lundi 24 avril 2017

Désorientale de Négar Djavadi

Désorientale de Négar Djavadi (Liana Levi, 352 pages, 2016)

Incipit :
A Paris, mon père, Darius Sadr, ne prenait jamais d'escalier.
La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m'a répondu : «L'escalator, c'est pour eux.» Par eux il entendait vous, évidemment. Vous qui alliez au travail en ce mardi matin d'avril.

Clairement mon coup de cœur de la sélection de ce prix Roblès 2017. Il m'en reste tout de même un à lire, Fils du feu, pour mon choix final. Lié à des vies qui traversent l'histoire, comme Antracite dont le Donbass fait l'actualité, mais avec un regard plus intime, plus touchant, avec une mise en perspective plus ample, l'histoire de l'Iran vue par une famille d'intellectuels qui, souhaitant le départ du Shah d'Iran, se retrouvant avec des Islamistes fondamentalistes (Khomeini) a du émigrer en France.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre qui aborde des sujets assez actuels sur la tolérance notamment, sur l'Autre et son altérité, sur la complexité du monde, mais aussi sur les regard croisés entre la France et l'Iran. Il y a quelques surprises dans ce livre que je peux dévoiler sans en enlever une partie de sa valeur. Mais en tout cas un portrait familial très réussit dont la narratrice nous fait ressentir toute la saveur. De loin bien mieux écrit et passionnant que le dernier Goncourt, tout en précisant certains points historiques cruciaux. Un très bon roman que je recommande particulièrement. Il est fort probable que ce soit mon choix pour le Roblès.

Note : AAAAA

Informatique céleste de Mark Alizart

Informatique céleste de Mark Alizart (PUF, 202 pages, 2017)

  L'informatique embarrasse la philosophie depuis qu'elle est née.
  La philosophie aurait toutes les raisons de s'enorgueillir de ses remarquables succès. L'informatique n'est jamais en effet que l'aboutissement de tout le travail de formalisation de la pensée que la philosophie a entrepris dès l'aube de son histoire, de L'Organon d'Aristote à la Logique de Hegel.

Un essai qui a le mérite et l'excellente idée de rapprocher informatique et philosophie  voire d'inclure l'un dans l'autre ou du moins d'avoir une vision homogène de ces deux mondes dont il était temps qu'ils ne s'ignorent plus, cuisiné à la sauce post-moderne (on y reviendra).

Je précise de suite que j'ai des lacunes en philosophie (moins en informatique). Je ne suis pas capable de mesurer l'ampleur de ce défaut pour savoir dans quelle mesure je suis capable d'apprécier pleinement ce type d'ouvrage. Mon avis sera donc partial et partiel. Je pense avoir saisi une partie de l'ouvrage (30% ?), de peut-être avoir compris partiellement une autre partie (35%) et de ne pas vraiment avoir perçu la plus-value du reste, soit 35%. Le problème provient en partie de ce qu'a souligné Jacques Bouveresse dans son essai Prodiges et vertiges de l'analogie, agacé que j'étais en entendant l'usage abusif de termes mathématiques dans des matières a priori étrangères, pour, par exemple, considérer l'autisme comme un tore (exemple non tiré de cet ouvrage). Le théorème d'incomplétude de Gödel est à ce titre, l'usage abusif dans d'autres matières liées aux humanités, assez apprécié. Parfois il s'agit d'utiliser des termes ou des concepts  provenant de la physique, si possible quantique (cela fait mieux), cela permet de faire des comparaisons encore plus frivoles. Cet ouvrage n'échappe pas à ce travers, des analogies ou comparaisons abusives pour de surcroît en tirer des analyses.  Et comme chacun sait, à partir du faux on peut déduire n'importe quoi. L'ouvrage Chatbot le robot qui rapproche l'informatique et la philosophie pour se focaliser sur une I.A. qui aurait acquis le statut de conscience humaine est clair, accessible et n'essaye de vous enfumer avec de telles analogies. Je doute que l'auteur soit informaticien et maitrise un certain nombre de concepts. Logique de Hegel, quid de celle de Boole ? Langage machine comparés à des hiéroglyphes ? Pourtant le langage machine n'est constitué que de 0 et 1, c'est à partir de l'assembleur qu'il y a des symboles, donc, pour faire vite, comparer des 0 et des 1 à des hiéroglyphes me semble assez creux (Un hiéroglyphe à l'instar des idéogrammes est une idée, un concept, parfois une syllabe c'est vrai, un 0 ou un 1 n'est rien de tout cela, intrinsèquement parlant). Autre exemple page 173, "Le chat de Schrödinger, c'est nous". Mouais. Déjà Feynman disait qu'aucun physicien ne comprenait la physique quantique (alors M. Alizart ... ou moi d'ailleurs), mais surtout dans son ouvrage Lumière et matière - une étrange histoire il démontre, dans le cadre de la dualité onde corpuscule (expérience des fentes de Young), qu'il est possible d'expliquer le phénomène soit avec un protocole très simple que le lecteur peut expérimenter soit au travers d'équations très complexes que seuls des professionnels comprennent, mais qu'au final, dans les deux cas c'était des modèles qui simulaient le réel, que d'une certaine manière ils avaient la même valeur explicative, énorme non ?. Pour en revenir au chat il s'agissait d''expliquer qu'avant une observation l'état de la particule était non seulement inconnu mais dans deux états simultanément, c'était l'observation qui permettait d'en définir l'état final, pour faire simple. Maintenant dire que le chat de Schrödinger c'est nous, j'avoue je trouve cela joli, limite poétique, mais un peu foutage de gueule quand même. Car j'ai lu le livre French theory, très très fun, jubilatoire, créatif, imaginatif, fulgurant, mais avec un petit côté branlette intellectuelle. J'ai aussi lu Impostures intellectuelles d'Alan Sokal et Bricmont. Alors on ne me la fait pas à moi !! (lol)

De plus dans cet ouvrage jamais de contradiction sur l'informatique même (fragilité, extrême dépendance, ubiquité, effets de bords économico-sociaux, I.A., transhumanisme etc) nous sommes dans la pure abstraction intellectuelle, encore que, tout de même, il faut le souligner, le Système jouit (p. 175). Un  peu de sexe dans ce monde de brute cela ne fait pas de mal. Vraisemblablement la raison pour laquelle il considère (comme beaucoup) le robot de Métropolis, comme une femme. L'apparence d'une femme serait déjà une approche plus juste, peut-être une étude de Ceci n'est pas une pipe de Magritte pour l'auteur ? Oui c'est vrai ce livre m'a parfois bien agacé. Cela n'en fait pas un mauvais livre, bien au contraire !

Je ne vais pas m'étendre sur les "couleurs prismatiques" (c'est vraiment se la péter pour pas grand-chose, la lumière naturelle étant décomposée selon les lois de la réfractions comme dans un arc-en-ciel)  et les aspects les plus abscons de cet ouvrage. Je préfère de loin le livre d'Hofstadter Gödel, Escher et Bach, les brins d'une guirlande éternelle, cité dans cet ouvrage et qui marie magnifiquement poésie, mathématique, Alice, littérature et Art et n'empêche pas une réflexion philosophique. Néanmoins ce livre, par bien des aspects, est une source de nombreuses réflexions, pour les parties que j'ai peut-être compris, ou pas, ou les deux (merde, encore ce chat de Schrödinger !)

Note : AAA (il y en aurait eu plus si j'avais tout compris, fallait faire un effort M. Alizart !)


lundi 17 avril 2017

De la vertu de Jean-Luc Mélenchon

De la vertu de Jean-Luc Mélenchon (L'Observatoire, 137 pages, 2017)

Un livre entretien avec Jean-Luc Mélenchon sur le thème de la vertu, non pas celle lié à la valeur morale chrétienne mais celle qui prévaut (ou devrait prévaloir serait plus juste) en politique. En cette époque de grande défiance et d'abus manifestes de politiciens (mensonges, parjure, détournement de fonds publics etc.) il est bon de rappeler quelques fondamentaux. Jean-Luc Mélenchon le fait avec simplicité sur une base solide d'arguments parfois philosophiques. Plusieurs sujets seront traités dans ce court ouvrage : liberté, égalité, fraternité et à travers ses trois concepts cher à la France, il abordera des sujets très actuels comme par exemple la PMA ou encore la mort dans la dignité (suicide assisté).

Pour lui les mots sont importants ... et pour moi aussi. Cela me plait d'avoir un texte qui s'attache aux définitions et se soustrait à la guerre de communication constante, à la post-vérité et autres faits alternatifs. Dans une période où des politiciens abîment la politique (entre autre avec des théories du complots ) il est bon de rappeler les contradictions de certains. Quand on est pour l'ordre moral, le respect des lois etc. et qu'on se comporte comme un voyou/escroc, termes habituellement réservés aux couches basses de la société, dans la haute société on parle d'emplois fictifs, détournements de fonds publics, corruption, on ne devrait même pas pouvoir se présenter à la Présidentielle. En France ? ... c'est possible !!! Il est plus que temps de mettre des règles strictes et les plus sévères possibles pour assainir ce milieu interlope.

Note : AAAA

dimanche 16 avril 2017

Dad Filles à papa de Nob

Desperate housedad
Dad - Filles à papa de Nob (Dupuis, 48 pages, 2015)

Un papa chômeur, couple séparé (pas courant pour ce type de BD habituellement), qui a la garde de ses quatre filles.

Une BD que j'ai pas vraiment choisie, car c'était l'opération BD à 1 euros et à ce prix là, je suis prêt pour tout expérimenter (oui en clair j'ai pris toutes les différentes BD et manga soit une bonne dizaine !!!). Que j'ai déposé sur le siège du bureau de ma fille (mais je les lis quand même arf arf)

Que ce soir le dessin, les couleurs chaleureuses ou les gags, tout est réussit. Une BD très sympathique qui m'a fait sourire et même rire plusieurs fois. C'est bon enfant mais cela me convient ...

Note : AAA

L'Antéchrist suivi de Ecce Homo de Friedrich Nietzsche

La bible de Satan
L'Antéchrist suivi de Ecce Homo de Friedrich Nietzsche (Folio Essais, 338 pages,1990)

Incipit :
Regardons nous en face. Nous sommes des Hyperboréens -- nous ne savons que trop à quel point nous vivons à l'écart. « Ni par mer, ni par terre, tu ne trouveras la route qui mène chez les Hyperborréens » : voilà ce que Pindare savait déjà de nous.
En fait ce livre qui en recueille deux ne fait réellement que 195 pages, le reste étant un corpus de dates, évènements, notes et variantes : en clair pour l'étudiant fanatique/obsessionnel à la vie rangée non dissolue dont l'hygiène de vie se rapproche de celle d'un anachorète que celle d'un sybarite de surcroît dissolu).

Direct, roboratif, Nietzsche n'y va pas avec le dos de la pelleteuse (surtout pour Antéchrist), il maîtrise assez mal le politiquement correct (n'existait pas à l'époque ? ha ha je plaisante), il cultive l'art de l'opposition, des propos violents mais argumentés sur lit d'ego-centrisme exacerbé (il se prenait pas pour une truffe le bonhomme, assez enflé du melon) mais cela en fait paradoxalement (ou pas après tout) une lecture très très rafraîchissante qui oblige, sous ses coups de butoir au C4, à réfléchir. La particularité de cette lecture est qu'elle s'est égrenée au fil des mois dans un bar (tout les samedi matin). Vous allez me dire, "Mouais ... et alors ? On s'en tamponne le coccyx contre les palétuviers". Ok, pas faux. Quant à Ecce Homo cela permet d'avoir un guide de lecture sur ses œuvres et de remettre d'aplomb quelques écarts d'interprétation préjudiciable à l'auteur (trop marrant). Bon tout cela m'a redonné envie de lire Ainsi parlait Zarathoustra ... Mais là je suis dans Désorientale (Dans la liste du Prix Roblès de cette année) et pour l'instant c'est un coup de cœur.

Note : AAAA

Anthracite de Cédric Gras

Anthracite de Cédric Gras (Stock, 336 pages, 2016)

Incipit :
Alors que j'étais encore à l'âge de l'innocence politique, mes parents ont tenu à éclaircir le mystère de mon prénom avec gravité :
 - Vladlen, cela signifie VLADimir LÉNine, mon garçon, tu étudieras plus tard sa vie et son œuvre. En attendant, va jouer dans la cour avec Émile, le petit des voisins de palier. Papa doit prendre son tour de nuit à la mine.

J'ai eu un doute, est-ce un premier roman ? Car l'auteur a d'autres ouvrages à son actif mais il s'agit bien d'un premier roman, les autres sont des essais ou affiliés.

L'écriture m'a bien accroché en dépit d'un sujet que je ne trouvais pas de prime abord très sexy, la destinée d'une politique minière dans un pays de l'Est ... mine de charbon ? ... guerre civile. Et finalement ce mini road-trip m'a rappelé Le Miel de Slobodan Despot avec des sujets similaires et assez intéressant comme les conséquences concrètes de la géopolitique (mouvements historique des frontières, soulèvements, création de pays, mélange d'ethnie russophones et autres etc) dont des changements économiques majeurs (la fin du charbon et d'une époque pour faire simple) induisent à la fois des incertitudes concrètes quant à son propre avenir voir à sa vie même mais aussi à des affrontement armés entre personnes hier voisines (pour faire court). L'auteur semble bien maitriser son sujet et nous offre une aventure enrichissante sur fond historique.

Note : AAAA

The Ghost In The Shell 1 Deluxe Edition by Shirow Masamune

The Ghost In The Shell 1 Deluxe Edition by Shirow Masamune (Kodansha Comics, 352 pages, 2017)

Alors c'est vrai, le fait qu'un énième film viennent de sortir m'a rappelé ce manga qui, à sa sortie, il y a des années avait marqué les esprits par son côté technologie emplie de transhumanisme à la sauce cyberpunk (Méga entreprise, violence urbaine, luttes de pouvoirs méta, questions existentielles). Je n'aime toujours pas les têtes qui font très manga d'une époque mais le reste rattrape tout : mise en page, scènes dynamiques, perspectives des usages de technologies informatiques de pointe, complexité des scénarios. Bref, que du bonheur. Ah si, il vient de sortir en français en version assez petite et en plus censurée. Pour la peine je ne l'ai pas acheté chez Glénat (je n'apprécie pas ce genre de pratique de la part d'un éditeur, surtout lorsqu'on la vend comme édition définitive) alors j'ai pris la version luxe (grand format) en anglais. Na !

Note : AAAA

Valérian - Intégrale - Volume 2 de Christin et Mézières

Valérian - Intégrale - Volume 2 de Christin et Mézières (Dargaud, 172 pages, 2016)

La suite du Tome 1. Même commentaire (Oulà on sent qu'il a pas envie de se fouler aujourd'hui ...). De l'anticipation qui a sut mettre en avant des thèmes très actuels (de nos jours) comme l'écologie. Allez c'est bon je suis claqué là. A+

Note : AAAA

Valérian - Intégrale - Volume 1 de Christin et Mézières

Valérian - Intégrale - Volume 1 de Christin et Mézières (Dargaud, 160 pages, 2016)

Quoi dire de plus sur un classique de la BD ? Un plaisir de les relire, cela faisait très longtemps que je n'en avais pas eu l'occasion.

J'ai lu une polémique sur le titre, où disparaissait Laureline, encore qu'initialement le titre n'avait pas non plus Laureline.  Je trouve cela étrange car Laureline a un rôle dès la première aventure et que ces deux là sont indissociables. Il ne s'agit pas de céder à la parité à tout prix mais je me demande tout de même la raison de ce choix. Certes Laureline est sur la couverture, mais ouf l'honneur mâle est sauf, elle est moins grande que Valérian (le même syndrôme dont à souffert la représentation de Lady Di et du Prince Charles).

Peut-être que ce choix de titre est explicité dans l'addendum marketing de cette édition, addendum profilé pour la sortie du film éponyme. Dont je me moque éperdument (De l'addendum, pas du film que j'irais peut-être voir si ma famille m'accompagne ! J'avais adoré Le cinquième élément). Le choix qui m'a conduit à cette édition est l'envie de les relire dans la continuité à moindre coût. Et j'aime toujours autant, aussi bien pour les scénarios que pour l'inventivité de mondes divers qui me rappelle la créativité de Jack Vance. Un très bon moment de lecture !

Note : AAA


dimanche 2 avril 2017

S'enfuir de Guy Delisle

S'enfuir : récit d'un otage de Guy Delisle (Dargaud, 432 pages, 2016)

Un roman graphique racontant l'expérience douloureuse de la captivité. Un membre d'une ONG se retrouve prisonnier pour un groupe armé dans le Caucase. Les jours s'égrènent, longs, ennuyeux, une torture mentale qui est parfaitement retranscrite. La solitude omniprésente, en se demandant de manière obsessionnelle quand cela va-t-il se terminer. Une situation anxiogène, hors norme (de mon point de vue douillet de personne dans un pays en paix et qui mange à sa faim) où j'ai ressenti les différentes angoisses subies en me demandant ce que j'aurais fait, pensé ou quelles stratégies de survie mentales j'aurais mis en place.

Ce livre montre également d'autres facettes de la guerre, fruit de zones sinistrés ou géopolitiquement déstabilisées qui font écho au livre que je lis, Anthracite, une des sélections du Prix Roblès. Un grand merci à Mélanie qui me l'a prêté.

Note : AAAA