mercredi 7 mars 2018

Érasme Grandeur et décadence d'une idée de Stefan Zweig

Érasme Grandeur et décadence d'une idée de Stefan Zweig (Le livre de poche, 185 pages, 1935 pour la première édition)


Incipit :
Érasme de Rotterdam, la gloire de son temps, n'est plus guère de nos jours qu'un nom, reconnaissons-le. Ses œuvres innombrables, écrites dans une langue internationale aujourd'hui oubliée, le latin des humanistes, sommeillent paisiblement dans les bibliothèques; à peine est-il encore question parmi nous d'un seul de ses ouvrages, qui, tous, furent célèbres dans l'Europe entière.
Déjà l'auteur, Stefan Zweig, est un de mes auteurs favoris (Le joueur d'échecs, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments). Et là il écrit sur une idée merveilleuse, l'humanisme, et sur celui qui a porté cette idée au XVème siècle, Érasme, et qui en a vu vers la fin de sa vie l'échec avec la montée du protestantisme luthérien qui a mit à feu et à sang l’Europe par son opposition au papisme. Et pourtant Luther et Érasme avaient les mêmes finalités, mais un méthode radicalement différente, Érasme avait un syncrétisme et une tolérance, une recherche irénique vrillée au corps.

Ce livre n'est pas une biographie, la prendre comme telle serait une erreur, mais porte sur la grandeur et la décadence de cette idée, l'humanisme, avec en toile de fond les États-Unis européens unis par la culture, la langue latine et la religion chrétienne. Par certains aspects on retrouve les valeurs chères à Stefan Zweig ce qui donne souvent des arguments pro domo.

Qu'il ait écrit cet ouvrage en 1935 à la veille de la seconde guerre mondiale donne une tonalité toute particulière à la partie sur la décadence de l'idée d'humanisme et son corollaire, l'amélioration possible de l'humain et de la société dans sa globalité. Non pas qu'il ne faille pas promouvoir cette idée et l'internationalisme (p. 85) qui va avec, ce qui a permit à des esprits comme Rabelais ou Voltaire de prendre leur envol grâce aux graines semées par Érasme, mais être conscient des raisons de l'échec et de la défaite de la pensée (p. 176) qui les a accompagnées, que l'on pourrait résumer par le fanatisme (p. 122). Une décadence confirmée violemment par l'Histoire (p. 177 "En vérité, il n'y a plus de place sur terre pour la liberté de l'esprit, pour la tolérance et l'harmonie, ces idées fondamentales de l'humanisme") de l'époque, puis celle après la parution du livre (Seconde Guerre Mondiale qui a poussé au suicide Stefan Zweig et sa femme) et qui rencontre encore de nos jours des échos via l'actualité qui voit la montée des populismes en Europe.

Le fanatisme est résumé page 122 par Stefan Zweig par :

Mais lorsque le «national» et le «social» s'unissent dans l'ardeur de la foi religieuse, il en résulte toujours des secousses qui ébranlent l'univers; et quand il se trouve un homme pour symboliser les désirs inconscients d'une multitude d'individus, cet homme acquiert une puissance qui tient de la magie.

qui pourrait s'appliquer aux totalitarismes et à sa variante le nazisme.

Stefan Zweig donne un peu d'espoir tout de même mais je ne puis m'empêcher de penser que tout cela est bien triste. Un livre très beau, aux idées nobles et brillamment mises en scènes.

Note : AAAAAAAA

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