vendredi 29 décembre 2017

La P... respectueuse suivi de Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre

Dans KKK il y a KK
La P... respectueuse suivi de Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre (Folio, 218 pages, 1947)

Cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu de théâtre, comme ce sont les vacances j'en profite pour lire un max. Et ce type de littérature me manquait. Je suis tombé sur celui-là à la librairie de Beaugency (où j'ai acheté également La servante écarlate de Margaret Atwood et un livre très prometteur d'Edgar Morin, Connaissance ignorance mystère). J'avais entendu parler de la première pièce, peut-être à cause du titre qui ne passe pas inaperçu, mais pas de la seconde. Je n'en connaissais pas les thèmes, ni de l'une ni de l'autre. C'est assez terrible en fait, la première est sur le racisme dans un monde qui rappelle les états du Sud des États-Unis (les confédérés) et qui, au regard notamment des évènements de Charlottesville et des propos racistes et honteux de Donald Ubu-Trump, reste toujours actuelle (et pas que dans le Sud des États-Unis malheureusement). Un condensé de charge émotionnelle sur le racisme, la misogynie, l'aliénation, la pression sociale et le pouvoir totalitaire (au sens où il envahie jusqu'à l'individu). La deuxième pièce porte sur un moment particulier de l'histoire de France, où des résistants se retrouvent prisonniers de miliciens. Un conflit extérieur qui s'immisce jusqu'à l'intérieur des individus et anéanti tout sur son passage, amitiés, famille, amour, fraternité etc. Au delà des sujets qui ne sont guère positif deux pièces très bien écrites qui frappent fort. Joyeux Noël.

Note : AAAAA

jeudi 28 décembre 2017

Origin by Dan Brown

Attention ammonite tueuse ...
Origin by Dan Brown (Bantam Press, 461 pages, 2017)

Incipit :
As the ancient cogwheel train clawed its way up the dizzying incline, Edmond Kirsch surveyed the jagged mountaintop above him. In the distance, built into the face of a sheer cliff, the massive stone monastery seemed to hang in space, as if magically fused to the vertical precipice.

Le dernier thriller ésotérique de Dan Brown où j'ai retrouvé, avec plaisir, Robert Langdon l'expert en symbologie. Comme à son habitude un mélange de considérations esthétique, artistique, architecturales (ici Antoni Gaudí), le choix d'un pays (Espagne) et d'une ville (Barcelone) avec des perspectives historiques liées à un passé lourd (le franquisme) et comme souvent des réflexions sur la religion et la technologie. Et sur ces deux derniers points pour avoir lu récemment Homo Deus, SapiensPetit voyage dans le monde des quanta,  ou encore Chatbot le robot, ce livre ne m'a pas vraiment surpris mais cela ne m'a pas empêché d'y prendre grand plaisir tant la narration est enjouée et dynamique. J'ai senti qu'il avait bien travaillé les différents points de vue et les argumentaires (confirmé en cela par les remerciements en fin d'ouvrage) et sur ces points ce livre s'inscrit dans l'air du temps et propose à son lectorat des pistes d'analyse du monde probable à venir. Il m'a aussi clairement donné l'envie de visiter la Sagrada Familia ... Bref, j'ai trouvé, si je devais comparer, cet opus plus intéressant qu'Inferno son précédent ouvrage. Pure coïncidence, dans Courrier International de cette semaine il y a un article fort intéressant sur les techno-gourous de la Silicon Valley qui se posent des questions métaphysiques et font des stages de méditation/yoga, ce qui montre à quel point les mutations en cours sont rapides et perturbantes, alors que, selon une des thèses élaborées dans cet ouvrage, ils devraient plutôt inventer la techno-religion qui va avec leurs outils numériques (genre GUT, la Grande Unification Théorique en Physique). En conclusion un livre plutôt riche pour un thriller.

Note : AAAA

Les mystères de Channel Row d'Alain Bauer et Roger Dachez

Somnolence post-prandiale ?
Les mystères de Channel Row d'Alain Bauer et Roger Dachez (JC Lattès, 322 pages, 2007)

Incipit :
L'Oie et le Gril
Londres, juin 1717
  A l'approche de l'été 1717, Londres subissait un climat inhabituellement chaud et les riverains de la Tamise, délaissant les parages des eaux douteuses du fleuve, s'étaient installées dans une sorte de torpeur. Pourtant en ce jour de la Saint-Jean Baptise, le 24 juin, le temps s'était soudainement rafraîchi et, comme pour y répondre, une certaine agitation avait envahi Saint-Paul Churchyard, le traditionnel quartier des libraires situé à l'ombre de la cathédrale achevée sept ans auparavant par Christopher Wren, l'immortel architecte.

Un mélange de faits historiques et d'une enquête plutôt bien menée, dans le même esprit que Giacommeti et Ravenne. Ici nous sommes transportés à un moment clé de la franc-maçonnerie, la création d'une Grande Loge, et cela en 1717 en Angleterre (l’Écosse y aura également sa part). Un roman situé dans l'Histoire ce qui est pour moi un de ses points forts et qui recrée l'ambiance possible de cette époque. A la fin de l'ouvrage un liste des principaux personnages précise ce qui est historiquement avéré, le reste étant romancé. J'ai trouvé la trame historique ainsi que les différents mystères assez bien agencés, la lutte pour le pouvoir, même au sein de la franc-maçonnerie très bien rendu. J'ai pris grand plaisir à ce roman. Il faisait parti du pilon lors de la vente pour le téléthon 2017 orchestré par la médiathèque de Beaugency (où en famille nous avons ramené ... 40 livres ... une paille, c'est pas comme si je manquais de livres à lire ...)

Note : AAAA

dimanche 24 décembre 2017

Homo Deus by Yuval Noah Harari

Enlarge your brain
Homo Deus A brief History of Tomorrow by Yuval Noah Harari (Penguin Random House/Vintage, 514 pages, 2017)

Incipit :
At the dawn of the third millenium, humanity wakes up, stretching its limbs and rubbing its eyes. Remnants of some awful nightmares are still drifting across its mind.

Un livre qu'il est possible de positionner dans le prolongement de Sapiens du même auteur. Cette fois Yuval Noah Harari réfléchit à notre avenir qu'il est possible de résumer en la fin du libéralisme et l'avènement de technologies qui vont modifier en profondeur la société. Mais il ne prêche rien, ne prédit pas, il anticipe et donne à penser sur des possibilités. Son esprit de synthèse qui permet parfois de résumer un argumentaire en une phrase lapidaire mais à la fois édifiante et drôle me charme beaucoup. J'apprécie son style, sa manière d'exposer les choses et de provoquer mais de manière constructive et lumineuse.  Parfois redondant mais ne me gêne pas car tout en reprenant une idée, il brode sur celle-ci quelques variations ou s'en sert afin de développer une autre piste. C'est ce type d'ouvrage qui me donne l'impression d'élargir ma vision du monde, qui me donne à réfléchir, à m'interroger et, je l'avoue, à m'inquiéter. Un livre qui ne peut laisser indifférent et franchement rien que pour cette raison déjà c'est positif. Si en plus il donne des éléments et des idées alors je dis bravo, et il se permet d'être accessible à tous, bon ok je crie au génie. 

Note : AAAAAAAAAAAA puissance 11

PS : en parlant  d'élargir sa conscience allez sur le site Orbs !

Comment parler des livres que l'on n'a pas lu ? de Pierre Bayard

Comment parler des livres que l'on n'a pas lu ? de Pierre Bayard (Les Éditions de Minuit, 162 pages, 2007)

Incipit :
Né dans un milieu où on lisait peu, ne goûtant guère cette activité et n'ayant de toute manière pas le temps de m'y consacrer, je me suis fréquemment retrouvé, suite à ces concours de circonstances dont la vie est coutumière, dans des situations délicates où j'étais contraints de m'exprimer à propos des livres que je n'avais pas lu.
Enseignant la littérature à l'université, je ne peux en effet échapper à l'obligation de commenter des livres que, la plupart du temps, je n'ai pas ouverts.
Ce livre était cité dans une de mes lectures (et je ne sais plus laquelle) et comme cet essai me paraissait amusant je me suis laissé tenter. Un essai d'ailleurs plutôt bien écrit, avec une bonne analyse/synthèse du sujet, à la fois érudit tout en étant drôle. C'est une extension de l'aphorisme d'Oscar Wilde cité en exergue du livre : «Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer». Le ton est donné ... et l'incipit où l'auteur précise qu'il est enseignant de littérature à l'université et qu'il se doit de commenter des livres qu'il n'a même pas ouverts enfonce le clou ...  Déjà le surtitre (Paradoxe) souligne un des traits de cet essai dont le titre laissait présager une contradiction insoluble. Hum, insoluble vraiment ? L'auteur commence par un constat sur l'état de connaissance réel des livres par les lecteurs supposés, sur l'hypocrisie généralisée de les avoir lus, fruit du devoir connaitre (pression sociale, image) et de l'impossibilité de tout lire. L'auteur en profite alors notamment pour développer le point de vue intéressant sur la culture littéraire, plus lié à la position et le thème des livres et/ou au discours autour des livres reconnus, qu'au contenu même de ces derniers. Cela n'empêche pas Pierre Bayard d'illustrer son essai d'auteurs et d’œuvres diverses qui à la fois confirme son exposé et font parti des livres pas vraiment lu par l'auteur (L'auteur a développé au début de l'ouvrage une nomenclature où n'apparait pas l'état de LL Livre Lu et LNL Livre Non Lu mais des états intermédiaires ou incertain, comme LP un Livre Parcouru) au moins c'est cohérent voire congruent. Il y a une seule fois où je ne suis pas d'accord c'est lorsqu'il soutient que quasiment personne ne lit entièrement un livre (De la première à la dernière page). En ce qui me concerne je lis de la première à la dernière page ou alors je le classe dans les livres abandonnés. Là où j'aurais pu classer un livre parcouru c'est au lycée pour Madame Bovary, j'avoue que j'ai lu une page sur trois (à peu près).

Un livre sur la littérature, la critique de cette dernière mais surtout sur l’appropriation de la première et des livres en particulier bien moins claire, nette ou binaire que ce qu'on voudrait le penser. En tout cas une réflexion et un point de vue iconoclaste qui m'a enrichi et d'une certaine manière déculpabilisé.

Note : AAA

mercredi 13 décembre 2017

Eat pray love by Elizabeth Gilbert

Sutra power
Eat pray love by Elizabeth Gilbert (Bloomsbury, 348 pages, 2006)

Incipit :

I wish Giovanni would kiss me.
Oh, but there are so many reasons why this would be a terrible idea. To begin with, Giovanni is ten years younger than I am, and-like most Italian guys in their twenties-he still lives with his mother. These facts alone make him an unlikely romantic partner for me, given that I am a professional American woman in my mid-thirties, who has just come through a failed marriage and a devastating, interminable divorce, followed immediately by a passionate love affair that ended in sickening heartbreak. This loss upon loss has left me feeling sad and brittle and about seven thousand years old. Purely as a matter of principle I wouldn't inflict my sorry, busted-up old self on the lovely, unsullied Giovanni. Not to mention that I have finally arrived at that age where a woman starts to question whether the wisest way to get over the loss of one beautiful brown-eyed young man is indeed to promptly invite another one into her bed. This is why I have been alone for many months now. This is why, in fact, I have decided to spend this entire year in celibacy.

Un livre sur la quête de sens où Elizabeth Gilbert raconte son expérience personnelle, au travers de 108 chapitres (nombre hautement symbolique car étant notamment le nombre de perles d'un mala) et de trois pays (Italie, Inde, Indonésie) comment elle devient elle-même. Questionnements existentiels et réflexions autant sérieuses qu'humoristiques donnent à ce livre un ton léger mais non dénué de profondeur. Il apporte maintes fois des remarques judicieuses sur la méditation, les voyages (intérieur comme dans les pays), les relations humaines, certaines spécificités de l'Inde ou encore l'amour et l'amitié. Un livre qu'il est possible de classer dans les feel-good book et qui s'inscrit pleinement dans la mode du développement personnel et les recherches spirituelles et philosophiques de chacun et chacune tout en offrant une histoire d'aventure riche. J'ai trouvé pour ma part qu'il était un complément sympathique à mes pratiques et recherche personnelles, par exemple l'excellent documentaire récent d'ARTE sur le Zen. Ce livre a été porté à l'écran mais je ne l'ai pas (encore) vu. Il a été traduit en maintes langues dont le français sous le titre Mange Prie Aime. Il semble que la méditation soit à la mode, et d'ailleurs Alexandre Jollien dans le dernier Philosophie Magazine met en garde contre cette forme de dénaturation. Il en est revenu de la méditation. D'un autre côté il en attendait certainement beaucoup, car pour se mettre à la méditation il est carrément parti en Corée (!) et de plus avec un moine de religion plutôt occidentale ce que je trouve doublement paradoxal. Après trois ans il en est parti à l'anglaise, sans dire coucou à son guide puis regrette quelques lignes plus loin que ce dernier ne l'ai jamais recontacté (ce qui à mon sens est cohérent avec la spiritualité en question). Tout cela est assez contradictoire surtout de la part d'un philosophe de plus attiré par ces spiritualités (non attachement, vivre l'instant etc) mais dénote à la fois d'une sincérité, d'une honnêteté touchante mais aussi de la complexité des affects humains, sans parler de nos nombreuses contradictions et incohérences internes inhérentes à Homo Sapiens en général. I'm only human after all, don't put the blame on me ?

Note : AAAA

dimanche 3 décembre 2017

Le Bouddhisme pour les nuls de Landraw et Bodian

Om
Le Bouddhisme pour les nuls de Jonathan Landraw et Stephan Bodian (First Edition, 400 pages, 2005)

Incipit :
Le bouddhisme est bien plus connu dans le monde aujourd'hui qu'il ne l'était il y a trente ans, lorsque nous nous y sommes intéressés pour la première fois. On trouve des dizaines de livres sur le sujet en librairie, et il existe plusieurs centaines de centres bouddhiques en Amérique du Nord comme en France où l'on peut s'informer sur le bouddhisme directement auprès d'adeptes de ses diverses traditions. Le bouddhisme semble même s'infiltrer dans la culture plus générale ; on en entend couramment des références occasionnelles au cinéma et à la télévision.

Une excellente introduction sur le sujet, que ce soit sur les aspects historiques et culturels comme sur ceux plus opératifs comme la méditation. Différentes traditions sont abordées et j'ai apprécié la description de la journée type d'un pratiquant dans chaque cas de figure ce qui donne une idée concrète et accessible à tous. Un modèle simple de notre fonctionnement, de ses conséquences (causalité/karma, souffrance), et les différentes manières de s'en soustraire, qui repose sur trois piliers, la connaissance, la méditation, la mise en pratique. Sur ce dernier point, il ne s'agit pas tant de ne plus souffrir soit mais qu'aussi tous les êtres vivants soient libérés. C'est un Art de vivre altruiste qui passe par un changement profond de soi. J'ai apprécié également la partie illustrée avec la roue de la vie très riche en signification et explications qui m'a rappelé le magnifique film coréen Printemps été automne hiver et printemps de Kim Ki-Duk.

Ce livre fait très bien son travail d'introduction, il ratisse plutôt large, offre de multiples angles d'analyse et de réflexion, bref pour ce qu'on en attend c'est parfait. Je n'aime pas trop écrire sur mes livres, même au crayon à papier, mais sur ce type d'ouvrage de travail en vue de le mettre en pratique j'ai griffonné pas mal. Cela me permet de retrouver plus rapidement des notions clés, principes ou des concepts à travailler. J'aurais aimé à la fin quelques pages de synthèse (avec renvoie dans le livre pour plus détails) qui condensent les préceptes, les pratiques essentielles, les quatre nobles vérités, le noble sentier octuple etc.

Le film Samsara de Pan Nalin posait des questions importantes comme par exemple l'abandon par le prince Siddharta de sa femme Yashodhara et de son fils Rahula. Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas a priori très bon pour son karma. Je ne pense pas avoir trouvé dans ce livre la réponse. Mais cela reste un très bon ouvrage sur le sujet.

Note : AAAAA

Jeanne d'Arcadie ou la secrète couronne de Jack Minier

Jeanne d'Arcadie ou la secrète couronne de Jack Minier (Diamedit, 513 pages, 2012)

Incipit :
Le soleil avait dépassé le zénith depuis longtemps et une courte averse d'été venait de rafraîchir l’atmosphère. Sous les fonds plats des barcasses de pêche et des lourdes gabarres de la « Corporation  des marchands fréquentant la rivière de Loire », le fleuve royal coulait calmement son large chemin d'eau et l'on pouvait voir, vers l'amont, les couleurs d'un arc-en-ciel s'y mirer avec coquetterie.
Un livre français à la Dan Brown ou à la Giacometti et Ravenne, genre de roman à clés historico-ésotérique qui revisite l'histoire de Jeanne d'Arc sous un regard à la fois très érudit et critique de la légende communément connue. C'est aussi, et c'est ce qui m'a fait l'emprunter au cours du dernier Club de Lecture La Marguerite, un roman local qui se déroule, à plusieurs époques historiques différentes à Orléans mais également à  Beaugency, Cléry-St-André ou encore au campus de la Source ! Certains qui connaissent l'histoire locale pourrait être surpris ou amusés, par exemple par l'usage de noms réels sous forme d'anagramme (comme celui d'un ancien maire d'Orléans). La deuxième partie, plus fantastique, fricote avec au moins le niveau 3 de l'échelle de Barkun, mais globalement j'ai apprécié la lecture de ce pavé assortit d'un nombre conséquent d'annexes dont l'une soutient l'hypothèse que le corps de Jeanne reposerait à Cléry-St-André ...

Le seul bémol est le nombre de fautes et de coquilles mais pour le reste un sujet dense traité avec verve et imagination.

Note : AAA