samedi 21 mai 2016

Purity de Jonathan Franzen

La comédie humaine
Purity de Jonathan Franzen (Éditions de l'Olivier, 744 pages, 2016)


Incipit :
- Oh, chaton, je suis si contente d'entendre ta voix, dit la mère de la fille au téléphone. Mon corps est encore en train de me trahir. J'ai parfois l'impression que a vie n'est qu'un long processus de trahison corporelle.
- Mais n'est-ce pas le lot de chacun ? répondit Pip, la fille.
Difficile de résumer un tel ouvrage sans édulcorer son contenu. J'ai lu le quatrième de couverture après et il est plutôt bien fait. En tout cas il m'aurait amené à le lire ce qui est, après tout, sa fonction. Mais souvent ils en disent trop et j'évite de le lire au préalable. Pas facile de choisir un livre donc. Alors comment j'ai été tenté ? Déjà de lire un livre de Jonathan Franzen? Je n'en avais jamais lu. Et puis le titre et la couverture. Enfin un résumé à la radio je crois, que j'ai coupé dès que mon envie de le lire s'est manifestée.

Bon c'est un monument de 740 pages. Personnellement je me suis bien senti dedans dès les premières pages. J'aime beaucoup le style, la profondeur des personnages et l'introspection des personnages qui, il faut le dire, est parfois assez alambiquée voire torturée. C'est aussi une réflexion sur notre époque et pas mal de thème actuels participent à l'intrigue (oui il y en a une, bon elle commence à pointer le bout de son nez vers la page 400 mais je n'étais pas pressé) comme la transparence, les whistles blowers, les réseaux sociaux, le journalisme à l'ère d'internet, le Pouvoir ,la Manipulation, la Trahison, la Folie,la Surveillance mais surtout les relations interpersonnelles entachées de mensonges, de peur, d'hypocrisie,  d'amour, de haine, etc. le tout se faisant écho avec la société en général. La construction de l'ouvrage est en plusieurs parties avec des flash backs, des points communs sur le passé de certains personnages et petit à petit comment ils vont se croiser. Le personnage du titre, Purity, recherche son père. Elle vit dans un squat, puis rencontrera tour à tour un lanceur d'alerte et un journaliste 2.0. Bon dit comme cela c'est pas top, mais difficile de résumer ce roman fleuve aussi densément riche.

Au regard du nombre de pages et de la relative complexité de l'ensemble, il est recommandé de le lire en peu de fois et de ne pas étaler sa lecture sur plusieurs semaines au risque de rater les liens entre les personnages, car l'auteur fait appel à notre mémoire. Ceci étant dit c'est justement cela qui m'a plu, la solidité de l'ensemble, la mécanique bien huilée de cette comédie humaine.Et puis les sujets abordés, je lis pas mal ce qui concerne les nouvelles technologies (réseaux sociaux et autres), la surveillance et les abus (NSA, Snowden, Wikileaks, LuxLeaks, Panama Papers etc).

L'auteur s'amuse même à se moquer de lui-même, une coquetterie tout à fait pardonnable, exprimant sa lassitude à l'existence d'un nombre inconséquent d'écrivain se prénommant Jonathan (insérer ici un sourire intello). J'ai parcouru, après ma lecture de ce livre, un article du Washington Post, où la journaliste regrettait la misogynie qu'on prête à cet auteur très connu maintenant, mais concluant que s'il s'agissait d'un premier roman d'un auteur inconnu il serait particulièrement prometteur. Certes certains personnages féminin sont gratinés mais c'est assez vite s'aveugler sur les personnages masculins dont certains assez gratinés aussi mais surtout des personnages comme Leila et bien sûr Purity.

Un livre que j'ai adoré, de bout en bout, un livre magistral, brillant, qui m'a donné une envie de lire les autres créations de l'auteur (Freedom ou Les corrections). J'ai écouté après ma lecture Le Masque et la Plume qui en a parlé le 15 mai 2016 et clairement Arnaud Vivian passe complètement à côté, un parti pris tellement caricatural qu'il en est ridicule,  la vision qu'il en a est assez polarisé, au contraire de ce qu'il dit le lecteur peut peser le pour et le contre sur le journalisme 2.0/lanceurs d'alertes (pour ne prendre que ce point évoqué), un livre bien plus complexe, profond et intéressant que ce qu'Arnaud Vivian en dit. Heureusement les autres intervenants ont une analyse plus subtile et équilibrée !! Même sur l'Allemagne de l'Est Vivian et Garcin ne sont pas convaincants, ayant moi-même lu sur la Stasi, mais voilà à part dire c'est n'importe quoi leurs propos sont étayés par ... rien, ha si le film de Spielberg (Le pont des espions je suppose), pourtant inspiré de faits réels (en somme l'argument d'autorité). Pour conclure un livre très intéressant comme le sont des livres du même calibre comme ceux de David Foster Wallace ou de Pynchon. Je n'ai pas trouvé de longueur, appréciant au contraire la profondeur d'analyse des personnages et l'effet induit d'une saga. C'est sûr tout le monde n'appréciera pas (normal après tout), cela n'en fait pas moins un excellent livre !

Note : AAAAA

Le mystère Henri Pick de David Foenkinos

La bibliothèque perdue.
Le mystère Henri Pick de David Foenkinos (Gallimard, 286 pages, 2016)

Incipit :
En 1971, l'écrivain américain Richard Brautigan a publié L'Avortement. Il s'agit d'une intrigue amoureuse assez particulière entre une bibliothécaire et une jeune femme au corps spectaculaire. Un corps dont elle est victime en quelque sorte comme s'il existait une malédiction de la beauté.
A l'instar de la bibliothèque Brautigan des manuscrits refusés [1], il existerait une telle bibliothèque en Bretagne. Delphine, une jeune éditrice, en fouillant parmi les manuscrits recalés, découvre ce qui est pour elle une pépite et mérite une parution. S'ensuit une campagne marketing et un succès conséquent ... Mais tout est-il tel qu'on essaye de nous le faire croire ? Hein ? Vraiment ? Y'aurais pas un mystère la dessous, des fois ? Henri Pick n'a jamais écrit de sa vie, sa femme ne la jamais vu lire et il aurait créé un best-seller ? Ou alors sont-ce les techniques marketing jouant sur le mystère, l'attente, le storytelling pour créer une demande ? Et les lecteurs ne sont-ils pas friands de ces prescriptions préfabriquées ?

Un livre qui repose sur de bonnes idées : le lien poreux entre la vie, l'imaginaire du lecteur et un livre (le roman intime du roman), le monde éditorial pour vendre un livre, le roman du roman en quelque sorte, et arrive à maintenir un suspense qui m'a amené jusqu'au bout. Et puis j'aime bien David Foenkinos que voulez-vous ... je ne peut pas être objectif. J'aime diversifier mes lectures et lorsque sort certains livres d'auteurs que je suis plus ou moins, je me laisse tenter. D'ailleurs j'attends Vernon Subutex 3 !!!!

C'est vrai qu'on projette une partie de soi dans un livre, qu'on s'y reconnait parfois. Cela c'était déjà produit (voir ma rencontre avec l'auteur) précédemment, et là rebelote, je me demande s'il n'a pas fait exprès d'introduire certains détails. Je lui demanderais la prochaine fois que je le croise.

Note : AAA

[1] Lien, cité dans le livre de David, qui ne répondait pas au moment de l'article, The Brautigan Library, quant à lui, répond.

Blind Dog Rhapsody T1 de Redec et Herik Hanna

Wâzaaaaa !
Blind Dog Rhapsody Tome 1  de Redec et Herik Hanna (Delcourt, 96 pages, 2014)

Au travers un dessin dynamique et des situations hilarantes, on suit, semble--t-il, la destinée d'un samouraï accompagnée d'un maître sous forme d'avatar (un raton laveur) et d'une demoiselle (apparemment) sans cervelle. Usant de clichés, et s'en amusant, et de gags délirants, une bd d'aventures distrayante.

Le tome 2 est moins bien à mon goût mais réserve quelques gags assez drôle. Pour ado attardés comme moi. Un manga européen assez fun ! Je vous ai dit aussi que c'était comique ?

Note : AAA

Ô vous frères humains de Luz

Ça me chiffonne ce que vous dites ...
Ô vous, frères humains de Luz, d'après l’œuvre d'Albert Cohen (Futuropolis, 136 pages, 2016)

Un "roman graphique" qui reprend l’œuvre éponyme d'Albert Cohen et l'illustre. Comment un enfant traité de youpin par un marchand réalise sa différence aux yeux des autres, au regard haineux des autres.

Inventivité graphique pour dessiner la violence des mots, les coups qui vous pénètrent et vous détruisent de l'intérieur.

Créativité étonnante pour montrer la souffrance psychologique, l'enfermement, l'isolement, la dépression. Illustrerait avec brio les psychopathologies !

Montre avec puissance les dégâts engendrés par la haine, la bêtise et l'ignorance. Une fois de plus Luz démontre son talent graphique ! Rien que la page de garde déjà ...

Note : AAAA

Catharsis de Luz

Le monde est trop injuste
Catharsis de Luz (Futuropolis, 128 pages, 2015)

Je ne connais Luz qu'au travers de Charlie Hebdo. J'avais lu Charb mais pas encore Luz. J'ai commencé par Catharsis, puis Ô vous frères humains. J'ai (re)découvert un auteur talentueux, autant par son trait riche que par son imagination à mettre en scène avec une réelle vision artistique. C'est encore plus marquant dans Ô vous frères humains (dans un prochain article).

Je ne vais pas rabâcher ce que tout le monde a dit ou peut dire, qu'il s'agit pour faire simple d'un album post-attentat de Charlie et comment l'auteur s'en est sorti, intellectuellement, spirituellement, socialement et au final artistiquement.


Note : AAAA

jeudi 12 mai 2016

L'homme-dé de Luke Rhinehart

American Psycho Therapy
L'homme-dé de Luke Rhinehart (Éditions de l'Olivier, 521 pages, 2014)

Incipit :
Au physique, je suis un homme grand et fort, avec de grosses mains de boucher, des cuisses comme des troncs, une mâchoire taillée dans le roc, et des lunettes massives aux verres épais.
Un psychiatre, qui n'a de pas de problème particulier, qui vit avec une belle femme, a des enfants, un métier stable, bref une vie intégrée, décide de révolutionner petit à petit sa vie, son entourage familial et professionnel, et met en place une thérapie de la libération. Pour faire simple, vos décisions sur votre vie dépendraient d'un lancer de dé.

Un livre culte semble-t-il, entouré de rumeurs et de légendes urbaines (des clubs discrets s'adonneraient à la dé thérapie), dont Emmanuel Carrère a fait un article (qu'on peut lire dans son dernier recueil) levant une partie du voile sur son auteur réel (encore que dans Wikipédia on puisse trouver déjà pas mal d'infos depuis) et qui est régulièrement réédité. Un livre étonnant à plus d'un titre, qui explore les limites de la norme, des règles en société, de ce qui est considéré comme normal, moral, éthique, mais c'est aussi une critique des méthodes de psychothérapie, entre objectifs de guérison et répression de l'anormal par l'enfermement ou des traitements divers pour limiter les déviances. Cela me rappelle La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole d'un certain point de vue. Stanley Milgram avait payé socialement pour son expérience sur l'obéissance qui était pourtant bien loin des expérimentations de l'homme-dé de ce livre.  Mais ce n'est pas le seul thème abordé et on s'interroge sur les limites de la liberté, le Moi qui s'impose des frontières à ne pas franchir et donc dans quelle mesure s'épanouir et vivre pleinement ? La personnalité dominante, une prison ? Le Dé en serait la clé ? Faut-il se libérer ? et de quoi ? Pulsion Power ? Quid des liens sociaux ? Quid de sa femme, de ses enfants ? Se pourrait-il que cela devienne une religion avec le Dé comme Dieu, ce dernier décidant de l'ensemble des décisions ? Un livre Dé-connant, pour vous Dé-socialiser, mais il ne faut pas vous Dé-courager devant l'abîme d'une telle révélation ! Un livre qui peut déranger ... vous êtes prévenus !!! Un livre subversif qui peut vous rendre dingue ... vous êtes prévenus !!! Bon en clair c'est pas pour les bonnes sœurs ! Vous êtes prévenus !!!

On a l'impression parfois de lire un traité pratique de psychopathologie clinique à l'envers (pas pour réprimer ou guérir mais révéler et mettre en avant nos pulsions "anormales") où le territoire découvert est celui de la transgression pour mieux révéler le poids du conformisme. Politiquement incorrect, immoral, un livre particulièrement original tant par son contenu littéraire (lettres, poèmes, spiritualité, religion, récit, témoignages etc) que par les idées véhiculées et mises à mal (liberté, conflits moraux, compulsions, rituels, normes sociales, schizophrénie, syndrome délirant, simulation, être acteur de sa vie, jeu de rôle social, conventions etc). Une satire savoureuse du milieu de la psychiatrie où d'éminents représentants se retrouvent démunis devant le comportement du Dr Rhinehart avec sa Dé-thérapie. La défense de sa recherche novatrice devant ses pairs est assez fendard !

Le livre est particulièrement drôle parfois via des sous-entendu, de l'humour noir ou du deuxième degré comme par exemple :

Au bout de quelques mois, sa femme et ses enfants se contentaient de lui demander au petit déjeuner qui il serait pour la journée, et de prendre les arrangements nécessaires. Comme on trouvait parmi ses nombreuses personnalités des rôles tels que saint Siméon Stylite, Greta Garbo, un enfant de trois ans et Jack l’Éventreur, il y a lieu de féliciter  sa famille pour une telle maturité psychologique. Qu'elle repose en paix.

Ah ah ah ah mort de rire !!!!!!!!! Bon, bref. Avec ce livre des possibles, tout est possible ! Le Dé-sopilant : faites la liste de six tâches drôles numérotées de 1 à 6, jetez un D6 et faites la tâche. Le Dé-goût : faites la liste de six tâches culinaires numérotées de 1 à 6, jetez un D6 et faites ce repas ! naaan je plaisante ce n'est pas du tout cela, vous n'y êtes pas du tout, du tout ! Bon, normal, z'avez pas lu ce livre, qu'attendez vous d'ailleurs ? En fait dans les six choix il en faut un (ou plusieurs pour les plus courageux) qu'on n'a pas trop envie de faire.  J'aurais pu faire cet article sous l'influence du Dé avec comme choix :
  1. insulter les lecteurs de ce blog (pas cool ...)
  2. aduler mes lecteurs (déjà mieux)
  3. faire un article avec de l'humour (trop facile !)
  4. Dire n'importe quoi en conclusion (total contrôle)
  5. Offrir le livre à quelqu'un (sympa)
  6. Mentir dans l'article, au choix (haaaa mais ça c'est fait déjà)
Bon allez je lance le dé ... 1 !!! et merde. je voulais le 6 ... ou le 4 remarquez, le 2 aurait été bien aussi ... Bon quand faut y aller. Alors les  bouseux rien de mieux à faire que lire ce blog ? bande de chats castrés, tas de fientes !!! bande de Dé-biles ! Dé-cérébrés !!! vous n'êtes que des nases épilés !!! Barrez-vous ! ah bah finalement, c'est pas mal. Ça me détend.

On pourra regretter quelques erreurs typographiques et une traduction qui me parait bizarre parfois. Cela n'empêchera pas ma psychothérapie du hasard (wouha Dé-lire !) du chaos brownien au bord de la folie, le Yi King aléatoire pour se fondre dans un avenir anormal orgiaque no limit.

Note : AAAAAAA

dimanche 8 mai 2016

La bande dessinée de Bastien Vivès

Être ou ne pas être
La bande dessinée de Bastien Vivès (Shampooing, 192 pages, 2013) et aussi Le jeu vidéo et La Blogosphère du même auteur.

Je viens de découvrir cet auteur de BD, Bastien Vivès, un auteur talentueux, aux multiples facettes, à l'humour corrosif, non conformiste, sarcastique, ironique, trash parfois, provocateur, décalé, pas pour les bonnes sœurs en somme. Un dessin expressif, avec quelques traits et taches  il campe de suite une scène qui vous met immédiatement dans le contexte (trop fort !!!). Des dialogues et textes travaillés qui se moquent des milieux soit de la BD (comme ici) mais aussi de la Famille, de l'Amour, de la Guerre etc. et qui font mouchent à tout coup. Provenant de la blogosphère BD il en brocarde les travers (entre autre bosser gratuitement, heureusement il a fini par être publié !).

Les autres thèmes abordés, comme les jeux vidéos, m'ont fait bien marrer, on retrouve bien les travers des gamers. Cela me rappelle une anecdote, il n'y a pas longtemps je parlais jeux vidéos, disant que j'avais pas mal joué et un gamin, 16 ans max, me demande des précisions, je donne quelques infos
X+Y->->O

Les chats aiment la Macro (photo)
(j'ai joué à environ 250 jeux sur 360), et là il me sort qu'il a trois consoles et qu'il a joué à bien plus de jeux ... et me dit "Amateur". Bon je n'ai pas insisté, j'ai joué pendant à peu près 30 ans, j'ai un Gamerscore sur 360 assez élevé (pas loin de 75 000 il y a deux ans), bref il y a un décalage assez tordant entre sa remarque et la réalité, mais assez typique de certains milieux comme celui des gamers (à peu près du niveau "moi j'ai la plus grosse") mais pas seulement. Une autre fois c'était un gars d'à peine 20 ans qui essayait de démontrer la supériorité du PC sur la console, oui la pseudo guerre consoleux et pcistes, il a au moins 20 ans de retard le garçon, sent le réchauffé son discours, et le plus drôle est qu'il n'en a même pas conscience, engoncé dans ses certitudes toutes neuves, à peine déballées mais périmées depuis au moins 20 ans. Cela pourrait très bien se retrouver dans le blog de Bastien Vivès.On retrouve souvent Margaux Motin, que j'aime beaucoup aussi (c'est mon côté fille), dans l’œuvre de Bastien, et c'est tordant.

Mais revenons à Bastien, il arrive à trouver des situations assez désopilantes et y apporte un regard plutôt neuf (et décomplexé). Âmes sensibles, psycho-rigides, s'abstenir. Il me reste à lire l'Armée et la Famille. Le plus intéressant est que Bastien Vivès a plusieurs styles de dessin et qu'il a déjà à son actif plein d'autres d'ouvrages ... auxquels je vais m'intéresser de ce pas, surtout Le goût du chlore qu'il n'arrête pas de citer (pour s'en moquer en général).


Note : AAAA

Écrit en écoutant des morceaux de musique de la série Sense8 (des sœurs Wachowski) entre autre Mad World de Marius Furche ou Kettering de The Antlers.

La Jeune Epouse d'Alessandro Baricco

Initiation d'une jeune fille rangée
ou la philosophie dans le boudoir
La Jeune Épouse d'Alessandro Baricco (Gallimard, 224 pages, 2016)

Incipit :
Il y a trente-six marches à gravir. Elles sont en pierre et le vieillard les gravit lentement, avec circonspection, comme s'il les collectait une à une, avant de les pousser au premier étage : lui, berger, et elles, doux animaux.
Une jeune femme est promise à un Fils d'une famille pas ordinaire. Après un voyage pour le rejoindre et se marier, elle est accueillie par cette faille hors norme, mais voilà le Fils est absent. S'ensuit une initiation et une découverte de sa belle-famille qui réservera son lot de surprise.

Ce n'est pas le premier Baricco que je lis, et au moins depuis Mr Gwyn, l'auteur explore les mystères de l'écriture, et même si c'est un peu déroutant au début, cela n'en reste pas moins très intéressant, ou comment se réinventer, se remettant à chaque nouveau roman à écrire, comme un  Sisyphe de la plume, se dévorant lui-même pour produire comme Orobouros, rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme, ré-explorant ces thèmes comme un palimpseste sans fin. Me rappelle l'absurdité du monde d'En attendant Godot, sauf que là c'est le Fils qu'on attend, avec la douce folie poétique qui caractérise l'auteur, au final un travail d'écriture étonnant.   Original et atypique, cela me fait du bien de lire des ouvrages qui se démarquent du tout venant.

Note : AAAA

Écrit en écoutant I'd Love To Change The World des Ten Years After.

dimanche 1 mai 2016

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

La Vérité est ailleurs
Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre (Albin Michel, 279 pages, 2016)

Incipit :
A la fin de décembre 1999 une surprenante série d'évènements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Aux alentours de Beauval, Antoine, 12 ans s'amuse avec des copains. Il se retrouve quasiment seul à l'arrivée d'une playstation chez l'un d'eux, sa mère l'interdisant de jeux vidéos. Il s'attachera à Ulysse, le chien des voisins. Souhaitant retrouver son groupe d'amis, il va construire en secret une cabane dans un arbre. De temps en temps, Rémi, 6 ans, vient le voir mais doit garder le secret.  Un jour Ulysse va être renversé par un chauffard, et le voisin achèvera l'animal d'un coup de fusil. Témoin de la perte de cet ami animal cela aura des conséquences désastreuses sur Antoine.

Un livre sur le remords et la culpabilité qui rongent mais pas seulement, c'est aussi le portrait d'une petite ville, des rumeurs et comment grandir et s'affranchir d'un destin qu'on estime médiocre et sans avenir. Surtout peut-être le thème de l'incertitude, où personne ne détient toutes les clés, ce qui peut réserver des surprises. A ce titre la fin est assez intéressante. Moins ambitieux qu'Au revoir là-haut que je préfère, mais Trois jours et une vie reste un bon roman. Je n'ai pas tout de suite compris le titre mais à partir de la deuxième puis de la troisième partie cela devient limpide ...


Note : AAAA

Écrit en écoutant le concerto n°5 (L'Empereur) in E-flat major, Op. 73 Adagio Un Poco de Beethoven.

Mastering VMware vSphere 6 by Nick Marshall

Mastering VMware vSphere 6 by Nick Marshall (Sybex, 810 pages, 2015)

Là c'est pas un roman. De la technologie pure. Mon travail m'incite à me former régulièrement, surtout lors de la mise en place de nouvelles architectures.

Je suis en plein projet d'installation d'une archi VMware, avec plusieurs nœuds Esxi et quelques centaines de VM. La mise en œuvre ayant commencée bien avant la formation, j'ai potassé (y' pas d'autres mots) ce pavé sur vSphere 6, depuis 2 mois maintenant. Cet ouvrage Sybex est très bien conçu, rappelant quelques notions générales afin de les implémenter au mieux. C'est une présentation assez complète de la suite logicielle VMware, des contraintes de licence, du ballooning entre Host et OS Guest, du HA (High Availability), du FT (Fault Tolerance), du DRS pour répartir automatiquement les VM et j'en passe, le but étant d'exploiter au mieux, via la virtualisation, les ressources disponibles avec un haut de niveau de service. La virtualisation permet aussi une souplesse très pratique pour la maintenance, le déploiement rapide, les demandes de ressources à des moments clés.

Ayant suivi (enfin) la formation, on voit rapidement la différence entre la théorie, un ouvrage de référence, et la confrontation au réel, car l'interface est assez fouillée (l'utilisation du client lourd et léger n'aidant pas car ayant chacun leur particularité), et la convergence concentre au travers d'une interface un ensemble de technologie et de concepts (gestion d'OS, vm ware tools, stockage [iSCSI, San, etc], réseau, haute disponibilité etc) avec la quantité (plusieurs centaines de machines virtuelles) qu'il faut gérer. Bien sûr il y a les balises, les vues (dossiers), le regroupement avec des clusters, l'usage de PowerCLI pour des opérations sur des groupes,  mais l'outil seul peut atteindre ses limites et il peut être utile de l'associer avec des outils tiers comme Veeam ONE pour avoir un dashboard de supervision.

En tout cas un excellent ouvrage pour débuter sur vSphere 6, difficile de faire mieux. Le bon complément est de faire des TP sur une archi de test et de valider les connaissances et s'assurer une bonne compréhension. On s'aperçoit aussi lors de la mise en pratique de limites de performances, faire un vMotion peut mettre un certain temps, lancer plusieurs tâches lourdes n'est peut-être pas approprié, etc. L'ensemble est tout de même assez complexe, des contraintes diverses peuvent s'en mêler, que les versions de VMware modifient. Par exemple en vSphere 6 il est possible de faire du Fault Tolerance avec du thin disk, ce qui n'était pas possible dans les versions précédentes.

L'amusant est que j'ai suivi la série Netflix Sense8 (en V.O.) qui parle de Cluster et de sharing, des notions de virtualisation justement. Enfin cette frénésie d'informatisation à outrance de nos sociétés serait fortement mise à mal ... sans électricité, voir Black Out. L'électricité devient un S.P.O.F. (Single Point Of Failure) comme le tout nucléaire français.

Note : AAAA