samedi 30 juin 2018

How to live by Sarah Bakewell

Si la Montaigne ne vient pas à toi,
va à la Montaigne
How to live. A life of Montaigne in on question and twenty attemps at an answer by Sarah Bakewell (Vintage books, 387 pages, 2011)

Incipit :
 The twenty-first century is full of people who are full of themselves. A half-hour's trawl through the online ocean of blogs, tweets, tubes, spaces, pages and pods brings up thousands of individuals, fascinated by their own personalities and shouting for attention.They go on about themselves ; they diairise, and chat, and upload photographs of everything they do. Uninhibitedly extrovert, they also look inward as never before. Even as bloggers and networkers delve into their private experience, they communicate with their fellow humans in a shared festival of the self.

Sarah Bakewell est particulièrement douée pour nous faire aimer son sujet. Elle m'avait enthousiasmé avec son Café existentialiste en me rendant accessible l'existentialisme au point de m'inciter à lire L'être et le néant, comme quoi l'hypnose par livre interposé fonctionne ! On ressent son amour pour le sujet qu'elle traite et cela n'est peut-être pas étranger au fait qu'elle nous le rende, à nous lecteur, passionnant. Là aussi je me suis dit il faut que je lise Les Essais de Montaigne. Tout de suite ! Pourquoi attendre ? Vas-y qu'est-ce qui te retiens ? Ohhhh Stop hein ! Ouf je suis sorti de mon état hypnotique. Ce livre c'est tout ce que vous avez voulu savoir sur Montaigne sans jamais avoir osé le demander (Oui un peu comme le sexe pour Woody Allen mais ici c'est plus l'esprit). Un véritable panégyrique qui ne peut que vous convaincre de la valeur spirituelle de Montaigne et de son œuvre. A une époque du développement personnel et de tout un attirail livresque mais aussi d'offres plus concrètes (Retraite, séance de yoga, méditation, sophrologie, ASMR, MBSR etc.) replonger dans Montaigne est un orgasme mental des plus reposant, et ce livre le prouve en une question (Comment vivre) et vingt tentatives de réponses (à ladite question).

Je me suis senti un peu visé (syndrome de paranoïa) par l'incipit, vu que l'auteur parle du profil psychologique des bloggers (pour faire simple), de leur besoin de reconnaissance (syndrome égocentré), de leur étalage de vie privée (bon là pas trop quand même), mais aussi, et c'est pus positif, de leur quête à la connaissance de soi, vieux conseil antique qui n'a pas pris une ride et qu'on retrouve décliné dans tous les livres de spiritualité et de philosophie, sous une forme ou une autre. Est-ce rassurant ? Peut-être. Peut-être pas. A l'échelle géologique nous ne sommes qu'un grain de poussière mais que d'évolution en si peu de temps !. Même si nos tares n'en sont que plus tragiques (Guerres, individualisme, destruction méthodique du vivant, exploitation outrancière, profit et j'en passe etc.).

L'auteur nous fait découvrir cette vie atypique pour son époque, son œuvre singulière et sa réception à différentes périodes de l'Histoire, au point d'avoir été mis à l'index pendant quelque temps par le Vatican (!). C'est surtout un guide d'introduction aux Essais, à leur découverte ou redécouverte et une réflexion sur qu'est-ce que bien vivre ou plutôt comment y arriver. Le parcours est chaotique même pour Montaigne qui, sur plusieurs points s'en ai bien sorti, que ce soit son accident de cheval ou la perte irréparable de son ami le plus cher, de la Boétie. Il aborde les sujets par tous les sens (Ce qui me plait bien, j'ai une tendance faire des digressions, à aller dans tous les sens aussi, que je tente de contrôler, parfois avec un peu de succès), la vie de tous les jours, prosaïque il est vrai, mais qui a l'intérêt de parler à tout le monde, ce qui n'est pas l'apanage de philosophe plus conceptuels (Pascal, Descartes, qui, chacun à leur manière on dénoncé Montaigne).  C'est aussi une histoire des idées comme dans Au café existentialiste et sur ce point c'est extrêmement instructif. Je recommande chaudement ces deux ouvrages pour leur intérêt, leur style fluide et clair, du bel ouvrage comme pour Quattrocento de Stephen Greenblatt. Ils sont fort ces anglo-saxons !

Note : AAAAA

La série Incal de Moebius et Jodorowsky

Run Forest ! Run !
La série de l'Incal de Moebius et Alejendro Jodorowsky (Les humanoïdes associés, 5 tomes, 6 volumes, environ 320 pages, années diverses et variées)

Une BD lue il y a pas mal d'année et que je prends plaisir à relire de temps à autres. Avec un Jodorowsky déjanté dans l'ésotérisme le plus débridé, usant des symboles dans tous les sens (En haut et en bas), des opposés (L'Incal noir et l'Incal lumière) et offrant une mise en abyme des plus savoureuses. Outre la chute (Clin d’œil à la Genèse ?) du début, autre forme d'abîme, il y a ce retour sur soi, réflexion, de la série qui peut rappeler le ruban de Möbius (homophone de l'un des auteurs) dans un boucle cyclique, comme un diamant sautant sur un microsillon, comme dans Un jour sans fin, ou encore comme dans le Film Printemps, été, automne, hiver ... et printemps de Kim Ki-duk. Un melting-pot de sagesses antiques (Connais-toi toi-même), le Tao, la Table d’Émeraude (Ce qui est en haut est ce qui est en bas) et j'en passe. La film de Luc Besson, Le cinquième élément a pu prendre inspiration de cette série. Le style créatif de Moebius fait ici merveille comme dans Le garage hermétique et autres de ses œuvres.

Note : AAAA

Découvrir & comprendre l'Art Contemporain d'Alain Bourdie

Monolithe rouge
Découvrir & comprendre l'Art Contemporain d'Alain Bourdie (Eyrolles, 159 pages, 2010)

Incipit :
Deux artistes plasticiennes, animées par une profonde envie de comprendre les créations contemporaines, plus que de les considérer d'emblée sans intérêt ou scandaleuses, vont questionner Alain Bourdie, conférencier en Histoire de l'Art.
Celui-ci leur paraît tout indiqué pour répondre à leurs nombreuses questions. En effet, il a le talent de savoir se mettre à la portée des amateurs, souvent perplexes devant certaines propositions artistiques. Il démontre très simplement le pourquoi et le comment des démarches par des propos à la fois clairs, profonds et pertinents, mettant en lumière l'essentiel.
Je suis assez ignare en Art et parfois pour ne pas dire souvent suis perplexe devant certaines œuvres et ce livre est une mise à l'étrier, proposant de passer de l'autre côté du miroir, d'entamer une démarche à minima de compréhension et d'une meilleure appréciation. L'auteur a raison lorsqu'il insiste sur l'histoire de l'art, la culture, le contexte, toutes ces mises en relation permettant de mieux appréhender l’œuvre. Il rappelle à juste titre que même des œuvres classiques ou considérées comme telles de nos jours, ont connu en leur temps critique, incompréhension voire hostilité. L'Art est révélateur de nos résistances au changement et peut facilement se retrouver noyé par les postures, les intérêts économiques, la mode voire l'imposture, Jeff Koons, à mon avis, étant à ce titre assez révélateur, plus chef d'entreprise opportuniste qu'artiste. Ce livre m'a rassuré dans le sens où ces démarches d'Art contemporain offrent une interrogation, essaye de modifier notre regard ou en tout cas nous pousse à nous interroger. Est-ce la faute à l’œuvre si n'y trouvons rien ? Pas si sûr. Après un effort et pourquoi pas une aide comme ce livre qui nous indique des pistes à suivre, se découvre tout un champ des possibles. Notre regard a changé, notre perspective a évoluée, et l’œuvre dévoile un aspect inattendu ou une part de vérité cachée. Et cette vérité était présente en nous. Dès le départ. Comme un test projectif à la Rorschach, nous nous dévoilons à nous même, laissant notre quotient émotionnel prendre le pas sur notre Q.I. ?

Dans un monde de la vitesse, du mouvement, il n’est pas surprenant que tout doit être compréhensible immédiatement, la dictature de l’instantané, du facile, du digérable spontané, caractéristique de ces films qui tout en montrant une action la verbalise, pour être bien sûr que tout le monde a bien compris, le moindre effort dans un mode de l'effort, paradoxe apparent, où l'effort aliénant est dans la production de bien et la facilité tout aussi aliénante, dans la consommation de ces derniers, transit intestinal accommodé, ce n'est pas un hasard pour un prélude à l'accès aux commodités, qui permet de digérer un monde simplifié, masquant sa complexité sous des calques de mensonges, manipulations, polémiques, publicité et autres. Clairement l'Art Contemporain ne devrait pas être réservé à un entre soi car il donne à penser, pour peu qu'on s'en donne la peine. Mais depuis quand un savoir, une connaissance s’acquerrait sans effort ?

Note : AAAA

samedi 23 juin 2018

Plaidoyer pour la fraternité d'Abdennour Bidar

Utopia 2015
Plaidoyer pour la fraternité d'Abdennour Bidar (Albin Michel, 107 pages, 2017)

Incipit :
 Frères et sœurs humains de tous bords et e toutes origines.
 Je vous écrit cette longue lettre, ce Plaidoyer, pour vous parler de l'urgence d’œuvrer  tous ensemble à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois : la fraternité. La fraternité tout court, et pas seulement la fraternité de tel sang ou de telle religion.
 Un livre clair, lucide, essentiel. Juste après les attentats de Charlie Hebdo, l'auteur a fait un constat sur la dérive terroriste, l'a analysé à sa manière et propose une piste pour que tous ensemble on fasse société. Il ne met pas sous le tapis que les musulmans doivent s'impliquer et se sentir concerné (mettant en défaut ces faux naïfs qui proclament que les attentats n'ont rien à voir avec l'Islam) tout autant que le reste de la société française qui pour une faible part met tous les musulmans dans le même sac ou ceux qui ignorent tout du fait religieux. Bon l'auteur est plus argumenté que cela mais vous avez l'idée. En tant que philosophe il s'interroge sur la notion de fraternité et explique en quelle manière celle-ci devrait être en première position de la devise française, ce qui donnerait Fraternité, Liberté, Égalité, mais outre ces aspects que d'aucuns pourraient trouver de cosmétique, il va plus loin, incluant une prise de conscience, un réveil, l'appel à l'organisation de l'Islam de France et à une orientation de l'éducation plus sur des valeurs fraternelles. En cela il rejoint une partie des idées développées dans Libérons nous ! ce qui forme bien un tout cohérent. Je ne connais pas plus que ça l'auteur mais je suis particulièrement d'accord avec les propositions énoncées (dont le résumé en 10 points à partir de la page 95), à tout le moins cela mérite réflexion, discussion et débats. Il rappelle en cela la règle d'or humaniste (p. 77) et à un réchauffement spirituel de la planète (p. 85). C'est pas gagné quand même mais comme le dit Pierre Rabhi avec sa légende amérindienne sur le colibri, chacun doit faire sa part.

Pour un monde meilleur !

Note : AAAA

Soulages de Camille Morando

Noir, c'est noir ! Il n'y a plus d'espoir
Soulages de Camille Morando (Centre Pompidou Monographies, 96 pages, 2015)

Incipit :
Très attaché depuis son enfance  au matériau - à ses possibilités - comme à ses limites -, Pierre Soulages aime la notion de sérendipité, ce qui advient au cours des recherches sans l'avoir prévu. Elle lui permet de trouver une voie nouvelle pour la matière.
Mon niveau en art est assez bas, il me faut bien l'avouer, mais il y a des œuvres qui me fascinent et j'ai envie d'en savoir plus, c'est le cas de Pierre Soulages. D'autant qu'une de ses peintures est exposée au Musée des Beaux-Arts d'Orléans et j'ai ainsi pu, enfin, en découvrir une, grandeur nature, en vrai, dans le monde IRL (In Real Life) comme disent les fans de mondes virtuels. Un petit bémol, la surveillante souhaitait manifestement engager la conversation et ne m'a pas permis de communier avec les œuvres exposées, oui le recueillement m'est nécessaire à la compréhension de certaines choses. Là cette monographie expose les éléments qui ont façonné l'enfance de Pierre Soulages et qui se retrouvent de manière étonnante dans son œuvre. La partie sur la conception des vitraux pour l'abbatiale Sainte-Foy de Conques est riche d'enseignement comme l'est tout autant son parcours dans sa recherche picturale tout aussi bien que des matériaux pour concevoir ses œuvres. J'avais entendu parler d'Outrenoir et pu regarde de quoi il en retournait sir internet, mais là j'ai découvert, un peu stupéfait, qu'il avait commencé Outreblanc, sur le même principe mais avec une inversion  de couleur. Le noir jouant avec la lumière alors que le blanc jouait quant à lui avec les ombres, sorte de Yin Yang conceptuel où j'aurais bien imaginé des panneaux mélangeant Outrenoir et Outreblanc (Si cela se trouve il l'a fait !). Il y a aussi quelques sculptures et des peintures où, en raclant, il fait apparaitre une couleur sous-jacente. Certaine m'ont particulièrement plu et j'espère avoir un jour l'occasion de les voir de visu dans toute leur ampleur et richesse qu'une reproduction ne peut totalement proposer. Les photos sont de bonnes qualités et le texte édifiant. Peut-être une virée à Rodez un de ces quatre ...

Note : AAAAA

vendredi 15 juin 2018

Libérons-nous ! d'Abdennour Bidar

Alien Nation ou aliénation ?
Hum, les deux mon colonel
Libérons-nous ! des chaînes du travail et de la consommation d'Abdennour Bidar (Les liens qui libèrent, 105 pages, 2018)

Incipit :
Revenus en otages
 Il y a près de chez moi une usine de cellulose dont les émanations sont une vraie pestilence. Elle empoisonne la vie de tout le voisinage à des kilomètres à la ronde. Elle appartient à une multinationale indonésienne qui reste sourde aux sommations du préfet l'enjoignant à se mettre en conformité avec les normes européennes et françaises en matière de rejet dans l'atmosphère.

Ah un livre qui libère ! En harmonie avec mes lectures actuelles, Approches de la vie intérieure de Lanza Del Vasto, Utopies réalistes de Rutger Bregman, d'ailleurs cité dans ce livre, de Montaigne, tout aussi cité (page101), des documentaires comme Demain, En quête de sens ou encore le documentaire d'Arte sur le Zen.Il est vrai que les arguments avancés me touchent et aussi que cette vision du monde est en accord avec mes convictions. J'ai pris de nombreuses notes tant les propos sont pertinents. Que ce soit sur le travailleur aliéné dont on essaie de souffler la bougie de son âme pour l'éteindre (page 14), la citation de Maslow (expert en pyramide, arf arf), qui dit que ce que nous appelons normal en psychologie est en réalité une psychopathologie de la moyenne, c'est fort non ?, le lien avec le mythe de Sisyphe, ou encore les propos de Bernard Maris page 32 qui fait penser à de l'onanisme procrastinateur. Si vous voulez savoir ce que je veux dire par là, faudra lire ce livre ...

Ce livre a réveillé en moi de multiples inquiétudes ou rejet d'une certaine idéologie, laquelle s'immisce y compris dans mon travail, avec des objectifs, des indicateurs, ces caches sexes du despotisme bienveillant qu'est le capitalisme consumériste actuel, idolâtrie de la performance à tous crins. Le tout soutenu par un Président des riches et tous ces mercenaires mercantiles qui font du lobbying à Bruxelles, permettant de valider encore dernièrement le glyphosate. Crime contre l'humanité et la biosphère, avec la complicité de certains élus collaborationnistes. En sus de l'horloge apocalyptique (2mn avant minuit en 2018) c'est l'horloge du musée de l'évolution, tic tac, tic tac, qui rythme nos pas, proche de ceux des lemmings, vers une fin de l'anthropocène à peine naissante. Le capitalisme fabrique sa propre novlangue et en plus nous la refourgue contre monnaie sonnante et trébuchante, il n'y a pas de petit profit. Très belle citation de Jaurès, page 41, mais qu'en a-t-on fait depuis 1890 ? Page 54 le fantasme de l'outil libérateur, de ce fémur tenu par l'hominidé dans 2001 odyssée de l'espace, mais qui laisse sourdre un totalitarisme technologique, n'est-ce pas HAL ? Alors comme l'auteur le pense peut-être est-ce la kaïros et qu'il faut en profiter, prêcher cette bonne parole en espérant qu'elle aura une résonance dans les jeunes générations. Difficile à une époque de la 6ème extinction, de la pollution plastique hallucinée (Voir en Indonésie, L'archipel des polymères, Le Figaro Magazine du 8 juin 2018), de penser par soi-même et avec les autres (page 69) et d'envisager des maisons du temps libéré (page 70), Carpe Diem, wu wei, ataraxie, oui, oui, oui, mille fois oui. Mais après quelques milliers d'années de philosophie, de pensées bonnes, de réflexions utopiales à la Thomas More, à Îles d'Aldous Huxley, où en sommes-nous ? Alors je me laisse aller à rêver, à envisager, à refaire le monde comme on dit, en espérant le meilleur pour tous dans un monde meilleur. Pardon Gaïa pour tout ce mal, les Hommes ne savent pas ce qu'ils font.

Note : AAAAAAAAAAAA

Moins qu'hier (plus que demain) de Fabcaro

L'amour est un plat tonique
Moins qu'hier (plus que demain) de Fabcaro (GlénaaAARG !, 64 pages, 2018)

Encore une BD très drôle de mon maitre à penser, Fabcaro. C'est pile poil le genre d'humour qui me fait rouler par terre, ce décalage, ce contraste très accentué, cet étirement jubilatoire entre le fond, la forme, l'apparence et le sens. Cela détricote nos comportements, nos hypocrisies, nos conventions, nos schémas, avec un côté potache désopilant. Il m'a encore fait éclater de rire plusieurs fois. Il est très fort. J'espère vraiment le rencontrer pour lui dire, discrètement, tout le bien que je pense de lui.

Il a fallu que je le reprenne des mains de ma femme sinon elle arrivait en retard à son boulot. Oui elle est fan aussi. J'ai épousé la personne idéale (pour moi s'entend).

Note : AAAAA

Manuel du guerrier de la lumière de Paulo Coelho

Tremble ! Ô obscurité !
Manuel du guerrier de la lumière de Paulo Coelho (Harper, 157 pages, 1998)

Incipit :
Prologue

« De la plage, à l’est du village, on aperçoit une île où se dresse un temple gigantesque, aux innombrables cloches », dit la femme.
Le petit garçon ne l’avait jamais vue dans les environs ; il remarqua qu’elle portait des vêtements étranges et qu’un voile recouvrait ses cheveux.
« Connais-tu ce temple ? lui demanda-t-elle. Va le voir, et tu me diras comment tu le trouves. »

Un livre assez court, un mixte entre les maximes de Sun Tzu et l'Hagakure mais avec un style plus proche de celui de Christian Bobin, naïveté ou poésie légère incluse. Cela donne un résultat très évocateur, un peu comme les tests projectifs de Rorschach où il est possible de se laisser à imaginer, entre les non-dits, les fausses pistes, les conseils apparemment contradictoires ou plutôt qui semblent clairs, mais nous échappent l'instant d'après (comme lorsqu'on lit le Tao en somme).

C'est un peu, sous forme de conte, un recueil de conseils pour donner un sens à sa vie, à la recherche de la Lumière. Il y a des aspects symboliques intéressants et si vous avez des références spirituelles peut donner clairement (hi hi) à penser.

Cela manque un peu de matière ou de profondeur à mon goût tout de même. Je lis en "parallèle" Approches de la Vie Intérieure de Lanza Del Vasto qui me semble plus dense, même si pour l'instant je ne l'ai pas fini. Néanmoins j'ai pris plaisir à lire ce livre.

Note : AAA

Panorama de l'Art contemporain / Les mini Larousse

Homard m'a tué
Panorama de l'Art contemporain / Les mini Larousse (Les mini Larousse, 93 pages, 2011)

Incipit :
De l'adhésion au rejet, l'art des soixante-dix dernières années s'inscrit sous le signe de la polémique. A cela, au moins deux raisons : la mutation ou disparition de ses matériaux et supports traditionnels : le rôle écrasant du marché, l'activité artistique relevant désormais du génie gestionnaire plus que de la spéculation esthétique.
Un petit livre sur l'Art Contemporain, pour en avoir une idée en somme. Malheureusement c'est parfois simpliste voir contradictoire. Déjà l'avant-propos parle de polémique concernant l'art des soixante-dix dernières années. Pour avoir lu un peu de ça et là, ce n'est pas nouveau la polémique dans l'art. Déjà au début du XXème siècle avec l'art abstrait cela commençait déjà et les aspects mercantiles n'en était pas absent. Kupka pour avoir choisi d'être en dehors de ces circuits a eu moins de succès que Duchamp par exemple. Sans parler de génie gestionnaire cet aspect n'était pas exempt dans la démarche de certains artistes. Bref l'avant-propos me semble tellement général que cela en devient cliché.


C'est contradictoire de définir le Land Art comme le .. refus d'inscrire l’œuvre dans la pérennité .. et d'insister sur la précarité comme un de ses formants (page 69) pour, page suivante, citer Double Negative ou Spiral Jetty, le premier étant une tranchée de 13 m de large, 15 m de profondeur, longue de 457 m, déplacement de 244 800 tonnes de roches ... autant dire que les prérequis cités ne sont guère rempli au point de se demander si les auteurs savent de quoi ils parlent, ou même se relisent un minimum. La définition du Land Art est plus générale : ..soumis à l'érosion naturelle .. et les deux exemples cités font plutôt partie d'un dérivé du Land Art, le Earthwork, qui recherche une empreinte définitive dans le paysage, donc tout à fait le contraire de la définition proposée par cet ouvrage. Mini c'est faire court mais rester cohérent, ou être tellement mini dans la définition est-ce sombrer joyeusement dans le contresens ?

Autre exemple ? L'Arte Povera (Art pauvre) dont une des œuvres illustrée (Vénus aux chiffons) présente une statue classique (pas vraiment partie de l'art brut avec des matériaux les plus humbles p. 66) devant un tas de linge variés et colorés, démontre la même contradiction entre sa définition et l'exemple proposé. A se demander si à un certain niveau d'intellectualisme on peut dire n'importe quoi en pensant faire sens par pure autorité.

Ceci étant dit, ce livre brosse à peu de frais tout un paysage de l'Art Contemporain, sa richesse, ses différentes et nombreuses branches, les techniques variées, quelques bases conceptuelles et incite surtout à la curiosité, à aller plus loin. Cela m'a poussé à creuser (moins que pour Double Negative, ha ha) un peu sur certains mouvements, artistes ou œuvres cités et j'en suis de ce point de vue pleinement satisfait. D'une certaine manière ce livre a joué son rôle d'introduction et après tout que demander de plus ?

Note : AAAAA

dimanche 3 juin 2018

de la Matière à la Lumière de Patrick Burensteinas

L’œuvre au (gros) rouge
de la Matière à la Lumière pierre philosophale, modèle du monde de Patrick Burensteinas (Mercure Dauphinois, 80 pages, 2009)


Incipit :
COMMENT UN ALCHIMISTE DU XXIe SIÈCLE
VOIT-IL LE MONDE ?
Dieu est immobile,
la création est mouvement.
Patrick Burensteinas
Avant le début il n’y a que l’Unité.
C’est-à-dire ni Lumière ni ténèbres.
Pour une raison que l’on ignore, une partie de cette Unité se met en mouvement. Dès lors, la partie agitée prend le nom de ténèbres (composée de Lumière agitée) et le reste perd le nom d’Unité pour prendre le nom de Lumière (composé de lumière immobile).
À partir de ce moment car il y a moment, le temps venant de naître en même temps que la matière, un mince filet de Lumière\matière s’enroule sur lui-même créant une densité plus grande que l’environnement. La matière telle que nous la connaissons est née.

Une compilation de conférences, c'est assez court mais donne une assez bonne idée de la vision du monde au travers de la pensée alchimique,  une cosmogonie symbolique, avec des liens avec les religions, une introduction sur la langue des oiseaux (Utilisée pour analyser Tintin).

Riche et dense, des liens qui font sens, des idées qui font lien avec la physique classique, la physique quantique,  qui m'a rappelé L'infini dans la paume de la main, le Tao, ou encore les réflexions d'Etienne Klein. Un peu court tout en méritant plusieurs relectures. J'ai vu que l'auteur avait écrit plusieurs autres ouvrages ... humm ... je sens que je vais me laisser tenter.

Note : AAAAA

Le complot de l'Aube Dorée de Jean-Luc Aubarbier

Le complot de l'Aube Dorée de Jean-Luc Aubarbier (City Éditions, 304 pages 2018)

Incipit :
Prologue 1

Près de Ptolemaïde, Nord de la Grèce, printemps 2001
Pierre Cavaignac et Marjolaine Karadec avaient abandonné leur véhicule sur une aire de stationnement, en bordure de forêt, quelques kilomètres après la petite ville de Ptolémaïde. Ils étaient équipés pour la marche, de gros souliers et de vêtements épais censés les protéger d’une pluie printanière qui ne s’annonçait toujours pas. Au fur et à mesure qu’ils avançaient dans la montagne, le soleil s’entêtait à montrer une ardeur toute méditerranéenne.
—    Je n’en peux plus, dit la jeune femme en jetant son sac à dos sur le sol.
Il émit un bruit métallique en entrechoquant les nombreux instruments de fouilles qu’il contenait. Marjolaine entreprit de retirer son pull bleu-marine qu’elle noua autour de sa taille, après avoir recoiffé ses longs cheveux noirs d’un geste élégant de la main.

A nouveau deux récits en parallèle, un qui se passe à l'époque de Jack l'éventreur, avec en héro Conan Doyle ou encore Oscar Wilde, et un autre plus actuel qui tourne autour de l'Aube Dorée, héritiers d'une tradition d'extrême droite. Un livre très plaisant, où j'ai un peu moins appris que dans son précédent mais qui retranscrit l'époque victorienne dans le quartier de Whitechapel pour mettre en scène la chasse à Jack l'éventreur, en créant un lien avec la montée des extrêmes à notre époque. Bon je n'en dit pas plus !! Un thriller distrayant, j'ai passé un bon moment.

Note : AAAA

La vengeance de Gaïa de Jean-Luc Aubarbier

La vengeance de Gaïa de Jean-Luc Aubarbier (City Édition, 288 pages, 2017)

Incipit :
Montignac-Lascaux, en Périgord, octobre 2001
Les quatre spéléologues progressaient avec difficulté dans un étroit couloir dont le sommet se perdait dans l’obscurité. L’humidité suintait le long des parois et, parfois, une véritable cascade venait les doucher, glaçant leurs corps. Ils avançaient lentement, encombrés par le lourd matériel qu’ils trimballaient dans leurs sacs. Aux piolets, cordes et mousquetons d’alpiniste venaient s’ajouter une bouteille d’oxygène et un masque de plongeur. Cela faisait trois heures qu’ils avaient quitté le soleil et l’air libre pour s’enfermer dans les profondeurs du gouffre de Regourdou. Ils avaient gravi des escaliers de pierre, taillés par la nature, franchi d’étroites chatières, descendu en rappel des abîmes vertigineux.
Un très bon thriller, peut-être un peu court parfois, certaines scènes sont expédiées en deux paragraphes, néanmoins par les sujets abordés cela en fait un excellent livre. Attention je dévoile en partie les thématiques alors si vous voulez le maximum de surprise lisez-le !!!! On pourra y découvrir le chamanisme préhistorique, se référant notamment au livre de Jean Clottes, mis en note bibliographique de l'ouvrage, Les chamanes de la préhistoire, que j'ai commencé et qui est tout simplement époustouflant. La vengeance de Gaïa, dont le nom Gaïa provient d'un ouvrage de James Lovelock, La Terre est un être vivant : l'hypothèse Gaïa, aborde aussi nos origines, passant par Cromagnon mais par ce qui a pu conduire au mythe du déluge, car historiquement  il y a 12 000 ans BP (Before Present), il y a eu effectivement une montée important des eaux (au moins 60 m, au moment de l'Alleröd). Et enfin il mêle au récit préhistorique, un récit actuel lié à l'écoterrorisme et au réchauffement climatique. Un très bon thriller qui m'a appris plein de choses !!! Merci à l'auteur !

Note : AAAAAA