samedi 27 mai 2017

Des hommes sans femmes d'Haruki Murakami

Des hommes sans femmes d'Haruki Murakami (Belfond, 294 pages, 2017)

Incipit :
Kafuku était monté un certain nombre de fois dans des voitures conduites par des femmes et son expérience l'amenait à classer les conductrices en deux catégories : celles qui étaient un peu trop agressives et celles qui étaient un peu trop prudentes.

Recueil de sept nouvelles, toutes intéressantes, même si celle utilisée dans le titre de ce recueil est justement celle que j'ai appréciée le moins de l'ensemble. Variation sur le thème de l'amour, de la relation homme-femme, entre éloignement, imaginaire, tromperie, incompréhension, douceur, fantasme (l'excellente nouvelle Shéhérazade) et bien sûr l'étrangeté (Le bar de Kino qui pourrait rappeler l'ambiance d'un Lynch). La manière de parler des sentiments m'a rappelé Zweig, auteur que j'aime beaucoup. Avec comme souvent le jazz, un bar, entre autre thèmes liés à la vie de Murakami lui-même.

La nouvelle qui s'intitule Samsa amoureux où un Gregor Samsa se réveille dans une pièce désolée mérite une attention particulière, notamment sur le renversement de la situation, par rapport à La Métamorphose de Kafka, en rendant étrange, insectoïde (car analysé comme le ferait en entomologiste), l'humain qu'il semble être devenu. Murakami se garde d'ailleurs bien de dire qu'un insecte se serait transformé en Gregor Samsa, trop évident, trop réel, trop direct, avec un pouvoir bien moins évocateur que d'éluder ce point.

Bref un bon Murakami, étoffé d'une très belle couverture, le chat, à l'encre, est superbe ! Bon je vous laisse je suis en plein dans le dernier Despentes, Vernon Subutex tome 3 !!!!!!!!! Un an d'attente ...

Note : AAAA

La Présidente Tome 3 : La vague de François Durpaire et Farid Boudjellal

La Présidente Tome 3 : La vague de  François Durpaire et Farid Boudjellal (Les arènes, 80 pages, mars 2017)

Poursuit le roman graphique de politique-fiction entamé par La Présidente 1, suivi de La Présidente 2 : Totalitaire. Pour une fois ils ont moins réussit leur prédiction et je ne m'en plains pas. Une uchronie qui explore la politique française dirigée par le Front National.

Le titre La Vague rappellera le roman de Todd Strasser (expérimentation scolaire du fascisme qui vire au drame) dont un film éponyme a été tiré, avec variante sur la fin. Ici c'est pris à contre pied en forme d'espoir puisqu'il s'agit d'une vague humaniste.

Le dessin, le texte, la mise en situation de politique fiction est très bien fait on y croirait presque, sauf que rien de tout cela n'est arrivé. La coopération sécuritaire et de surveillance globale entre une entreprise mondiale du numérique (le big data) et le pouvoir politique d'un pays est un des autres points intéressant de ce livre. A se demander si cela n'a pas déjà lieu ... pour des intérêts économiques.

Une petite remarque, dans la postface, Penelope Fillon est citée, mais mal orthographiée (Il n'y a pas d'accent à son prénom). Pour des auteurs qui se targuent de faire de la politique fiction c'est un manque de sérieux notable.

Note : AAA

jeudi 25 mai 2017

Pour en finir avec Mein Kampf de David Alexandre, Philippe Coen et Jean-Marc Dreyfus

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Pour en finir avec Mein Kampf Et combattre la haine sur Internet de David Alexandre, Philippe Coen et Jean-Marc Dreyfus (Le bord de l'eau, 118 pages, 2016)

Incipit:
La soif de domination se nourrit de haine et s'exprime par la violence pour la conquête de certains pouvoirs. L'Histoire fournit de nombreux exemples, confortés par des ouvrages consacrés à mobiliser dans cette seule détermination criminelle.

Livre un peu fourre-tout (Hitler, Mein Kampf, les haters, les internautes, la lutte contre le racisme, la liberté d'expression, les lois, les zone de "non droits", l'Histoire, publicité pour un mouvement etc), utilisant des mots clés englobant passe-partout (la "haine" qui recouvre aussi bien les propos haineux que la bêtise, les trolls, l'immaturité de certains, la provocation, etc) et donc réducteurs, livre qui n'est pas clair sur ses positions (liberté d'expression/contrôle, faire connaitre Mein Kampf/l'interdire), n'hésitant pas dans le contre-sens (page 80 vision orwellienne = communisme numérique, c'est mal connaitre l'auteur de 1984 dénonçant nazisme et stalinisme), orthographiant Mélenchon Mélanchon (page 75), s'inquiétant du complotisme pour (Page 76) en suggérer un (!?!!) avec un Führer à la clé, un complot reductio ad hitlerum par ailleurs dénoncé, un livre proposant d'éduquer tout en souhaitant effacer les traces du nazisme et donc in fine en détruire les preuves (haro sur les ventes historique, de memorabilia et les collectionneurs) et donc renforcer le négationnisme (quoi de plus éclatant comme preuve qu'un emballage de Zyklon B en parfaite opposition aux thèses négationnistes d'un Faurisson ?), c'est d'ailleurs toute l’ambivalence entre la LICA souhaitant initialement la diffusion de Mein Kampf et la LICRA souhaitant de nos jours son encadrement voire son interdiction, un livre qui offre des points de vues principalement basés sur du quantitatif (le volume des ventes, le succès de librairie) et nous laissant foncièrement sur notre faim quant au qualitatif (avoir Mein Kampf chez soi cela veut-il dire l'avoir lu ? être d'accord avec ses thèses ? l'avoir pour des raisons de recherche ?  de compréhension ? d'idéologie ? etc.) avec ce livre vous n'en saurez rien. Il mélange anonymat et pseudonymat, ne développe pas sur la loi Godwin (page 75), dit page 71 que la LCEN régit Internet (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!) ce qui est totalement réducteur pour ne pas dire d'un comique involontaire et en plus en contradiction avec les zones de non droits par ailleurs dénoncés.  Il aurait été plus intéressant de développer sur le symbolisme disproportionné lié à cet ouvrage au point où le traducteur pour l'édition universitaire commenté pour le compte de Fayard semblait contaminé par Mein Kampf (?!) et limite mystique (dans un article de presse dont je n'ai pas gardé la trace). Car l'être humain n'a pas attendu Mein Kampf pour se massacrer et encore de nos jours il continue de se battre et d'exterminer.

Le titre est trompeur à plus d'un titre (bis repetita), car à sa lecture, qui peut croire en finir avec Mein Kampf ? Lorsqu'on prêche une éthique et que ce livre vous invite à rechercher sur l'internet et à télécharger Mein Kampf n'est-ce pas un peu contradictoire ? Pour au final placer un produit, car il s'agit de faire la promotion d'un code de comportement, comme si la plupart des sites et forums n'avaient pas une charte de bonne conduite excluant tout propos choquant ou haineux. Cela fait penser à la technique du pied dans la porte, technique marketing bien connue, le sujet semble être Mein Kampf et les stratégies pour en finir, pour accoucher d'un code de conduite, tout à fait louable au demeurant, mais peu révolutionnaire sur le fond, voire d'une naïveté confondante. La quatrième de couverture dévoile le stratagème mais je trouve cela un peu curieux. Un côté assez candide où  il suffirait d'opposer à un discours haineux dans un forum une phrase de Paul Ricoeur (Page 99) : "C'est dans l'analyse du respect qu'est contenue toute la philosophie kantienne de l'existence d'autrui". Dites cela dans un forum où des propos haineux se tiennent et vous me direz le résultat (bonne chance). C'est le côté Bisounours du livre. A rajouter aux suspicions gratuites, la plus étonnante étant, page 74, d'asséner que même dans les forums de l'Internet "noir" (oulala l'internet noir ???, musique dramatique), il y a des commentaires haineux. Forums non seulement privés (déjà là pas facile d'y accéder) mais, encore mieux, ultra-privés (encore plus dur d'y entrer !!!), que même les services les plus spécialisés peinent à pénétrer (c'est moi qui souligne)....  mais que les auteurs, plus malin que les autres, arrivent à pénétrer facilement, à analyser, à étudier et sourcer par des recherches sociologiques. Hein ? ben non rien de tout cela, une assertion gratuite comme plein d'autres et qui dessert le propos car s'appuyant sur de la rhétorique complotiste bon teint.

Pour des juristes, encore de nos jours asséner qu'Internet est une zone de non droit est surprenant, qu'il soir difficile d'y faire appliquer la loi tout le temps et partout, oui, très certainement, mais une zone de non droits, non, et les auteurs de rappeler les innombrables lois qui peuvent s'y appliquer. Ils demandent à la société civile de faire respecter la loi, ce qui n'est pas son rôle (et ferais à lui seul tout un débat), ou encore accuse l'internet de tous les maux, un peu comme accuser le marteau ayant servi à tuer sa voisine, cela occulte, à bon compte, une réflexion plus large et sur les sources, chez l'homme, de la violence, .... et de la connerie, incommensurable. qu'ils aillent dans un pays où l'internet est contrôlé ils vont vite voir si c'est une zone de non droits. Qu'ils discutent avec des journalistes turques qui sont dans l'opposition et ils verront sur les lois martiales ne s'appliquent pas. Des femmes sont battues tous les jours, des homosexuels continuent d'être exterminés dans certains pays. Le mal est bien plus profond, plus humain, plus animal. C'est le moment de citer D.H. Lawrence :

L'humanité n'a jamais dépassé l'étape de la chenille, elle pourrit à l'état de chrysalide et n'aura jamais d'ailes.

David Herbert Lawrence

La bibliographie est intéressante, notamment en citant le livre de Mein Kampf histoire d'un livre de Vitkine. Alors c'est pas parce que j'ai trouvé ce livre superflu qu'il n'est pas intéressant pour autant, il soulève de vrais problèmes, il interroge, et, je me répète, son but, à savoir rendre l'internet plus supportable, est louable. A vous de voir mais je trouve d'autres ouvrages bien plus intéressants et mieux argumentés. Et non les autres ouvrages comme Le protocole des sages de Sion (faux utilisé dans la propagande antisémite) n'est pas en concurrence (mot malheureux, à mon sens, employé dans ce livre !!) de Mein Kampf mais plutôt ils se renforcent (et c'est bien le plus triste).

Note : A

Rester groupés de Sophie Hénaff

Rester groupés de Sophie Hénaff (Le livre de poche, 313 pages, 2016)

Incipit :
Jacques Maire longeait le canal qui traversait L'Isle-sur-la-Sorgue. Il comptait les canards. Les herbes vertes qui coloraient l'eau transparente se balançaient mollement, disparaissant parfois sous les scintillements du soleil. La rivière paisible berçait quelques barques et invitait le promeneur au ralentissement.
La suite des aventures rocambolesque de la brigade des placardisés. Comme l'a dit Jean-Louis Ezine à l'émission Le Masque et la Plume cet ouvrage comme son précédent, Poulet grillés, rentre dans la catégorie des poilars, mot-valise basé sur polar et poilade (enfin je suppose il ne l'a pas dit). Aussi farfelu et déjanté que le précédent avec une intrigue classique mais tout de même bien ficelée. A l'instar de la brigade d'Adamsberg chez Fred Vargas, je me suis attaché à cette étrange tribu, certes loufoque et percluse de défauts, mais néanmoins qui s'implique, à sa manière, à la résolution d'enquêtes qui leur sont confiés, le fussent-elles avec force bâtons dans les roues ... Un livre que j'ai lu samedi dernier, un bon moment à passer ...

Note : AAAA

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin

Viens chez moi j'habite chez
une chopine
Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin (Dargaud, 160 pages, mars 2017)

Une BD originale dans son approche : rendre perceptible le vécu d'une personne atypique et hors-norme, qui a certes les moyens de sa liberté, mais qui offre au lecteur un aperçu de ce que peut être une grande liberté de ton et d'action. Qu'on aime, ou pas, Gérard Depardieu, en ce qui me concerne je ne suis pas grand fan, bien que dans Mammuth j'ai ressenti toute la puissance rien que de sa présence, ce qui, déjà, en dit long, cette BD présente la vie, à la fois ordinaire et extraordinaire de cet acteur connu quasi mondialement, de ses frasques, idées, passions et points de vues hétéroclites. Je ne pense pas que cela fasse changer d'avis sur le personnage mais peu importe (de mon point de vue) j'ai trouvé cette BD rafraîchissante par sa lucidité, son honnêteté sur un sujet qui détonne par son anticonformisme libertaire et lunaire. D'autres se seraient contentés de 160 pages pour synthétiser leur vie, ici elles suffisent à peine à contenir les 5 ans de la vie de Gérard. Une BD qui ne manque pas aussi d'humour et d’autodérision de la part de Mathieu Sapin,  peut-être les conditions sine qua non pour survivre auprès d'un électron presque totalement libre. Je remercie beaucoup Émilie de m'en avoir parlé à la dernière session du club de lecture La Marguerite.

Note : AAAA

lundi 15 mai 2017

Akira (Noir et blanc) Édition originale Tome 2 de Katsuhiro Otomo

Akira (Noir et blanc) Édition originale Tome 2 de Katsuhiro Otomo (Glénat, 304 pages, mai 2017)

Purée depuis que je l'attendais celui-là !!!!!! Depuis presque un an, petit souci d'édition alors que le Tome 1 est paru en juin 2016. Faut être patient (pas une de mes traits de caractère les plus abouti, obligé d'être au xanax, de faire de la cohérence cardiaque, d'écouter la pluie amazonienne en position du lotus et ne manger que du bio, bon sur ce point j'ai pas le choix sinon ma femme me frappe).

Enfin je retrouve ce monument du manga, il a pas perdu une ride. Éditions noir & blanc (franchement ce que cela peut me gaver la colorisation, que ce soit pour des manga à l'origine en N&B ou des films des années 50), sens de lecture japonais (raaahhh l'orgasme), toujours une mise en page démesurée et un scénario qui décoiffe grave (M'en fou je suis chauve). Bon c'est vrai, un post-apo mais pas glauque, hein (comme dirait Mélanie, une philosophe de mes amies). Que du bonheur ... ahhhhh que la vie est belle. Prescription du médecin : à relire au moins une fois par an.

Note : AAAAAAAAAAAA (oui je suis pas objectif)

Poulets grillés de Sophie Hénaff

Poulets grillés de Sophie Hénaff (Le livre de poche, 332 pages, 2015)

Incipit :
Debout devant la fenêtre de sa cuisine, Anne Capestan attendait l'aube. D'une gorgée, elle vida la tasse en porcelaine et la posa sur la toile cirée en vichy vert. Elle venait de boire son dernier café de flic. Peut-être.
La très brillante commissaire Capestan, étoile de sa génération, championne toutes catégories des ascensions fulgurantes, avait tiré une balle de trop.

Une brigade rafistolée d'éléments les plus divers ayant un point commun : en débarrasser le 36 afin que ce dernier améliore de manière drastique ses statistiques. Qu'on en juge, une brigade de policiers composés essentiellement d'une sociopathe, d'une addict aux jeux, d'un alcoolique, d'un poisseux, d'un chauffard, d'une nouvelle-riche qui parle comme un charretier et j'en passe.

A priori cela semble mal barré. Pas faux. Et pourtant ... récupérant d'anciens cas non résolus, extraits de cartons poussiéreux, que va-t-il se passer ? D'une telle équipe va-t-il en sortir quelque chose ? Vont-ils changer leur destinée ?

Avec un style à la fois précis sur les usages de la police (enfin suffisamment pour être crédible pour moi),  d'une intrigue plutôt bien ficelé, et surtout d'un humour décalé aux petits oignons cela fût un grand plaisir de lecture. J'ai lu Venise n'est pas en Italie samedi, et Poulets grillés dimanche. Deux journées d'évasion totale. On fini par s'attacher à cette bande d'atypiques notoires. Un livre vraiment sympa, je me commande le 2 !

Note : AAAA

Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac

Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac (Le livre de poche, 314 pages, 2015)

Incipit :
On était en train de déjeuner tous les deux, assis face à face. Elle m'avait fait des radis avec du beurre et du sel, et des escalopes de dinde aux champignons avec du riz, j'adore, c'est un de mes plats préférés. On ne parlait.

Journal intime d'un ado en première (mais avec un an d'avance), dans une famille un peu beauf dont il a un peu honte (mais qui n'a pas un peu honte de ses parents à cet âge ?), père VRP, tous vivant dans une caravane en attente de la construction de la maison, et qui tombe amoureux d'une élève de seconde qui vit quant à elle dans un milieu bourgeois. Ce ne sera pas l'unique obstacle qu'il aura à vaincre pour tenter sa chance auprès de la belle.

Un ton entrainant, qui a su capter les émotions que l'on peut ressentir à cet âge, les interrogations, les incertitudes, les espoirs disproportionnés, les sentiments entiers sans mesure, ce qui en fait à la fois la période de tous les possibles et aussi parfois de toutes les frustrations. L'auteur s'en amuse sans mépris, avec douceur, humour, tendresse et nous offre une aventure assez drôle, avec force rebondissement et suspense. Deux milieux sociaux qui se cherchent et qui se trouvent ... pas mal de remarques sur la société, les relations, la famille, avec un phrasé adolescent mais qui fait  mouche.

Un livre presque feel good book, pour une histoire d'amour tout en finesse. Et puis, depuis le temps que je me posait la question du sens dans lequel il faut tourner la langue quand on embrasse, au moins là j'ai enfin la réponse.

Note : AAAAA

Comprendre le malheur français de Marcel Gauchet

Comprendre le malheur français de Marcel Gauchet (Stock, 378 pages, 2016)

Incipit :
Les Français sont-ils devenus fous ? On pourrait le croire à entendre les prêches quotidiens qui les exhortent à se délivrer du navrant pessimisme dans lequel ils se complaisent, alors qu'ils ont tout, paraît-il, pour être heureux - à quelques détails près. Et nos augures de ressasser la liste des atouts qui devraient les convaincre du bel avenir qui les attend.

Un entretien très actuel qui délivre une analyse sans langue de bois, sans concession. Des points de vue argumentés avec un esprit de synthèse et un recul qui dénote un esprit vif et incisif. Il est rassurant d'avoir encore un intellectuel de ce calibre. Loin du slogan ou de l'idéologie qui imprègne les discours politique gavés à la communication, l'auteur aborde des sujets comme l'Europe, le décomposition de la gauche, la place de l'Islam de France, Mitterrand, De Gaulle, et surtout la crise qu'a traversé mon pays, et pas seulement économique. Une analyse fine, plutôt non partisane (au point d'agacer des gens de gauche et de droite je pense, en tout cas ceux qui ne sont pas dans la nuance et dans le débat intellectuel) qui fait le constat d'une France déboussolée. Marcel Gauchet tente d'en trouver les raisons, de les expliquer, ce qu'il fait fort bien avec une lucidité étonnante, et, dans une moindre mesure, de proposer comment dépasser les écueils, c'est d'ailleurs un peu le point faible, la conclusion étant un peu succincte à mon goût.

Ce livre m'a offert une meilleur grille de lecture des évènements en cours et m'a été d'une grande aide pour une meilleure compréhension du monde qui m'entoure. Rien que pour cela je lui dit merci.

Note : AAAAAA

lundi 8 mai 2017

Introduction à Antonio Gramsci de Hoare et Sperber

Pourquoi le castor
s'est-il arraché les testicules


Introduction à Antonio Gramsci de George Hoare et Nathan Sperber (La Découverte, 125 pages, 2013)

Incipit :
C'est dans les termes suivants que le journaliste libéral et anti-fasciste Piero Gobetti décrit, en 1924, son contemporain et ami Antonio Gramsci. Ses traits étaient « travaillés par une volontée exacerbée et inscrits durement dans sa chair, comme sous le coup d'une nécessité inéluctable » ; sa tête  « dominait » un corps chétif et malade ; ses yeux étaient « alertes et vivaces, et pourtant recouvert d'un voile d'amertume ».
Comme le titre l'indique une introduction sur Antonio Gramsci. Une partie retrace sa vie, quant au reste il s'agit d'explorer ses idées. Membre du PCI, militant qui souhaitait s'inscrire dans le mouvement et l'action, il fut rapidement mis "hors service" par Mussolini. Fait prisonnier il en sera réduit à lutter au travers de ses écrits qui ont réussi à succéder à sa disparition. Ses écrits de prison font état d'une pensée révolutionnaire à plus d'un titre. Esprit brillant il fait toujours partie du paysage intellectuel des idées comme l'atteste encore récemment un article de L'Humanité (N°22167 du vendredi 28 au dimanche 30 avril 2017) mais aussi celui qui a inspiré la Nouvelle Droite dont la revue Éléments est toujours le fer de lance.

Cet opuscule est emblématique de l'histoire des idées, avec des concepts à l'époque novateurs, Gramsci est une figure marquante dont s'inspire encore aujourd'hui certains courants. Un livre limpide, clair, édifiant, décrivant avec un esprit synthétique efficace, la vision de Gramsci où certaines idées ou analyses ont encore aujourd'hui, et d'autant plus lors de ces élections mouvementées et surprenantes sur bien des aspects, tout leur intérêt, d'autant plus que j'ai lu ce livre pendant ladite période.

Un livre riche que j'ai trouvé particulièrement intéressant. Il mérite plusieurs relectures pour bien en digérer sa densité. Je remercie les auteurs d'avoir si clairement exposé les idées de Gramsci, de les avoir contextualisés et d'avoir proposés plusieurs angles critiques et d'analyse. Vous aurez aussi la réponse à la question cruciale mis en légende de la photo de couverture ci-dessus à droite.

Note: AAAAA

dimanche 7 mai 2017

La fissure de Guillermo Abril et Carlos Spottorno

La fissure de Guillermo Abril et Carlos Spottorno (Gallimard, 172 pages, avril 2017)

Une BD singulière, un reportage basée sur des photos, qui adopte une partie de ses codes (cases, bulles). Mais qu'on ne s'y trompe pas il s'agit de témoignages poignants sur une des tragédies de notre temps, les migrations dues aux instabilités comme la guerre en Syrie ou de tensions frontalières (comme le Donbass sujet d'Anthracite, réminiscence d'une guerre froide qui ne dit plus son nom) mais surtout le fruit de courants de fonds inquiétants, ici intitulé la fissure. Ce titre résume à lui seul le symbole des frontières et des cassures à plusieurs niveaux (économique, guerre, politique, social etc.).

C'est surtout un regard sur des situations que tout un chacun ignore plus ou moins volontairement et qui pourtant fait l'objet d'une guerre idéologique au point d'être instrumentalisée notamment par l'extrême droite lors des élections en cours, occultant dans son discours clivant et xénophobe toute la détresse de populations mais aussi toute la complexité du contexte, qu'on ne peut résumer par des slogans. C'est d'autant plus facile de simplifier que, comme le montre brillamment cet ouvrage, le travail journalistique de fond des media majeurs n'est tout simplement pas fait. Les deux auteurs ont eu tout juste les moyens d'un tel reportage. L'indigence de la politique menée par l'Europe est très inquiétante comme le fait d'apprendre au cours de cet ouvrage l'existence de camps, de tensions entre l'OTAN et la Russie et bien d'autres choses encore.

Un ouvrage d'exception pour qui souhaite avoir une approche plus concrète des réalités même si cet ouvrage n'indique pas ce qu'il est possible de faire pour améliorer la situation. Il expose juste un terrible constat. C'est à la fois son point fort et son point faible.

Note : AAAAA

mardi 2 mai 2017

VIP de Laurent Chalumeau

VIP de Laurent Chalumeau (Grasset, 270 pages, 2017)

Incipit :
A présent, dans le dressing, ils fouillent ses tiroirs à lingerie. Là, celui où elle range ses culottes. Même cinéma que juste avant avec ses soutiens-gorge : sortant les strings, les dépliant, ricanant, vannant sur la quantité de tissu utilisée et le prix inversement proportionnel que ça doit coûter.

Nan mais j'y crois pas que ce bouquin est trop de la bombe, un rail de coke pure à 110%, s'avale comme un lexo, man, planes à 20000 genre masque à oxy direct sur le pif, truffe direct dedans toutes vannes ouvertes, qui t'éjecte le brain dans un flipper à orgasme. T'aimes le Cluedo ? Avec le colonel ketchup qui dégomme à tout va au semtex ? T'aimes régler tes petits soucis quotidiens au C4 ? T'es à la bonne piaule coco.

J'avais déjà lu une création de ce loustic, Bonus, et apprécié son ingéniosité syntaxique, lexicale, syntagmatique, et ta sœur, bref un travail et une recherche sur la langue en fonction du locuteur, ce qui donne un ton détonnant mais surtout assez drôle d'une certaine manière et heureusement, car avec des personnages d'un cynisme à vomir et la violence de certaines scènes cela permet, avec aussi le deuxième degré (très important, si vous en avez pas, lisez pas ce livre), de souffler tout de même un petit peu. Un thriller noir mais drôle quoi. Cela tombe bien j'aime rire. Un imbroglio où se trouve mêlée une actrice, un paparazzi, un garde du corps, un juge, un papillon asthmatique etc. et où on ne sait pas trop où cela va aller mais une galerie de personnage du tonnerre (peut-être à cause des explosions). Au passage une description au vitriol de notre société où pouvoir, argent, célébrité, ego font sauter joyeusement tout sens moral ou presque, car il y a quand même quelques personnages qui ont le sens de l'éthique mais tout juste ...

Bon, un petit bémol tout de même. Prenez des notes je répèterais pas. La fin m'a laissé sur ma faim, Un peu brutale. Pas de quoi noyer un poisson rouge mais m'a un peu refroidi (moins qu'un calibre 44, moins salissant ça c'est sûr) je m'attendais pas nooooonnnn plus à une leçon moralisante, hein, mais je sais pas, que cela laisse un peu plus de ... ou de ... mais là non, et

 Note : AAA

Ps : oui moi aussi je peux arrêter mes articles de façon brutale (lol)

Fils du feu de Guy Boley

Fils du feu de Guy Boley (Grasset, 157 pages, 2016)

Incipit :
Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l'acier, de petits sur l'enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n'était autre que celles de leurs respirations.

Une belle langue au service de souvenirs d'enfance, bercée de sons rythmiques que ne renierait pas un compositeur de musique concrète. La nostalgie d'un auteur au parcours atypique, d'une époque où on forgeait à la main, où l'idée de beau était soumise à un art transmis de génération en génération et non pas le fruit de machine-outils industrielles déshumanisées créant en série le même modèle médiocre et à bas coût, règne sans partage du plastique roi, soubassement de l'obsolescence programmée du surplus sans fin d'organes ménagés encombrant nos cuisines exsangues et fourbues. L'époque où un forgeron était un Dieu et son enfant le fils du feu, où les étincelles du fer chauffé à blanc tissait une voie lactée sur nos pupilles émerveillées. Une vie rude non dénuée d'incident de parcours, où la perte se compense par un imaginaire, à l'instar d'En attendant Bojangles que ce livre m'a un tantinet rappelé (et un tondu). Une histoire touchante.

Fruit d'une bonne et équilibrée sélection du prix Roblès 2017, il n'emportera tout de même pas le gros lot, selon moi, Désorientale gardant toute ma sympathie !!!

Note : AAA