mardi 15 mai 2018

Au café existentialiste la liberté l'être & le cocktail à l'abricot de Sarah Bakewell

Lettres et le néon
Au café existentialiste la liberté l'être & le cocktail à l'abricot de Sarah Bakewell (Albin Michel, 512 pages, 2018)

Incipit :
On dit parfois que l’existentialisme est plus un état d’âme qu’une philosophie. D’aucuns font remonter son origine aux romanciers tourmentés du XIXe siècle, et au-delà à un Blaise Pascal qu’effrayait le silence des espaces infinis ; plus en amont encore à l’introspection de saint Augustin, et au-delà à l’Ancien Testament, à la lassitude de l’Ecclésiaste et à Job, l’homme qui osa remettre en question le jeu que Dieu menait avec lui et en fut réduit à se soumettre. À tous ceux, en bref, qui se sentaient mécontents, révoltés ou aliénés de tout.
Cependant, d’autres à l’inverse situent la naissance de l’existentialisme moderne autour des années 1932 à 1933, au moment où trois jeunes philosophes étaient assis au bar du Bec-de-Gaz de la rue du Montparnasse à Paris, s’échangeant les dernières nouvelles tout en buvant la spécialité de la maison, un cocktail à l’abricot.
Simone de Beauvoir en raconta l’histoire la plus détaillée ; elle avait alors autour de vingt-cinq ans et était déterminée à voir le monde de près au travers de ses yeux aux paupières élégamment bombées. Elle était là avec son petit ami, Jean-Paul Sartre, un homme de vingt-sept ans aux épaules voûtées, aux lèvres de mérou tombantes, au teint brouillé et aux oreilles décollées. Ses yeux pointaient des directions différentes du fait de son œil droit presque aveugle qui avait tendance à s’égarer en raison d’un grave strabisme divergent ou d’un défaut d’alignement du regard. Parler avec lui pouvait désorienter celui qui n’était pas averti, mais si l’on s’efforçait de rester accroché à l’œil gauche, on le trouvait qui observait invariablement avec une chaleureuse intelligence : l’œil d’un homme qu’intéressait tout ce que vous pouviez lui dire.



Un excellent livre, genre vulgarisation (au sens noble du terme) philosophique, sur la vie des intellectuels à l'origine du courant existentialiste, qui découle de la phénoménologie de Husserl. On y croise Sartre, Beauvoir, Camus, Heidegger, Merleau-Ponty, Husserl, etc. le tout très accessible, très vivant, plein d'anecdotes, inscrit dans l'Histoire sans en évacuer les côtés sombres (Les conflits entre personnes ha la la) de certains ou encore leur compromission comme par exemple celle d'Heidegger avec le nazisme. C'est pas pour dire mais pour des philosophes, supposés être des monstres de sagesse, c'est un peu râpé. En plus que celui qui est considéré comme LE philosophe du XXème siècle avec son Être et temps soit un nazi cela interroge ...

L'auteur, et je lui donne entièrement raison, n'a pas souhaité séparer la biographie de la philosophie, ce qui se pratiquait il y quelques dizaines d'années et où il fallait étudier la pensée d'un philosophe, ses idées et uniquement cela. Cela arrange aussi certains quand on pense à Heidegger ... Or, et ce livre le démontre, la pensée d'un philosophe est indissociable de son milieu, de son époque, de ses rencontres, de ses amis, de comment il s'habille, passe ses vacances, de ses compagnons voire de son épouse ou de son/sa secrétaire. Ce livre m'a rappelé l'excellent livre de Michel Winock, Le siècle des intellectuels, que je vous recommande tout aussi chaudement. Il y a parfois quelques coquilles ou une traduction curieuse, je ne sais, comme par  exemple la phrase de Liebniz :


 Alors cette phrase qui peut rappeler que l'existence précède le néant, ou l'essence parait-il, et donc qu'être plus matinal que le rien est plutôt (ha ha) bien vu tant l'avenir appartient à ceux qui se lèvent plus tôt (hu hu). La phrase serait plutôt (hi hi) : pourquoi il y a plutôt quelque chose que rien. Comme quoi d'ailleurs Heidegger et Sartre n'ont rien inventé (Naaaaan, on se calme, je plaisante !).

Bref ce livre est une petite merveille qui explique des choses a priori compliquées mais les rend accessible, et donne furieusement envie de se plonger dans L'être et le néant voire d'autres ouvrages qui sont également cités, comme les ouvrages de Merleau-Ponty. Ayant déjà lu Les mots, j'ai bien sûr commandé L'être et le néant, qui, depuis la lecture d'Au café existentialiste, me parait tout à fait abordable (C'est là où peut-être la rencontre avec le réel risque d'être douloureuse, si vous ne voyez pas d'entrée sur ce livre dans ce blog d'ici un an, c'est que je l'aurais rencontré ce réel ... et que je  m'y serais écrasé comme une bouse, une bouse pseudo-intello mais une bouse quand même).

Note : AAAAAAAA

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