dimanche 25 janvier 2015

Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

No Future
Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes (Grasset, 397 pages, 2015)

Incipit :
Les fenêtres de l'immeuble d'en face sont déjà éclairées. Les silhouettes des femmes de ménage s'agitent dans le vaste open space de ce qui doit être une agence de communication. 
Une rock-star, Alex Bleach, décède. Vernon Subutex, un ex-vendeur et propriétaire de magasin de disque (le Revolver), détient d'anciens enregistrement qui intéressent plusieurs personnes (fan, éditeur). Ces derniers se mettent en chasse de retrouver Vernon.
 Les gens croient qu'à la corbeille ils gardent un œil sur les mouvements contestataires -- ils croient vraiment que ça leur serre le cœur de voir quatre gusses qui n'ont plus de quoi acheter leur farine ? Ça à toujours été comme ça.
L'histoire d'une chute sociale inexorable, due à la mutation de notre société et du changement majeur de la manière de consommer de la musique. Sur fond de rock, drogue, sexe et misère sociale on suit Vernon Subutex, de son statut initial de vendeur de disque, fin connaisseur du rock, reconnu, apprécié, ayant du succès auprès des filles, se croyant immortel et ayant le temps de fonder une famille à chômeur, moins de reconnaissance, moins de relations qui n'apprécie que le succès, moins d'amis, moins de tout car quel pouvoir lorsqu'on est pauvre ? Le succès récent du livre de Thomas Piketty (Le capital au XXIè siècle) ou les derniers rapports indiquant où se trouve la richesse (1% possède la moitié de la richesse mondiale ..) montrent bien cette guerre. Je remercie au passage les économistes guignols qui essayent de contredire cette analyse ou s'oppose au livre de Piketty (on comprend bien pourquoi, la guerre est aussi idéologique) ... mais les faits sont têtus.

Protégé par le Dieu Argent on se croit au-dessus du lot, libre. Sans sa protection on ne se rend pas compte tout de suite de ce que cela implique, le regard des autres, l'illusion de s'en sortir facilement, l'humiliation quotidienne. On sombre beaucoup plus vite et violemment qu'on ne l'aurait cru. Et ce roman rend bien compte de la dégradation graduelle mais inéluctable du processus. S'ajoute à cela le vieillissement et un milieu de misère où, dépendant de la consommation, il n'est pas possible de se sustenter autrement qu'en faisant la manche.
Ils voient bien, pourtant, que personne n'est d'accord sur rien, ils pourraient en tenir compte et se demander comment ils font avec cet éclatement de lucidités contradictoires. Au contraire, l'adversité semble les renforcer dans la certitude d'avoir raison.
L'auteur a un regard lucide et cash, pas de politiquement correct ou d'angélisme, c'est la lutte des classes, le jeu des apparences où on doit se vendre, subir, où on ne maitrise pas grand-chose au final. Le tout à l'heure des réseaux sociaux qui favorise ces travers. Il n'est pas anodin que le milieu du porno soit présent, il est révélateur de nos pulsions et de la compromission entre l'argent et l'exploitation humaine.
Il n'a pas envie de joindre sa voix à la cohorte, il n'a pas envie d'ouvrir un blog pour déverser sa bile, il n'a pas envie d'ajouter au flot de merde sa petite crotte de débile. Mais il est incapable de s'arracher à la fenêtre, ouverte. Il a l'impression, chaque matin, de s'asseoir et regarder le monde pourrir. Et des élites dirigeantes, nul ne semble prendre conscience de ce qu'il y a d'urgence à faire machine arrière. Au contraire, on dirait que tout ce qui les préoccupe, c'est foncer vers le pire, le plus rapidement possible.
L'histoire exprime bien la misère existentielle où se fond racisme, religion, intolérance, déliquescence. Ceux qui ont lu Philippe Jaenada ou Laurent Chalumeau, pourrait bien apprécier ce livre. Comme le dit Warren Buffet "Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui a mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.", sans argent difficile d'exister. Il n'y a pas que cela dans cette histoire, la superficialité des rapports interpersonnels n'aide pas, tout pousse au cynisme, à l’égoïsme, à la médiocrité.

J'ai bien aimé lire cette histoire mais si j'avais un bémol c'est que je ne savais pas trop où voulait en venir l'auteur et à la fin de ce tome 1 toujours pas. Mise à part cela cette histoire de dégringolade sur l'échelle sociale est parfaitement mise en scène. J'aime aussi beaucoup le style percutant et rentre dedans de Virginie Despentes et les thèmes abordé (transgenres, porno, misère existentielle etc.)

Note : AA

mardi 20 janvier 2015

La méthode Schopenhauer d'Irvin Yalom

Dix vents, Ô mon amour ...
Éole
La méthode Schopenhauer d'Irvin Yalom (Points, 468 pages, 2005)

Incipit :
Les sermons sur la vie et sur la mort, Julius les connaissait aussi bien que n'importe qui. Il était d'accord avec les stoïciens, pour qui « dès notre naissance, nous commençons à mourir », et avec Épicure, qui disait : « La mort n'est rien pour nous, car quand nous sommes, la mort n'est pas là et, quand la mort est là, nous ne sommes plus. »

Un psychothérapeute, Julius, apprend par hasard qu'il a un mélanome malin et qu'il lui reste une année de bonne santé mais que sa vie n'ira guère plus loin. Un choc de savoir si précisément la date limite à sa destinée. Il décide de reprendre contact avec un cas difficile, Philip Slate, qui n'a pas bénéficié, même au  bout de trois ans de thérapie avec lui, d'une guérison. Un échec que Julius ne veut pas laisser en l'état. Il prend sur lui d'intégrer Philip au sein de se groupe de thérapie. Cela va engendrer des évènements divers et surprenants.

Fidèle à ce qui a fait le succès de son ouvrage Le problème Spinoza, Irvin Yalom scinde en alternance son récit, à la fois à l'époque du philosophe Schopenhauer, et à notre époque où par effet miroir, Philip lui fait écho. Une réussite sur les deux plans, où on découvre un philosophe et sa pensée, comme il l'a également fait avec Et Nietzsche a pleuré, et où on explore la psyché humaine. Ici, on a l'impression de faire partie du groupe de thérapie et on profite au passage d'une belle leçon de vie ... et de la mort. La misanthropie de Schopenhauer peut-elle aider à accepter notre vie quotidienne, notre destin ?

Du bel ouvrage. si vous avez apprécié ses autres ouvrages, celui-ci, plus dramatique d'un certain point de vue, couronne l'ensemble. Un livre qui peut apporter beaucoup sur la compréhension de l'autre, le métier de l'auteur (psychiatre) n'y est pas étranger et le résultat une réussite.

Note : AAA

mardi 13 janvier 2015

Et Nietzsche a pleuré d'Irvin Yalom

La mousse tâche.
Mémoires d'un bock de bière
Et Nietzsche a pleuré d'Irvin Yalom (Le livre de poche, 502 pages postface et notes inclues, 1992)

Incipit :
Les cloches de San Salvatore arrachèrent Joseph Breuer à sa rêverie. Il sortit sa grosse montre en or de la poche de son gilet. Neuf heures. Une fois encore, il lut la petite carte liserée d'argent qu'il avait reçue la veille.
Je commence à émerger de l'effet de sidération des attentats de la semaine passée. J'ai appris que depuis des terroristes islamistes recherchaient activement Friedrich Nietzsche depuis la parution d'un numéro de PhiloMag indiquant que "Dieu est mort". Son complice Baruch Spinoza serait également sur la liste des hommes à abattre. On souhaite bon courage à ces terroristes dans leur recherche. D'un autre côté ils ont abattu un journal qui défendait les pauvres ou luttait contre l'ultralibéralisme (Oncle Bernard), se battait contre les extrémistes (en particulier le F.N.), les religions ultra orthodoxes, (alors que les juifs savent en rire ou que certains propos sur les catholiques n'empêchent pas d'avoir un prix) etc. Cela fait réfléchir que les terroristes islamistes n'aient pas plutôt ciblé la Bourse, le FN ou encore le journal Valeurs Actuelles. Mais Guy Bedos, ce clown triste, préfèrait demander que les gens de Charlie crèvent. Est-il maintenant satisfait ? Et notre président qui invite des dirigeants étrangers dont la liberté de la presse n'est guère la priorité ou qui soutiennent carrément le terrorisme. Mais dans quel monde vit-on ? Il n'y a pas de terrorisme soft comme le présente Paul Auster. Que des assassins. Mais je m'égare, je n'ai pas encore digéré cet évènement où un policier musulman a été achevé, une policière abattue dans le dos, des journalistes décimés dans la lâcheté la plus absolue, des juifs assassinés, où certains religieux musulmans islamistes (dont un imam radical en Angleterre) menacent déjà la Une de Charlie Hebdo de demain mais sont très étonnamment silencieux sur les crimes contre l'humanité perpétrés par Boko Haram. C'est dire à quel point ils se fourvoient et réfléchissent (sic) comme des coups de marteau sur des petits suisses, et je suis poli, je m'en voudrais d'insulter de sombres connards, ce serait se laisser aller à la facilité et les injures ne changent guère le monde, cela se saurait. Au contraire je m'inquiète même de leur santé, un examen colorectal avec une cactée (type Ferocactus) leur ferait vraisemblablement le plus grand bien. Je sais à quoi je m'expose en disant cela, de plaintes des amoureux des plantes et de la flore en général. Je m'excuse auprès d'eux.

Revenons à l'objet principal de ce blog, le livre.

Une nouvelle réussite d'Irvin Yalom. Pourquoi je n'ai pas lu plus tôt cet auteur ??? Déjà Le problème Spinoza avait réussi le tour de force de mêler philosophie, histoire, et de nous interroger sur le problème posé par Spinoza de son temps ainsi que celui posé au XXème siècle auprès d'un idéologue nazi (Alfred Rosenberg) fasciné par sa philosophie et troublé qu'il soit juif (Tu m'étonnes).

Un jeu délicieux du chat et de la souris, la rencontre de plusieurs esprits mais principalement de deux, un médecin adepte de psychothérapie, le Dr. Breuer et l'un des plus grands esprits de son siècle, Friedrich Nietzsche. Au passage la naissance de la psychanalyse puisque le Dr. Breuer a comme disciple un certain Sigmund Freud. Nietzsche ne va pas fort. Migraines, solitude, rancoeur. Il est plus ou moins poussé à consulter et le Dr. Breuer va tenter une nouvelle approche. Mais faut pas prendre le grand philosophe pour une truffe. Il ne va pas se laisser faire. Et peut être que le Dr. Breuer risque d'être pris à son propre piège. Un beau texte de découverte de soi et des autres, avec une introduction douce à la philosophie de Nietzsche. Le rationnel et la science de l'esprit qui s'affrontent. Un livre qui donne espoir sur la nature humaine et qui montre à quel point, même au XXIème siècle, on a des progrès à faire et combien nous sommes incomplets. Les évènements récents à Charlie et l'hyper casher sans parler des massacres dans le monde le prouvent avec force. Nietzsche aurait aussi pleuré, je crois ...

Comme à son habitude l'auteur, dans sa postface, nous éclaire sur les faits historiques et la part de fiction. Tout aussi intéressant ce qui fait de Et Nietzsche a pleuré un livre particulièrement touchant et passionnant. Pour me remettre de cette semaine de folie, j'entame un autre livre d'Irvin Yalom, La méthode Schopenhauer, et déjà je me sens mieux ... contre la barbarie.

Note : AAA

mercredi 7 janvier 2015

Attentat terroriste à Charlie Hebdo

Soutien à Charlie Hebdo
"More than God, men fear mockery"

Une grand tristesse à ces actes barbares inqualifiables ...

Je suis solidaire de Charlie Hebdo et les soutiens dans ce moment dramatique.
Je suis dans un pays libre et la liberté d'expression est sa pierre angulaire

Mon pays a tout mon soutien pour lutter contre ces illuminés.
Je suis en deuil et n'ai pas le cœur à faire une entrée sur mon dernier livre lu, Et Nietzsche a pleuré ... ni le cœur à en commencer un autre.

Je ne vois aucune grandeur à ces actes. Rien qui ne puisse les justifier. A part la bêtise la plus crasse.

Cabu assassiné, dont j'ai acheté récemment la compilation sur le Beauf. Wolinsky ..., Charb...., Tignous et Bernard Maris  dont j'ai appris le décès seulement ce soir en rentrant du travail, un deuxième coup sur la tête ... Certains disaient que Charlie Hebdo était un journal raciste, c'est dire l'ampleur de la connerie humaine, incultes !, décérébrés !. Et deux policiers tués (Franck et Ahmed) qui faisaient leur boulot dont un lâchement massacré. Venger le prophète ???? Serait-il donc si faible ? Un prophète si faible qui ait besoin que deux ou trois criminels massacrent des gens sans défense ? Même pas capable de voir la stupidité de leur raisonnement ni la lâcheté de leurs actes.

Certaines réactions sur Twitter saluant cet acte dégueulasse sont confondants de connerie.
Si Dieu existe j'espère qu'il a une bonne excuse
Woody Allen

L'intégrisme, de tout bord, est totalitaire, il n'y a pas de place pour autre chose, pour d'autres pensées. Intolérant par nature. Pourtant la république et la laïcité sont là pour protéger toutes les religions. L'intégrisme n'en a que faire.

Je suis triste que de tels actes puissent se propager dans notre démocratie mais suis confiant que nous ne céderons pas. Ne pas se coucher comme Malek Chebel le suggère.  Ou écouter Pascal Boniface et sa diffamation envers Charlie Hebdo, pardon, ses calomnies, vu que ce sont des mensonges. Pour quelqu'un ayant fait un livre sur Les intellectuels faussaires, cela ne manque pas de sel. Pratiquer ce que l'on condamne. Vous ne me croyez pas ? Voir l'article de Libération.

Toutes mes condoléances aux familles endeuillées, à ces artistes que j'aimais tant, aux policiers qui ont aidé à les protéger.

Ce soir je pleure.

Dieu est mort.
Friedrich Nietzsche

vendredi 2 janvier 2015

La disparue du désert de Zoë Ferraris

Parce que je le vaux bien
Hercule Poirot en Arabie Saoudite
La disparue du désert de Zoë Ferraris (10/18, 445 pages, 2008)

Incipit :
Ce soir-là, avant le coucher du soleil, Nayir remplit sa gourde, coinça un tapis de prière sous son bras, et s'apprêta à escalader la dune qui faisait face au sud, près du campement.
Une jeune fille saoudienne d'une riche famille disparait dans le désert. Un des membres de la famille fait appel  à un enquêteur privé pour la retrouver.

C'est sur le conseil d'un membre du Club de lecture La Marguerite que j'avais commandé en occasion ce livre il y a plusieurs mois. Je ne sais plus qui en avait parlé mais j'avais pris note que l'intérêt de ce livre policier était qu'il se passait en Arabie Saoudite avec ses us et coutumes particulières. L'enquêteur étant assez orthodoxe, cela lui pose notamment des soucis pour travailler avec le médecin légiste ... qui est une femme.

Bien sûr le poids des croyances est assez présent. Les rapports codifiés entre les hommes et les femmes, le pouvoir patriarcal pesant, la culpabilité et les névroses constantes à cause d'une rigidité élevée due aux règles, les stratégies hypocrites pour souffler un peu. Mais l'auteur laissera poindre un espoir de modernisme au travers de certains de ses personnages. Cette histoire est assez dépaysante, avec le désert, la chaleur omniprésente, et on y découvre une vie assez différente de l'occident. Cet environnement singulier est bien mis en valeur au sein d'une enquête pas très originale mais qui sait tenir le lecteur en haleine. La riche famille saoudienne a-t-elle voulue étouffer l'affaire ? Un duo atypique, par sa pugnacité, s'évertuera à élucider ce mystère étouffant !

Un roman policier qui sort son épingle du jeu !

Note : A