jeudi 23 mars 2017

Les contes défaits d'Oscar Lalo

Les contes défaits d'Oscar Lalo (Belfond, 2016, 217 pages)

Incipit:
Ce qui m'est arrivé ne m'est pas arrivé. Ce que je sais, c'est que c'est arrivé à d'autres, et qu'eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n'existe pas. Un conte inventé qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fée, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide.

Livre de la sélection du prix Emmanuel-Roblès 2017. Encore plus terrible que L'été des charognes car traitant d'un sujet particulièrement sensible.

Le texte est très bien écrit, une maîtrise de la langue du non-dit, du sous-entendu, décrivant en creux, et avec grand talent, l'indicible. J'entendais à la radio récemment que décrire des faits horribles empêchait tout raisonnement, toute empathie tellement on était anesthésié et donc que ce n'était pas la bonne approche pour décrire des faits qui heurtent si violemment nos sens. Et c'est vrai que cette vie vie brisé, saccagée, pervertie où même une fois adulte on ressent ce que le personnage a de profané, est bien mieux mise en valeur de cette manière. D'un certain point de vue, une écriture paradisiaque pour décrire l'enfer.

Le format du conte  a souvent été utilisé pour décrire parfois des situations horrible (se débarrasser de ses enfants dans une forêt, enfant dévoré par un loup, meurtres en série, anthropophagie, etc. voir Psychanalyse des contes de fées pour un aperçu de toute la violence symbolique de ce type de récits). Le choix du titre n'est donc pas anodin. Un livre crève-cœur. Un not feel good book.


J'ai bien aimé le format du livre, sa texture, sa mise en page ainsi que le marque page intégré, à découper (bon je n'aime pas découper mes livres ni écrire dessus). Il manque la boite à mouchoir. Faudra y penser la prochaine fois.

Note : AAAA

jeudi 16 mars 2017

L'été des charognes de Simon Johannin

L'été des charognes de Simon Johannin (Éditions Allia, 140 pages, 2017)

Incipit :
On marchait sur le bord de la route quand on est tombés dessus, ça faisait déjà quelques jours qu'on le cherchait. Il s'était barré après ça, comme si tout de suite il avait senti que ça allait chier pour lui. Il parait qu'ils peuvent sentir ce gendre de choses les chiens, en tout cas lui il avait bien senti.
L'histoire d'un jeune dans un milieu violent et misérable. Père alcoolique, inculte et violent, un beauf bête, stupide qui pourtant cache un cœur. Son fils a plus l'occasion d'en sentir la violence que la tendresse.  Alors on s'occupe comme on peut, pour rire, par exemple en lapidant un chien. Drôle, non ?

A noter une belle édition, j'aime bien la couverture, les rabats, le type de papier, le grammage et la fonte choisie. Bel écrin pour une écriture intéressante servant le sujet traité, langage parlé, rural, volontairement pauvre et concis, surtout en première partie. Ces premières 96 pages, même si j'étais pas à l'aise, décrit très bien un environnement oppressif, bestial, dégénéré que le titre laissait présager.

A partir de la page 96 il y a une rupture de style (plus élaboré, limite poétique), intéressant littérairement mais je n'en ai pas bien saisi la raison et surtout cela m'a perdu, je n'ai pas compris l'objet de cette deuxième partie. Je serais très (mais alors très) intéressé par l'avis de mes amis du Club de Lecture. Je suis même revenu en arrière pour essayer de comprendre et, heu, ben ... pas mieux.

Un livre de la sélection du Roblès 2017, où on ressent un certain malaise face à cette médiocrité d'un quotidien dévasté, malheureusement n'ayant pas compris la "deuxième partie" je n'ai donc pu apprécier ... J'aurais pu tricher et lire sur des forums ou des sites comme Babelio, mais je préfère voir avec mes copines du Club ! Hier j'ai entamé un autre de la sélection, Les contes défaits, un autre style, un travail sur le non dit, mais alors, pour le moral, c'est pas mieux que L'été des charognes, vu que cela parle de pédophilie ...

Note : AA

mercredi 8 mars 2017

comme neige de Colombe Boncenne

comme neige de Colombe Boncenne (Buchet Chastel, 114 pages, 2016)

Incipit :
« Là, celle-là ! avait hurlé Suzanne, en désignant de la main la sortie que nous étions en train de dépasser.
- Alors là, bravo, Suzanne ! Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? »

Constantin Caillaud a tout lu d'Emilien Petit. Jusqu'au jour où, accompagné de sa compagne Suzanne, il tombe par hasard, dans une boutique, fourré au fond d'un carton, sur un livre qu'il n'a jamais lu de cet auteur, Neige noire. Il en parle même à son amante, éditrice, qui prend peu au sérieux cette annonce, prétexte, selon elle, à la revoir. Mais, pour lui prouver sa bonne foi, impossible de remettre la main dessus. Recherche internet, lettre à l'éditeur ... rien n'y fait.

Le premier livre lu de la sélection pour le prix Emmanuel-Roblès 2017. Une écriture travaillée, appliquée, recherchée, je n'ai pas été surpris que l'auteur ait fait des études de lettres, un récit captivant vu que je prenais intérêt à reprendre ma lecture du livre et que je l'ai lu assez rapidement finalement. Un mystère intriguant pour exercice de style sur la création (œuvre de collaboration, collective ou encore composite) dont les définitions sont rappelées opportunément en début de volume. Une mise en abyme ludique, un jeu sur la porosité entre narrateur, auteur, personnage de fiction, lui-même auteur ou co-auteur de sa propre narration qui ferait une autofiction sous un pseudo dont le titre du livre dans le livre serait en rapport avec le titre du livre que tient le lecteur, ce dernier à la recherche d'un livre perdu  qu'il tient pourtant dans les mains alors que l'auteur n'est peut être même pas Colombe Boncenne (Un pseudo d’Émilien Petit c'est sûr !) Au final le lecteur n'est-il pas co-auteur de l'histoire, participant à sa manière, via son vécu, son ressenti, son interprétation, à l'histoire elle-même fût-elle connue que de lui ? Ne reste qu'à barrer le nom de Colombe Boncenne et le remplacer par mon nom. Vous avez suivi ? Vous en avez de la chance ! Je vous rassure le livre est tout à fait compréhensible, rien à voir avec le charabia ci-dessus. J'ai bien aimé les références littéraires ou les clins d’œil à certains auteurs (comme Volodine) on sent que l'auteur s'amuse bien (et moi aussi au final). Le livre de Petit s'appelle Neige noire, un complément en forme de Yin Yang de blanc Comme neige ? Le Grand Tout littéraire en fusion des compléments d'objets (directs).

Un livre intéressant, que l'on peut conseiller mais cela fait peut-être un peu trop exercice appliqué pour ravir tout le monde. je vais de ce pas entamer un autre livre de la sélection, L'été des charognes.

Note : AAA

mardi 7 mars 2017

C.I.E.L. 3.0 L'été de la révolte de Johan Heliot

C.I.E.L. 3.0 L'été de la révolte de Johan Heliot (Gulf Stream éditeur, 245 pages, 2015)

Incipit :
 La croissance de Mathis avait été compromise par une aberration génétique rare. Ses muscles le faisait souffrir lorsqu'il les sollicitait trop, mais cela n'empêchait pas le jeune homme d'accomplir sa part de labeur quotidien sans jamais se plaindre.

La suite du tome 2. L'Intelligence Artificiel (I.A.) continue de soumettre l'humanité mais cette dernière n'a pas dit son dernier mot et un petit nombre résiste. Des attentats sont fomentés, des datacenters attaqués ou encore des relais de communication. L'I.A. accélère donc son plan dont la finalité semble toujours la disparition de l'être humain et, pour apaiser les consciences, présente le nouvel espoir pour l'humain, un humain hybride, contrôlé, plus respectueux de sa matrice nourricière, la Terre. Un humain bio, élevé aux grains, qui gambade dans les prés. Garanti sans maladies, sans émotions, sans souffrance. Un esclave sans espoir en somme.

Toujours centrés principalement sur la famille Keller, la mère qui n'est plus ambassadrice de l'I.A., ayant pu s'échapper, le père, nouvel ambassadeur imprévu, leurs enfants, le grand-père. Il ne reste guère d'espoir, tout s'assombrit. Mais comment cela va-t-il bien finir ????? Vous le saurez dans le prochain épisode ! Qu'il va falloir d'ailleurs que j'emprunte à la médiathèque. Bref, une réflexion toujours d'actualité sur l'écologie politique, une sixième extinction offrant le bout de son museau, une pollution toujours plus grande etc. Gaïa souffre et l'humain (en tout cas ceux qui nous gouvernent, au niveau mondial) s'en balance complètement. Pour l'instant Daemon et Freedom de Daniel Suarez poussait la réflexion plus loin, mais cela reste un sujet intéressant et bien traité.

Note : AAA

Prix Emmanuel-Roblès 2017 La sélection

Prix Emmanuel-Roblès 2017 
La sélection


Comme chaque année le prix Emmanuel-Roblès !!! Je me suis inscrit, et voici la sélection des six premiers romans pour cette année 2017 :

  • Fils du feu, de Guy Boley, Grasset, août 2016, 160 pages
  • Comme neige, de Colombe Boncenne, Buchet-Chastel, janvier 2016, 120 pages
  • Désorientale, de Négar Djavadi, Liana Levi, août 2016, 352 pages
  • Anthracite, de Cédric Gras, Stock, août 2016, 336 pages
  • L'été des charognes, de Simon Johannin, Allia, janvier 2017, 144 pages
  • Les contes défaits, d'Oscar Lalo, Belfond, août 2016, 224 pages
J'ai d'autres lectures en cours (C.I.E.L. d'Heliot, Nietzsche, Marcel Gauchet) mais comme il y a un temps limité pour lire ces six livres, j'ai commencé Comme neige ...