lundi 28 mars 2016

Seul sur Mars d'Andy Weir

Manuel de pensée latérale et
de spiritualité cosmique
Seul sur Mars d'Andy Weir (Bragelone, 408 pages, 2015)

Incipit :
Journal de bord : Sol 6
J'ai bien réfléchi et maintenant j'en suis sûr : je suis foutu. Foutu de chez foutu.
Dire que ce devaient être les deux mois les plus extraordinaires de ma vie ... Six sols plus tard, le rêve s'est transformé en cauchemar.
Je ne sais pas qui lira ce truc. Quelqu'un finira bien par le trouver. Dans une centaine d'années peut-être.

Un voyage habité sur Mars qui devait durer deux mois. Mais l'arrivée inopinée d'une forte tempête provoque un départ précipité. Au cours du début de la tempête Mark Watney est blessé par un objet volant et ses compagnons l'abandonnent, pensant qu'il a péri. Botaniste et mécanicien, sur une planète désertique et aride, sans atmosphère quasiment, s'en sortira-t-il ?

Livre adapté au cinéma par Ridley Scott avec Matt Damon dans le rôle principal, un film qui m'avait captivé (qualité des images, de la mise en scène, et une tension régulière). Eh bien le livre m'a tout autant passionné bien que je le lise après l'avoir vu sur grand-écran. Il est vrai qu'il ne s'agit pas de novélisation, mais aussi parce que le style mélange aventure humaine, haute technicité,  scénario plausible dans l'espace et bon sentiments, le tout formant une recette réussie. De l'humour, de l'ingéniosité (Mac Gyver sur Mars !!!), un Robinson Crusoé (sans Vendredi) avec la planète rouge comme île.  Dans la lignée des films comme Gravity et Interstellar, un livre sur la survie où le mental, la volonté, la psychologie ont autant, sinon plus, d'importance que la pensée latérale et la technologie pour résister devant l'adversité, quoique l'inverse n'est pas faux non plus.

La bible du hacker dans l'espace. Devrait susciter des vocations d'ingénieur ! J'ai passé deux sols en compagnie de Mark, et je n'ai pas vu le temps passer (au contraire de lui à souffrir dans des zones confinées ou à lutter pour sa survie !), un très bon thriller pour technophile mais aussi les autres. Pour les amoureux de l'espace, où on peut s'apercevoir que savoir compter, connaitre des principes de physique, de chimie, peuvent être indispensables pour comprendre mais aussi s'en sortir. On comprend aussi que l'espace ... c'est pas simple.

Note : AAAA

dimanche 27 mars 2016

Un marin Chilien d'Agnès Mathieu-Daudé

Un marin Chilien d'Agnès Mathieu-Daudé (Gallimard, 246 pages, 2016)

Incipit :
Hekla aurait pu être une « grand-mère moderne » si seulement on avait pu l'imaginer grand-mère et si l'adjectif de moderne n'avait paru déplacé pour une femme de quatre-vingt-treize ans encore capable de fumer des poissons presque aussi grands qu'elle ou de tirer à la carabine avec la précision d'un busard.

Alberto, un orphelin chilien, devenu géologue, part pour l'Islande où un volcan est sur le point d'avoir une éruption. Il y croise Thórunn et prend avec elle un simple café. Cela aura des conséquences insoupçonnées.

Un livre que j'ai dévoré et dont la fin, en queue de poisson (fumé), m'a d'autant laissé en suspend. Ce n'est pas une mauvaise fin en soi, juste que les fins qui ne se terminent pas vraiment parfois me déplaisent. C'est le cas ici, frustrant ma curiosité. Et fais perdre la première place dans mon classement pour le prix Roblès, ce livre étant dans la sélection 2016.

Un livre très riche sur les rapports humains, sur le désir, l'envie, la xénophobie, les préjugés, la jalousie, l'amour, la haine. Du classique certes mais au travers d'une aventure en Islande, avec son climat sévère, sa géologie tourmentée, son passé avec ses légendes, ses us et coutumes, son Histoire et ses mœurs différentes. J'ai eu vraiment envie de connaitre la suite et les chapitres ont défilés. Le titre est très bien trouvé prenant à contre-pied le lecteur et certains personnages.

Au final une très bonne sélection Roblès, très équilibrée, où il n'y a pas un livre qui se détache très clairement des autres, ce qui me va bien pour le plaisir de lecture, et moins en ce qui concerne le choix de les classer pour le vote. 

Note : AAAA

samedi 26 mars 2016

Je me suis tue de Mathieu Menegaux

La chute
Je me suis tue de Mathieu Menegaux (Grasset, 186 pages, 2015)

Incipit :
La porte vient de se refermer derrière moi. J'attends le claquement coutumier du verrouillage électronique, et voilà. Je suis tranquille, jusqu'à demain matin, 7 heures. Tranquille, façon de parler : il suffit de faire abstraction des plaintes des nouvelles arrivées, du grincement des œilletons qui coulissent et des éclairs de lumière dans la cellule toutes les trois heures.  
Une bourgeoise, quadragénaire, dont on pourrait dire qu'elle a tout pour être heureuse, a un seul regret, ne pas avoir eu d'enfant. Par un hasard tragique, son souhait va s'exaucer. Elle le paiera au prix fort.

Un portrait de femme, avec toutes ses contradictions, ses ambiguïtés, ses regrets, ses changements d'émotions, sa psychologie, devant la mécanique implacable qui va l'écraser, l'anéantir. Je ne suis pas une femme mais j'avais l'impression que c'était écrit par une femme. L'auteur remercie d'ailleurs l'aide apportée par celles-ci dans la postface pour rendre crédible ce portrait d'un point de vue féminin. Réussit selon moi, pauvre homme.

Une sélection du prix Roblès 2016, et encore un bon livre. Le classement déjà pas simple devient plus difficile encore, mais Je me suis tue est de toute façon, pour moi, soit premier, soit deuxième. Le problème est que je dirais aussi cela de En attendant Bojangles ou Today we live. Hummmm.

Un très beau titre, à double sens, qui joue sur l’ambivalence du mot "tue" (verbe taire et tuer).

Note: AAAA

mercredi 23 mars 2016

CIEL 1.0 L'hiver des machines de Johan Heliot

TRON 3.0
CIEL 1.0 L'hiver des machines de Johan Heliot (Gulf Stream éditeur, 2014, 242 pages)

Incipit :
Le CIEL n'était plus vide.
A l'aube des années 2030, une forme d'intelligence nouvelle régnait sur les espaces infinis du Central d'Informations et d’Échanges Libres.
Le vieil Internet avait été relégué au magasin des antiquités après une trentaine d'années de bons et loyaux services. Son remplaçant l'avait avalé et digéré sans effort.

Une Intelligence Artificielle a pris le contrôle d'Internet dans un but idéologique écologique assez clair.  On suit divers membres d'une même famille subissant cette dictature d'un ordre nouveau.

Je passerais sur les approximations techniques ou historiques. Par exemple la date communément admise pour la naissance d'Internet est 1983. En 2030 Internet aurait donc bien plus de 30 ans de bons et loyaux services. Et puis Internet c'est une interconnexion de réseau, sur lequel s'appuie CIEL, difficile de dire qu'il "disparait" ou que c'est une antiquité, car il a déjà énormément évolué (protocoles mais aussi technologie des tuyaux). Mais bon ce sont des détails. A noter que l'auteur est français. Donc le livre aussi, ce n'est pas une traduction. Pourquoi je dis cela ? car le réseau CIEL donne en anglais Skynet ... qui devrait évoquer un réseau bien connu ... en tout cas pour ceux qui ont vue la série des Terminators. Et je ne crois pas au hasard, un clin d’œil amusant en tout cas.

Une histoire bien menée et à suivre. Je suis très tenté par la suite. Me rappelle entre autre la série Daemon et Freedom de Daniel Suarez qui part d'un postulat assez similaire en poussant l'aspect technique/technologique assez loin (google glass, imprimante 3D, mondes virtuels, réalité augmentée, jeux vidéos massivement multi-joueur, robotique, porte dérobée, trous de sécurité, troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkins, etc.). Outre les aspects écolo (pollution, réchauffement climatique etc), il y a l'aspect politique, la planification rationnelle, et la survie dans un monde rendu hostile car extrêmement dépendant de l'électricité, un SPOF (Single Point Of Failure) de nos sociétés. On s'en rend assez vite compte lors d'une petite panne électrique, imaginez qu'elle dure ... et/ou qu'elle soit contrôlé par une dictature ... Belle parabole sur la dictature du numérique et tous ses gadgets qui, à la moindre panne électrique, sont rendu inopérants, mais aussi tous les services de l'état, colosse aux pieds d'argile. D'ailleurs la série américaine CSI Cyber explore aussi, à sa manière, la société technique dans laquelle nous vivons. A une époque où des voitures sans pilotes sont homologuées et où AlphaGo bat Lee Sedol, ce livre tombe à pic.

Bref, un roman qui pose de bonnes questions sur un nombre de sujets assez large, bien adapté au public jeunesse auquel il s'adresse. Les adultes pourront aussi en profiter. Je compte lire la suite dès que possible !! La faute aussi au Salon du Livre jeunesse de Beaugency, le budget a été attribué à ma fille, mais je me suis laissé tenté par ce livre (je sais, aucune volonté).

Note : AAAA

lundi 21 mars 2016

The Case of the Missing Marquess by Nancy Springer

Don't lean out of the window
The Case of the Missing Marquess :  Enola Holmes Mysteries #1 by Nancy Springer (Philomel, 224 pages, 2006)


Incipit :
I would very much like to know why my mother named me "Enola," which, backwards, spells alone. Mum was, or perhaps still is, found of ciphers, and she must have had something in mind, whether foreboding or a sort of left-handed blessing, or, already, plans, even though my father had not yet passed away.

Intéressé depuis assez jeune pour les aventures de Sherlock Holmes, ayant lu pas mal de romans (et de séries comme l'excellentissime série Sherlock) inspirés de Conan Doyle pour des aventures diverses et variées (Holmes contre Jack l'éventreur, La solution à 7%, etc), c'est tout naturellement que je me suis laissé happer par ces aventures de la ... sœur de Sherlock et de Mycroft. D'un postulat assez classique, l'auteur tire une aventure que j'ai trouvé un peu poussive et manquant d'originalité. Comme il s'agit d'une série je lui laisse sa chance et lirai la suite ! D'autant que la trame de fond n'est pas résolue.

Et donc non seulement Sherlock et Mycroft ont une sœur, Enola,  mais aussi une maman ... qui a disparu, pour recouvrer une liberté perdue semble-t-il. Se greffe à cela la recherche d'un jeune aristocrate, qui a fugué ou a été enlevé. Les rapports très victoriens (que ce soit avec la maman ou la petite sœur) donnent un peu de piquant.

J'ai mis un mois pour lire cette histoire, non par sa difficulté, mais à cause, vous l'aurez deviné (cf. supra), d'une intrigue pas terrible (et une priorité basse par rapport à mes autres lectures). Mais ça se lit. De temps en temps. Ce qui en fait l'attrait principal c'est le personnage d'Enola, on s'en serait douté, mais bon, avec une bonne histoire en plus cela aurait été sympa. Allez, je lui laisse sa chance et je vais entamer le tome 2.

Hier le Salon du Livre Jeunesse de Beaugency s'est clos. J'ai perdu mes deux rotules et ce matin le lever a été un tant soit peu complexe. Mais cela en valait la peine !

Note : A

dimanche 20 mars 2016

Djibouti de Pierre Deram

Les enfants de la violence
et de la beauté
Djibouti de Pierre Deram (Buchet Chastel, 114 pages, 2015)

Incipit :
Le taxi tourna brusquement. Entraînée par sa vitesse, la voiture fit une rapide embardée sur la voie de gauche. Personne n'y prêta la moindre attention. Au loin, les lumières du port défilaient, suspendues dans la nuit comme des étoiles rouges.

Quotidien de militaires (légionnaires) à Djibouti, avant le départ de l'un deux. Dans une chaleur suffocante, des êtres survivent dans une vie aux buts indéfinis, cherchant l'amour, à vivre, à ne plus subir. Climat où règne une certaine violence, de l'absurde, dans un environnement poisseux et sale. En dépit de tout cela une certaine poésie se dégage, rendant ambivalent ce texte assez bien écrit, qui transmet des sensations contradictoires, oscillant entre la beauté des paysages, du ciel étoilé, et l'indigence des lieux de perditions, bar et hôtels de passe.

Je l'ai terminé ce matin, à l'expo de Carole Chaix, présente à l’Église Saint-Étienne dans le cadre du Salon du Livre Jeunesse de Beaugency. Entouré par des objets d'art, sur fond musical de Jazz, affalé dans le divan moelleux (très très bonne idée) situé devant une des installations, mon épouse me couvant des yeux, le bonheur total quoi. Suis repassé vite fait au Salon pour livrer des documents secrets et un colis spécial. Mission effectuée sans accro. Ai livré une bière à l'auteur dont je m'occupe spécialement (il doit commencer à s'en douter ...). Je vais finir par lui acheter une BD si cela continue (bon c'est pour jeunes ados mais pourquoi pas ...), avec dédicace bien sûr. Il dessine à une vitesse, c'est pas croyable. Les autres dessinateurs sont aussi très talentueux et je prends grand plaisir à les regarder faire un dessin (plume, pinceau, feutre, tout y passe).

Un texte intéressant qui ne laisse pas indifférent. J'ai un peu de mal à le situer par rapport aux autres de la sélection du prix Roblès.Le classement se complique. Pour la première place j'hésite pour l'instant entre Bojangles et Today we live. La troisième pourrait être ce livre et en quatrième, Le cas Annunziato. Ou l'inverse. Pas facile car tous sont intéressants à leur manière.

Note : AAA

samedi 19 mars 2016

31ème Salon du Livre Jeunesse de Beaugency 2016

Affiche de Carole Chaix !
31ème Salon du Livre Jeunesse de Beaugency (2016, Dpt 45)





L'inauguration a eu lieu hier soir. Ce Samedi a été bien rempli ! Rencontre avec plein d'auteurs dont Elise Fontenaille-N'Diaye, pour son livre EBEN ou les yeux de la nuit, Carole Chaix, l'invitée d'honneur, dont l’Église Saint-Étienne présente une magnifique exposition sur le thème du salon, Les objets, peut-être l'agencement le plus original et le plus dense qu'il m'ait été permis de voir depuis quelques temps, des centaines de dessins, un univers foisonnant.

J'ai pu servir des bières à un des auteurs qui en est friand (un dessinateur talentueux), dont je tairai le nom, mais j'aime bien prendre soin d'un auteur en particulier, c'est tombé sur lui cette année ! Car Cédric Tchao n'est pas présent cette année (mais avec lui c'était des pâtisseries, pas des bières ...).

Et pour terminer cette longue journée, j'ai pu assister et participer à l'atelier de Nicolas Bras, et fabriquer une flûte à partir de PVC et d'un bout de hêtre. Pas si simple, en tout cas moins évident que ce que j'avais imaginé, plein de petits détails auxquels penser, mais j'ai pu profiter de l'expérience et du talent de Nicolas, qui a été très sympathique. Et la flûte n'est pas pour moi, mais pour mon épouse, qui aurait tant aimé être à ma place.

Toujours un salon très agréable, avec beaucoup d’activités, de spectacles divers, avec comme toujours le Petit Journal, très bien fait, qui permet d'apprendre plein de choses sur ce qui se passe sur le salon, qui il est possible de rencontrer etc. La médiathèque de Beaugency, avec Mehdi Chami et son équipe, ont même préparé des lectures interactives utilisant le Kinect de Microsoft. J'ai pu l'expérimenter, j'ai même choisi la version en langage des sourds et muets. Il m'a été possible d'assister à l'inauguration du camion Roulebarak, une peinture en extérieur par Sébastien Touache , mais pas de conférence (pas assez de temps !).

J'oublie certainement plein de choses, mais n'hésitez pas à y aller et à consulter le programme du Salon.

Note : AAAA

Écrit en écoutant l'album Night Song, de Nusrat Fateh Ali Khan, en particulier les excellents morceaux Sweet pain et Crest.

vendredi 18 mars 2016

Erik Satie de Romaric Gergorin

Cataclop cataclop
Dada est partout
tout est Dada


Erik Satie de Romaric Gergorin (Actes Sud/Classica, 168 pages avec bibliographie et index, 2016)

Incipit :
Premiers chocs, premières fêlures, la disparition de sa mère, puis de sa grand-mère, oblige Erik Satie à s'inventer une identité sans autre protection qu'un mystère voilant son intimité. 

Avant toute chose, aujourd'hui est l'ouverture du 31ème Salon du Livre Jeunesse de Beaugency. Remise de prix, ateliers découvertes (reliures, imprimerie, etc.), des spectacles ... et des livres. Plein !

Cela faisait un bout de temps que je recherchais à lire la biographie d'Erik Satie. Déjà, un objectif beaucoup plus réaliste et réalisable que de jouer une Gymnopédie. J'ai tenté, je vais attendre encore un peu. Entre 5 et 20 ans, j'hésite encore.

Sa musique m'intriguait par sa modernité, son originalité, et les annotations de jeu de ses œuvres pianistiques m'amusaient énormément. Et puis depuis un certain temps les biographies m'intéressent, finalement. Je n'ai pas été déçu, que ce soit sur la vie même de Satie, de la genèse de quelques-unes de ses créations, du milieu dans lequel il naviguait, de sa proximité intime avec la peinture et les peintres bien sûr. Je pensais avoir l'intégrale de la partie piano, que nenni, il manque notamment Vexations. Bon, c'est pas simple pour un éditeur, 840 fois un motif, cela fait long. 18 heures semble-t-il, défi relevé par John Cage (pas tout seul, fort heureusement). Cela fait quelques CDs.

L'auteur présente très bien son sujet, il a semble-t-il une excellente connaissance des créations d'Erik, et intègre bien le tout dans la vie mouvementée de Satie. Je ne savais pas que ce dernier avait été au cœur du Dadaïsme, ni n’avait connaissance de la rivalité avec divers artistes (Debussy, Ravel). Un livre relativement court mais qui en fait une excellente synthèse.

J'avais appris sur Radio Classique ou France Musique (je navigue entre les deux) que Pierre Boulez avait dit que le Jazz était de la musique de bar. Bon. Dire des âneries cela arrive. Eh bien dans ce livre j'ai appris que Pierre Boulez disait de Satie que c'était un inventeur du dimanche. En cherchant un peu il a dit aussi d'autres imbécilités. Difficile d'empêcher un nain de pisser sur une statue. En tout cas ce livre montre à quel point Satie a eu une influence sur son époque et celle qui a suivi.

Un livre très sympathique, à déguster avec un bloody mary en écoutant les Gymnopédies et les Gnossiennes et le reste si affinités.

Note : AAAA

dimanche 13 mars 2016

Le cas Annunziato de Yan Gauchard

Le cas Annunziato de Yan Gauchard (Les Éditions de Minuit, 125 pages, 2016)

Incipit :
Le 16 mars 2002, dans le couvent dominicain aménagé en Museo nazionale di San Marco, à Florence, piazza San Marco, numéro 1 (téléphone 055-294883 ; entrée : 4  €), Camelia dei Bardi, employée de musée, outrepassa sa mission de surveillance en s'autorisant une farce qui se voulait simplement, en unique ressort, une amusante réprimande.

Une des sélections du Prix Roblès 2016. Après En attendant Bojangles et Today we live, j'en arrive à cette troisième sélection. La moitié !

L'histoire un brin farfelue et absurde d'un traducteur, Fabrizio Annunziato qui se retrouve enfermé dans une cellule d'ancien couvent devenu musée.

Cela se lit plutôt bien, le début m'évoquant fenêtre sur cour, pour osciller vers un passé historique plus sombre lié au terrorisme. Pourquoi pas. Le style m'a légèrement déplu, j'ai hésité entre un style d'écrivain débutant comblant le manque d'idée, pour décrire un scène, par des paraphrases alambiquées (comme dans La ligne de courtoisie de Nicolas Fargues, exercice de style oulipien),  une parodie du style de Jean Echenoz, ou un choix créatif assumé pour souligner l'absurdité du fond par la forme. Un style ampoulé qui n'est pas pour autant lumineux, parfois pour ne pas dire grand-chose, à la limite du nombrilisme, l'auteur s'écoutant écrire. Par exemple (page 10) :

"../.. l'épouvantable facilité de séquestrer un homme ../.."

bon, Annunziato vient seulement de se faire enfermer à clé, faut pas pousser non plus. Littérairement intéressant mais un peu lourd et pédant pour pas dire grand-chose ou faire grand cas d'un détail futile. Cela peut amuser, mais point trop n'en faut. Autre exemple (page 93) :

../..  « On ne pourrait pas le voir ? » chuchote silencieusement et interro-négativement ../..

on passera sur le non-sens du chuchotement silencieux (oui, ok, c'est un oxymore renforcé à double hélice, c'est poétique/littéraire/soutenu/stylé bla bla bla), qui peut à la rigueur évoquer de bouger les lèvres sans parler mais le interro-négativement ??? (c'est moi qui souligne) pour dire ce que le lecteur a déjà lu (phrase interrogative avec une négation) est d'un lourdingue assez pénible. Ce genre de pesanteur ne se rencontre pas à chaque page, mais de temps en temps, régulièrement, et m'a un peu agacé. A ce jeu du style qui tue, l'auteur s'emmêle les pinceaux, plein de détails sur le MP5, d'Heckler and Koch, la longueur de 660 mm, bla bla bla (comme dans l'incipit, prix du repas, n° de tél du resto etc. pour faire genre), pour parler d'enrayement du ... percuteur (page 63). Je serais très curieux qu'il m'explique comment un percuteur peut s'enrayer. Une culasse je peux comprendre, mais un percuteur ? Bref.

Mis à part ces effets déplaisants, le roman se lit pas trop mal. Je le trouve en deçà des deux autres sélections précédemment lues (vous vous en doutiez ???? Mince, j'aurais pas cru). C'est quand même original, à sa manière, et si vous êtes mieux luné que moi vous pourriez même adorer !

Note : AA

Écrit en écoutant le double album Valentina Lisitsa plays Philip Glass (magnifique !)

samedi 12 mars 2016

Today we live d'Emmanuelle Pirotte

Today we live d'Emmanuelle Pirotte (cherche midi, 238 pages, 2015)

Incipit :
La tartine resta suspendue au bord des lèvres du père. Chacun se figea devant son café fumant. Un hurlement de femme depuis la rue. Des pleurs, des cris, le hennissement d'un cheval. Le père alla ouvrir la fenêtre.

Une des sélections du Prix Roblès 2016. Après En attendant Bojangles, de nouveau une excellente surprise.

Une complicité contre-nature (par rapport au contexte historique, fin de la deuxième guerre mondiale) entre deux personnes, un allemand infiltré et une jeune juive, une relation au delà de l'âge, de l'origine, du passé, de sa race, de sa langue, par-delà bien et mal, dans un monde meurtri, chaotique, où un détail peut signer votre arrêt de mort, où l'ambivalence de l'âme, la porosité entre les extrêmes, où tout n'est pas noir ni blanc, l'homme se découvre devant l'obstacle, et où l'instinct de survie allié à des aptitudes particulières décident du sort des individus.

Un livre aussi marquant que Rien où poser sa tête. J'aime beaucoup la manière dont l'auteure s'y prend pour éclairer ces périodes sombres où les grandes lignes sont connues, mais où parfois règnent les simplifications et les clichés. Tout n'est pas binaire ou polarisé, une réalité plus complexe, plus ambigüe. Les grandes lignes, par exemple, présentent les américains comme des libérateurs, ce qui est vrai, cela va de soi. Mais dans les détails il y a eu des abus, des camps de concentration comme raconté dans Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka. Ici c'est un peu pareil, quelle que soit l'origine ou le pays, un individu n'appartient pas de facto au camp du bien, il peut bien se comporter ... ou pas, être courageux ... ou lâche, et pas toujours, cela dépend du moment, du contexte. C'est cette richesse qui est aussi décrite dans ce livre, et cela est très bien fait. La relation très particulière qui s'installe entre l'allemand Mathias et la juive Renée est bien amenée, avec sa part d'incertitude, de sentiments indicibles, et d’instinct de vie, décidé, sauvage, cruel, où les apparences, les mensonges, jouent un rôle déterminant. L'Homme peut y être à son meilleur comme à son pire, hypocrisie, lâcheté et faiblesse peuvent côtoyer générosité ou sacrifice. Il n'y pas grand-chose à gratter pour que l'Homme dévoile sa nature profondément animale et sauvage. La société et ses codes tiennent  à peu de choses ...

Un très bon roman !!

Note : AAAA

dimanche 6 mars 2016

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut

La Maison des Thés,
dit Vert de Printemps, d'eau ... tonne !
En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut (Finitude, 2015, 159 pages)

Incipit :
Mon père m'avait dit qu'avant ma naissance, son métier c'était de chasser les mouches avec un harpon. Il m'avait montré le harpon et une mouche écrasée.
- J'ai arrêté car c'était très difficile et très mal payé, m'avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué.

Livre de la sélection du Prix Roblès 2016. Je ne serais pas surpris qu'il obtienne plein de récompenses. Bon là vous soupçonnez que ce livre m'a plu. Pas faux.

Dès l'introduction le ton est donné, une famille complice, loufoque, atypique, originale, pleine d'humour, non conformiste et pleine de vie. L'alchimie du bonheur, en somme. Livre qui m'a rapidement évoqué le film Benny & Joon ou le livre Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit, car traitant du handicap mental avec une sensibilité rare, sans pathos inutile ou superflu. Avec ce brin de folie qui nous rappelle qu'on prend trop de choses au sérieux.

Certains ne deviennent jamais fous ...
Leurs vies doivent être bien ennuyeuses.
Charles Bukowski

L'auteur a su trouver un équilibre parfait entre humour, tendresse, amour de la vie, de l'autre, et la tragédie, injuste, frustrante. Un livre que j'aurais aimé écrire. Touchant, parsemé de jeux de mots (raté/taré), de rimes, de poésie, ou tout simplement d'observations assez bien vues. Arrive à parler de choses difficiles avec légèreté, un art difficile je pense. De ce point de vue m'a rappelé la série Pushing Daisies, la voix off étant ici celle d'un enfant.

En plus la couverture sied à merveille cette fable. Coup de cœur et coups au cœur ... préparez vos mouchoirs. Chaudement recommandé.

Note : AAAA

En écoutant ... Mr Bojangles de Nina Simone, bien sûr !

samedi 5 mars 2016

Trois hommes, deux chiens et une langouste de Iain Levison

Trois hommes, deux chiens et une langouste de Iain Levison (Liana Levi, 2009, 267 pages)

Incipit :
Mitch était planté devant un écran plasma 42 pouces quand la femme surgit derrière lui. Elle était jolie mais n'avait pas l'air commode, le genre hippie, avec de longs cheveux répandus sur une espèce de drap de lit marron. Mitch avait contemplé l'étiquette de la télé - 1 799 dollars - en sachant qu'il ne la possèderait jamais, pas avec son salaire de chef de rayon à Accu-mart. A moins de la voler.

Le titre anglais est plus sobre et moins dans le tape à l’œil (The dogwalkers), cela sent un peut le marketing spécialisé dans les titres les plus farfelus pour attirer le chaland. Bref. D'autant que dogwalkers montre bien l'idée que les héros du livre se laissent entrainer et ne maitrisent pas grand-chose, une métaphore en somme. Pour le titre français, concernant la langouste c'est moins discernable, même si celle-ci est bien cité dans le livre. Bref.

L'histoire tragi-comique d'une bande de losers, pas vraiment méchants, plutôt même attachants, mais avec la tendance assez fâcheuse à monter des plans foireux pour s'en sortir. Une critique corrosive du matérialisme et de la misère sociale qui vous poussent parfois à des excès incontrôlés. La pulsion ludique mêlée de bêtise naïve. De petit boulots en petits boulots, luttant pour payer le loyer, contre les petits chefs, trois gars pas vraiment idiots, ayant le sens des réalité pour leur quotidien mais le perdant dès qu'ils se bercent d'illusions pour une vie meilleure, décident divers plans pour enfin ne plus lutter pour survivre. Deal de drogues, vol de voiture de luxe, promenade de chiens de riches, pour finalement préparer l'apothéose de leur carrière de délinquants minables, un casse. A votre avis, cela va-t-il bien se passer ? Suspense intolérable, angoisse insoutenable du lecteur ...

Un livre sympathique mais j'ai préféré ma lecture précédente de cet auteur (que j'apprécie toujours par ailleurs, pour ses personnages, sa critique sociale, sa description de la misère et de nos illusions).

Note : AA

Article écrit en écoutant Schéhérazade de Rimsky Korsakov.

Double fond de Jason Lutes

Double fond de Jason Lutes (Delcourt, 1997, 144 pages)

Une histoire à plusieurs tiroirs, entre un prestidigitateur au chômage admirateur d'un ancien illusionniste à la retraite qui s'échappe régulièrement de l'asile pour vieillards, et qui rencontrent un père et sa fille dans le besoin, se crée une histoire touchante sur fond de misère sociale.

Je l'avais trouvé en farfouillant dans la Bourse aux Livres de Mer, séduit par le dessin ligne claire et parce que cela parle de magiciens, un sujet qui m'avait passionné à un moment mais qui demande un temps très important. Je me rappelle travaillant les comptages optiques, le comptage Elmsley, ou certains tours particulièrement ébouriffants.

L'interaction entre les différents personnages, tous étant plus ou moins dans la mélasse est assez réussie. J'ai apprécié le clin d’œil à Hergé (page 79, qui est une des cases du Trésor de Rackham le Rouge, page 9, à noter la présence du miroir qu'Haddock va casser) ou à Houdini (Ehrich Weiss dans la vraie vie et roi de l'escapologie, activité que pratiquait le frère décédé dans cette histoire). Un titre évocateur : toucher le fond, mais aussi le frère "suicidé" au fond d'une rivière et aussi un "truc" de magicien (double fond pour dissimuler quelque chose), bref on sent que l'auteur a bien réfléchi à son affaire, à la construction, notamment les enchainements des cases. Peut rappeler aux passionnés les préceptes de Scott Mc Cloud dans son célèbre ouvrage théorique sur la BD, L'Art Invisible.

Note : AA

Article écrit en écoutant l'emballant Epitaph de Moriarty.

La sélection du 26ème Prix Emmanuel Roblès

La sélection du  26ème Prix Emmanuel Roblès (Blois, 2016)



La sélection du 26ème Prix Emmanuel-Roblès du premier roman :


  • BOURDEAUT, Olivier, En attendant Bojangles, Finitude, 2015, 159 pages
  • DERAM, Pierre, Djibouti, Buchet Chastel, 2015, 128 pages
  • GAUCHARD, Yan, Le cas Annunziato, Éd. De Minuit, 2016, 124 pages
  • MATHIEU-DAUDÉ, Agnès, Un marin chilien, Gallimard, 2016, 256 pages
  • MENEGAUX, Mathieu, Je me suis tue, Grasset, 2015, 192 pages
  • PIROTTE, Emmanuelle, Today we live, Le Cherche Midi, 2015, 238 pages

Une sélection qui me semble prometteuse. Je viens de commencer En attendant Bojangles et c'est un régal.

Bonne lecture à tous et à toutes !

jeudi 3 mars 2016

Beethoven par Bernard Fauconier

Pom, pom, pom, pommmm !
Beethoven par Bernard Fauconier (Folio Biographies, 282 pages avec les notes, 2010)

Incipit :
Le personnage de Ludwig van Beethoven semble un pied de nez éclatant aux déterminismes supposés de la génétique et de l'hérédité. Ce fils d'un chantre alcoolique et violent et d'une mère tuberculeuse, flanqués de frères ineptes et parfois malfaisants, plus tard d'un neveu assez décevant, selon ses critères exigeants jusqu'à la tyrannie, cet écorché au caractère indomptable n'avait guère qu'une solution pour échapper aux tares de son milieu : devenir un génie.

Je prends goût aux biographies. Après l'excellent Darwin, j'ai jeté mon dévolu sur Beethoven, aussi pour compléter mes connaissances en musique classique. C'est une biographie honnête, sincère, qui brosse les grandes lignes de ce musicien hors normes. Ce format me plait bien, environ 300 pages, avec un corpus de notes complémentaires. Bref la collection folio biographies est une bonne introduction sur la destinée d'un personnage célèbre.

Bien sûr parfois j'aurais aimé plus, l'analyse d'une partition par exemple. Mais ce n'est pas un traité de musicologie. La vie de Beethoven a été assez mouvementée, heureusement qu'à l'époque le mécénat existait car il était déjà difficile, à l'époque, de vivre de son art, même en étant célèbre. Une personnalité originale et au caractère bien trempé qui avait une puissance de travail étonnante. Parsemé d'anecdotes intéressantes, comme par exemple celle où j'ai appris que Franz Liszt, beaucoup plus jeune que Beethoven, qu'il admirait, n'osait approcher le maître. Quand je sais en tant que lecteur ce qu'est devenu Liszt au piano, je trouve cela amusant, et, quelque part, la rencontre de ses deux génies n'a pas donné quelque chose de commun, une rencontre ratée, parmi d'autres.

Un ouvrage qui incite à écouter, ou réécouter, certaines de ses œuvres, à l'éclairage du contexte de leur création. Amusant d'apprendre qu'à l'époque, ses inventions novatrices n'étaient pas toutes acceptées d'emblée, car remettaient en cause l'ordre existant. Qu'il y avait aussi lutte de pouvoir ou d'influence entre les anciens et les nouveaux ... Ahh le monde de la musique !

Note : AAA

Article écrit dans un silence monacale propice à toutes les dérives de l'imaginaire (Tu parles !)