vendredi 31 août 2018

Merci Bernard de Jean-Michel Ribes

Merci Jean-Michel
Merci Bernard la série culte de Jean-Michel Ribes (Babel, 247 pages, 2001)

Incipit :
IMPERMEABLE
 Miracle à Montrouge
Dans le grand terrain vague qui borde la zone ouest de Montrouge, des enfants courent derrière une balle en riant. Parmi eux se trouve celle qu'ici ont appelle déjà "l'élue".
 Anne-Marie Toutzé, huit ans, une petite fille comme les autres à qui, depuis le 15 mars dernier, Karl Marx est apparu trois fois.

Une compilation de saynètes aussi barrées les  unes que les autres, écrit pour le petit écran (il y a des scènes qui sont disponibles sur youtube) mais je n'ai pas connu (censure familiale peut-être ?). Et puis dedans il y a ma date de naissance avec le lieu !! C'est pas étonnant ça ?

Diantre que ce livre est drôle ! Un exercice de style à chaque scène, une imagination absurde, l'art de camper des situations et des personnages dans des contextes délirant, cela me fait autant rire que Fabcaro, un gage de qualité croyez-moi ! Ce sens de l'absurde, du non sens est savoureux, le Monty Python français !!! Quel sens du récit je n'en reviens pas !! Très très drôle. Bon si après cela vous n'allez pas le lire, je ne peux rien pour vous ! C'est un peu ce genre de chronique que j'aimerais écrire, mais je n'ai pas le quart du talent de Jean-Michel Ribes. Même avec des attelles, un stimulateur cardiaque et des doses massives de LSD je ne suis pas sûr d'y arriver.

Note : AAAAA

Akira (Noir et blanc) Édition originale Tome 4 de Katsuhiro Otomo

Dessine moi un mouton mécanique
Akira (Noir et blanc) Édition originale Tome 4 de Katsuhiro Otomo (Glénat Manga, 400 pages, 2018)

La suite du volume 3 (Naaaan sans rire ! Bon là inspiration 0, originalité 0, cliché et tropisme 20/20), série culte (enfin je crois) rééditée depuis ... 2016, par Glénat. Pour prendre autant de temps ils doivent fabriquer le papier à la main et chaque page réédité est relue par l'auteur (D'où les aller-retour France-Japon, cela prend du temps). Si après cela on dit que je n'ai pas de patience quelle preuve de plus puis-je apporter ?

Toujours aussi bien, content de le relire après 30 ans. J'aime que ce soit une édition la plus fidèle possible de l'original et en Noir et Blanc et pas ces éditions à la noix en couleur parce que soit disant le noir et blanc c'est pour les #### (Mettre le mot de votre choix, celui qui vous vient à l'esprit, ne réfléchissez pas, ne comptez pas jusqu'à 5, gardez votre sang-froid, trop tard). Les japonais sont quand même un peu barrés non ? Je dois être en partie japonais.

Un roman graphique fleuve, une claque quand même. Quand j'aurais pu lire le dernier volume (si je ne suis pas mort de vieillesse avant) ce sera une épopée comme aventure ! Il a pas pris une ride Akira (Bon normal c'est un enfant aussi). Toujours aussi peu causant. Il a un peu le melon quand même, on le voit dès la couverture, Monsieur Akira trône et préside. Il préside quoi ? On n'en sait rien. Un petit peu agaçant tout de même cette situation. L'éducation parentale part un peu en sucette je dirais. Comme cette chronique ? Mouais, pas faux.

Note : AAAAAAAAA

vendredi 17 août 2018

Les Tisserands d'Abdennour Bidar

Prêt pour le tricot ?
Les Tisserands d'Abdennour Bidar (Les liens qui libèrent, 204 pages, 2018)

Incipit :
Nos grands médias sous-estiment le phénomène. Nos politiques n'en ont cure. Notre système économique injuste, fondé sur le profit, n'en a pas encore compris la menace pour lui. Mais déjà un peu partout dans le monde commencent à se produire «un million de révolutions tranquilles», dans tous les domaines de la vie humaine : «travail, argent, santé, habitat, environnement». J'appelle Tisserands les acteurs de ces révolutions. Leur objectif commun, en effet, est très simple : réparer ensemble le tissu déchiré du monde.

Un livre de réflexions et de propositions pour retisser du lien social pour un monde meilleur. Un projet de spiritualité politique (ou de politique spirituelle).

J'ai découvert dans ce livre l'humusation des corps ce qui me parait (pour moi en tout cas) le choix idéal. Il faut que je fasse un écrit pour attester de ce choix. Mais ce n'est pas le point le plus important du livre. Je ne suis pas toujours en accord avec l'auteur, ce qui n'est pas grave en soi, d'autant que c'est sur des points de détail. Par exemple je ne suis pas d'accord sur le fait que la société ne proposerait rien, ce qui ouvrirait la voie toute tracée pour Daech. Mais que devrait proposer la société ? Que serait une société qui serait spirituelle ? Une théocratie ? Autre ? L'auteur constate un soi-disant vide, répété à l'envi par ceux que cela arrange, or notre société n'a jamais autant proposé de choix spirituels divers et variés. Chacun peut trouver sa voie, pour peu qu'il en cherche une. Cette pléthore de choix pose peut-être un souci, les personnes ne savent peut-être pas se prendre en main, peut-être qu'elles se perdent sur le chemin, ou s'en moquent éperdument , qu'elles se contentent finalement de leur dernier écran LCD 400" etc. mais dire que la société n'offre rien me parait réducteur et tout simplement erroné. C'est plus le propos de quelqu'un qui a quelque chose à vous vendre (pour le dire crûment et brutalement) ce qui est d'ailleurs le cas, et amoindrit le propos d'ensemble (auquel par ailleurs j'adhère globalement).

L'auteur dans un passage critique vertement la pleine conscience sur deux pages avec des propos qui me semblent assez légers et peu convaincants, oubliant qu'on parle de méditation de pleine conscience (car il ne s'agit pas de relaxation ou de s'assoupir tout simplement) et pas de pleine conscience seule, et il concentre son propos plutôt sur un dérivé, le MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) porté par Jon Kabat-Zinn qui me semble être une déclinaison à vertu thérapeutique de la méditation de pleine conscience et, quoiqu'on en pense, ne devrait pas condamner, avec si peu d'arguments, la méditation de pleine conscience (que je pratique) au sens large. Non pas qu'il ne puisse condamner mais pas avec si peu d'arguments et si peu de matière cela me parait faire preuve de légèreté. Et de croire que les pratiquants ne lisent pas, ne s'inspirent pas d'autres choses ou seraient aveugles et ignorants et que donc se fourvoieraient dans une pratique inutile c'est un peu faire des hypothèses fausses pour valider une conclusion tout aussi fausse.  Dommage que l'auteur cite et donne crédit à l'imposture du livre Petite poucette de Michel Serres, un livre sur lequel ce dernier reconnaît (Dans l'émission de Finkielkraut je crois) qu'il s'est peut-être trompé. Croire que tout seul avec son smartphone, en surfant, sans prof, sans école, sans éducation de base solide, sans structure, on puisse devenir expert dans n'importe quel domaine, c'est se moquer du monde et nous prendre pour des cons. Dommage aussi que Bidar se perde dans l'anticipation (transhumanisme) alors que présentement nous ne sommes déjà pas capables de nous dépasser tel qu'il le constate lui-même (alors dans le futur augmenté n'en parlons pas).

L'auteur s'étonne aussi du peu de part (voire de la mise de côté) de la recherche du Soi dans les philosophies modernes. Là j'avoue que j'ai du mal à le suivre car ce n'est pas ce que j'ai ressenti en lisant Nietzsche ou sur l’existentialisme de Sartre. J'avoue ne pas être calé sur le sujet pour développer mais en citant plusieurs fois Pierre Hadot et ses écrits sur la philosophie antique il est curieux de lire que les philosophes modernes ont évacué le sujet tout en citant un philosophe qui ne l'ignore point et en fait un livre. Pour moi Michel Onfray est un philosophe moderne et la philosophie antique il en parle, et pas qu'un peu, ses conférences à l'Université Populaire de Caen en sont pétries. Donc l'argument d'Abdennour Bidar est assez faible et pro domo, par le choix réduit des philosophes qui ne parleraient pas de ce thème et validant ainsi son hypothèse, tout en citant par ailleurs un autre philosophe qui lui en parle, ce qui me parait au final et dans l'ensemble assez contradictoire. 

L'auteur s'inquiète du désintérêt pour les liens relationnels, d'où sa proposition des tisserands, tout en admettant qu'il y a déjà plein d'actions ou d'organisations, ce qui en démontre le contraire. Je sens qu'il estime que ce n'est pas assez, qu'il faut voir plus grand, plus loin, pas de souci là-dessus, mais dans son ardeur à le démontrer il est parfois un peu caricatural ou contradictoire. Car si on s'intéresse au bouddhisme (par exemple) on s'aperçoit vite de l'ensemble des temples, stages, retraites et que donc du lien, y compris le triple lien, il y en a qui se crée, et que les personnes qui font partie de ces structures peuvent également s'impliquer dans le social, dans la politique, bref ne sont pas réduits à cet aspect de leur vie. Exemple que je pourrais multiplier avec tout un tas de courant spirituels, religieux et même athée. Si vous êtes versé dans l'ésotérisme il est impressionnant de voir la multitude de forums qui existent et des interrogations similaires à celles de l'auteur. Si le développement personnel vous tente, il y a des pans entiers de linéaires y compris dans les grandes surfaces. Donc dire qu'il n'y a rien, qu'il y a tout à refaire etc. d'accord pourquoi pas mais de là à jeter le bébé avec l'eau du bain il y a un pas que je ne franchirais pas. Cela ne me gêne pas plus que cela tant le fond du propos dépasse ces arguties mais tout de même cela m'a un peu décontenancé voire agacé (ce qui est bon et vivifiant). D'un autre côté je n'élude pas le fait d'avoir compris de travers, d'ignorer certaines bases, d'avoir des faiblesses sur un nombre de sujets impressionnant et donc que mes propos ne sont pas tant une critique du livre ou de l'auteur que le point de rencontre entre mon vécu, mes connaissances et le livre en question. Je précise cela alors que je pourrais le dire d’à peu près tous mes propos sur ce blog mais cela me parait important de le rappeler.

Maintenant ce livre me semble très intéressant, fait des constats inquiétants mais est aussi et surtout force de proposition. Ayant vu le film Demain, ou encore En quête de sens, je vois bien qu'il y a de nombreuses actions, de nombreux projets qui vont dans un sens constructif, social et ayant une vision plus élevée. Mais malheureusement il y  a de nombreuses forces contraires et, me semble-t-il, plus puissantes. Comment se fait-il qu'à Beaugency il n'y ait pas de monnaie locale par exemple ? Alors que le film Demain y a été projeté et en montre tous les bienfaits ? Alors que d'autres villes de la région ont réussi à le faire (Par exemple Châteauneuf-sur-loire, voir le site Châteauneuf-sur-loire en transition) ? Certes il n'y avait guère de monde dans la salle de projection ... Ce qui ne veut pas dire baisser les bras d'où l'importance de ce type d'ouvrage. Un livre inspirant et rien que pour cela de grande valeur et source de débats fructueux. Parce que bon j'ai encore 15 ans dans ma tête et me demande toujours comment changer le monde bordel ! Et j'ai toujours pas la réponse, enfin si j'en ai quelques unes mais elles me semblent insuffisantes et insatisfaisantes ... que de frustrations ...

Note : AAAAAAAAAA

jeudi 16 août 2018

Approches de la vie intérieure de Joseph Lanza del Vasto

Tree of Life
Approches de la vie intérieure de Joseph Lanza del Vasto  (Desclée De Brouwer, 308 pages, 2015)

Incipit:
On n'apprend pas à danser dans un livre. Non plus à méditer. C'est pourquoi il est honnête de prévenir, dans la mesure du possible, les illusions, les déceptions et les malentendus : il ne suffira pas de lire ce livre pour recevoir l'enseignement de vie auquel il se rapporte. Il y faut encore la présence, la surveillance, l'encouragement ou la retenue modératrice, le choix du moment, la sollicitude respectueuse de l'originalité de chacun, et la chaleur de l'amitié.
Un livre spirituel qui délivre des messages réfléchis, pensés et vécus et qui peuvent être une source dense de réflexion sur sa vie. N'étant pas croyant j'ai mis de côté les aspects liés à la croyance ne Dieu ce qui n'enlève pas tant de chose que cela de ce livre emplie de conseils avisés, d'analyse fines et de pistes sur la manière d'être plus que ce que l'on est et comment s'inscrire dans une société plus juste et plus fraternelle. Il y a de nombreuses remarques que je pourrais mettre en poster sur les murs de mon palace mental et m'y référer quotidiennement afin de progresser et de ne pas oublier. Il fait partie de ces nombreux textes qui apportent tellement qu'il est difficile à résumer. Comme pour les livres que j'ai lu sur le bouddhisme, le zen, le tao, il a raison de dire que lire est insuffisant (Cf. supra dès l'incipit). Comme je l'ai ressenti dans ce livre, ce n'est pas tant qu'il n'y ait pas de voies (Il y en a foison) vers un plan supérieur que de regretter que pas plus de monde n'y adhère dès aujourd'hui ou a minima adhèrent à un socle commun. Car cela fait de nombreuses années (pour ne pas dire millénaire) que des textes fondateurs pour une meilleure humanité existent et pourtant il est parfois (souvent ?) cruel de constater qu'il y a encore de nombreux (innombrables ?) problèmes non résolus et des tragédies quasi journalières. Certes ce type d'ouvrage peut mener chacun à être meilleur, c'est déjà cela (et c'est très important), et espérer que d'autres suivront ce même type de chemin. Peut-être suis-je un peu inquiet ce jour. Il faut dire que, lisant dans les bars le matin, j'ai eu un échange avec le barman justement, et il me demandait ce que je lisais (Les Tisserands d'Abdennour Bidar), quel en était le thème (Reconstruire la fraternité, les liens sociaux) et sans même en avoir dit plus, il m'a dit que ce n'était pas possible, qu'il n'y croyait pas. Puis est retourné servir d'autres clients. Un peu plus tard il m'a demandé que faisait l'auteur, j'ai juste répondu philosophe (Oui le bar n'est pas l'endroit le plus approprié pour développer une thèse en 6 points) et là aussi il a condamné de suite, que les philosophe il n'y croyait plus, que ce n'était que des idées. Bien. Ok. Merci pour le moral. Je n'ai pas tenté d'élaborer un discours plus construit sur le fond de l'ouvrage, qu'il n'avait d'ailleurs pas lu et par ailleurs déjà condamné, et moi pas encore terminé (j'en suis à la moitié) et qu'avant d'avoir un avis aussi lapidaire peut-être que cela aurait mérité quelques échanges plus approfondis ? J'ai plutôt tenté (vainement) de l'amener à des considérations plus positives et optimistes, mais j'ai échoué lamentablement. Alors je me dit un livre de plus qui donnera l'espoir à ceux qui, à la base, sont à la recherche de telles perspectives (et donc pas les autres) mais qui restera cantonné aux étagères des personnes déjà convaincues du sujet. Certes l'ouvrage incite à prêcher la bonne parole (pas la parole de Dieu, mais à tout le moins une parole de bienveillance, de paix, d'entraide, de compréhension et de dépassement de soi, de bienveillance etc.) et donc sert de au moins de support d'une certaine manière. Mais peut-être que l'immense diversité humaine, la divergence infinie des opinions, des souhaits, des perspectives, des besoins sont tels que toute tentative pour humaniser l'ensemble des humains, même avec des textes qui ratissent large, serait-elle vaine ? Que les forces individualistes, financières, de compétition à tout prix etc. sont peut-être plus fortes. Je me pose la question. Je n'ai pas la réponse. Ou si j'ai un début de réponse ... mais pas très optimiste. Mais ce livre donne espoir. C'est toujours ça. Et j'aime beaucoup l'écriture et la manière dont les idées sont développées par Lanza Del Vasto. J'ai bien aimé la partie sur la non violence et surtout l'explication sur la raison de tendre l'autre joue chez les chrétiens. C'est plus profond que je n'aurais cru. Merci à lui.

Note : AAAAAAAAAAAA


Tales from the loop by Simon Stålenhag

Un mouton électrique ?
Tales from the loop by Simon Stålenhag (Design Studio Press, 128 pages, 2015)

Incipit :
The Loop was deep underground. It was an enormous circular particle accelerator and research facility for experimental physics that stretched around northern Mälaröarna, from Hilleshög in the east almost all the way to Härjarö to the north ; it continued west accross Björkfjärden and around the west side of Adelsö, to pass underneath Björkö and its remains of civilizations past.

Un projet un peu particulier. Imaginez des peintures décrivant une Suède retro-futuriste et dont les images sont parfois accompagnées de petits textes qui seraient les souvenirs d'enfance de l'auteur. Un accélérateur de particules (Le loop) construit dans les années 60, une technologie anti-gravité pour le transport, et depuis, des phénomènes étranges dans la région autour de cet accélérateur enterré forme le quotidien de la population locale. L'ambiance ainsi créé est celle des années 80 et de la culture de l'époque (Goonies, E.T., Retour vers le futur etc.) mais en Suède. Plus récemment cela peut rappeller Super 8 ou la série Stranger Things. Mais le tour de force de ce lire est de recréer un univers crédible au travers de regards d'enfants de 10 à 14 ans. Autant les images sont parfois explicites, autant les textes parlent de rumeurs, de traces, de souvenirs parfois partiellement effacés. Ce contraste laisse la place à l'imaginaire enfantin, à tous les possibles comme dans les jeux de rôle. L'auteur entretien une galerie (lien) virtuelle en ligne avec ces tableaux à la beauté étrange, féérique, où l'étrange dans le quotidien n'est jamais très loin. C'est aussi un jeu de rôle et bientôt une série !
J'ai adoré l'effet ressenti à sa lecture. J'avais l'impression de m'immerger dans le quotidien de ces pré-ados et de vivre avec eux. Une totale réussite. D'autres volumes existent, que je vais compulser avidement dès que possible.


Note : AAAAAAAAAAAA

samedi 11 août 2018

Confessions of a conjuror by Derren Brown

What's up little one ?
Confessions of a conjuror by Derren Brown (Channel 4, 336 pages, 2011)

Incipit :
I loathed myself again. My heart pounded beneath my stupid blousy gay shirt, and as ever, I found it absurd that I had done this a thousand times yet still battled with the same weary desire to be veiled in the shadows of a corner, to keep out of everyone's way and let them enjoy themselves in peace.

Partiellement autobiographie, partie exégèse d'illusions et de commentaires théorique sur ce qu'est la magie, ainsi que de nombreuses digressions de la part d'un obsessionnel compulsif, dévoilant son intimité au travers d'anecdotes assez personnelles et curieuses, le tout avec un art consommé de la narration pour peu que Derren Brown vous soit un minimum digne d'intérêt, par le biais de phrases à rallonge, ce qui a tendance à me pousser dans les limites de la compréhension de l'anglais dont je m'aperçois, à mon grand dam, que je n'en maîtrise toujours pas les ficelles. Je m'aperçois de quelques similitudes avec son idiosyncrasie, ce qui me le rend d'autant plus sympathique, fait déjà constaté lors de la lecture d'un de ses autres ouvrages, Tricks of the Mind, et ne fait que se confirmer dans ce nouvel opus, au point de m'inciter à la lecture de son dernier essai, sur le bonheur. J'apprécie son style qui révèle, entre autre, ses obsessions, ses petits plaisirs égocentrés avec une pointe d'impudeur, d'autodérision tout à fait british que ne renierait pas les Monty Python, et un humour assez caustique pour ne pas dire provocateur (que ne renierait toujours pas les Monty Python). Bref j'adore. Il y a quelques points où j'aurais des remarques, constructives cela va de soit, comme par exemple sur le saut de coupe page 52 qui semble être le saut de coupe classique avec le paquet du dessus qui passe en dessous. Si tel est bien le cas alors le pouce droit n'est pas bien placé sur l'image, ou alors c'est le saut de coupe Vernon et ... bon, au final, cela n'a guère d'importance, le sujet n'est pas exactement (lire pas du tout) sur la manipulation des cartes mais sur une réflexion plus globale de ce qui est présenté à des personnes, comment les impliquer, comment rechercher l'effet le plus puissant en fonction du contexte, les différentes étapes pour y arriver, avec beaucoup de descriptions psychologiques de la part de Derren Brown, et la distinction entre ce qui est perçu et ce qui se passe réellement, ce qui rend ces réflexions d'autant plus captivantes. Et au passage son appréciation de la lecture aux toilettes et d'une liste d'ouvrages conseillés en la matière (fécale). Sans chercher à me comparer à lui ou prétendre avoir une aura équivalente (rien que de l'évoquer, cela n'a aucun sens), ses névroses ont un sens pour moi, et qu'il décrive assez précisément des pensées assez peu politiquement correctes le rend attachant par cette sincérité presque naïve (d'apparence seulement). Cela me rappelle ce que j'ai lu sur Montaigne, qui n'hésitait aucunement à dire des choses peu flatteuses sur sa famille, et qui digressait à tout bout de champ. J'ai retrouvé cette même recherche de compréhension des autres, de soi (avec cette conscience d'être à fleur de peau, au point de s'auto-analyser constamment) et aussi de comment bien vivre finalement, avec une franchise et une candeur dans le propos qui laisse coi. Et cela ne m'étonne plus qu'il ait écrit un livre sur le bonheur. J'espère pouvoir le lire sous peu. J'ai été tenté de lui écrire (par mail), mais je comprends au travers de ce livre que ce n'est pas fondamentalement l'idée du siècle. Un personnage complexe, aux idées labyrinthiques, introverti/autocentré jusqu'à la moelle mais qui a su outrepasser ses limites et devenir un homme de spectacle. Dure équilibre entre son côté asocial et celui inter-relationnel de son travail. Chapeau l'artiste.

Note : AAAAA

mercredi 8 août 2018

Erik Jan Hanussen Hitler's jewish clairvoyant by Mel Gordon

Dis Tonton pourquoi tu tousses ?
Erik Jan Hanussen Hitler's jewish clairvoyant by Mel Gordon (Feral House, 270 pages, 2001)

Incipit :
On the fringes.
Erik Jan Hanussen was conceived out of wedlock and delivered by a midwife in the holding cell of a precinct jail in Vienna's Ottakring district on June 2, 1889. His birth certificate (filed in the city of Prossnitz) read "Herschmann-Chaim Steinschneider. Hebrew male". It was a document that would haunt him for much of his adult life and lead to his disappearance, torture, and death in Berlin forty-four years later.
La vie étonnante d'un illusionniste, Erik Jan Hanussen (la notice wikipédia en anglais est plus complète) spécialisé dans le paranormal (clairvoyance, télépathie) et utilisant ce qu'on nomme de nos jours des techniques de mentaliste (hypnose, cold reading, muscle reading, induction, manipulations mentales, PNL). Mais le plus étonnant est qu'il se soit approché du pouvoir nazi et d'Adolf Hitler en personne alors même qu'il était juif. Il l'a même aidé sur comment parler et convaincre en public. Sa soif de reconnaissance et de pouvoir scelleront ainsi son destin. Historiquement, qu'un juif ait pu être mêlé au plus haut niveau au parti d'Hitler, a posé quelques problèmes et pendant un certain temps cela a été omis, ignoré et passé sous silence par les historiens. Un révisionnisme des vainqueurs. Et pourtant cela souligne un peu plus les racines occultes du nazisme, qui ont d'ailleurs fait l'objet de divers autres ouvrages spécialisés. La complexité de la réalité des faits est bien plus importante qu'on ne croit et ce livre offre un éclairage intéressant sur l'importance de l'ésotérisme dans l'Allemagne d'avant-guerre. Ce livre rappelle, une fois de plus, ce besoin de croire au paranormal, et l'impossibilité de prouver une négation, qui offre le champ à tous les possibles. Cela a fait, fait et fera les beaux jours des personnes prétendant avoir des pouvoirs psychiques supranormaux. C'est en lisant le livre sur Uri Geller par James Randi que j'ai croisé ce nom d'Hanussen et que j'ai souhaité en savoir plus. Voilà qui est fait. Ahhh je me sens mieux. Au passage cela apprend beaucoup sur la nature humaine et son ingéniosité pour faire croire à l'impossible.

Bon comme il fait chaud, que je suis en vacances et que j'ai perdu mon PC portable personnel, j'ai pris un peu de retard sur mes articles. Mais j'arrive à lire c'est le principal ! Passez de bonnes vacances également !

Note :  AAA