dimanche 18 juin 2017

Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar

Refaire du dedans ce que les archéologues
du XIXe siècle ont fait du dehors (p.327)
Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar (Folio, 364 pages notes incluses, 1974)

Incipit :
Mon cher Marc,
 Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L'examen devait se faire à jeun : nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée.

Un livre très bien écrit, emplie de sagesse, de réflexions sur la vie, l'âme humaine, l'Histoire. Un portrait saisissant de réalisme d'un Empereur romain, qui commence comme une lettre à Marc, d'une certaine manière, son disciple. Le nom complet sera dit bien plus tard dans le livre. Une vision traverse ce livre qui rend le lecteur plus instruit et plus grand qu'il ne l'était au départ. A chaque page il est possible de trouver une phrase qui mérite plus d'attention. Même les notes prises au cours de la longue rédaction de ce livre sont d'une écriture littéraire. Les notes bibliographiques donnent à voir ce qu'est l'érudition ainsi que le travail pour accéder à cette dernière. Une note (encore une) de bas de page (p. 359) éclaire d'une phrase l'appauvrissement programmé : « Ce que nous appelons notre culture est plus qu'on ne le croit une culture à bureaux fermés ».

Un livre marquant, magistral, brillant. Je me suis dit qu'il avait du avoir le Goncourt ou un autre prix. Il semble que non, mais cité comme faisant parti des 100 meilleurs livres de tous les temps, quand même  J'ai ressenti dans les notes bibliographiques ainsi que ses notes personnelles le travail colossal que ce roman, Mémoires d'Hadrien, a du exiger. Et le résultat est à la hauteur, et quelle hauteur !. Un roman classique lumineux plein de sagesse et de poésie qui élève l'âme et qui offre quelques pistes sur l'art subtil de gouverner avec intelligence, culture et amour pour peu qu'on se projette sur un futur lointain. Un portrait psychologique réussit d'un personnage singulier.

Je profite des moments frais de la semaine pour écrire ces articles (hier plusieurs, tant j''avais de retard) donc le samedi et le dimanche matin. La semaine : travail et le soir trop chaud, en revanche, en loisir, je ne fais que lire, pas de jeux vidéos dans ces périodes calorifiques, ce qui est pas mal aussi. Là j'hésite à commencer un livre de Daniel Tammet (qui parle de son syndrome d'Asperger et de sa synesthésie), La perfection du tir de Mathias Énard, un livre de Gavalda tant j'ai apprécié Fendre l'armure,  un classique comme Le Roi des Aulnes de Tournier (ha bah lui il a eu le Goncourt pour ce livre !), Nous autres de Zamiatine, Faust de Goethe, ou encore finir Feuillets d'Hypnos de René Char, commencé il y a quelques semaines (la poésie je la lis lentement). Hummm pas facile de choisir quand on sort d'un très bon livre. Vous le saurez assez tôt !

Note : AAAAA

samedi 17 juin 2017

Qu'est-ce que les Lumières ? d'Emmanuel Kant

Qu'est-ce que les Lumières ? d'Emmanuel Kant (Larousse, 94 pages, 2013)

Incipit :
Qu'est-ce que les Lumières ? La sortie de l'homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d'autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l'entendement mais dans un manque de décision et de courage de s'en servir sans la direction d'autrui. Sapere aude ! («Ose penser».). Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

En clair l'homme n'est pas tant con comme un manche de pelle à tarte que lâche, pleutre et velléitaire. Ce qui, entre nous soit dit, fait toujours plaisir (attention, faut aussi un sens de l'humour sinon tout part à vau-l'eau). Tout bien pesé, ce n'est qu'une lettre, de 1784, juste avant notre révolution, d'à peine cinq pages de surcroit (dans cette édition), alors on l'excuse. Bon je rigole comme ça mais ce petit livret est très intéressant. Oui vu mon introduction, je comprends que vous émîtes des doutes. D'autant plus enrichissant par le corpus qui l'entoure et que la générosité de Larousse nous fait partager. Attention les yeux : contexte historique, frises chronologiques, fiche de l'auteur, pistes de réflexions, thèmes et concepts abordés, mises en perspectives, bibliographie .... de quoi vous occuper toutes vos soirées d'hiver au coin d'un feu de bois (hêtres ou ne pas hêtres, telle est la question) avec votre bien aimé(e). Je ne vais pas me substituer à cet excellent ouvrage et vous faire une thèse, je vous invite de vous-même à vous y pencher, c'est du bon travail édifiant comme je les aime, une collection Larousse à suivre de près (comme le rasage). A noter tout de même que l'écoute de Rammstein à plein volume n'est pas recommandé pour en tirer toute la substantifique moelle (La lecture et le headbanging ne faisant pas bon ménage, j'ai perdu mon chat à cause de cela, alors attention). A noter également qu'il n'y a guère que ce blog où vous pourrez lire un article parlant d'un texte de Kant et d'une musique qui ne déparerait pas au Hellfest. Me remerciez pas, c'est bonus.

Note : AAAA

Le fémur de Rimbaud de Franz Bartelt

Le fémur de Rimbaud de Franz Bartelt (Folio, 285 pages, 2013)

Incipit :
Autant jouer cartes sur table : je ne suis pas n'importe qui. Je ne l'ai jamais été. Solitaire, mais sociable. Taciturne, mais beau parleur. Intelligent, mais sans prétention. Plutôt beau garçon, n'ayons pas peur de la vérité, mais dénué de la vanité des bellâtres.
C'est fou ça comment l'auteur me connait si bien, j'aurais pu rajouter humble, modeste, génial, cultivé, raffiné, mais bon je ne vais pas chipoter.

C'est un peu La guerre des roses qui serait traité par Puértolas ou Jonas Jonasson. Bien sûr Franz Bartelt a son propre style et une manière toute à lui de camper un bonimenteur de génie et une femme psychopathe cyclothymique borderline, mais attention, à noter qu'elle est aussi légèrement asociale. Pour peu qu'il s'arrange pour qu'ils se marient et nous voilà parti pour une épopée délirante où  l'art de la manipulation comme celui de l'arnaque, atteint des sommets. Le début est pas mal puis à un moment cela part en vrille et c'est encore mieux. Un moment délicieux dans la folie des brocanteurs et des héritiers, ce qui est tout de même plus tentant que de parler porte-jarretelles et pizza quatre formages lors d'un saut à l'élastique.

Note : AAAA

Il était une fois Idées Noires de Franquin

Il était une fois Idées Noires de Franquin, collectif (Fluide Glacial, 120 pages, 2017)

J'avais déjà l'album Idées Noires. On retrouve ici des planches d'Idées Noires mais surtout ce qui a amené à la création de l'album, le contexte de l'époque, des anecdotes, des hommages ou collaborations (par texte ou planches interposées) qui complètent l'album originel avec talent. Des interviews rappellent combien Franquin était lumineux. Un album qui fait un retour sur une des œuvres singulières de Franquin, peut-être la plus aboutie. La planche, fruit de la collaboration entre le génie de Franquin et celui d'un autre géant, Gotlib, avec les deux extraterrestres, est hilarante, j'en ai encore la larme à l’œil, 15 jours après. Initialement éditée en revue, Fluide Glacial, dorénavant en album, par Fluide Glacial (aussi).

Note : AAAA 

La sélection off 2017 du prix Emmanuel Roblès

La sélection off 2017 du prix Emmanuel Roblès (Blois, milliers de pages, 2017)

La sélection du Prix Emmanuel Roblès en garde six mais certains, qui n'ont pas suffisamment recueilli de voix, ont tout de même retenu l'attention de la pré-sélection, c'est la sélection off :
  • A la place du mort, Paul Baldenberger, Éditions des Équateurs
  • Celui-là est mon frère, Marie Barhelet, Buchet-Chastel
  • Le monde entier, François Bugeon, Rouergue
  • Vers la nuit, Isabelle Bunisset, Flammarion
  • Ce qui nous sépare, Anne Collongues, Actes Sud
  • Petit Pays, Gaël Faye, Grasset, qui a obtenu par ailleurs le Prix Goncourt de Lycéens 2016.
  • Tempêtes sur Lewis Island, Ginie Le Garçon, Regain de Lecture
  • Brûle, Laurent Rigoulet, Don Quichotte éditions
  • L'échappée, Julie Tremblay, Lattès
  • Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin, Zoé
  • Les cosmonautes ne font que passer, Elitza Gueorguieva, Verticales
  • Les états et empires du Lotissement Grand Siècle, Fanny Taillandier, PUF

Prix Emmanuel Roblès 2017

Prix Emmanuel Roblès 2017 (Ville de Blois, milliers de pages, 2017)


La lauréate pour le Prix Emmanuel Roblès 2017 est Négar Djavadi pour Désorientale. Ce qui me fait d'autant plus plaisir qu'elle a eu le bénéfice de mon vote (Probable, certain après la lecture de l'entière sélection).

Une soirée très réussie même si la SNCF a un peu ternie la cérémonie (Cinq des auteurs sélectionnés sont partis de Paris à 10h pour arriver à ... 16h à Blois). L'animateur s'en est plutôt bien sorti mais je reste attaché à Philippe Lefait plus pertinent et malicieux. J'ai eu le plaisir à échanger avec plusieurs des auteurs mais n'ai pu tout faire signer de mes exemplaires car l'horaire du train du retour approchait pour eux. J'ai été séduit par l'engagement d'un Cédric Gras (qui a accepté de me parler en russe) comme du caractère affirmé et intelligent de Simon Johannin dont j'ai pu avoir juste la signature in extremis lui lâchant au passage quelques mots sympathiques (oui je suis comme cela, admiratif des personnes ayant pu écrire un livre !). J'ai tellement troublé Guy Boley que sa dédicace indique sa difficulté à trouver un texte original et écouter le quémandeur en même temps. J'ai appris également à cette occasion que Comme neige avait réellement été écrit à plusieurs mains, que les lettres attendues étaient de vrais lettres, un jeu ludique, déchirant le quatrième mur, dont je n'étais pas conscient, ayant tout pris au deuxième degré. Monsieur le Président d'Agglopolys, Christophe Degruelle, a fait un excellent discours, avec un sens de l’a propos bien trouvé et quelques références qui m'ont incité à lire La modification de Butor. Je pourrais parler encore de quelques anecdotes ainsi que des auteurs dont je n'ai pas parlé ici, mais je crains de vous ennuyer, en tout cas c'était une soirée extra.

Note : AAAA

Sharko de Franck Thilliez

Sharko de Franck Thilliez (Fleuvenoir, n pages, 2017)

Incipit :
L'homme avait trouvé son maître sur l'échelle des prédateurs : le requin, fruit de millions d'années du travail de la nature, remarquable conclusion d'une évolution sans faille. Une machine aux multiples rangées de dents, à la silhouette aérodynamique parfaite, capable de sentir une goutte de sang diluée dans une piscine olympique. Un générateur de peur.

Style toujours aussi percutant, efficace, qui va direct aux tripes, accès direct au cervelet, décharge d'adrénaline, on est pas ici pour faire dans la dentelle mais dans le brutal, dans le viscéral, lire Thilliez c'est se baigner dans une piscine qui aurait servi d'abattoir clandestin, remplie d'abats (humain sinon le seuil de l'horreur n'est pas atteint), en sirotant un liquide dont on apprendrait plus tard qu'il est létal. Un scénario bien ficelé, comme les victimes ha ha, et où, comme très souvent, il est possible de se cultiver. Je ne peux vous dire sur quoi cette fois-ci sans dévoiler une partie de l'intrigue.

En revanche j'ai été assez surpris de lire, à plusieurs reprises,  que les douilles étaient en étain (?!?). Bon prince (j'ai tout de même failli m'étrangler), je passe sur le vocable qui devrait être étui (inférieur cal 14) et surtout en laiton (même si d'autres matières sont possible c'est la plus répandue quand même).  Si j'en ai l'occasion je lui poserais la question car quand même, pour un auteur qui fait dans le détail lorsqu'il s'agit de balistique, de médecine légale ou plus globalement sur tout ce qui touche à la police scientifique, c'est troublant. Plus dérangeant, fin limier que je suis, ayant passé 30 ans au MI5, 27 ans au GIGN, et étant consultant sur les théâtres d'opération du monde entier dont dernièrement l'Ile de Pâques,à un moment donné on a l'information sur un appel  cellulaire : lieu et horaire, alors là super facile, pour quelqu'un de métier comme moi mais même pour Oui Oui, demande à l'opérateur des relevé de la tour cellulaire la plus proche. Et là ... ben non, enfin si, beaucoup plus tard. Et on y crois pas une seconde de la part d'un policier chevronné, qui pense autoroute et pas opérateur ?????? Je sais qu'on simplifie et que des professionnels y trouverait à redire sur plein de chose mais quand même là c'est pour le moins surprenant pour un novice comme moi (Oui pour le GIGN et le MI5 vous oubliez).

Il n'en reste pas moins que c'est un thriller qui se laisse dévorer (comme les victimes ha ha).

Note : AAAA

lundi 5 juin 2017

La différence invisible de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

La différence invisible de de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline (Delcourt, 96 pages, 2016)

Une BD pédagogique qui expose le quotidien d'une aspie (personne diagnostiquée syndrome d'Asperger). Une post-face rappelle quelque points sur ce syndrome, qu'il s'agit d'une forme légère de l'autisme (Troubles du Spectre Autistique) et qui n'est PAS (entre autre) un manque d'intelligence, sur ce point la personne est dans la normalité. L'ouvrage rappelle aussi  le retard incroyable de la France sur ce sujet (estimée à 40 ans) et les erreurs dramatiques d'un Bruno Bettelheim dont la démarche scientifique (?!) pour amener sur de telles conclusions (la mère frigidaire responsable de l'autisme de son enfant, il a quand même écrit « Tout au long de ce livre, je soutiens que le facteur qui précipite l'enfant dans l'autisme infantile est le désir de ses parents qu'il n'existe pas » bonjour le dogmatisme culpabilisant qui ne repose sur à peu près rien de scientifique) étaient pour le moins maladroites (quelques cas étudiés, son intuition personnelle, on fait mieux pour une démarche scientifique) pour ne pas dire infondées. Guère étonnant dans un pays où la psychanalyse est toujours très prégnante alors que les aspects scientifiques les plus récents démontre son innocuité d'un point de vue thérapeutique (voir revue Sciences Humaines, Cercle Psy). 

Cette BD montre à quel point l'humain se base sur la norme dans ses relations, sur les préjugés (lié à la culture pop comme le film Rain Man et le test des allumettes), et fait peu d'effort pour comprendre l'autre à partir du moment où se dernier dévie un peu trop de cette norme (qu'elle soit d'ordre neurologique, religieuse, culturelle ou physionomique). Que cette déviance concerne les relations sociales (quoi de plus incompréhensible de ne pas comprendre une blague, le deuxième degré ou de ne pas pouvoir prendre un verre entre amis un soir au débotté ?), et là on tombe dans l'incompréhension voire le rejet, que ce soit un petit ami, les amis, les copains, le milieu du travail et même un personne des ressources humaines. Ce n'est guère plus que de l'intolérance, voire  de l'indifférence à la différence, une différence invisible, à la fois qu'on ignore, qu'on ne veut pas voir, qu'on ne veut pas comprendre ni reconnaitre. Comme tout différence un peu subtile, et ce n'est pas réservé aux aspies, cela peut faire l'objet de l'incompétence même des professionnels censés faire un diagnostique (psychologue, DRH).  Pour être un peu misophone, apprécier le silence ou l'isolement, certains rituels, je comprends plutôt assez bien le vécu de l'héroïne. Un livre qui explicite assez bien ce vécu, dans les différents milieux qu'on est amené à traverser dans sa vie (intime, amis, professionnels) et les rituels rassurants, les repères fixes, pour alléger son quotidien. Un souci du détail de la part des aspies qui va jusqu'à l'habillement (ample et doux) mais qui est aussi un aspect perfectionniste de leur personnalité apprécié dans certains métiers et même recherché (développeur chez Google par exemple !).

Au delà de la reconnaissance pour un aménagement du poste de travail (par ne prendre que cet aspect) c'est aussi un échange pour une meilleur compréhension de l'autre. Cette BD est un bon support d'échange si vous connaissez un aspie, de compréhension de l'autre, au sens large, qui ouvre vos horizons (ce qui me parait toujours une bonne idée).  A recommander. A offrir. A proposer dans les bibliothèques et médiathèques. Je n'y suis pas encore allé (sauf pour y mettre les liens pour cet article dont m'a parlé ma tendre épouse) mais Julie Dachez propose un blog et des vidéos sur Youtube. Cela me rappelle que j'ai deux Daniel Tammet à lire (L'éternité dans une heure et Je suis né un jour bleu) !!!! J'aurais bien aimé être doué de synesthésie (j'ai plusieurs fois imaginé ce que c'était de le vivre), une autre fois peut-être.

Note : AAAA

dimanche 4 juin 2017

Quand sort la recluse de Fred Vargas

Quand sort la recluse de Fred Vargas (Flammarion, 478 pages, 2017)

Incipit :
Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l'appelait «Berg».

L'avantage (pour la lecture) quand il fait chaud est que je joue moins (bureau à l'étage) donc que je lis plus (rez-de-chaussée au frais). Je n'y perds pas au change même si parfois j'aimerais vous faire part de quelques trésors vidéoludique (Firewatch, Persona 5, Nier Automata, Dear Esther). Donc là en ce moment je dévore ! Et quel plaisir, après Vernon Subutex 3 et Fendre l'armure, d'avoir lu le dernier Fred Vargas !! Quel plaisir de retrouver le lunaire Adamsberg et sa bande ! Et surtout quel plaisir de retrouver ce style si particulier et ces intrigues alambiquées, avec jeux psychanalytiques sur les mots, des liens forts avec l'Histoire et l'archéologie et comme souvent des liens avec l'entomologie, ici la star c'est Loxosceles rufescens,  dans une histoire tissée comme une toile d'araignée où le lecteur se retrouve englué et envouté !

Si vous cherchez sur google images des photos de morsures de cette araignée accrochez-vous ... un coup à régurgiter son petit déjeuner ... Bref, une totale réussite que cette histoire, à plusieurs étages, où il est loisible de s'étonner (petit, mais tout petit bémol) que la bande d'Adamsberg ne connaîtrait pas Magellan ou encore le mot 'arachnologue'. Bon pour 'maïeutique' je veux bien, encore que j'ai appris cela au Lycée (Gloire à mon prof de philosophie). Mise à part ces quelques menus détails, l'histoire est passionnante avec ce style si particulier qui fait écho à la manière d'opérer d'Adamsberg lui-même, un flottement brumeux qui permet un brainstorming fructueux. Pour les fans un régal. Pour les autres n'hésitez pas.

Note : AAAA

Fendre l'armure d'Anna Gavalda

Fendre l'armure d'Anna Gavalda (La dilettante, 285 pages, 2017)

Incipit :
- Arrête, j'te dis. C'est même pas la peine d'insister. 
 J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée.

Recueil de sept nouvelles, avec différents styles, la première nouvelle est excellente à ce titre, avec un parler jeune très inventif et amusant. Et toutes ces nouvelles, chacune à leur manière, ont su trouver un ou des moments d'émotions qui m'ont touché avec grâce, l'auteur manie avec brio une épée de sentiments purs et porte l'estocade d'un air détaché et serein, nous laissant bienheureux dans l'herbe délicate et parsemée de rosée apprécier ces petits bijoux de tendresse.

Une réussite totale à lire sans modération dans ce monde de brutes. La couverture lacérée, et ce titre, Fendre l'armure, habillent tous deux de leur écrin ces textes touchants où  les personnages, blessés, dévoilent ce qui se cache derrière leur apparence, une armure qu'on se forge, qu'on vous impose parfois et qui se fendille un jour.

Note : AAAA

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

You want it darker. We kill the flame
(p. 355)
Vernon Subutex Tome 3 de Virginie Despentes (Grasset, 399 pages, 2017)

Incipit :
La gare de Bordeaux et en rénovation, une forêt de tréteaux lui remplit le ventre. Sur le quai, un gamin fait les cents pas en fumant clope sur clope, il porte des baskets sans chaussettes, dont il écrase le talon, comme si c'étaient des espadrilles.

L'actualité (double attentat à Londres) alors que j'allais vaquer à ma lecture dans un bar (Qu'est-ce que les Lumières ? d'Emmanuel Kant ce qui est une bonne question au regard de cette actualité, réponse du flux Tv continue qui n'est pas à la hauteur de la question) m'a ramené plus rapidement à la maison (difficile de se concentrer avec CNews dans les tympans sur un tel sujet) pour faire quelques articles dont ce livre, après deux ans d'attente pour sa parution, livre qui, lui aussi, à sa manière, entre en résonance avec l'actualité, même si je l'ai lu en à peine deux jours la semaine dernière. Bon je ne vais pas m'appesantir non plus. Alors, ce Vernon Subutex 3 ? Déjà heureusement il y a un mini guide des personnages pour se rafraîchir la mémoire ! J'ai pu facilement me remettre dans le bain ce qui m'a rassuré. Ce 3ème volume, quelle claque, quelle fin ! J'aime beaucoup comme style ... alors pour faire faire court : Vernon est toujours le centre mais là le groupe se délite un peu, les événements, l'argent ... Voilà, c'est bon vous pouvez vous recoucher.

L'auteur s’imprègne comme une éponge de l'air du temps, digère le tout, et fait un roman moderne qui brasse le tout avec talent. On y croisera Tor (outil qui accéder a internet de manière anonyme), TED (les célèbres conférences "ideas worth spreading"), snapchat (et autres gadgets pour se connecter à des réseaux sociaux, Instagram & Co), les différents courants idéologiques de la gauche de la gauche, les angoisses de notre temps avec la prise en compte de l'actualité récente (Charlie, Bataclan, Nuit Debout, Migrants, mort de Bowie, Lemmy, inondations Paris). L'auteur se déchaîne plus que dans les deux précédents volume, comme si elle avait des comptes à régler, plus sur la forme que sur le fond, on a plus l'exposé des angoisses de notre temps (décomposition sociétale, crises diverses, risques accrus, déclinisme) que l'imposition d'une idéologie claire ou qui offrirait des solutions, le summum étant qu'un des événements majeurs du livre est transformé en objet de consommation a succès (désolé de ne pouvoir en dire plus sinon je vais gâcher la surprise) comme en miroir de la série The Walking Dead évoquée dans le livre. J'aime beaucoup sa manière allusive de parler de certaines choses comme par exemple :
  • (p. 246) "Ces gamins pensent sans doute que Marshall est une marque de casques". 
  • (p. 198) - Ça ne s'appelle plus Bercy, tu le sais ça ? - Qui change le nom d'un truc que tout le monde connaît ? Un con."

Des commentaires non politiquement correct (mais pas révolutionnaire non plus), des phrases chocs, des persos énervés et un regard vivifiant, inquiet (et inquiétant) sur notre époque qui me rappelle Houellebecq (Par exemple Soumission), Beigbedder (L'excellent Windons on the World), Chalumeau (Bonus ou V.I.P.), et même Franzen (Dans Purity)d'une certaine manière, où finalement on a une synthèse "romancée" de l'ensemble de l'actualité récente. Une construction parfois un peu déstructuré, raccord avec la thématique abordée, où les persos se cherchent, s'interrogent, où rien de clair n'émerge, où tout peu arriver (devenir SDF, un viol etc.), où aucune stabilité ni continuité n'est assurée qui est finalement une bonne description des fissures de notre société.

Note : AAAA