécialisés sur le débarquement notamment celui d'une série chez Osprey où chaque débarquement de plage est étudié en détail (j'ai pris celui sur Sword Beach). Merci à Françoise pour son prêt du livre Le débarquement en chiffre. J'avais déjà commencé à lire sur le sujet avant ce voyage avec entre autre D Day Normandie, Stratagèmes, Winston Churchill qui a aidé pour le pont artificiels comme les containers Phoenix.
Sculpture pacifiste au Mémorial de Caen

Note : AAA

samedi 24 octobre 2015

Astérix Le Papyrus de César de Ferri et Conrad

Le Papyrus de César de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Les éditions Albert René, 48 pages, 2015)

Difficile de ne pas être tenté devant le rouleau compresseur de la campagne de César, heu publicitaire, il faut vivre au fin fond d'une grotte de l'Ardèche pour ne pas être au courant. J'ai hésité à prendre la version Luxe au prix prohibitif de 39 euros. Ayant des éditions luxe de Gaston Lagaffe à 13 euros pièce, le prix me semble ici particulièrement exagéré car le succès sera vraisemblablement au rendez-vous.

D'autant que c'est mieux que le précédent, Astérix chez les Pictes, où j'avais l'impression d'une recette faite avec application (combats, jeux de mots, etc.) mais où cela me semblait forcé, où il manquait quelque chose. Là dans Le Papyrus de César je retrouve un peu des premiers albums, un scénario plus abouti faisant référence à La Guerre des Gaules de César. Ce qui est ici brocardé est la société des médias et les manipulations des spins doctors. Des trouvailles de jeu de mots ou de situation beaucoup mieux amenées.

Pour un Astérix et pour complaire à une nostalgie mémorielle, une BD sympathique, même si je ne retrouve pas l'originalité de la vingtaine des premiers albums, si cela se trouve je vieillis.

Note : AAA

samedi 17 octobre 2015

Cher pays de notre enfance Enquête sur les années de plomb de la Ve république de Davodeau et Collombat

Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la Ve république d’Étienne Davodeau et de Benoît Collombat (Futuropolis, 220 pages, 2015)

Un auteur de BD que je suis depuis Les ignorants. Et puis je compte toujours étudier l'histoire car cela donne une base solide pour comprendre le monde et comme la cinquième république c'est notre présent ce livre m'a attiré pour toutes ces raisons.

En couverture le Général De Gaulle éclaboussé, son legs entaché pourrait-on dire, mais bien que n'ayant pas de sang sur les mains il a un regard soucieux voire gêné.

Cette BD sur l'histoire récente se focalise sur  le SAC (Service d'Action Civique), l'affaire Boulin, la lutte des classes, milices, la violence des conflits, les coups fourrés, la françafrique, les financements occultes, bref les années de plomb de la Vè république, une république bananière en quelque sorte.

Un sujet toujours actuel, en dépit des décès réguliers de ceux qui ont vécu cette période, comme celui de Pasqua, où des personnes ont encore été menacées il y a peu. Au point que je me demande si les deux auteurs ne vont pas avoir des ennuis tant le propos est plombant, menaçant. La politique n'en sort pas, une fois de plus, grandie. Il y a d'un côté l'histoire qui nous est racontée, lissée, policée, et l'arrière boutique pas toujours reluisante. Le plus étonnant est l'origine du SAC puisant dans les résistants, le SAC bicéphale, un "bon" côté et un autre plus délétère, et le complot étouffé de l'affaire Boulin.

Un sujet instructif  d'autant que je compte lire les mémoires de guerre de De Gaulle et peut être un livre sur sa présidence.

Un grand homme dont un des enfants a dérivé méchamment ?

Une BD engagée, passionnante et bien racontée, mais beaucoup plus sombre que Le chien qui louche du même dessinateur.

Note : AAA

Jour J Tome 10 Le Gang Kennedy

Jour J Tome 10 Le Gang Kennedy de Duval, Pécau & Wilson (Delcourt, 64 pages, 2012)

Une virée des fils Kennedy en pleine prohibition avec en toile de fond une occupation française ...

Encore une uchronie jubilatoire avec un rôle décalé pour Henri-Georges Clouzot.

Sympathique et bien trouvé comme pour d'autres épisodes.

Une série toujours aussi surprenante dans le choix de ses sujets et leur traitement révisionniste.

La seule exactitude d'Alain Finkielkraut

La seule exactitude d'Alain Finkielkraut (Stock, 296 pages, 2015)

Incipit :
Pour comprendre ce qui survient, nous nous en remettons spontanément à l'Histoire, sous ses deux formes canoniques : le recueil d'exemples et la marche du Temps, la chronique des actions des hommes et le mouvement général de l'Humanité.

Cet ouvrage est en fait un recueil d'articles parus notamment dans Causeur.

C'est suite à un article du NouvelObs, orienté ad hominem, partial et qui ne répond pas vraiment sur le fond, se désolant que ce livre se retrouve en tête de gondole ... que j'ai voulu en savoir plus. J'en ai déduit une relative mauvaise foi de l'article ou vision idéologique orientée. Pas étonnant vu que le Nouvel Obs est critiqué dans le livre de Finkielkraut. Dans le Nouvel Obs il y a notamment le reproche que Finkielkraut n'a pas la xénophobie dans la liste de ses griefs à l'égard du Front National. C'est un peu oublier la page qui précède dans l'ouvrage. De même Finkielkraut estime que la comparaison qui lui est reprochée, les années 30, ne tient pas et dit pourquoi. Le NouvelObs n'est pas d'accord, c'est son droit, mais ne réfute en rien les arguments avancés par Finkielkraut. Bref l'article du NouvelObs ne parle pas que du livre mais du personnage de ses interviews etc.  que je ne connais pas par ailleurs, et comme je suis désintéressé par les pseudo-débats émaillant la télé, que je ne regarde plus, et qui se résument en général à un combat de coq, délaissant le fond pour des postures vaines, un spectacle navrant, inutile pour moi, je me limiterais donc à cet ouvrage.

J'y ai appris la différence entre anti fascisme et anti totalitarisme, étonnamment on est pas forcément les deux par exemple les communistes qui s'attaquaient au fascisme oubliant au passage Staline et ses 20 millions de morts. Et aujourd'hui cela donne l'antiracisme oubliant le totalitarisme de l'Islam radical et s'attaquant soi-disant aux islamophobes, oubliant le Djihad au passage. Finkielkraut explique cela avec détails.

Également une réponse à Emmanuel Todd et son analyse à la truelle sur les manifestations du 11 janvier, réponse que je partage pleinement, même si bien avant de lire la partie en question j'avais un avis similaire. Car la manifestation suite à l'attaque terroriste contre des journalistes sans armes, des policiers et des juifs ne se résume pas notamment, selon Todd, à "vouloir piétiner la religion des plus faibles". M. Todd devrait peut-être lire "Gestion de la barbarie" d'Abu Bakr Naji, le Mein Kampf des Islamistes (c'est ce que dit le quatrième de couverture ...)

Bref sans être d'accord sur tout, Finkielkraut traite de sujets actuels et permet de s'interroger. C'est bien écrit, avec force citation, et donne un avis étayé et construit, ce qui est la base pour débattre, au besoin.

J'ai relu après l'article du Nouvel Obs "La défaite de la pensée" sur Finkielkraut et cet article ne répond pas sur le fond, pratique l'amalgame qu'il prétend dénoncer chez Finkielkraut. L'article du Nouvel Obs apporte tout de même des éléments intéressant. L'idéal étant de lire les deux pour se forger sa propre opinion.

Note : AAA