dimanche 30 octobre 2016

Les bottes suédoises d'Henning Mankell

Les bottes suédoises d'Henning Mankell (Seuil, 368 pages, 2016)

Incipit :
Ma maison a brûlé par une nuit d'automne. C'était un dimanche. Le vent s'était levé dans l'après-midi et, le soir, l'anémomètre indiquait des rafales à plus de 70 km/h.

Le dernier livre d'Henning Mankell. Fait suite, d'une certaine manière, à son très beau roman Les chaussures italiennes.

On suit de nouveau l'histoire du septuagénaire, Frederik Welin, ancien chirurgien, et de sa fille, dont il a eu connaissance très très tard (voir Les chaussures italiennes).

Une ambiance crépusculaire, la fin d'un monde, presque la fin d'une vie, une quête de sens, même pour un homme qui a bien vécu. L'incertitude du monde, de la connaissance de soi et des autres, un environnement isolé, froid, un peu hostile et sauvage, comme le personnage de Fredrik Welin, solitaire, asocial, veule.

Une histoire un peu décousue, comme nos vies finalement, où on cherche un sens, à comprendre les autres sans jamais vraiment y parvenir, où on subit son destin plus qu'on ne le dirige. Un livre bien pensé, cohérent, qui laisse un peu d'amertume, comme un goût de mort annoncé, le tout s'embrasant comme une futaie de paille un soir d'automne.

Ne m'a pas laissé aussi enchanté que le précédent, donc petite déception (au regard de l'attente que j'y mettais), mais d'un autre côté, ce livre, sous une apparence de fausse légèreté, est plus profond qu'il n'y parait,  au fur et à mesure que j'y ai réfléchi (notamment pour cet article).

Note : AAAA

Papy, Tatie et moi de Marion Maréchal-Le Pen,

Papy, Tatie et moi de Marion Maréchal-Le Pen, Le faux carnet secret de Marion Maréchal-Le Pen, bon en vrai c'est de Josselin Bordat (Flammarion, 128 pages, octobre 2016)

Le journal intime mais aussi des documents divers (relevés de notes, dessins, aménagement de la chambre etc) de Marion Maréchal Le Pen, avec l'idéologie, la pensée et aussi les clichés de l'extrême droite remis dans un contexte de journal intime.

C'est assez bien fait, assez drôle et bien trouvé.  L'hostilité, réelle ou supposée, entre Marion et sa tante, est très amusante. Il y a plein de petits détail véridique, comme le fait que Marion n'a pas fini ses études et bim direct en politique. Bref cela s'inspire de faits bien réels.

Il y a plusieurs ouvrages divers (essais, BD) sur le Front National en ce moment. Bizarre. Bon en tout cas celui là m'a bien amusé !!!

Note : AAAA

BD en folie !!!

Lectures effrénées de bandes dessinées

Bon cela faisait un moment, je suis pas trop ordinateur en ce moment. Plus console de jeu ... et lecture !!! Au trois quart du manuel Psychologie cognitive, mais aussi quelques romans ... et quelques BD :
  • Cadavre exquis de Pénélope Bagieu
 Trop drôle, en fait je l'avais déjà lu, mais je m'en suis rappelé vers la fin, assez ironique. L'histoire d'une jeune fille qui a une vie pas terrible, un compagnon beauf, et qui rencontre un homme cultivé, petit bourgeois, vivant en reclus, en plein Paris. Ce dernier est écrivain, très connu. S'ensuit une histoire d'amour entre la jeune fille et son intello, chacun comblant le vide de sa propre vie. Jusqu'au jour où la jeune fille rencontre l'ex du monsieur, qu'elle découvre la véritable raison de son isolement, évolue et ... Ben j'étais content de le relire !
  • L'arabe du futur Tome 1 de Riad Sattouf
 Depuis le temps que je me dit qu'il faut que je le lise ! Avec la promo du Tome 3 dans les médias, j'avais un rappel tous les jours ... Ils l'avaient à la médiathèque, mais il est en piteux état, sous assistance respiratoire, au bloc, pas loin de la morgue. Et donc il était en recommande. Mais ils ont eu la générosité de me le prêter tout de même, j'ai promis de l'accompagner dans ses derniers instants.

La jeunesse de Riad Sattouf, son regard d'enfant, son humour. Et heureusement, car les situations ne sont pas toujours drôles, le père n'est pas toujours très fin dans ses propos, mais la vie continue, même dans un pays dictatorial et miséreux. Un regard sur la Syrie, le Liban il y a quelques décades. La raison de ma lecture sont les évènements actuels en Syrie, moi la géopolitique ça me connait.

Un dessin simple, efficace, bien monté.
  • Lucky Luke Collector - Les rivaux de Painful Gulch - Dalton city
Un double album qu'il est possible de se procurer chez votre magasin de journaux en ce moment. Deux grands classiques accompagnés d'un supplément. Dos toilé. Magnifique. La raison principale était de l'offrir à mon épouse qui a été passionnée par Les rivaux de Painful Gulch, une BD lu et relue dans sa jeunesse au point que les pages s'envolaient tels des lambeaux d'une momie parkinsonienne hystérique (non, il ne s'agit pas de ma femme).

Deux grands classiques dans une belle édition. A offrir.
  • Tanguy et Laverdure Tome 1 L'école des Aigles
 Une série rééditée elle aussi chez votre libraire. En plus le premier volet est donné (moins de 2 euros). Attention, il y a une suite, l'histoire se terminant (je suppose) dans le volume 2. Dessiné par Uderzo !! Et puis l'histoire, les personnages, la mise en page etc. c'est pas mal du tout. Je ne connaissais pas trop (si tout de même de nom, ho !), j'avais plutôt lu Buck Danny étant ado.

Espionnage, avions de chasse, gros méchants et deux personnages principaux avec leurs caractères assez différents. Un bon moment. J'attends la suite pour avoir le fin mot de l'histoire !!


dimanche 16 octobre 2016

La controverse de Valladolid de Jean-Claude Carrière

Chuuuuut !
La controverse de Valladolid de Jean-Claude Carrière (Pocket, 253 pages, 1992)

Incipit :
Des peuples nouveaux. Qui sont-ils ?
Les habitants du Japon, de la Chine, que Marco Polo visita ? Les descendants d'une des tribus perdues d'Israël ? Les hommes fabuleux de Thulé, dont on parlait depuis l'Antiquité, depuis qu'un navigateur marseillais, nommé Pithéas, au retour d'un périple dans le grand océan de l'Ouest, avait raconté monts et merveilles ? Mais les marseillais exagèrent, chacun sait ça.

Au XVIème siècle une controverse oppose les intérêts de ceux qui considèrent les indiens Aztèques comme des inférieurs, sans âmes, exploitables, des esclaves et ceux qui considèrent qu'ils sont nos semblables, nos frères, qu'il faut laisser libre.

Bon c'est plus compliqué que cela, et c'est tout l'intérêt de ce livre, un joute rhétorique entre la raison et la foi, la première n'étant forcément la plus éclairée, des interrogations sur la foi, la croyance, la place laissée entre le christianisme et les autres croyances (sujet toujours d'actualité), une discussion tranché, subtile parfois, sur qu'est-ce que l'autre, la différence, la supériorité ou non d'un peuple, la tolérance. Et bien sûr la realpolitik et l'économie. Un livre très riche donc, particulièrement intéressant, idéal pour les lycéens (et les autres). Un livre toujours actuel par les sujets qu'il aborde. La fin laisse songeur ...

Un livre vivement conseillé.

Note : AAAAA

PSYCHOBOOK: Games, Tests, Questionnaires, Histories de Lionel Shriver

Forever Jung, I want to be forever Jung
PSYCHOBOOK: Games, Tests, Questionnaires, Histories de Lionel Shriver, Oisin Wall and Mel Gooding (Princeton Architectural Press, 192 pages, 2016)

Incipit :
As a kid I was always beffudled by classmates whose reigning ambition was to "fit in" - to blend with their peers as if into human wallpaper. I wanted to stand out. Admittedly, I came of age in the 1960s, an era that celebrated oddity.
Un livre multiforme fruit d'une équipe d'auteurs, un guide historique bien illustrés d'anciens tests de personnalités. Assez grand public, supposé nous étonner à chaque page (bon là c'est un peu survendu) qui est assez critique soit sur le défaut scientifique du test (la phrénologie), soit sur l'instrumentalisation des tests à des fins idéologiques ou politiques (armée, recrutement, classement des étrangers, politique d'immigration) qui montre que parfois les tests de personnalités ou les tests psychotechnique sont aussi créés dans un contexte social, politique et font écho aux stéréotypes ou tendent à prouver ce qu'ont souhaitait qu'ils prouvent.

Depuis il y a une démarche scientifique plus aboutie (la psychologie a énormément progressé depuis le début du XXème siècle), une épreuve des faits (statistiques, enquêtes, recherche, mis en ligne), et les biais idéologiques sont normalement écartés autant que possible (ils sont pris en compte dans l'élaboration et éliminés autant que possible). Néanmoins ce livre rappelle qu'un test en tant que tel peut être pervertie de sa finalité, par incompétence, par idéologie, par narcissisme du psychologue qui se croit tout puissant et bien d'autres facteurs. Ce livre est tout de même assez à charge, omettant qu'un test fait partie d'un contexte, qu'un test à lui seul est insuffisant dans une démarche thérapeutique, par exemple, que c'est un outil parmi d'autres, qu'il est un des éléments permettant d'aider ou d'étudier l'autre mais ne se suffit pas à lui-même. Le danger sont ceux qui se servent des tests à des fins autres, qui en ont une vue idéalisée et réductrice, qui instrumentalisent ces tests pour prouver des vues politiques, raciales, etc. et qui cherchent à faire dire beaucoup plus que ce qu'un test peut dire. Ce livre à ce titre le rappelle et il est une forme de mise en garde. en revanche le choix de certains tests dans ce livre, que le lecteur peut faire, est assez pauvre, quelques questions sur certains thèmes, le tout se rapprochant des pseudo tests de magazine, que l'ouvrage dénonce par ailleurs. Des tests actuels peuvent avoir 500 questions et demander plusieurs heures à réponde. Certains arguments sont de toute manière intéressant et pourront rappeler à l'étudiant en psychologie quelques règles de déontologie, de rigueur scientifique et de rester humble.

Ce qui me gêne le plus dans ce livre est la confusion entre les type (Jung) et les "big five" (traits). Dans le premier cas il y a quelques catégories par des types qu'on a ou pas (on/off). Dans le cas des big five, c'est l'aspect dimensionnel des traits de caractères (par exemple l'angoisse sera évaluée entre 1 et 10), ce n'est plus du "on a le trait ou pas" mais plutôt on est plus ou moins angoissé. Sur 5 traits cela donne 10 puissance 5 différentes personnalités, bien plus riche que les quelques types de Jung, beaucoup plus fin etc. et une approche radicalement différente. Et le livre ne fait pas la distinction entre ces deux approches et les mets dans le même sac !!!!! Big five n'étant pas 5 types de personnalité. C'est assez décevant pour ce type d'ouvrage.

L'iconographie, les photos, les objets anciens mis en valeur dans ce livre est le point fort de l'ouvrage. Cela donne presque envie de collectionner les mallettes, les planches de ces tests.

Un livre intéressant mais pas aussi génial que le quatrième de couverture me l'avait laissé penser.

Note : AAA


Au rendez-vous des revenants d'Alfred Hitchcock (Robert Arthur)

???
Au rendez-vous des revenants d'Alfred Hitchcock (en vrai de Robert Arthur)

Incipit :
 Bob Andy laissa sa bicyclette devant le perron et entra dans la maison.
"C'est toi Bob ?
-- Oui maman."
 Bob courut à la cuisine où sa mère, une jeune femme brune et mince, préparait de la pâte à beignets.

Le départ de la carrière des trois jeunes détectives, une série de livre vendu sous le nom d'Alfred Hitchcock pour des raisons de visibilité. Afin de démarrer une agence de détective, Bob, Hannibal et Peter recherchent une maison hantée pour le compte d'Alfred Hitchcock.

Un livre que j'ai relu pas mal de fois, dernièrement par pure nostalgie. J'aime bien ce premier volet où l'antre des trois jeunes est caché au sein d'un bazar, avec différentes entrées secrètes. L'ambiance de mystère qui enrobe chaque histoire, ici un classique : le château hanté, les titres alléchants et un peu délirants, le côté Sherlock Holmes d'Hannibal. Il y a quelques livres qui ont marqué ma jeunesse, à l'instar des Sans Atout, de Kim détective et compagnie, de Langelot Agent Secret.

J'aurais du le relire en anglais (The Three Investigators) mais soit ils sont cher en occasion soit ne sont pas en numérique.

Note : AAAA

samedi 15 octobre 2016

Le prix Nobel de Littérature 2016 par les comiques suédois

Le prix Nobel de Littérature 2016 par les comiques suédois (Politiquement incorrect éditions)

J'ai cru à un poisson d'avril, mais voilà nous ne sommes pas en avril. Bob Dylan prix Nobel de Littérature 2016. Très surprenant. Si la surprise était la volonté du comité alors pourquoi pas un Prix Nobel de Littérature pour un auteur de BD, un mathématicien (les mathématiques ne sont-ils pas un langage universel ?), un cinéaste, un musicien (la musique n'est-elle pas un langage ? Beethoven Prix Nobel de Littérature cela se défend non ?), un auteur de littérature jeunesse, ou, plus dans l'esprit du temps et du dévoiement des prix et de leur finalité, à une agence de communication. Mais parait-il il faut élargir notre vision du monde, décloisonner ... sinon on est un esprit chagrin. Alors allons-y pour une agence de communication pour le prochain Nobel de Littérature et un Grammy Awards pour Homère, pourquoi pas. Le comité participe à sa manière à la confusion des valeurs du monde d'aujourd'hui. Il ne s'agit pas de dire que Dylan c'est mauvais (au contraire c'est très bien), mais de dire que par rapport à Homère, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Apollinaire, entre autre exemples, ce n'est pas comparable (et de loin).

Un choix nostalgique d'un groupe d'anciens, où Antoine Compagnon, connaissant une partie des jurés, a bien ramé à la radio (Hier matin, sur France Culture, je crois) pour défendre le côté littéraire, parlant même de jeunisme pour ce choix. Rappel de la définition (Wikipédia) : "Le jeunisme est un néologisme généralement péjoratif qui décrit la volonté supposée de donner une place plus importante aux jeunes, ou aux notions liées à ces derniers". Lapsus révélateur (car jeunisme est généralement péjoratif) mais surtout contresens d'Antoine Compagnon, car lorsqu'un groupe de personnes d'un âge certain l'attribue à une personne elle-même âgée de 75 ans, j'ai du mal à percevoir où se situe le jeunisme.  Je constate plutôt la gêne de l'universitaire.

Il est symptomatique de lire un nombre de sites web conséquents expliquant à longueur de pages pourquoi c'est un bon choix, exposant de nombreux extraits de textes de Dylan. Il se trouve que je lis l'anglais et que la pauvreté des textes est assez surprenante. Je ne doute pas un seul instant que chanté, accompagné de musique, cela se révèle magistral. Mais à lire c'est une autre chanson (ha ha). Avez vous lu du Rolling Stones ? Non ? Ben le faites pas. Écoutez plutôt leurs albums.Dylan qui a aussi puisé chez de nombreux poètes (27 citations dans un de ses albums, dixit un journaliste du Monde de ce week-end), au point où, personnellement, je me demande ce qu'a vraiment écrit Dylan par lui-même et si c'est vraiment le plus grand poète vivant (?!). Ayant lu Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Victor Hugo, Dylan ne leur arrive pas à la cheville. Encore une fois je parle de ses textes, pas de ces derniers chantés et accompagnés de musique. Amusant de lire aussi (Le Monde de ce week-end) que les textes de Dylan sont parfois abscons, rétifs à la compréhension etc. bref un substrat qui permet beaucoup d'interprétations, des liens d'associations, ce qui fait leur force bien sûr, mais aussi selon moi leur faiblesse littéraire. Un manque de substance permet plus d'hypothèse mais un manque de substance est un manque du substance. Parfois, toujours dans Le Monde de ce samedi, sont admirés les passages surréalistes, mot intellectuel qui cache parfois le n'importe quoi. Le journaliste rapporte aussi les propos d'un maître de conférence qui insiste sur le fait que Dylan lisait beaucoup, critère un peu faible (sinon je vais être nobélisable ?), et qui cite le vers suivant, un superbe exemple de flux kerouacien qui a marqué les sixties (rien que ça) dixit le maître de conférence :


Don't follow leaders/Watch the parkin' meters ("Ne suis pas les maîtres/surveille les parcmètres").

Hummm ... ah ouais quand même. Renversant. Si on arrive à dire autant sur ce type de vers, je m'interroge sur les adulateurs de Dylan. Abus de LSD ? Idolâtrie ? Delirium Tremens ? trop de Kellogs aux pesticides au petit déj le matin ? trop de chewing gum ?


Beware of the dark / who's kickin' your back ? ("Fais gaffe à l'obscurité, qui te botte le derrière ?")

On nous balance que Dylan a écrit 700 textes, mais en livres, combien de pages (oui ok c'est quantitatif et le qualitatif est important aussi) ? L’œuvre de Murakami est tout de même plus dense, plus littéraire que les 700 textes de Dylan.Le plus ironique (toujours dans Le Monde de ce week-end) il est écrit que traduire Dylan n'avait pas de sens (normal, cela nuit à la prosodie, aux assonances etc vu qu'on change de langue) ce qui limite drastiquement la portée universelle des textes (et non de ses chansons j'insiste).

Que les fans de Dylan soient ravis cela se conçoit, mais quid des lecteurs, des écrivains ?  Il est surprenant que les quelques personnes de mon entourage qui trouvait cela bien ne lisent pas ou s'en moque un peu de ce prix. Ce qui me confirme dans l'idée que ce choix est un doigt d'honneur à la littérature, qu'il n'incitera pas le moins du monde à lire, qu'il s'agit plus d'un non évènement, d'un choix de nostalgiques gâteux, peu inspiré dans un monde où tout se vaut, où tout peut se justifier. Heureusement il y a tellement d'auteurs merveilleux et toute la littérature classique que finalement ce choix, même si je le trouve médiocre, m'incite encore plus à lire des auteurs. Mais étant déjà lecteur je prêche un convaincu, moi-même de surcroit, c'est d'un intérêt tout relatif.

Bon je ne vais pas être un de ces esprits chagrins, tout se vaut, à quand le Goncourt pour Banksy, le Renaudot à Jeff Koons, le Médicis à Madonna ou Maître Gims ?


Attention le deuxième vers cité (supra) est une blague !! ha ha !

dimanche 9 octobre 2016

Collector d'Olivier Bonnard

Quoi ma gueule,
qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
Collector d'Olivier Bonnard (Actes Sud, 316 pages, 2016)

Incipit :
J'entendais toujours le jet de la douche, de l'autre côté de la cloison, ce qui signifiait que tout allait bien. Pénélope y était déjà depuis un moment, mais elle aimait s'attarder dans les vapeurs d'eau chaude. Il restait moins de cinq minutes avant la fin des enchères. J'ai rechargé la page. Le prix stagnait à 394 euros, pour 34 enchères, mais je savais que ça n'allait pas durer.

Qui n'a jamais eu de passion ? de collection ? Timbres, pièces, objets anciens, livres, poupées, etc. Là il s'agit d'une espèce peu courante,  le toyhunter, le chasseur de jouets. Ici, de jouets des années 80. Un peu à la manière d'un Retour vers le futur ou l'équivalent (pour le cinéma) de Last Action Hero, c'est une Alice particulière qui va passer de l'autre côté du miroir. Jusqu'où souhaite-t-on retrouver l'idéal, plus ou moins imaginaire, de notre enfance, de ce qui nous a marqué car à un moment de notre vie si singulier, l'enfance, l'innocence, l'insouciance. Ayant eu le Goldorak Jumbo (merci à ma grand-mère !!!) ce livre me parle, me touche, et rappelle à ma mémoire tout un passé révolu, de la musique (Duran Duran) aux animé (Goldorak, Albator, Cobra), en passant par les figurines Star Wars ou, mieux, les figurines Action Joe aux mains articulées !!!!).

A la fois le portrait d'un collectionneur passionné, au point de mettre en péril son couple, une plongé dans le passé, du passage à l'âge adulte d'un adulescent frappé du syndrome de Peter Pan,  et un regard distancié sur un passé idéalisé faisant la part belle au fantasme, gommant au passage ce qui pourrait contredire cette vision idyllique.

Je me rappelle avoir eu la figurine articulée de Steve Austins, d'avoir suivi Inspecteur Gadget ... ahhhh cette visite guidée dans ce passé rêvé des années 80 est une vraie madeleine de Proust (même si dans un manuscrit retrouvé, ce n'était pas une madeleine au départ, et même si, au regard des recherches en psychologie cognitive, le sens de l'odorat est très surestimé dans ce cas précis).

Une lecture qui a été un voyage de multiples manières. J'ai bien aimé !!

Note : AAAA

jeudi 6 octobre 2016

Le premier miracle de Gilles Legardinier

Le premier miracle de Gilles Legardinier (Flammarion, 520 pages, 2016)

Incipit :
Il faisait nuit, un peu froid. D'ordinaire, M. Kuolong n'aimait pas attendre. Pourtant, ce soir-là, patienter le rendait presque heureux. Voilà bien longtemps que ce quinquagénaire mince au regard d'adolescent n'avait pas éprouvé cela. Surtout vis-à-vis de quelqu'un.
Des artéfacts sont volés autour du monde. A chaque fois avec méthode, des moyens sophistiqués, ignorant des pièces de grande valeur. Un historien et un membre des services secrets vont s'allier pour lever le voile sur une intrigante énigme.

J'ai appris à la fin de ce livre que ce dernier était constitué de papier recyclé, en particulier avec ma carte postale (pour plus d'explication voir son dernier livre Quelqu'un pour qui trembler). Apprenant cela après la lecture de ce roman, cela m'a touché.

Comme avec Franck Thilliez avec son dernier livre) des infos supplémentaires en ligne, accessible  sur son site web avec mot de passe à rechercher dans le livre, et qui donne accès notamment à des photos.

Je ne donnerais pas d'infos sur l'intrigue comme le souhaite l'auteur mais c'est un livre que j'ai dévoré, j'aime beaucoup les personnages, l'ambiance générale, l'aventure avec un côté Indiana Jones/Da Vinci Code, les liens avec l'Histoire (cerise sur le gâteau, la période qui m'intéresse le plus !), le tout servi d'une postface sympathique. Tout cela est rondement mené, bien construit. Un vrai moment de plaisir et de bonheur.

Seul bémol (mais tout petit bémol) la perpétuation d'un cliché sur soi-disant l'échec de la ligne Maginot (magistralement corrigée dans le livre  En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle).  Non la ligne Maginot n'a pas été un échec, elle a justement très bien fonctionné !! Pour preuve les allemands ont due la contourner.

Revenons au Premier Miracle, dans le genre, une réussite totale !!! Je prédits un succès et un classement en tête des ventes rapidement ... J'aime aussi beaucoup le bureau de l'auteur avec, entre autre, une baguette Harry Potter !

Note : AAAAA

Petit manuel pour une laïcité apaisée de Jean Baubérot et le cercle des enseignant.e.s laïques

Petit manuel pour une laïcité apaisée à l'usage des profs des élèves et de leurs parents de Jean Baubérot et le cercle des enseignant.e.s laïques (La découverte, 231 pages, 2016)


Incipit :
J'ai été élevé dans une famille de profs. Ma mère enseignait la philosophie au collège de jeunes filles de Limoges (Haute-Vienne), mon père l'histoire au lycée des garçons.
Un guide pour aider parents, profs et élèves à vivre la laïcité, en particulier à l'école.

Comment vivre la laïcité à l'école de nos jours ? Le livre tente d'y répondre avec des tendances à plutôt blâmer l'état, la loi, les usages etc. bref à être unilatéral. Les élèves, qui veulent exprimer leur foi, primant sur la neutralité de l'école, bien sûr pour le bien de tous, l'auteur se moquant du manque de précision sur la taille d'un voile, non précisé dans la loi, que l'état n'a pas à décider sur ce qui et religieux ou pas, tout ça est juste techniquement, discutable sur le fond, mais relève aussi et surtout d'une certaine mauvaise foi (sans jeu de mots) et d'une relative hypocrisie.  Dire tout à la fois qu'un voile n'est pas exclusivement un signe religieux ostentatoire (mais aussi parfois pour une ado d'embêter ses parents), tout en soulignant de nombreux témoignages de filles voilées, à chaque fois pour une liberté ... religieuse. 

Tendance aussi à parler des droits des élèves ... mais rarement de leurs devoirs. Ce livre incite au débat avec les élèves, qui est aussi le rôle de l'école, mais à un moment donné il faudrait faire comprendre aux soixante-huitards qu'il y a aussi des règles et que l'élève est là pour recevoir un savoir et non exprimer ses revendications qui relèvent de la sphère privée.

On pourra relever des points assez tendancieux (par exemple sur la charia page 102 : je cite, "../.. la charia serait contraire aux droits humains ../..", c'est moi qui souligne. L'usage du conditionnel se passe de commentaires.

Je comprends, dans ce cas, que certains soient accusés de Munichois, qui, historiquement ont cédés par pacifisme et "bonnes intentions", avec les conséquences que l'on connait, ce qui peut être aussi reproché à l'auteur et qui, au lieu de répondre sur ce point, préfère en déduire que dans ce contexte de Munichois qu'alors les jeunes musulmanes sont assimilés à des nazis (sic), page 110. Outre que comparaison n'est pas raison ce type de déduction spécieuse n'ajoute rien au débat et démontre une mauvaise foi étonnante de la part d'un auteur qui se veut apaisant et qui en appelle régulièrement à l'histoire. Des propos limite délirants.

L'auteur et ses partenaires s'intéressent beaucoup à l'islamophobie (citant Oriana Fallaci et ses propos racistes par exemple) mais en revanche s'intéressent peu voire pas du tout à l'islamisme radical et des problèmes qu'il pose (fatwa, attentats, provocations, sites extrémistes, journalistes ou caricaturistes menacés, communautarisme etc). Deux poids deux mesures, où, à nouveau, la laïcité est an cause, pas la religion. Cela donne un ouvrage mal équilibré, un peu faux cul, idéologiquement pas neutre, pour ne pas dire islamophile ou islamo-gauchiste si on reprend les qualificatifs, eux aussi polarisés, de l'autre bord.

Pas de remise en cause du concordat, ce qui est une entorse à la République, mais ajoute à l'idéologie sous-jacente des auteurs.

Les auteurs tapent sur la médiatisation exagérée ou la censure (de l'école et de l'état bien sûr, encore la vision unilatérale) au point qu'il aurait finalement fallu laisser, à les comprendre, le livre sur le créationnisme entrer dans les CDIs et n'en point parler dans les médias.
 
Autre exemple, page 113, le problème n'est pas l'élève qui menace mais l'équipe éducative qui ne respecte pas la loi, l'éducation passant à la trappe au passage. La loi est rappelée très souvent, mais en terme d'éducation la loi n'est pas tout.

Pour les auteurs, pas de problème avec l'islam, il parle même d'un islam imaginaire page 107 suivi dans les paragraphes suivant de tout un tas de souci liés à l'Islam ce qui donne l'impression d'un propos pour le moins contradictoire, mal équilibré.

Le plus gênant pour l'ensemble est le relativisme (la vérité de la religion au même plan que la vérité scientifique par exemple p 165) et je ne parle même pas du Darwinisme où c'est aux enseignants de se contorsionner pour apprendre quelques vérités aux élèves. L'auteur sait-il qu'aux états-unis les créationnistes ont réussi dans certains états à faire enseigner cette doctrine en parallèle des théories de l'évolution avec des critères d'égalité, aux élèves de se forger leur propre opinion, en toute liberté de conscience ? Comme quoi l'égalité est un concept qui peut prendre des formes pour tout et n'importe quoi, mais surtout ce sont les même critères utilisés par l'auteur, qui reviennent assez souvent, au détriment de la neutralité de l'école.

Un propos clair serait que la religion relève de la sphère privée et n'a pas lieu d'être dans une école laïque. Point. Priorité à l'éducation. Mais pour l'auteur il faut des compromis, en faveur des élèves bien sûr et au détriment de la neutralité. Comme pour le Kirpan des Sikhs, la règle de pas d'arme blanche à l'école subit une entorse.

Les extraits du livre de témoignages d'élèves voilées est un florilège des éléments de langage ressassés ad nauseam dans les médias et l'internet (blessure psychologique, stigmatisé, humiliant, injustice etc) propre aux ados en général et pour à peu près n'importe quoi, comme lors de la confiscation d'un smartphone en plein cours, et ne démontre pas grand-chose sur le fond, mais que ce soit utilisé dans ce livre sans de prise à distance ni de nuances relève quasiment de la propagande.

Un livre qui m'a interrogé sur plusieurs points par ses propos lénifiants mais qui, apportant des points de vue différenciés, des rappels sur des textes,  peut nourrir un débat sur un sujet moins simple qu'il n'apparait de prime abord. Dommage qu'il ignore Nasser qui se moquait des rigoristes qui voulaient voiler les femmes (vidéo disponible sur Youtube, avec une assemblée hilare). Dommage qu'il ignore les autres témoignages de femmes à qui on impose le voile (et bien plus) dans d'autres pays. Un livre qui fait le jeu du salafisme sous couverts de bonnes intentions et, comme chacun sait, l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Note : AA