dimanche 28 février 2016

Le Monde de Chas Addams de Chas Addams

Bouh !!!!!
Le monde de Chas Addams de Chas Addams (Hachette, 116 pages, 1973)

Une compilation de dessins humoristiques du créateur de La Famille Addams. Humour noir et décalé, un Sempé en plus macabre tout en restant très amusant.

Trouvé par un petit prix dans une Foire aux Livres !! Très content de cette trouvaille.  D'excellentes idées comme celle de la couverture !

Hé bé je n'aurais pas beaucoup lu ce mois-ci, travail, formations, fatigue, auto-formation, piano, cela ne m'a guère laissé le temps de lire en février. J'espère que cela va changer en mars. D'autant que c'est à nouveau le Prix Emmanuel Roblès et que vendredi 4 mars je devrais apprendre les nommés pour ce prix du Premier Roman et donc six livres à lire en deux mois environ.

Note : AAAA


lundi 22 février 2016

Les rats de Bernard Frank

Toi qui entre ici
abandonne toute espérance
Les rats de Bernard Frank (Livre de Poche, 534 pages, 1985)

Incipit :
Les chars défilaient sur la promenade des Anglais. Bourrieu, agacé, quitta les tribunes. Qu'est-ce qu'il fichait au milieu de cette fête ? Un flic l'arrêta, alors qu'il voulait gagner le pavé.

Un groupe de jeunes intello désœuvrés et faussement cyniques, en pleine crise existentielle, habile aux jeux des codes sociaux, s'en délectant tout en en souffrant secrètement. Cela peut rappeler Hell de Lolita Pille (les deux recommandés par Frédéric Beigbeder dans son livre Premier bilan après l'apocalypse) sauf que chez cette dernière les personnages sont creux comme des tubes PVC.

Ici rien de tel, profondeur des personnages, complexité de leurs pensées, dialogues savoureux d'hypocrisie, de fausse naïveté, de manipulations, de faux semblants, la bêtise et la mesquinerie élevées à un art de haute volée. Un milieu mondain critiqué avec délice et cruauté. Le jeu social alambiqué des milieux intellectuels et littéraires, que Bernard Frank devait bien connaitre (il semble qu'il se soit fâché avec Sartre, car ce dernier apparait dans son livre)

Bernard Frank est presque aussi jeune que Bourrieu, l'un des personnages, et il est étonnant de lucidité, de raffinement, d'analyse des postures et des impostures. Très bien écrit, se déguste avec délectation. Cela me rappelle le regretté Gérard Lauzier et ses tranches de vies. Aussi caustique. Remplit de petites phrases à l'apparence profonde, comme "Ce sont toujours les mêmes hommes qui se mettent en short" et qui prêtent à sourire. Entre impostures et postures, à la recherche du sens de leur vie, avec parfois (rarement) la volonté de changer vraiment le monde ...

La fin est révolutionnaire :-) Littérairement assez intéressant. Écrit à 24 ans ? Chapeau ...

Bon j'étais en formation avancée pendant une semaine, assez éprouvant (mais passionnant) et je n'ai quasiment pas lu !! Cela me manquait ...

Note : AAAA

Non pas de musique pour écrire cet article. Ma fille est souffrante et je préfère garder l'ouïe aux aguets.

mardi 9 février 2016

Ils savent tout de vous de Iain Levison

Où je me branche ?
Ils savent tout de vous de Iain Levison (Éditions Liana Levi, 232 pages, 2015)

Incipit :
Si on lui avait demandé quand exactement tout avait commencé, Snowe aurait dit que c'était au moment où il avait frappé le toxico devant la pharmacie DaVinci. Depuis environ une semaine il se sentait ... réceptif. Comme s'il pouvait ressentir les émotions des autres.
Un policier de rue s’aperçoit petit à petit qu'il a un don, celui de lire dans les pensées des autres. Ce qui peut être assez perturbant mais aussi assez pratique dans son métier. Une particularité qui pourrait intéresser des personnes aux intentions pas totalement désintéressées. Peut-être même n'est-il pas le seul ? Voire qu'un criminel serait affublé du même pouvoir ? Pas cool.

Un auteur que j'aime beaucoup. Je n'ai pas vu qu'il avait aussi sorti Trois hommes , deux chiens et une langouste (que la Médiathèque m'a réservé, merci Catherine !!!!). Ici nous sommes dans le fantastique mais un fantastique loin des super héros en collant et latex. Car Iain Levison s'intéresse à l'humain, à leurs émotions, leurs angoisses, à leur complexité avec toujours son petit côté humour noir ou deuxième degré qui me plait tant. Dommage qu'au niveau technologie il ne se soit pas plus renseigné. Des vidéos de surveillance enregistrées sur DVD ???? Un flic au XXIème siècle qui ne sait pas qu'on est repéré avec un GSM ? alors qu'un dealer de 9 ans le sait ? Bon ce n'est pas dramatique car au travers d'une histoire humaine transpire la société de surveillance et ce ne sont que quelques détails. Levison s'amuse à parsemer son livre de clins d’œil, Snowe le héros principal rappelle Edward Snowden, qui a dénoncé les excès de la NSA et ses techniques particulièrement intrusives, un autre s'appelle Bentham et rappellera à certains le panoptique de Jeremy Bentham (regardez dans google images pour 'panoptique' vous comprendrez). Le pendant de la surveillance est la vie privée. Comment en avoir s'il est possible de lire dans votre esprit ?

Le plus intéressant est l'influence d'une telle faculté, la télépathie, sur la vie de tous les jours et Levison s'amuse beaucoup et nous avec. Les personnages sont intéressants, pas binairese, et une aventure mouvementée nous emporte.

Une légère déception pour la fin qui m'a laissé sur ma faim ... ce qui ne m'a pas empêché de dévorer ce livre qui se lit presque comme un thriller. En tout cas je voulais savoir où cela menait et j'avais du mal à le lâcher !

Note : AAA

Écrit en écoutant Clubbed to death de RobertD, Méditation de Thaïs de Jules Massenet, Le Duo des Fleurs ("Lakmé"), valses de Coppélia de Delibes, Duo des chats de Rossini (Hanna Schaer, anna Maria Miranda), La danse du sabre de Khatachaturian.

dimanche 7 février 2016

Darwin par Jean-Noël Mouret

Cave et aude
E Conchis Omnia

Darwin par Jean-Noël Mouret (Folio Biographies, 2014, 383 pages avec les notes)

Incipit :
1er août 1828. Au cœur de l'hiver austral, un jour sale traîne sur la baie de Port Famine, au cœur des solitudes marine du détroit de Magellan. Dans une atmosphère glaciale, « composée de deux-tiers de pluie et d'un tiers de brouillard », les mâtures de deux vaisseaux de Sa Gracieuse Majesté en mission hydrographique, le Beagle et l'Adventure, mouillés presque bord à bord, se devinent à peine dans la demi-obscurité.
La biographie de Charles Darwin qui a révolutionné l'histoire naturelle après un tour du monde de cinq ans à bord du Beagle, ancien vaisseau de guerre reconditionné pour la découverte scientifique. Un voyage extraordinaire qu'aurait pu conter Jules Verne (il était occupé, alors Jean-Noël Mouret s'en est chargé) tant à la fois pour le côté nature & découverte, voyage dans des contrées lointaines, qu'avec la science toute puissante en plein épanouissement.

Une histoire proprement passionnante qui voit un jeune trouvant difficilement sa voie s'être proposé un tour du monde. Il en ramènera des quantités étonnantes de spécimens divers, d'échantillons, de notes diverses, et de souvenirs d'observations qui lui serviront de base pour produire de nombreux volumes scientifiques. Les relations familiales, fortes (notamment avec son père), émailleront sa vie, comme celle de sa passion avec Emma dont il aura neuf enfants. Tous ne survivront pas malheureusement. Poussé par Wallace, un jeune naturaliste qui commence a avoir des idées proches, il produira son livre le plus connu L'Origine des espèces qui aura des effets qui se font encore ressentir de nos jours. Plein d'anecdotes, en particulier la relation épistolaire contrarié avec un Karl Marx admiratif ou le dévoiement de ses idées dont certaines feront, à tort, le terreau d'idées proche du nazisme. Darwin terminera sa vie couvert d'éloge, de titres, sans souci d'argent aucun, ayant produit un nombre considérable d'ouvrages scientifiques (géologie, etc). Il bénéficiera d'obsèques nationales et sera inhumé à Westminster, oui, malgré ses idées qui entraient en conflit avec les croyants fondamentalistes de son époque.

Un livre enchanteur qui émerveillera petits et grands ! De l'aventure, du suspense, un thriller époustouflant ! hein ? heu non peut-être pas quand même. Bref, lecture enrichissante pour tous les esprits curieux. A noter au centre une carte mondiale pour suivre le périple du Beagle, mais trop succincte à mon goût, il y a aussi quelques photos de famille et quelques documents divers. Des livres originaux d'époque de L'origine des espèces peuvent être aperçus au Musée d'Histoire Naturelle à Paris, dans la galerie de l'évolution je crois, dernier étage, à gauche, oui là, derrière le pilier circulaire en faux marbre.

Note : AAAAA

Écrit en écoutant N°13 The Swan de Yo-Yo Ma (Chamber version), Moonlight Sonata de Beethoven par The Budapest Strings, Ständchen de Schubert par Lang Lang, Mourning Palace de Dimmu Borgir , White Rabbit de Jefferson Airplanes et son dubstep remix !

jeudi 4 février 2016

EBEN ou les yeux de la nuit d'Elise Fontenaille-N'Diaye

Beau titre, non ?
EBEN ou les yeux de la nuit d'Elise Fontenaille-N'Diaye (Rouergue Doado, 58 pages, 2015)

Incipit :
Je m'appelle Eben. Ebenzebe en vérité - mais tout le monde m'appelle Eben. Mon nom tout entier veut dire Pierre de mémoire, mais c'est un peu lourd à porter.
 Alors Eben, je préfère, c'est plus léger.

C'est un livre qui m'a été choisi pour le compte du Salon du Livre de Beaugency qui aura lieu en mars (Le 18-19-20). Je dois en faire une critique donc je m'abstiendrais de trop en dire ici.

Eben est un jeune garçon de Namibie. Il a un signe particulier, les yeux bleus, fruit inattendu des conséquences tragiques d'un fait méconnu, un des premiers génocide du XXe siècle où deux ethnies, les Hereros ainsi que les Namas, ont été massacrées par les Allemands, le grand humaniste Guillaume II préfigurant le génocide nazi, Eugen Fisher, un médecin Allemand racialiste, ayant notamment inspiré Adolf Hitler, c'est dire si les racines du mal sont profondes. C'était l'ambiance à l'époque, la France s'est aussi illustrée à la même époque (20 ans plus tard en 1947) en massacrant des Malgaches, certains historiens contemporain pinaillent sur l'emploi du mot "génocide", il est vrai que massacrer en masse (a minima 10 000 personnes, mais certaines estimations montent à 100 000) une population ciblée ce n'est pas aussi grave qu'un génocide, et évite de dire crime contre l'humanité ?. Un manque d'appréciation peut-être. Un peu comme une écrivaine/essayiste, Dominique Eddé, horrifiée récemment dans le journal Le Monde pour un dessin de Riss (je résume : que ce serait devenu le petit Alyan s'il avait survécu ? : peloter un allemande, suite aux problèmes lors de la Saint Sylvestre). Certes on a le droit de ne pas apprécier l'humour noir, de ne pas aimer Charlie Hebdo, et même de ne pas apprécier les dessins de Riss ou Riss lui-même. Mais je suis tout de même surpris, la tragédie n'est-elle pas l'immigration sur des embarcations dangereuses ? la gestion de l'accueil par l'Europe ? Les passeurs qui exploitent la misère humaine ? Les guerres en Syrie ? etc. etc. Mais non, une "intellectuelle" préfère s'en prendre à un dessin et à une personne plutôt que d'utiliser son temps à des objectifs plus ambitieux (ce serait trop demander semble-t-il). Cela illustre magistralement l'excellent proverbe : lorsque le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt. Et même si c'est le doigt d'un dessinateur, pas n'importe lequel, on en est pas moins idiot pour autant. A peu près du même niveau que ces ados qui ne savent pas interpréter les caricatures de Mahomet, ne l'ayant pas vu pour certains, n'ayant su lire le surtitre pour d'autres, ou n'ayant pu dépasser le dessin pour se sublimer et atteindre un niveau supérieur. Mais concernant des ados je peux (presque) le comprendre. D'un écrivain beaucoup moins. Et, O surprise, il est possible de trouver drôle une caricature, tout en déplorant ce qui arrive aux réfugiés, voire peut-être plus car la caricature nous montre du doigt (encore lui). Mais dans la pensée binaire pas de place à la réflexion, mais à celle de l'émotion, sans recul, sans intellect, qui se rapproche de la position des terroristes contre la Liberté d'expression. Alors merci à Charlie Hebdo, Le Canard Enchainé  si cela peut aussi emmerder ces pisse-froids et mous du bulbe.

Elise Fontenaille-N'Diaye n'utilise pas un dessin, une caricature, ni même l'humour noir, pour démontrer le tragique, l'ignoble, la monstruosité. Elle écrit (très bien) un livre pour ado qui raconte la violence extrême au travers des yeux d'un jeune enfant et d'un pays magique, la Namibie, où, dans le désert du Kalahari, gisent les vestiges oubliés des corps détruit par la folie des hommes, recouvert en saison, de fleurs multicolores ...

Note : AAAA