dimanche 29 juillet 2018

Tricks of the mind by Derren Brown



Brain Hacking

Tricks of the mind by Derren Brown (4 books, 392 pages, 2007)

Incipit :

Disillusionment
The bible is not history.
 Coming to terms with this fact was a fiddly one for me, because I believed in God, Jesus and Satan (ish). And one aspect of believing in those things and meeting once a week with like-minded people is that you’re never encouraged to really study the facts and challenge your own beliefs. I always imagined that challenging my beliefs might make them stronger.



Je suis assez admiratif de Derren Brown, pas d’accord sur certains points mineurs, mais globalement c’est une personne qui m’apporte beaucoup, qui me pousse à m’interroger, à creuser certains sujets, à explorer, découvrir, bref il excite ma curiosité et rien que pour cela il fait partie des personnes qui me stimulent, à l’instar de Michel Onfray et d’autres. J’apprécie énormément son savoir-faire, l’ambiance singulière qu’il suscite, ces moments profondément touchant qu’il peut instiller entre lui et une personne et par là auprès de son public. Dans ce livre c’est son honnêteté, sa sincérité, la présentation de ses pensées personnelles et avis étayés et constructifs sur sa vision du monde qui m’ont enchanté. Cela et les sujets abordés qui déjà auparavant ont pu m’intriguer. La paranormal m’a par le passé poussé à tester différentes choses (plier une cuillère par la pensée, utiliser un pendule pour de la voyance, des cartes ESP pour tenter la télépathie etc.). Et mes propres conclusions sont en accord avec ce qu’en dit Derren Brown, son avis étant plus dense et pointant sur de nombreuses ressources (Livres, parutions universitaires).

J’apprécie aussi sa réflexion sur la magie (au sens de l’illusionnisme) non réduite au truc, à l’habilité mais à ce qui construit dans l’imaginaire de celui qui regarde un moment particulier, une connexion, et réveille le merveilleux, la surprise devant ce qui relève de l’impossible ou du rêve. Bref penser la magie sur ses aspects théoriques et ses liens avec le contexte social, politique, technologique et scientifique.

Derren Brown n’hésite pas dans ce livre à dévoiler partiellement ce qui est nécessaire pour un mentaliste, sa boite à outil, qui va du muscle-reading, en passant par le cold-reading, les techniques de mémorisation (j’adore !!), les mouvements idéomoteurs, la psychologie sociale (Avec tous les biais qu'on trimbale, voir Psychologix, le mentaliste à de quoi faire !), la manipulation mentale, la suggestibilité. Sur certains aspects il a un avis assez radical mais intéressant, on ne peut lui soustraire une expérience certaine sur le sujet, notamment quant à l’hypnose. Jaime beaucoup sa manière ludique d’aborder les choses ainsi que les travaux pratiques proposés.

Pour les techniques liées à la mémoire, j’avais un peu exploré le sujet il y a pas mal d’années (livre de Harry Lorayne, The amazing memory box de Dominic O’Brien) et déjà à l’époque j’étais très surpris, pour ne pas dire déçu, que cela ne fasse pas partie du corpus minimum enseigné à l’école. C’est plus que désolant, limite incompréhensible. Cela remonterait étonnamment et paradoxalement aux Lumières, car ces techniques fort anciennes (remontent à l’antiquité) auraient été perçue comme « magique » et donc mises de côté car pas dans l’esprit scientifique. Sauf que depuis le regard sur ce sujet aurait dû changer et que ces techniques devraient être incorporées dans l’enseignement de manière claire. Cela et d’autres méthodes sur comment apprendre à apprendre. Mais non, nous en sommes toujours au bourrage de crâne et seuls les plus curieux achèterons un livre sur le sujet et auront alors une révélation. En réessayant ces techniques j’ai pu m’apercevoir, à nouveau, de leur redoutable efficacité. C’est par manque de volonté et d’organisation que je ne pensais plus à les utiliser. Shame on me. 

Un livre passionnant. J’ai mis dans mes liens de navigateur les autres spectacles de Derren Brown, ai visité son site où, en sus des spectacles, il y a une section art où il peint (très bien) des caricatures et pratique (excellemment) la photo (un livre est à paraître en septembre). Je vous invite à visionner ses spectacles (Par exemple Enigma ou Svengali). Pour ceux qui apprécient la série The Mentalist. Qui aime l'humour caustique. Qui sont sensibles à l'esprit critique et ne pas se laisser manipuler par des charlatans (Voir le livre de James Randi), mais qui souhaitent tout de même hacker leur cerveau en jouant avec des illusions cognitives. Ou encore ceux qui souhaitent déconstruire les mythologies construites autour de la Programmation Neuro-Linguistique ou découvrir l'effet Barnum ou les expérimentations de Forer. Sur ce dernier point à la fin du livre est proposé une démonstration brillante. Merci à l'auteur pour les références bibliographique et l'index.
Note : AAAAA

The secret history of magic by P. Lamont and J. Steinmeyer

Hé Manu tu descend ?
The secret history of magic. The true story of the deceptive art by Peter Lamont and Jim Steinmeyer (TarcherPerigee book, 357 pages, 2018)

Incipit :
A long time ago, in ancient Egypt, there was a magician whose name was Djedi. On one particular day, Djedi was summoned to appear before the Pharaoh. So he went to the palace and stood before the Pharaoh. And he performed a miraculous feat with a goose.

Les auteurs revisitent l'histoire de la magie, de celle des illusionnistes, la distinguant des miracles ou du paranormal. Ils mettent en avant les points théoriques sur la magie et les principes sous-jacent qui créent le merveilleux. Un autre aspect de l'ouvrage est de revisiter la mythologie des origines de l'histoire de la magie et des raisons de cette mythologie. Non, nos ancêtres n'étaient pas les crédules qu'on veut nous faire croire et ils faisaient bien la différence entre la sorcellerie, les miracles et les tours de magie du bateleur itinérant. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, il y a adéquation entre l'évolution de l'art de illusionnisme et les conditions économiques, sociales et technologiques. Les raisons d'un succès, d'un type d'effet, sont intrinsèquement liés aux goûts, à l'air du temps, à la vision du monde, à la culture, au zeitgeist d'une époque. Par exemple la fabrication de la femme comme faire-valoir et victime, est mis en relation avec l'histoire des suffragettes et de la tentative par les femmes de retrouver la place qui leur est due. Sans y répondre de manière définitive, les auteurs s'interrogent également sur le sens de la magie comme art, et pourquoi ce dernier perdure toujours de nos jours, à l'époque de l'internet, du transhumanisme et des smartphones. Comme le soulignait Arthur C. Clarke dont une de ses trois lois  "Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie". Une phrase claire et profonde qui délimite ce qui relève de la science ou de la croyance. Le point qui m'a le plus surpris est la démystification du storytelling du livre autobiographique de Robert-Houdin. Les points qu'ils font valoir méritent le détour. Des techniques comme le muscle reading, le cold reading, les mouvements idéomoteurs qui expliquent les phénomènes comme le pendule ou les tables Ouija sont un plus pour ceux qui n'y seraient pas familier. Mais surtout peu importe la méthode utilisée par l’illusionniste, ce n'est pas la méthode qui est importante mais de créer une illusion si puissante qu'on ressent en soi l'impossibilité voire le merveilleux, sentiment bien au delà de la médiocre recherche à résoudre ce qui s'apparente à un puzzle à résoudre, qui n'est pas la Magie mais un simple tour de magie, qui sépare le magicien lambda d'un véritable faiseur de miracle sachant que l’illusionniste arrive à ce miracle tout en sachant qu'il n'a pas de pouvoir particulier. C'est cette singularité qui rend cet art si surprenant.

Ce qui m'a tout de même gêné dans ce livre est le mélange des différents points vues abordés, parfois c'est l'histoire, parfois la théorie sur la magie, parfois la démythification, parfois la lutte féroce entre les magiciens, qui donnent l'impression que différentes parties ont été écrites par différentes personnes puis assemblées, au point qu'on passe parfois du coq à l'âne, un côté fourre-tout, et cela donne un manque d'unité à l'ensemble, et laisse un sentiment de confusion et d'inachevé. On note aussi de manière récurrente des passages redondants, ce qui est déplaisant à la longue. Parfois un magicien célèbre est cité (par exemple Ricky Jay) parce que les auteurs ressentent le besoin de le citer mais sans apporter quoi que ce soit de plus, et c'est bien dommage. Mais cela reste une lecture fructueuse et passionnante sur certains points. D'autres livres sur le sujet me semblent tout de même plus pertinents.

Note : AAA

dimanche 22 juillet 2018

The truth about Uri Geller by James Randi

Ceci n'est pas une cuillère
The truth about Uri Geller by James Randi (Prometheus books, 275 pages, 1982)

Incipit :
When Psychic Uri Geller first burst into the news in 1973, a naïve America was ripe for the pluking. With consummate showmanship, and leaving a trail of bent and broken silverware behind him, he traveled across the country, making followers - and fools - out of mighty institutions and prominent personalities. Geller convinced executives and researchers at the Standford Research Institute (SRI), one of the nation's most distinguished "think tanks," that he could read minds, foretell events, and, with sheer psychic energy, distort magnetic fields, streams of electrons, and solid metallic objects.


Quel livre épatant. Dire que très jeune j’ai vu Uri Geller à la télé (en noir et blanc au siècle dernier), je devais avoir 10 ans à peu près, et j’ai tenté de plier une cuillère par la pensée. Ok je n’en suis pas fier (pas honteux non plus). Plus âgé, avoir de prétendu tels pouvoirs pour finalement ne tordre que des cuillères (des clés ou encore des clous), l’imposture est clairement dans l’énoncé. C'est en tout cas faire un usage particulièrement médiocre et disproportionné (dans le mauvais sens) d'une telle faculté. Mais ce qui est intéressant dans ce livre est la manière dont James Randi reprend le rôle qu’avait eu Harry Houdini contre les nécromanciens de son époque. Mais également que rien n’a vraiment changé au XXème ni au XXIème siècle. Le rôle, soit disant de contre-pouvoir des médias, n’est pas toujours optimal, et James Randi en démontre les raisons, principalement structurelles et économiques. Plus étonnant est la capacité de déni du réel de certaines personnes, et cette volonté de croire au surnaturel voire au merveilleux, ce dont se jouent les illusionnistes, mais à une différence près, marquante et fondamentale, ils ne prétendent pas avoir de quelconques pouvoirs paranormaux. Et pourtant ils arrivent à induire cet état si particulier, qui éveille notre sens du merveilleux. Tout aussi étonnant est la durabilité médiatique mais aussi de réussite financière d’un escroc dont l’imposture est dans ce livre clairement démontée (et démontrée), point par point. Un livre édifiant sur la psyché humaine, nos comportements, nos biais, nos failles, qu’elles proviennent de nos sens, de nos croyances, de nos raisonnements … Humain, trop humain.  C’en est presque touchant, et cela en dit beaucoup sur l'humanité. Ce livre pourrait en apprendre beaucoup aux étudiants en psychologie (et les autres). C'est écrit avec passion, ironie, humour, et surtout une logique implacable étayée solidement. Peter Lamont et Jim Steinmeyer dans leur ouvrage The secret history of magic. The true story of the deceptive art donneront, entre autres explications, une raison encore plus triviale à l'existence de tels imposteurs : opportunité et tout simplement avoir de quoi vivre. J'aime beaucoup James Randi, qui a inspiré des magiciens aussi talentueux que les excellents Penn & Teller. Si vous êtes intéressé par Randi, un documentaire lui a été consacré, An honest liar (La notice wikipedia en anglais est plus complète que la française). Dans ce documentaire on y voit également des prédicateurs américains, avec un cynisme absolu, utilisant les outils des illusionnistes, exploiter la croyance des gens. Édifiant à tout point de vue.

Note : AAAAA