lundi 25 mai 2015

Numéro Zéro d'Umberto Eco

Propaganda Manual
Numéro Zéro d'Umberto Eco (Grasset, 220 pages, 2015)

Incipit :
Ce matin, l'eau ne coulait plus au robinet.
Blop, blop, deux petits rots de nouveau-né, et puis plus rien.
Un écrivain sans succès est recruté pour un projet particulier de journal. L'idée est à la fois de plaire à la cible marketing mais aussi de dévoiler par insinuation ou rumeurs des faits qui peuvent indisposer certaines personnes, ceci afin de permettre au véritable patron du journal d'être accepté dans un cercle restreint du pouvoir.

Finalement après le soporifique Le Cimetière de Prague, Umberto Eco a écrit un autre livre. J'avais apprécié Le pendule de Foucault et Le Nom de la Rose. Et le thème de Numéro Zéro m'intéresse. Bon. Une critique acerbe du monde sur-informé dans lequel nous vivons, des rouages qui poussent à la recherche du scoop, de la petite phrase, bref au spectacle de l'information qu'à une réelle analyse ou un débat de fond. Les communicants sont passés par là et toutes les techniques de manipulation sont usitées ad nauseam. Même le grotesque de l'histoire qui nous est racontée est raccord avec le sujet traité.

Malgré le côté démonstratif et pédagogique de certains passages, parfois drôles d'ailleurs comme la réécriture des petites annonces, ou le jeu qui consiste à répondre de manière absurde à une question absurde, il en ressort une réelle confusion, une ambiance complotiste où il devient difficile de séparer le faux du vrai. D'autant, et c'est le point faible de mon point de vue de lecteur français, que des affaires italiennes sont citées ou une théorie selon laquelle le Duce n'aurait pas été tué tel que le raconte les livres d'histoire. Je ne connais pas assez l'Italie pour apprécier toute la profondeur des affaires et exemples cités.

La manipulation du langage est un point fort de cet ouvrage (normal pour un auteur sémioticien) , dénonciation des éléments de langage, clichés, lieux communs comme de l'appropriation de mots clés ou de concepts afin de mieux contrôler ou de semer l'indécision. Cela pourra rappeler, par exemple, dans notre actualité récente, l'UMP qui souhaite se rebaptiser "Les républicains". L'auteur s'amuse à déconstruire les faux-semblants, et se joue de nous sur qu'est-ce que le vrai. Ou encore lors d'un dialogue sur l'achat d'une voiture, aussi complexe qu'une analyse géopolitique, où le sens et la décidabilité des propositions deviennent irréels. On reconnait le style labyrinthique de l'auteur, tout de même plus accessible que du Pynchon.

Globalement j'ai plutôt aimé mais sans plus.

Note : AA

dimanche 24 mai 2015

Eye of the needle by Ken Follett

Eye of the needle by Ken Follett (Harper, 464 pages, Reprint edition 2010)

Incipit :
EARLY IN 1944 German Intelligence was piecing together evidence of a huge army in southeastern England. Reconnaissance planes brought back photographs of barracks and airfields and fleets of ships in the Wash; General George S. Patton was seen in his unmistakable pink jodhpurs walking his white bulldog; there were bursts of wireless activity, signals between regiments in the area; confirming signs were reported by German spies in Britain.

Avant le débarquement de 1944, un plan secret pour induire en erreur les allemands sur le lieu réel de celui-ci, plan mis en péril par des espions implantés en Angleterre. Plusieurs ont été arrêtés mais l'ont-ils tous été ?

L'arme à l’œil
version française

Un roman captivant dans un contexte historique connu, on suit le jeu du chat et de la souris entre le MI6 et un espion allemand. Ce dernier découvre des faits qui pourraient changer le cours de la guerre. Démarrage tranquille et montée en suspense avec une fin épique. Du roman d'espionnage populaire qui se dévore. Me rappelle Dan Brown, dans le sens de bonne facture, qui flirte parfois avec l'improbable mais ce n'est guère important, c'est une aventure qui vous emmène avec passion, c'est très distrayant. Une psychologie suffisamment élaborée, plusieurs histoires d'amour, des courses-poursuites et quelques moments bien trouvés. Les scènes d'actions sont particulièrement mouvementées et stressantes, un bon moment. Le titre français est un jeu de mot assez bien trouvé.

Note : AAA

dimanche 17 mai 2015

The Last Policeman by Ben H. Winters

Oh, this is the end, my only friend, the end ...
The Last Policeman by Ben H. Winters (Quirk Books, 336 pages, 2013)

Incipit :

    I’m staring at the insurance man and he’s staring at me, two cold gray eyes behind old-fashioned tortoiseshell frames, and I’m having this awful and inspiring feeling, like holy moly this is real, and I don’t know if I’m ready, I really don’t.

Une enquête policière qui se déroule dans un contexte assez particulier. Un astéroïde de grande taille, capable d'éradiquer toute vie sur Terre, va entrer en collision avec celle-ci dans six mois. Tout le monde est au courant et réagit de diverses manières. Malgré tout, Palace, un policier, continue de mener ses enquêtes. Un statisticien est retrouvé mort, apparemment un suicide. Mais Palace n'y croit pas, l'instinct. Seulement les personnes ne réagissent plus selon les codes, les comportements, les calculs habituels, car là tout le monde est condamné et le Policier se doit de s'adapter à cette nouvelle donne.

La version française
Le contexte m'intriguait alors je me suis lancé dans cette lecture. L'obstination du policier sur la mort suspecte du statisticien me paraissait un peu exagérée au fil des pages, mais voilà, effectivement ce serait un suicide ... et là le roman rebondit, se complexifie et devient plus prenant. Et puis, j'ai appris qu'il s'agissait d'une trilogie, car le policier Palace a une sœur, Nico, qui aurait découvert un secret d'état, et ce fil est laissé en suspend à la fin.

L'auteur joue beaucoup avec l'incertitude. La victime présumée est un statisticien, l'astéroïde, évènement improbable, le profiling des suspects de la part du policier (statistiques et probabilités, hypothèses), voisin de l’instinct policier (expérience, comportements probables). Le contexte chamboule un peu les schémas et des évènements surprenants (improbables) remettent en jeu l'expérience acquise de Palace, la hasard, le chaos s'en mêlent, l'incertitude en somme.

Un livre policier original par le contexte et bonne entrée en matière pour une trilogie.


Note : AA

lundi 4 mai 2015

Soumission de Michel Houellebecq

Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion, 300 pages, 2015)

Incipit :
Pendant toutes les années de ma triste jeunesse, Huysmans demeura pour moi un compagnon, un ami fidèle ; jamais je n'éprouvais de doute, jamais je ne fus tenté d'abandonner, ni de m'orienter vers un autre sujet ;
Un quadra désabusée, un peu cynique, morose, dont la vie se délite (enfin c'est comme cela qu'il la perçoit), analyse sa vie et son environnement avec un humour noir du troisième degré. Il observa à peine surpris la déréliction du bipartisme, la montée du FN, et par un jeu de voix, d'équilibre complexe et d'alliances le passage au poste suprême d'un parti musulman et la mise en place d'une forme de charia. On ne peut pas dire que cela lui change totalement son quotidien ...

Le titre est très bien trouvé, soumission à l'autorité, soumission de la femme à l'homme et enfin soumission de l'Homme à Dieu. Soumission est aussi le renoncement, ou se faire acheter. Une forme de lâcheté. Ce n'est certainement pas un livre anti-musulman, en tout cas pas tel que la pseudo polémique médiatique a essayé d'en faire (comme le médiocre article du Figaro, qui recensait tous les propos anti-islamique de l'auteur : le degré zéro du journalisme, aucune analyse, aucun recul, aucune réflexion, le vide de la pensée, en revanche cela plait bien sur la toile, pour tous les excités). Un livre intéressant qui a le mérite de nous interroger sur un certain nombre de questions, il ne s'agit pas de toute manière d'adhérer à tous les propos. On a encore le droit de penser par soi-même non ? C'est pour cela que je ne l'ai pas lu de suite lors des évènements de janvier.

Un livre à lire.

Note : AAA



samedi 2 mai 2015

Evariste de François-Henri Désérable

Les brins d'une guirlande éternelle
Évariste de François-Henri Désérable (Gallimard, 165 pages, 2015)

Incipit :
On sait qu’Évariste -- d'emblée appelons-le Évariste -- eut pour père Gabriel Galois, et de Gabriel Galois on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il fut le père d’Évariste (voyez comme une phrase, sous des dehors anodins, peut regorger d'indicible cruauté : que l'on puisse, après sa mort, réduire à sa seule qualité de père un homme qui vécut cinquante-quatre années, voilà qui devrait inciter les autres à tout commerce charnel -- et au diable l'humanité).
 Une histoire sur un jeune mathématicien de génie, fauchée à l'âge de vingt ans, et qui a réussit malgré tout à donner naissance à tout un champ innovant des mathématiques, la théorie des groupes (Utile par exemple pour résoudre le Rubik's cube ou encore un des théorèmes de Fermat). Une vie si courte, semée d'embûches, il n'a pas pu entrer à X, son dossier de recherche en mathématique a été perdu par Cauchy, il est sous-évalué par Poisson, et des évènements historiques s'en mêlent (je crois que c'est la Commune de Paris), la découverte brève de l'amour, raison d'un duel ... qu'il perdra. D'ailleurs à propos du duel, je suis surpris d'apprendre qu'une des armes sur les deux n'était pas chargée. Je n'ai pas réussit à trouver en ligne les règles du duel au pistolet au XIXème siècle mais je trouve cela curieux.

La seul chose agaçante dans ce roman est quand l'auteur interpelle le lecteur. En général je n'aime pas du tout (à l'exception du Livre du voyage de Bernard Werber mais cela fait partie de sa construction). Mise à part cela, le livre a de l'énergie, l'auteur limite exalté par son sujet, la jeunesse sans doute, mais qui sied merveilleusement bien au sujet. J'aime de toute façon beaucoup les livres s'intéressant aux scientifiques comme par exemple Werner Heisenberg dans Le Principe ou encore AlexandreYersin dans Peste & Choléra. Et à l'instar de Nikola Tesla, Évariste Galois est relativement peu connu comparativement à son apport à la science. Il mérite largement un ouvrage et même plusieurs. Là l'auteur se permet de combler avec son imagination, de donner des points de vue intéressants et d'inscrire la destinée d’Évariste dans la période trouble de la révolution de Paris. C'est là que je m'aperçoit de mes lacunes en histoire ...

Bon sujet, bien traité, un bon premier roman !!

Note : AAA