dimanche 28 janvier 2018

La révolution transhumaniste de Luc Ferry

La révolution transhumaniste. Comment le technomédecine et l'uberisation du monde vont bouleverser nos vies de Luc Ferry (Plon, 216 pages, 2016)

Incipit :
Ne croyez surtout pas qu’il s’agisse de science-fiction : le 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois a entrepris de réaliser une expérience sur quatre-vingt-trois embryons humains afin de « réparer », voire « d’améliorer », le génome de leurs cellules. S’agissait-il « seulement » d’embryons non viables ? L’expérience fut-elle encadrée d’un point de vue éthique et limitée dans le temps ? Quels en furent les résultats ? L’opacité qui entoure en Chine ce genre de travaux est telle que nul n’est vraiment capable de répondre à ces questions.
Un livre sur la révolution du transhumanisme, le post-humain, l'hybridation entre le biologique et l'artificiel. Un essai qui repose beaucoup sur le travail des autres avec force extraits et sur lesquels Luc Ferry donne son avis, pas toujours très étayé ou alors trop classique dans l'analyse. Parfois un peu pédant ou méprisant pour les autres (notamment envers Jeremy Rifkin) ce qui n'apporte guère au débat ni à l'analyse du phénomène. Accoler à Rifkin le terme "idéologue" lorsqu'on l'est soi-même (L'auteur se dit à titre personnel contre l'avortement ou encore considère que les chômeurs sont des fainéants vu que les compensations devraient être dégressives pour les motiver à retrouver du travail. Bonjour les clichés et les poncifs. C'est sûr l'idéologue Luc Ferry n'aurait pas écrit Utopies réalistes). Parler du transhumanisme avec autant d'idées rétrogrades auraient pu tout de même être intéressant (Oui, lire des choses avec lesquelles je suis d'accord c'est sympa mais parfois cela manque de défis). Malheureusement, à un peu plus d'un tiers du livre, l'auteur s'égare dans des digressions idéologiques et économiques, limite hors sujet, à n'en plus finir. Le sens du tragique (hum), un résumé d'Antigone (?!?), pourquoi pas, mais le rapport avec le sujet ? Pas clair. Pour un sujet aussi révolutionnaire le livre de Luc Ferry ne l'est guère. Bien sûr il y a de quoi s'interroger ou discuter mais il y a plus matière à penser dans Homo Deus ou à philosopher dans Introduction à la pensée complexe. C'est dommage j'en attendais beaucoup mieux, je reste sur ma faim. C'est pour cela que j'ai entamé un autre livre sur le sujet, La guerre des intelligences de Laurent Alexandre. Luc Ferry cite d'autres ouvrages qui me semblent au final plus pertinent sur le sujet (Et pourtant je n'ai accédé qu'aux extraits proposés !)

Note : A

Introduction à la pensée complexe d'Edgar Morin

Complexe cité
Introduction à la pensée complexe d'Edgar Morin (Essais Points, 158 pages, 2012)

Incipit :
Nous demandons légitimement à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité de définir de façon simple, de nommer de façon claire, de mettre de l'ordre dans nos idées.
Un petit livre recueil d'articles dont la thématique est la complexité. Ode à la transdisciplinarité, à la compréhension d'un mode complexe, à la lutte contre l'abandon d'avoir un regard complexe (spécialisation, experts)  mais aussi de penser la complexité même, d'au moins se donner pour objectif de l'appréhender même si par la notion même de complexité c'est tâche impossible.

Une couverture qui me rappelle Origin de Dan Brown, l'ammonite, le nombre d'or, l'infini fractal, la spirale, etc. Amusant de faire des lien avec des concepts exposés dans le Bhagavad Gita ou le Tao aussi bien que par le Bouddhisme dans L'infini dans la paume de la main. L'impermanence, l'interdépendance étant intimement liés avec la complexité ici exposée, comme quoi ce ne sont pas des idées récentes mais au fil du temps elles évoluent, se transforment, et s’immiscent dans notre modernité.

Il y a une partie lié au management qui est très instructive surtout sur la place que se fait le désordre au sein d'une organisation lorsque l'environnement est trop contrôlé ce qui, paradoxalement, permet à l'ensemble de fonctionner, une interdépendance entre le chaos et l'ordre en somme, entre l'entropie et la néguentropie, frontière entre illusion du contrôle totale et immixtion d'un désordre sous-jacent invisible.

Bref un opuscule éclairant qui résonne étrangement comme l'attracteur du même nom avec mes lectures récentes. Tout de même étonnant dans ce livre de mal orthographier le nom de Noam Chomsky (écrit Chomski !!!)

Note : AAAAA

dimanche 14 janvier 2018

Une vie sans fin de Frédéric Beigbeder

Le huit infernal
Une vie sans fin de Frédéric Beigbeder (Grasset, 348 pages, 2018)

Incipit :
Si le ciel est dégagé, on peut voir la mort toutes les nuits. Il suffit de lever les yeux. La lumière des astres défunts a traversé la galaxie. Des étoiles lointaines, disparues depuis des millénaires, persistent à nous envoyer un souvenir dans le firmament. Il m'arrive de téléphoner à quelqu'un que l'on vient d'enterrer, et d'entendre sa voix, intacte sur sa boîte vocale.

Déjà un beau titre sur la jaquette, une vis sans fin, une vie cent fins, une vie sans faim (sans soif/ sans désir donc sans souffrance comme dans le Bouddhisme), sur un ruban de Möbius, lui même infini. Sur la couverture même du livre, le ruban de Möbius disparait, certainement coupé par CRISPR-cas9, et on distingue le signe infini (en basculant à 90°) mais aussi ce qui a la forme d'un chromosome, qui plus est bicolore comme le yin/yang, Stendhal power, en rouge et noir j'exilerais ma peur, j'irais plus haut que ces montagnes de douleur ... (oui c'est Jeanne Mas) Du grand art pour un contenu sur le transhumanisme et la quête de l'immortalité, une quête vieille comme le monde mais qui, avec les NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology, and Cognitive science) et les avancées récentes, fait l'objet d'un nombre d'ouvrage conséquent, comme par exemple Homo Deus d'Harari d'ailleurs cité dans le livre de Beigbeder. Comme souvent avec ce dernier, il y a pas mal d'humour, de mots grossiers, de dérision et d'auto-dérision, un peu égocentré tout de même, mais avec des formules qui font mouches, des tableaux de comparaisons assez bien trouvés, et surtout on ressent la confusion naissante dans les esprits dues aux possibilités proprement stupéfiantes des technologies actuelles et à venir et des choix qui peuvent, à proprement parler, changer votre vie et votre destinée. Au passage l'auteur nous fait comprendre ce qu'est la vie, une bonne vie, celle qui vaut la peine d'être vécue, c'est à dire le présent, avec sa famille, et non courir après des chimères. Oui mais voilà ces chimères vont peut-être devenir réalité dans très peu de temps. Les références cités (réelles) de livres, de penseurs, de scientifiques sur le sujet dont par exemple le livre Regenesis de George Church, font de ce livre une bonne introduction sur le sujet, aussi bien pour les points éthiques que politique comme l'eugénisme ou une nouvelle lutte des classes. On sent le côté pédagogique voulue par l'auteur (non ?). D'ailleurs encore un auteur (un de plus) qui confond loser et looser. Pffft ... Et qui traduit assez mal Deus du titre Homo Deus d'Harari. Des détails au final.

Note : AAAA

Bhagavad Gita de Stephen Mitchell

Om
Bhagavad Gita Le Chant du Bienheureux de Stephen Mitchell, Aurélien Clause et Claire Mallet (Synchronique Éditions, 224 pages, 2014)

Incipit:
CHANT I
Le désespoir d'Arjuna

Le roi Dhritarastra dit :

Sur le Champ de Justice, le Champ des Kuru, dis-moi, Sanjaya, qu'advint-il lorsque mon armée et les Pandava furent face à face, impatients de s'affronter ?

Bien sûr le livre n'est pas initialement de Stephen Mitchell, vu qu'il s'agit d'un texte très ancien, d'un texte mystique de l'hindouisme, mais il s'agit d'une traduction française de ses travaux d'élaboration et de traduction en anglais du Gita. Oui, une traduction de traduction, ce qui de prime abord peut rebuter. Le livre est agréable, son format, sa texture, le sanscrit en pied de page, et bien sûr le poème qui est d'une grande beauté et d'une grande profondeur, pour peu qu'on prenne le temps ou que cela résonne avec d'autres textes comme par exemple L'infini dans la paume de la main, tant il y a d'échos symboliques avec l'origine de l'univers ou l'astrophysique en général et le bouddhisme en particulier.

C'est le type de texte qu'il peut être intéressant de relire régulièrement, un peu comme la méditation où au fil du temps mûrit quelque chose, et chaque réitération apporte un surplus de compréhension. Conquis par cet auteur et cet éditeur je lis, en prenant mon temps, celui sur la Tao Te King, aussi intéressant et magnifiquement illustré par des calligraphies de toute beauté. Si vous êtes intéressé il y a aussi l'épopée de Gilgamesh toujours par le même traducteur. Le Gita est un livre spirituel qui a pour guide Krishna, un coach qui rigole pas, et qui nous explique la voie de la sagesse, de la libération, l'égo se dissolvant dans le grand tout. Ahhh le détachement ... comme la feuille qui flotte sur un ruisseau, emportée par le courant, qui est le ruisseau tout en ne l'étant pas, être et non-être.

Un texte qui a été intégré au Mâhabhârata, ce dernier faisant partie, selon le HS Sciences et Avenir actuellement en kiosque, des grands textes de l'humanité.

Note : AAAAA

dimanche 7 janvier 2018

Utopies réalistes de Rutger Bregman

Randomista Bible
Utopies réalistes de Rutger Bregman (Seuil, 248 pages, 2017)

Incipit :
Commençons par une petite leçon d'histoire.
Dans le passé, tout était pire.
Pendant à peu près 99% de l'histoire du monde, 99% de l'humanité a été pauvre, affamée, sale, craintive, bête, laide et malade.
Au XVIIe siècle déjà, le philosophe français Blaise Pascal (1623 - 1662) décrivait la vie comme une immense vallée de larmes.
Un livre qui donne la pêche, oui rêver est possible, rêver d'un monde meilleur est possible, vive les utopies, ce sont elles qui façonnent le monde !. Ce livre déconstruit l'économie comme une pseudo sciences assez inexacte, avec beaucoup d'expert qui disent beaucoup de choses erronées et qui se tiennent par la main avec des politiques ignorants, idéologues et en panne d'imaginaire. Et bim ! Je deviens de facto un gauchiste, conspirationniste, qui construit des châteaux en Espagne. Et pourtant ce livre est extrêmement bien argumenté, référencé, étayé, pragmatique, très convaincant dans ses démonstrations. Il résonne aussi avec mes lectures récentes, Sapiens, Homo Deus, Connaissance Ignorance Mystère, ou encore le documentaire AlphaGo. Un livre qu'aurait apprécié Bernard Maris, commémoré en ce jour de liberté d'expression (Oui je suis Charlie !). Les néo-libéraux et financiers de tout horizon vont avoir les dents qui grincent. Mais au delà d'un règlement de compte en règle de l'idéologie actuelle c'est surtout un air frais qui s'élève (oui je suis assez convaincu par tout ce qui est proposé dont le revenu universel) et que la gauche serait bien avertie de prendre en compte. D'ailleurs elle en prend aussi pour son grade. Par son approche contre-intuitive, à l'encontre des dogmes, il rappelle aussi Freakonomics de Levitt et Dubner. Une lecture saine hautement recommandée !!!! A diffuser partout, à faire lire à tous ! Pour redonner un horizon à l'avenir et garder foi en l'humanisme.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Et si l'amour c'était aimer ? de Fabcaro

L'empreinte du désir
et autres recettes Vegan
Et si l'amour c'était aimer ? de Fabcaro (Six pieds sous terre, 26 pages, novembre 2017)

Bande dessinée de l'auteur déjà déjanté du déjà hilarant Zaï zaï zaï zaï qui se joue du découpage et alternance des situations, entre le dit et le non dit il exploite  les codes style "Harlequin" mais avec des textes potaches, décalé, voire absurde à souhait. Un contraste entre la représentation formelle qui rappelle Amour Gloire et Beauté ou les romans photos de gare et le contenu des bulles (dérision, vacuité, propos insignifiants, hors sujet ou inappropriés). Rappelle sur certain point La classe américaine (forme/fond/construction), les situationnistes, la pataphysique, The church of the Subgenius. C'est toujours aussi drôle et bien construit. J'adore au point d'avoir éclaté de rire au moins quatre fois, c'est pas un concours non plus mais les BD où j'éclate de rire c'est pas non plus courant (Il y a aussi édika, Gotlib). Fabcaro you are my God. Je suis Fabacro ...

Note : AAAAA

Documentaire AlphaGo

Man vs Machine
AlphaGo de Greg Kohs (Documentaire, 1h30, 2017)

Ce n'est pas tout à fait l'objet de ce blog, j'avais une fois conseillé un "film" (Samsara) pour sa beauté formelle et plastique. Cette fois il s'agit d'un documentaire sur le jeu de Go,  le combat entre AlphaGo, un logiciel de deep learning de Google, et Lee Sedol un des meilleurs joueurs mondiaux, qui avait une pression énorme sur ses épaules. Après les échecs c'est au tour de ce jeu d'origine chinoise de se voir modélisé et de battre un humain. Ce documentaire visite les coulisses, en particulier du côté des programmeurs et de la préparation de la rencontre au sommet. C'est surtout un moment très particulier et même très touchant où j'ai vu une personne atteindre ses limites, et cela pour un jeu que je trouve à la fois beau et complexe. Il est aussi curieux de voir à certains coups du jeu "l'explication"donnée par le logiciel (% de vaincre, en probabilité) et comment parfois on en vient à l'humaniser. Même s'il s'agit d'IA faible et qu'il ne faudrait pas, au moins dans le court terme, extrapoler, il s'agit tout de même d'un fait particulièrement notable. J'avoue avoir eu de la tristesse à voir Lee Sedol se débattre ainsi mais aussi d'avoir de l'admiration pour lui. J'ai bien aimé dans la conclusion du documentaire que suite à ces 5 parties, Lee Sedol avait remporté toutes ses parties (contre des humains) dans les deux mois qui ont suivi. L'autre point est que cette IA et sa dernière version, AlphaGo Zero, proposent des coups qui étaient considérés historiquement comme mauvais ou inexploitable et d'une certaine manière a fait progresser les meilleurs joueurs. Un moment historique vu par des millions de personnes. Pourtant selon un grand maître d'échecs néerlandais Jan Hein Donner, partisan vraisemblablement de la pensée latérale, à qui on demandait sa stratégie pour affronter un ordinateur il avait répondu «J'apporterais un marteau» (1). Une approche similaire du nœud gordien en somme. Une technique qui marcherait autant pour les échecs que pour le Go dis donc ! D'un autre côté avec un marteau, les parties auraient été plus courtes et le documentaire moins pertinent.

Note : AAAAA

(1) Anecdote rapportée dans le livre Utopies réalistes de Rutger Bregman (très bon livre)

vendredi 5 janvier 2018

Triste nouvelle

Il y a quelques jours j'ai appris la disparition de Marie-Pierre. Elle faisait partie du Club de Lecture La Marguerite. Elle aimait bien les livres de destinées difficiles comme En finir avec Eddy Bellegueule (une grande déception pour elle de n'avoir pu rencontrer l'auteur lors du prix Emmanuel Roblès) ou Vernon Subutex. J'ai maintes fois ressenti sa passion et sa vive émotion pour certains ouvrages. J'avais pu assister à quelques réunions chez elle et le moins qu'on puisse dire est qu'elle était très sympathique. Sur le coup la nouvelle m'a stupéfait et puis une vague tristesse m'a envahie.

Toutes mes condoléances à la famille.

lundi 1 janvier 2018

The Adventures of Mr. Tompkins NO.1 by Igor Gamow and Scorpio Steele

The Adventures of Mr. Tompkins NO.1 by Igor Gamow and Scorpio Steele (42 pages)

J'ai du évoquer à un moment mon attrait pour les aventures de M. Tompkins par George Gamow et mon épouse attentionnée m'a trouvé ... ce comics, ce qui n'est pas tout à fait l'ouvrage auquel je me référais mais c'est tout de même un beau cadeau. L'idée des aventures de M. Tomkins par G. Gamow était d'écrire des aventures d'un individu nommé M. Tomkins, jusque là pas de surprise, mais dans un univers où une ou plusieurs (je ne sais n'ayant pu lire l'ouvrage) des constantes de physique seraient légèrement modifiées, ce qui peut avoir des conséquences tout à fait étonnantes. Car il y a 15 constantes (je crois), comme par exemple la vitesse de la lumière ou encore la constante de Planck et une décimale modifiée aurait des conséquences énormes ce que décrit l'ouvrage avec a propos et humour. Là il s'agit plutôt d'un comics inspiré de ces aventures et qui revisite une partie de l'histoire des sciences de manière ludique avec l'esthétique des comics américain (oui c'est redondant, un comics étant forcément américain, d'ailleurs Ubu-Trump est un sacré comics, bon là c'est cuit je ne pourrais plus jamais retourner aux États-Unis). J'y ai appris une foule de détail notamment comment Marie Curie a pu, pour ses recherches, être la récipiendaire d'une donation pour acheter un gramme de radium : 150 000 dollars à l'époque !!!! Marie Curie la seule femme qui a eu un prix Nobel de Physique, deux fois, donc pas n'importe qui !

Note : AAA

Connaissance ignorance mystère d'Edgar Morin

Gnōthi Seauton for President !
Connaissance ignorance mystère d'Edgar Morin (Fayard, 175 pages, 2017)

Incipit :
 J'aime connaître.
 J'ai gardé les curiosités de l'enfance, les interrogations de l'adolescence, j'ai pu, à vingt-sept ans, dans mon livre L'Homme et la Mort, interroger ce qui, dans la condition humaine, pose le plus de problème et nécessite une culture transdisciplinaire ; à trente ans, j'ai eu la chance d''être intégré au CNRS, qui m'a permis de satisfaire mes curiosités et interrogations, loué soit-il pour la liberté qu'il m'a accordé !
 Je ressens toujours très vivement le plaisir des découvertes et des élucidations, et je n'ai cessé de lire revues scientifiques et ouvrages m'informant des prodigieux progrès des connaissances.
J'ai flashé sur le titre, lors de mon énième passage à la librairie de Beaugency (Christophe n'en peut plus de me voir passer ...), un titre que je qualifiais de prometteur dans un article précédent. Déjà je sens qu'Edgar Morin est typiquement le genre de personne qui me fascine, je n'ai évidemment pas son niveau, sa culture et sa carrière mais néanmoins je partage avec lui la curiosité et la soif d'apprendre et de comprendre. J'aimerais en plus suivre son exemple et être capable de raisonner autant et de produire quelque chose de censé, j'y travaille c'est toujours cela. Bref, ce livre est du miel pour le cerveau (genre braingasm ASMR) car autant que je m'en souvienne j'ai toujours apprécié ce qui est transdisciplinaire, ce qui recherche l'analyse de fond, des grandes lignes, la prise de distance et l'influence ou le mélange de sources variées et a priori non miscibles (produit par les premiers de cordée en pensée latérale). Ce livre et aussi celui que je suis en train de lire du même Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, développent tout cela, et non seulement montrent à quel point connaître est ignorer mais aussi que la perspective mortifère de séparer les savoirs ne fait qu'accentuer cette ignorance, au point de s'inquiéter de tous ces experts qui en dehors de leur matière sont d'une très grande ignorance, en particulier sur l'avenir. C'est fou ce que je suis en accord avec ce qu'il dit. Le titre se prête à merveille à sa démonstration, tant la connaissance renvoie à l'ignorance et à la limite de la première qui devient de facto mystère. Je suis content d'avoir embrayé sur un autre ouvrage de l'auteur (cf. supra) vu qu'on y retrouve des thèmes similaires et que ses ouvrages se complètent. J'ai également commencé un livre sur Kant (Apprendre à philosopher avec Kant de Muglioni, supposé être accessible, mais qu'est-ce que j'en bave ...) pour plusieurs raisons, la première est que je suis une quiche en philosophie et que cela m'ennuie beaucoup (je dirais même c'est inacceptable), la deuxième est que ma fille va vers une filière où la philosophie a de l'importance et que j'aimerais pouvoir continuer à discuter intelligemment (autant que faire se peut) avec elle même s'il est plus que probable qu'elle m'apprenne des choses (ce qui me convient tout à fait, je la pousse à se dépasser, et donc d'une certaine manière je me prépare à comprendre ce qu'elle va me dire dans un futur proche ...), livre qui finalement se recoupe sur certains points avec Edgar Morin.  Déjà Kant me plait comme gars, penser par soi-même (sapere aude !!! Merci Horace)  me semble un bon point de départ et il milite pour cela ! en plus c'est un soutien des Lumières, bref nous sommes entre amis. Dommage que je ne puisse dîner avec lui, ou suivre ses cours.

En conclusion un livre fort intéressant qu'il me faudrait déjà relire tant il est dense en idées. Et puis vous apprendrez en autre ce qu'est le catoblépas, cela ne se refuse pas !

 Note : AAAAA