jeudi 31 décembre 2015

Quai d'Orsay, tome 1 de Blain et Lanzac

Dieu vous en prie.
Quai d'Orsay, tome 1 : Chroniques diplomatiques de Christophe Blain et Abel Lanzac (Dargaud, 104 pages, 2010)

Au cœur d'une équipe de la diplomatie française menée par quelqu'un qui rappelle Dominique de Villepin.

Excellent travail sur le langage, écrit et non verbal, servi à merveille par le dessin, très dynamique, en mouvement, en plans qui frappent l'imaginaire et des couleurs qui contrastent et mettent en valeur l'essentiel. Le stress, la pression sont palpables. Rares sont les personnes qui résistent à la tempête verbale, physique du ministre, très bien rendu par le dessin, les attitudes, cette présence intimidante qui rappelle les bourrasques dans un champ de blé.

Le ministre utilise une maïeutique particulière, très très drôle à lire (et certainement très dure à subir, on plaint son conseiller) qui, paradoxalement, obtient des résultats, ce qui est d’autant plus drôle !

J'adore !! Vivement le tome 2. A lire, vous ne le regretterez pas !

Note : AAAAAA

Une petite tentation de Grelin et Jim

Une petite tentation de Grelin et Jim (Vent d'ouest, 160 pages, 2013)

Deux jolies jeunes filles, des rêves plein la tête, se font concurrence pour charmer un quadra, non par amour mais par pure ambition, afin de se placer socialement. Dans quelle mesure sont-elles prêtent à aller jusqu'au bout ?

Sous couvert d'un dessin stylisé, de couleurs chaudes, se dévoil un pur cynisme, reflet de notre société de consommation (un monde de tentations), de réussite sociale par l'argent, du bonheur soumit à l'apparence et aux biens.

Mais il est toujours possible de tomber sur plus cynique que soit ...

Confronté au réel il n'est pas toujours facile de réaliser son plan, l'imaginaire est parfois plus cynique que ce qu'on est réellement, et s'en rendre compte est peut-être ce qui s'appelle grandir, mûrir et finalement s'accorder à sa réelle personnalité.

Très beau dessin, scénario sur le passage au monde adulte et sur les travers exacerbés de notre époque.

Note : AAA

mardi 29 décembre 2015

Un homme dangereux d'Émilie Frèche

De l'autre côté de l'écritoire
Un homme dangereux d’Émilie Frèche (Stock, 284 pages, 2015)

Incipit :
Nous n'avons pas échappé aux statistiques, comme quatre-vingts pour cent des couples, après quinze ans de vie commune et deux enfants, Adam et moi ne couchions plus jamais ensemble.


Une femme juive a qui tout réussi, métier, famille, amour, s'entiche d'un homme antisémite. Une relation toxique à laquelle elle va tenter d'échapper.

Je ne crois pas à la relation amoureuse entre Émilie (l'héroïne) et Benoît (l'amant toxique), l'auteur l'avoue elle-même page 226 ("../.. tel quel, le lecteur n'arriverait jamais à comprendre comment une femme pouvait se retrouver sous sa dépendance."), alors que vers la fin la fiction est totalement assumée. Ce manque de crédibilité est le point faible du livre, ce qui pose un gros souci vue que tout tourne autour de cette relation délétère.Et puis les remarques du personnage principal sont parfois étonnantes (p. 157 "../.. un type auquel il espérait piquer sa femme était assez con pour le lire ... J'en ai voulu à Adam de ne pas l'avoir compris", de la part d'un personnage qui trompe son mari, lui ment, se fout carrément de lui ... c'est assez gonflé.)

Il y a un côté Alice au travers du miroir, et un mélange entre fiction, auto-fiction, roman, réalité, surtout vers la fin, et cela et le point fort du livre, mais cela ne compense pas suffisamment pour que je recommande cette lecture. De plus le livre dans le livre, la mise en abyme, le pouvoir des mots bla-bla-bla c'est de moins en moins original voire commence à me saouler. Faut-il souffrir pour écrire ? Faut-il écrire pour ne plus souffrir ? Bof, pareil. Le lien/parallèle avec Dumontet est tout de même intéressant (p. 145 puis vers la fin).

J'ai appris l'existence de ce livre à l'émission Répliques de Finkielkraut sur France Culture. J'étais en voiture, j'ai pris l'émission en court, je n'ai même pas pu suivre la fin, mais le point qui m'avait attiré vers ce livre, c'est qu'il parlait de l'émission de Taddeï, sur l’antisémitisme, où l'auteur avait été invitée ainsi que Marc-Edouard Nabe. C'est en effectuant quelques recherches sur ce dernier que j'ai voulu en savoir plus finalement. L'excuse curieuse de Taddeï (Marc Edouard Nabe n'a "jamais été condamné pour antisémitisme", mais il ne dit pas qu'il n'est pas antisémite. Le lien personnel entre Nabe et Taddeï éclaire mieux sa position), le côté sulfureux, ignoble de Nabe  (sa revue Patience est bien pire que les tweets de Marine Le Pen (l'envoi de photos sur les atrocités du proto-état islamique), avec la complaisance des Inrocks, entre autre). Je pensais en apprendre plus dans ce roman, en fait moins que ce qui a été dit dans l'émission de Finkielkraut, par exemple la raison pour laquelle Nabe et Soral ne s'entendent plus (ce dernier est complotiste, pour lui le 11 septembre c'est la CIA etc). Tout simplement parce que Nabe souhaite que soit reconnu à Al Quaeda la paternité des attentats. Il a été reproché à Richard Millet le titre ambigu (Éloge littéraire d'Anders Breivik) voire son soutien pour l'assassin Anders Breivik ? Que dire alors d'Une lueur d'espoir de Nabe avec comme fond les tours détruites du World Trade Center ? De son soutien en filigrane au terrorisme ? Consternant. Des dérèglements du monde Amin Maalouf  a une proposition bien plus intéressante et constructive.

Je reste dubitatif sur l'intérêt d'Un homme dangereux. Se lit bien mais sans plus. Déçu car j'en attendais vraisemblablement autre chose. Toutefois je ne regrette pas de l'avoir lu car il touche à des sujets et des personnes réelles de notre temps.

Note : AA

Le dérèglement du monde d'Amin Maalouf

Geopolitics for dummies
Le dérèglement du monde d'Amin Maalouf (Livre de poche, 315 pages, 2009)

Incipit :
Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole.
Dès les tout premiers mois, des évènements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connait un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois - dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique.
Amin Maalouf, dans Les identités meurtrières, se concentrait sur la notion d'identité, multiples, et dont une, selon les influences extérieures, pouvait ressortir plus fort voire se radicaliser. Il proposait un "code de conduite" pour le bénéfice de tous. Bien sûr je simplifie mais c'est l'idée.
L'encre du savant vaut mieux que le sang du martyr.
Ici il prend du recul et analyse plus globalement le monde. De son statut d'émigré/immigré, ayant le pied dans deux "mondes", il est plus à même de ressentir ses désordres présents (identités, terrorisme islamiste, crise des subprimes, etc), d'autant qu'il se passionne pour l'Histoire et démêle pour nous les grandes lignes de fractures. Ne pas y voir pour autant Le choc des civilisations d'Huntington, il explique d'ailleurs pourquoi ce livre serait néfaste pour écrire l'avenir. Un ouvrage anxiogène comme l'a été pour moi Collapse de Jared Diamond (Effondrement en français), non par ses analyses sur les civilisations passées mais par extension sur la notre (vers la fin de l'ouvrage), cependant le livre de Maalouf  tente d'apporter matière à avoir un avenir meilleur.
Cherchez le savoir, jusqu'en Chine s'il le faut.
Ce livre m'a beaucoup apporté en particulier sur l'histoire du monde arabe, sur l'analyse historique, sur les erreurs à long termes des uns et des autres. Parfois ce qui parait bien dans l'immédiat se révèle désastreux. Il estime qu'il faut rénover notre façon de penser, d'aborder les problèmes et espère une nouvelle humanité naissante. Idéaliste, je ne peux qu'être d'accord avec lui, mais ce projet est ambitieux et pour moi il est peu probable qu'il advienne. Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Lisez ce livre, offrez le autour de vous, discutez-en. D'une lucidité et d'une sincérité touchante, il explique les influences réciproques entre les peuples et les textes sacrés. Tout est sujet à interprétation, selon l'époque. C'est d'une discussion sans fin, la position par rapport aux textes sacrés évoluant selon les tensions. Ce qui veut aussi dire que tout est possible, dans un sens mais aussi dans l'autre. A nous tous d'aller vers le sens d'une fraternité. Ou alors ce sera le chaos.
Le monde ne se maintient que par le souffle des enfants qui étudient.
J'estimais que la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme était une mauvaise idée. Improductive envers les terroristes potentiels, un très mauvais signal, fût-il symbolique, envers les nombreux bi-nationaux. Surtout une tendance à la crispation, au repli sur soi, à la réaction agressive inutile, dénoncés par Amin Maalouf aussi bien dans Les identités meurtrières que dans ce livre. Dans ce dernier il insistait sur l'ouverture vers l'autre au travers l'étude des langues (entre autre). Ici il voit encore plus large, c'est sur la culture, connaitre l'autre intimement (Je simplifie, lire son livre). Et hier sur France Inter dans l'émission Vous avez dit classique ? invité Jérôme Clément, écrivain, ne disait pas autre chose sur la culture, c'est vers 46' de l'émission. Il va d'ailleurs sortir un livre sur le sujet de la culture : L'urgence culturelle chez Grasset. C'est aussi pour toutes ces raisons pourquoi le Front National (cf. La Présidente) n'est pas la bonne réponse.
Étudiez, du berceau jusqu'à la tombe.
Un livre à lire d'urgence. Très bonne idée la couverture. Faire l’œuf (repli), fragilité, naissance, fécondation, espoir, se fendille, arghhhhh ... trop tard.

Note : AAAAAA

jeudi 24 décembre 2015

Le ROLAND-BARTHES sans peine de Burnier et Rambaud

Fragments d'un discours jargonant
Le ROLAND-BARTHES sans peine de Michel-Antoinne Burnier et Patrick Rambaud (Chifflet&Cie, 116 pages, 1978 réédition 2015)

Incipit :
Pour intéresser de jeunes élèves à l'étude d'une langue, chacun sait qu'il importe de les mettre au plus tôt en présence d'une phrase complète. Ainsi :
 La jalousie est une équation à trois termes permutables (indécidables): on est toujours jaloux de deux personnes à la fois : je suis jaloux de qui j'aime et de qui l'aime. L'odiosamato (ainsi se dit “rival” en italien) est aussi aimé de moi : il m'intéresse, m'intrigue, m'appelle (voir L’Éternel Mari, de  Dostoïevski).
est une phrase de Roland Barthes.

Rappelant les méthodes de langue sans peine, ce livre déconstruit le parlé scriptural de Roland-Barthes, R.B. pour les intimes et pour lui-même. C'est particulièrement réussit et drôle. Pour les amateurs de jeu de langue (Oulipiens et Cie, avec entre autre Exercices de Style, mais aussi Le Boloss
des Belles Lettres ou encore Pascal Fioretto, L'élégance du maigrichon,  ou les pastiches de Reboux et Muller), des détracteurs de l'obfuscation du discours (par exemple George Orwell, recueil Why I write, article Politics and the English Language), des adeptes de la French Theory de Cusset (voir la variante, recueil Fresh Theory), ou plus sérieusement de critiques (Prodiges et vertiges de l'analogie de Jacques Bouveresse où on apprend que, pour Régis Debray, l'autisme est un tore ; Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, blague potache édifiante) ou les tripatouillages du pouvoir dominant en philosophie (De la Pourriture, de Jean-François Raguet).

Je précise que je n'ai rien contre R.B.(cf. Note 1 en base de page) J'ai adoré ses Mythologies. Et dernièrement un roman qui parle de sa mort, La septième fonction du langage. Et ce livre de Rambaud et Burnier, truffé de travaux pratiques, me permettra de décoder/décrypter ses ouvrages plus abscons (s'il y a bulle, papale ?) comme Le degré zéro de l'écriture. J'avais commencé calmement par Le degré zorro de l'écriture de Jean-Pierre Verheggen (pour les amoureux de Valère Novarina).

A mundo condito, ce livre pratique/pragmatique/pragma-tique ouvrira un "nouveau" champ/culture de compréhension de l'univers R.B (pour moi ? l'Autre ?). Cela (le Ça Freudien qui donne le la/DoRéMiFaSol) ne plaira/détestation pas à la Doxa (l'exploratrice), champ contre champ, lutte intestine, diarrhée, incontinence verbiale. Le Barthes sans peine (à jouir ?) pendant de l'Oulipo (sucion, marque du diable, copyright, DRM), paysage non euclidien, le degré bozzo/clownesque de l'ek-criture, fragments d'un discours sur les quantas mimétiques. L’authenticité du Dasein n’existe que si la liberté est libérée du “on” (1921/1922: Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. Einführung in die phänomenologische Forschung. 2. durchges. Auflage. Klostermann, Frankfurt am Main 1994) mais pas du moi (Moi ?), essence/gazole/tangente pétrolière de cet ouvrage.

Bon ok, je ne suis pas aussi bon que les auteurs mais en tout cas ce pamphlet est très bien fait, très amusant, très ludique. Brillant ! Remake d'un vieux film (Jason et les Argonautes) cela donne Roland et les jargonautes.

Note : AAAA


Notes de bas de page :

1. oui je n'ai rien contre R.B. et je le précise comme le précise cet ouvrage dans son quatrième de couverture (!?). Étrange comme précaution. Ayant entendu récemment Patrick Rambaud pour son prochain livre (François Le Petit) il a clairement dit qu'une fois décodé le R.B. énonçait des choses banales. Ah ouais, quand même, digne d'un Rambaud 2. LOL.

mercredi 23 décembre 2015

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel (l'arbalète Gallimard, 285 pages, 2015)

Incipit :
Je ne sais à quel âge remonte, en réalité, ma vocation de libraire. Toute petite, je pouvais passer des heures à feuilleter un livre d'images ou un grand volume illustrée.
Mes cadeaux préférés étaient des livres qui s'empilaient sur des étagères le long des murs de ma chambre de fillette.

Un témoignage de première main d'une femme juive polonaise, qui avait ouvert la première librairie française à Berlin, qui a du fuir la montée du nazisme et qui, une fois en France, a été pourchassée parce qu'elle était étrangère et surtout juive.

Ce récit historique (1930-1945) m'a beaucoup touché car il raconte les aventures de l'auteur avec simplicité, sensibilité mais jamais pour se plaindre, par commisération ou pour faire pitié. C'est étonnant mais donne une force incroyable à ce témoignage sur la montée graduelle du nazisme, vécu et subit par une personne, sur l'ambiance de l'occupation, ambiance plombée, délétère avec pourtant quelques moments de joie, d'espoir. On ressent les mesquineries, la méchanceté, la haine de certains mais aussi, et c'est fou ce que c'est rassurant, la bonté, la générosité, l'aide d'autres, en particulier du couple Marius.

L'auteur décrit à merveille son quotidien, les petits riens, les tracas administratifs, les moments d'angoisse, ses stratégies pour survivre, les comportements des uns et des autres, les différences de comportement selon qu'on est un occupant italien ou allemand, les petits coups de main de quelques gendarmes et j'en passe. Si ce n'était si tragique certaines scènes sont assez cocasses, l'auteur ira jusqu'à se réconforter en pensant à Courteline, pourfendeur des travers de l'administration.

Un hommage aux livres, à cette première librairie française fondée à Berlin (!), à cet amour pour la littérature française d'autant plus saisissant et touchant qu'il s'agit d'une polonaise. Cette richesse intérieure l'a vraisemblablement aidée. J'aime beaucoup son style, fin, qui décrit avec délicatesse, sans méchanceté, sans esprit de vengeance. Même les moments les plus durs sont présentés sans chercher à dramatiser, ce qui n'enlève rien à l'aspect tragique de la situation, bien au contraire. L'ambiance générale et l'attitude des gens ont été altérées par l'occupation ou l'exode, ce livre l'illustre parfaitement.

Elle arrive à rendre vivant en quelques paragraphes, par exemple la galerie bigarrée des personnages de l'hôtel La Roseraie, ou encore ces quelques passages poétique où elle apprécie ce qui l'entoure, la beauté des paysages. Son aventure rocambolesque montre à quel point la fragilité de nos destinées. Qu'elle ait survécu et pu en témoigner rend particulièrement précieux cet ouvrage. Un livre rare.

Un livre magnifique avec une belle préface de Modiano, qui rappelle la destinée de l'édition de ce livre et quelques informations sur l'auteur. Une postface qui présente quelques documents (photos, notamment l'endroit où s'était implantée la librairie à Berlin, demandes d'indemnisation, couverture originale, autographe).

Un très beau livre que je recommande chaudement.

Note : AAAAAAA

lundi 21 décembre 2015

Orwell ou l'horreur de la politique de Simon Leys

Unchain my heart, baby, set me free
Orwell ou l'horreur de la politique de Simon Leys (Fammarion, Champs essais, 2006, 104 pages)

Incipit :
On a peine à croire qu'il y a déjà trente-quatre ans qu'Orwell dort dans son petit cimetière campagnard. Ce mort continue à nous parler avec plus de force et de clarté que la plupart des commentateurs et politiciens dont nous pouvons lire la prose dans le journal de ce matin.

Initialement un essai publié en 1984 (oui, Orwell est décédé depuis bien plus de trente-quatre ans, mort de tuberculose en 1950 à l'âge de 46 ans) puis réédité avec moult notes de bas de pages. Cet essai brosse un portrait d'Eric Blair, s'inspirant ou faisant référence aux divers ouvrages (dont la biographie de Crick) et documents divers, dont des courriers. On peut voir cet essai comme une bonne introduction sur Orwell. A la fin de l'ouvrage des extraits de passages marquants de son œuvre et enfin une rapide analyse de la prétendue liste noire où Orwell aurait été une balance.

Je comptais, un jour, lire la biographie d'Orwell, cet essai m'a convaincu aussi bien par ce qu'il dit (les grandes lignes de la vie d'Orwell) que par ce qu'il ne dit pas (mais qu'il est possible de trouver dans les références citées). Les textes que j'ai lu récemment dans Why I write en particulier le Lion et la Licorne, qui se trouve être son manifeste politique, prennent une toute autre ampleur.

Une excellente introduction sur cet homme singulier. Il me reste à lire sa biographie maintenant !

Note : AAAA

dimanche 20 décembre 2015

Samarcande d'Amin Maalouf

Hue dia !
Samarcande d'Amin Maalouf (Livre de poche, 1988, 312 pages)

Incipit :
Au fond de l'Atlantique, il y a un livre. C'est son histoire que je vais raconter.
Peut-être en connaissez-vous le dénouement, les journaux l'ont rapporté à l'époque, certains ouvrages l'ont consignés depuis : lorsque le Titanic a sombré, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve, la plus prestigieuse des victimes était un livre, exemplaire unique des Robaïyat d'Omar Khayyam, sage persan, poète, astronome.

J'ai d'abord découvert Amin Malouf au travers de son ouvrage Les désorientés puis de son essai Les identités meurtrières. J'apprécie beaucoup son style, son analyse des évènements, sa manière de raconter, ses réflexions. J'en ai déjà un autre de lui, Le dérèglement du monde.

Cet auteur a un réel talent de conteur et je me sens immergé par ses histoires. Petite précision, dans ce livre il y a une carte à la fin, je l'ai découverte une fois le livre terminé. Alors pour les nouveaux lecteurs sachez que vous pouvez vous y référer pour les lieux décrits, nous sommes au XIème siècle, quand bien même nous serions au XXème mon niveau de géographie trouverait toujours utile une carte ...
Le paradis et l'enfer sont en toi
Dans ce livre il y a en gros deux périodes, l'une se situant à l'époque d'Omar Khaayyam (XIème siècle) et l'autre au début du XXème. Je pensais connaitre Omar et ses robaïyat (proche des haïku) et en fait non, pas du tout, j'ai retrouvé avec peine le livre auquel je pensais et il se trouve qu'il s'agit de Nasr Eddin Hodja !! Rien à voir, ah la mémoire ce qu'elle peut jouer comme tour ... En tout cas Amin Maalouf m'a clairement donné envie d'en savoir plus sur cet Omar !!!
Lève-toi nous avons l'éternité pour dormir
Comme points forts, l'auteur nous faire découvrir l'étonnant Omar, un savant, passionné par le savoir et la découverte, comme un enfant lorsqu'un sultan lui propose de lui construire un observatoire. Et surtout un livre dans lequel Omar a consigné ses pensées (ses robaïyat), lesquelles à cette époque aurait pu lui valoir la prison voire la mort. L'auteur s'attache à nous raconter la destinée du seul exemplaire du manuscrit d'Omar ayant traversé les époques.

La deuxième partir, plus récente, décrit l'opportunité ratée de la Perse (en partie due aux pressions géopolitique  Britanniques et Prussiennes) d'entrer dans la modernité. Les forces progressistes n'ayant pu s'installer durablement.

Au final un conte enchanteur et teinté d'amertume. J'aime de plus en plus cet auteur !

Note : AAAA

mercredi 16 décembre 2015

Why I write by George Orwell

Because I can
Why I write by George Orwell (Penguin Books, Great Ideas, 120 pages, 1984)

Incipit :
From a very early age, perhaps the age of five or six, I knew that when I grew up I should be a writer. Between the ages of about seventeen and twenty-four I tried to abandon this idea, but I did so with the consciousness that I was outraging my true nature and that sooner or later I should have to settle down and write books.

En fait il s'agit d'un recueil de quatre courts essais. Le premier qui est le titre éponyme, sur les raisons qui ont poussé Eric Arthur Blair à devenir écrivain, le deuxième sur la politique de l'Angleterre, juste avant la deuxième guerre mondiale et en plein post-colonialisme, le troisième sur une pendaison, essai qui prend à la gorge, et enfin le quatrième sur les dérives du langage dans la pensée et en politique, les discours ou réflexions remplacés par un verbiage approximatif et de la pure communication, le tout au détriment de la clarté et du sens. Bien qu'appliqué à la langue anglaise, il est tout  à loisir de transposer l'analyse, sur le fond, à d'autres langues ... dont le français.

Political language is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearence of solidity to pure wind.

Une langue claire, incisive. Une pensée affirmée et construite. Des dons d'observation et d'analyse qui rendent instructif ces quatre essais. Ce qui m'a amené à lire autre chose que les classiques 1984 et Animal Farm, est une émission qui soulignait la vie intense de l'auteur. Je m'étais dit qu'il fallait que je lise sa biographie. En cherchant la meilleure d'entre elle je suis tombé sur ce recueil. Le dernier essai sur le langage est réjouissant et n'a pas perdu de son intérêt même à notre époque. C'est tout le contraire.

Ayant lu Churchill, le premier essai permet de sentir ce que pouvait penser un esprit réfléchi juste avant 1939 de la politique anglaise vis à vis d'Hitler. Il pressentait les concessions à faire pour gagner la guerre. Certes cela seyait à sa vision du Socialisme, mais il entrevoyait déjà les problèmes que peuvent susciter des écarts de revenu trop important pour ne citer qu'un exemple.

Un livre qui n'est pas du vent.

Note : AAA

Les vieux fourneaux tome 3 de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Ça plane pour moi, houhou houhou !
Les vieux fourneaux - Celui qui part - tome 3 de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet (Dargaud, 64 pages, 2015)

Et voilà la suite des aventures des vieux nanars déjantés, suite du tome 1, Ceux qui restent, une belle surprise, du tome 2, Bonny and Pierrot, un poil moins bien. Toujours l'esprit décalé et l'approfondissement des personnages récurrents avec à la clé une sacré surprise concernant leur voisine Berthe.

Une bonne série !!

Note : AAAA

dimanche 6 décembre 2015

Les identités meurtrières d'Amin Maalouf

Hé Manu, j'te descends ?
Les identités meurtrières d'Amin Maalouf (Livre de poche, 189 pages, 1998 pour l'édition originale)

Incipit :
Depuis que j'ai quitté le Liban en 1976 pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleurs intentions du monde si je me sentais « plutôt français » ou « plutôt libanais ». Je réponds invariablement : « L'un et l'autre ! » Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment je mentirais.

J'avais commandé ce livre car d'une part j'avais apprécié Les désorientés et d'autre part parce qu'une connaissance l'avait cité suite aux attentats de Paris. Je pensais qu'il s'agissait d'un roman, en fait c'est un essai (réussi). Mais je n'y perds rien au change. D'une écriture claire, limpide, rappelant judicieusement ce qu'il appelle des évidences, Amin Maalouf disserte sur une notion complexe, multiple, évanescente parfois, sensible toujours, en particulier de nos jours car souvent instrumentalisée par des politiciens démagogues.

J'ai trouvé ce livre pédagogue, nuancé, fort à propos dans cette période troublée que nous traversons, et offrant même au delà d'une analyse fine et optimiste, un code de conduite, qui, appliqué par tous, pourrait apaiser et désamorcer toutes tentatives violentes et offrir à tout un chacun une ouverture sur l'autre, source d'enrichissement. C'est aussi un livre qui peut permettre, sur les bases communes qu'il propose, d'échanger avec celui qu'on considère parfois avec peur, inquiétude, hostilité. Un livre de salut public en somme.

Prémonitoire lorsqu'il envisage l'élection prévisible d'un Noir à la Présidence des États-Unis, il l'est moins, malheureusement, à son insu, en ce qui concerne l'espoir qu'il recèle. Et suite aux derniers évènements (France, Tunisie, États-Unis) il est d'autant plus important de le lire.

Il a même une proposition pour l'Europe, étayée et soutenue par des argumentations solides comme le reste de son essai,  concernant l'apprentissage des langues. Trois, une identitaire, la troisième l'anglais et celle du milieu une langue européenne de cœur. Cette idée, apparemment simpliste, jouerait plusieurs rôles concernant les identités meurtrières (qu'elles ne seraient donc plus) ce qui lui donne toute sa force. Pour illustrer cet article j'aurais pu extraire beaucoup de phrases pleines de bon sens et sur lesquelles tout le monde devrait être amené à réfléchir, discuter, et avancer.

Un très beau livre avec une conclusion qui clôt cet essai avec brio. Un livre à offrir autour de soi !

Note : AAAAA


jeudi 3 décembre 2015

La Présidente, par François Durpaire et Farid Boudjellal

Bouh !
La Présidente, par François Durpaire et Farid Boudjellal (Les Arènes, 160 pages, 2015)

Et si Marine Le Pen se présentait en 2017 ? bon là pas de surprise, normalement elle se présente, mais si elle gagnait ? Bon ok là il y a certainement qui ont un orgasme, mais pour les autres ? Ha, ça rigole déjà moins, là, non ?

Au jeu de "on se fait peur", c'est même nettement plus probable que ce qui se passe dans Soumission de Houllebecq. Les auteurs ont fait du bon travail, ils ont bien potassé le programme du FN et construisent une politique-fiction des plus crédible en poussant les idées du FN au bout de leur logique si elles étaient appliquées  au sein du pouvoir de la Vème république.

Et comme l'indique le surtitre, "vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas".  Sur certains points ils ne vont pas trop loin, pas de guerre civile (comme le souhaiterais l'O.E.I., l'Organisation de l’État Islamique) mais l'application pure et dure des lois anti-immigration, de la sortie de l'Europe, du retour au Franc etc. et des conséquences probables (Attachez vos ceintures ça va faire mal). Le scénario est bien ficelé, bien construit, bien étayé. Le dessin se prête à merveille pour cette histoire, les personnages sont bien campés, les mises en scènes et les réactions, en particulier des médias et des politiques sont réalistes à souhaits. On s'y croirait. La BD recèle quelques surprises que je vous laisse découvrir.

Du point de vue BD, scénario et dessins, c'est du tout bon. Quant au fond, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas (ha, ha). En ces périodes troublées le choix du FN est encore moins anodin (pour peu qu'il l'ai jamais été). Ma lecture en cours des Identités meurtrières d'Amin Malouf, qui propose un code de conduite constructif, pour écrire les pages à venir de la France et qui va à l'encontre d'un Zemmour , tourné vers le passé, montre à quel point le choix de l'extrémisme est erroné, et à quel point (aussi) je regrette de ne pas avoir avoir lu Amin Malouf plus tôt. Une BD qui a  aussi le courage de parler du présent et de sujets polémiques intelligemment. Je ne peux qu'applaudir.

Une excellente lecture pour une BD tout aussi excellente ! A lire d'urgence.

Note : AAAA