dimanche 13 mai 2018

Cosmos de Michel Onfray

Cosmos Une ontologie matérialiste de Michel Onfray (Flammarion, 528 pages, 2015)

Incipit :
La mort
Le cosmos nous réunira
 Mon père est mort dans mes bras, vingt minutes après le début de l'Avent, debout, comme un chêne foudroyé qui, frappé par le destin, l'aurait accepté, mais tout en refusant de tomber.
Le début d'une trilogie, une brève encyclopédie du monde comme le souligne l'auteur dès le début. A la fin de l'ouvrage il résume en quelques pages sa vision, sa cosmogonie, sa philosophie de vie.

J'aime beaucoup cet auteur, que ce soit dans son histoire de la contre-philosophie (France Culture ou en achat mp3) ou dans ses ouvrages comme celui-ci. Je n'en ai pas lu beaucoup mais à chaque fois j'en retire surprises, pistes à explorer, interrogations diverses, sources d'émerveillement ou d'incompréhension (Je ne suis pas philosophe, il me manque des bases, toutes en fait). Je m'amuse à noter, plus ou moins, ce qui m'interpelle et j'aimerais parfois avoir l'auteur devant moi pour qu'il me précise sa pensée voire me dise en quoi je me trompe sur son analyse. J'y vois parfois des contradictions, parfois une vision légère ou binaire, pour ne pas dire un peu trop manichéenne à mon goût, mais au delà de ce qui peut paraitre pour une critique négative cet auteur me permet toujours d'être plus riche en moi et rien que pour cela qu'il en soit remercié. Parmi les éléments qui me chiffonnent, il y a cet anti-christianisme récurrent par exemple, alors qu'il prône la raison, mais plus loin il s'ébahit d'un scientifique qui imagine (un univers chiffonné)  toute une théorie, et pour l'instant qui n'est qu'une théorie, qui reste à démontrer. Dans les deux cas l'imaginaire, non démontré. Certes l'un est supposé l'être un jour ou l'autre mais disons que cet arbitraire sur l'imaginaire, mauvais en spiritualité et bon en science, m'étonne un peu. Page 627 tout en bas (version J'ai Lu) il est même en pleine mystique qu'il combat par ailleurs (semble-t-il). Donc là j'aurais aimé lui demander de préciser sa pensée sur l'imaginaire en général et son usage dans différents domaines.

Toujours prompt à critiquer ce qu'il n'aime pas, il est par exemple sévère avec John Cage et son morceau 4'33 qu'il confond (volontairement et à mon sens hypocritement) avec le silence. Une simple réflexion (ce que l'on apprend au yoga lorsqu'on fait silence et qu'on se concentre sur  les bruits de la salle, puis sur ceux en dehors de la salle, en clair il n'y a jamais vraiment de silence, il est même insupportable au point de ne pas tenir 3 mn dans une salle anéchoïque) ou la simple consultation de la page wikipédia sur John Cage (à propos du morceau) ou du morceau lui-même lui aurait ouvert l'esprit. Il le fait volontiers avec le Land Art, qu'il aime, et s'extasie sur des tuyaux de 22 tonnes en plein nature expliquant leur intérêt métaphysique alors que l'observation simple de la nature comme il l'a fait jeune pouvait suffire amplement et pourrait à ce titre subir ses mêmes foudres qu'il réserve à Cage (Je me suis même dit, pour être en lien avec le cosmos faut des trucs de 22 tonnes ???? alors qu'allongé un soir en plein champ et admirer la voûte étoilée est à portée de tout un chacun, et pèse moins lourd). Mais voilà il aime le Land Art et pas certaines formes d'Art contemporain (Ce qui est son droit c'est pas le sujet). En fait ce qui me gêne est le manque de cohérence de sa pensée, telle que je la comprend cela va de soit mais il est important que je le précise. Ce deux poids deux mesures où sur l'Art contemporain qu'il vilipende tout est mauvais et il devient alors lapidaire, laissant entendre le vide de la pensée, la mort du signifié, bla bla bla, et sur ce qu'il aime cela devient extraordinaire, alors que dans ces deux exemples c'est tout aussi élitiste, ce qu'il n'aime pas par ailleurs dans le cas ... de l'Art Contemporain. L'un est certes plus proche de la nature (encore que) mais les sites recherchés étant isolés (toujours dans le cas du Land Art), souvent c'est la démarche conceptuelle qui peut être vu dans un musée (?!). Non pas que cela me pose souci, je connaissais l'installation Sun Tunnels de Nancy Holt et j'aime beaucoup, c'est aussi la couverture du livre. Bref c'est tout de même aussi élitiste l'un comme l'autre même si de manière différente. Et puis sur une page c'est la mort du signifié, ok, et sur l'autre, la mort du signifiant (ha bon faudrait savoir), mélangeant allégorie, symbole, métaphore comme si ces mots se valaient (C'est son côté name dropping, mots "savants" toutes les deux lignes, liste de synonymes logorrhéique avec effet de sidération à la clé), bon c'est vivifiant et pousse à rester vigilant mais je trouve que parfois c'est un peu confus conceptuellement. Parfois c'en est même drôle, page 654 il y a cette phrase : "On connaît d'autres instruments de musique préhistoriques, tous fabriqués avec des fragments de la nature : pierre, os, bois, corne, coquillage.", c'est moi qui souligne, j'ai ri en m'exclamant "naaaan sans déconner !", tant il vrai que trouver des instruments de musique préhistoriques, en plastique et fruit d'une imprimante 3D,  n'était pas simple à l'époque. Disons que c'était rare. Bon je lui accorde le Prix Lapalissade 2018.

Une dernière remarque, il magnifie les Tziganes et il est vrai qu'il en parle magnifiquement. Tellement amoureux de son sujet (c'est son côté passionné, et il est vrai qu'il est bien d'être passionné, après tout il est du coté dionysiaque et pas apollinien) qu'il justifie qu'ils volent. Bon pourquoi pas. Mais la manière dont il le fait m'interroge car je doute que si j'allais voler chez un Tzigane, ce dernier aurait la même largeur de vue que Michel Onfray qui les met sur un piédestal.

Bref un gros pavé, et ce n'est que le premier tome, mais j'ai apprécié les nombreux sujets abordés, les concepts étalés, sa curiosité qui semble étonnante, son éclectisme apparent sur la diversité des sujets, sa manière passionnée d'en parler et de nous pousser, en tout cas me pousser, à creuser. Par exemple j'ai voulu en savoir plus sur Caspar David Friedrich tant il m'a motivé à m'intéresser à ce peintre dont je ne retenais pas le nom mais qu'en fait je connaissais par ailleurs, en particulier parce que le tableau Le voyageur contemplant une mer de nuage est un des préférés de ma femme.

Je ne vais pas le cacher, il me tarde de lire la suite (Décadence), mais là je suis dans le passionnant "Au café existentialiste la liberté l'être & le cocktail à l'abricot" de Sarah Bakewell qui est une "suite" intéressante au livre d'Onfray ... quelque part ... au point où je pourrais faire mien ce que dit Sarah Bakewell de Sartre, mais en l'écrivant à propos de Michel Onfray : "Tout ce qu'il défendait témoignait de solides connaissances, mais aussi d'une pensée désordonnée, parfois biaisée, mais capable de faire vivre notre sens de la vie. [...] Si je résume mes réactions, Sartre m'apprit qu'un esprit quelque peu brouillon peut néanmoins fasciner." Onfray m'apprit qu'un esprit quelque peu brouillon peut néanmoins fasciner. Et bien plus. Bon, également à cause de Sarah Bakewell, en plus, j'ai envie de lire L'être et le néant ... ainsi que son livre sur Montaigne ... ouinn je vais pas m'en sortir.

Note : AAAAAAAAAAAAAA

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