vendredi 17 août 2018

Les Tisserands d'Abdennour Bidar

Prêt pour le tricot ?
Les Tisserands d'Abdennour Bidar (Les liens qui libèrent, 204 pages, 2018)

Incipit :
Nos grands médias sous-estiment le phénomène. Nos politiques n'en ont cure. Notre système économique injuste, fondé sur le profit, n'en a pas encore compris la menace pour lui. Mais déjà un peu partout dans le monde commencent à se produire «un million de révolutions tranquilles», dans tous les domaines de la vie humaine : «travail, argent, santé, habitat, environnement». J'appelle Tisserands les acteurs de ces révolutions. Leur objectif commun, en effet, est très simple : réparer ensemble le tissu déchiré du monde.

Un livre de réflexions et de propositions pour retisser du lien social pour un monde meilleur. Un projet de spiritualité politique (ou de politique spirituelle).

J'ai découvert dans ce livre l'humusation des corps ce qui me parait (pour moi en tout cas) le choix idéal. Il faut que je fasse un écrit pour attester de ce choix. Mais ce n'est pas le point le plus important du livre. Je ne suis pas toujours en accord avec l'auteur, ce qui n'est pas grave en soi, d'autant que c'est sur des points de détail. Par exemple je ne suis pas d'accord sur le fait que la société ne proposerait rien, ce qui ouvrirait la voie toute tracée pour Daech. Mais que devrait proposer la société ? Que serait une société qui serait spirituelle ? Une théocratie ? Autre ? L'auteur constate un soi-disant vide, répété à l'envi par ceux que cela arrange, or notre société n'a jamais autant proposé de choix spirituels divers et variés. Chacun peut trouver sa voie, pour peu qu'il en cherche une. Cette pléthore de choix pose peut-être un souci, les personnes ne savent peut-être pas se prendre en main, peut-être qu'elles se perdent sur le chemin, ou s'en moquent éperdument , qu'elles se contentent finalement de leur dernier écran LCD 400" etc. mais dire que la société n'offre rien me parait réducteur et tout simplement erroné. C'est plus le propos de quelqu'un qui a quelque chose à vous vendre (pour le dire crûment et brutalement) ce qui est d'ailleurs le cas, et amoindrit le propos d'ensemble (auquel par ailleurs j'adhère globalement).

L'auteur dans un passage critique vertement la pleine conscience sur deux pages avec des propos qui me semblent assez légers et peu convaincants, oubliant qu'on parle de méditation de pleine conscience (car il ne s'agit pas de relaxation ou de s'assoupir tout simplement) et pas de pleine conscience seule, et il concentre son propos plutôt sur un dérivé, le MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) porté par Jon Kabat-Zinn qui me semble être une déclinaison à vertu thérapeutique de la méditation de pleine conscience et, quoiqu'on en pense, ne devrait pas condamner, avec si peu d'arguments, la méditation de pleine conscience (que je pratique) au sens large. Non pas qu'il ne puisse condamner mais pas avec si peu d'arguments et si peu de matière cela me parait faire preuve de légèreté. Et de croire que les pratiquants ne lisent pas, ne s'inspirent pas d'autres choses ou seraient aveugles et ignorants et que donc se fourvoieraient dans une pratique inutile c'est un peu faire des hypothèses fausses pour valider une conclusion tout aussi fausse.  Dommage que l'auteur cite et donne crédit à l'imposture du livre Petite poucette de Michel Serres, un livre sur lequel ce dernier reconnaît (Dans l'émission de Finkielkraut je crois) qu'il s'est peut-être trompé. Croire que tout seul avec son smartphone, en surfant, sans prof, sans école, sans éducation de base solide, sans structure, on puisse devenir expert dans n'importe quel domaine, c'est se moquer du monde et nous prendre pour des cons. Dommage aussi que Bidar se perde dans l'anticipation (transhumanisme) alors que présentement nous ne sommes déjà pas capables de nous dépasser tel qu'il le constate lui-même (alors dans le futur augmenté n'en parlons pas).

L'auteur s'étonne aussi du peu de part (voire de la mise de côté) de la recherche du Soi dans les philosophies modernes. Là j'avoue que j'ai du mal à le suivre car ce n'est pas ce que j'ai ressenti en lisant Nietzsche ou sur l’existentialisme de Sartre. J'avoue ne pas être calé sur le sujet pour développer mais en citant plusieurs fois Pierre Hadot et ses écrits sur la philosophie antique il est curieux de lire que les philosophes modernes ont évacué le sujet tout en citant un philosophe qui ne l'ignore point et en fait un livre. Pour moi Michel Onfray est un philosophe moderne et la philosophie antique il en parle, et pas qu'un peu, ses conférences à l'Université Populaire de Caen en sont pétries. Donc l'argument d'Abdennour Bidar est assez faible et pro domo, par le choix réduit des philosophes qui ne parleraient pas de ce thème et validant ainsi son hypothèse, tout en citant par ailleurs un autre philosophe qui lui en parle, ce qui me parait au final et dans l'ensemble assez contradictoire. 

L'auteur s'inquiète du désintérêt pour les liens relationnels, d'où sa proposition des tisserands, tout en admettant qu'il y a déjà plein d'actions ou d'organisations, ce qui en démontre le contraire. Je sens qu'il estime que ce n'est pas assez, qu'il faut voir plus grand, plus loin, pas de souci là-dessus, mais dans son ardeur à le démontrer il est parfois un peu caricatural ou contradictoire. Car si on s'intéresse au bouddhisme (par exemple) on s'aperçoit vite de l'ensemble des temples, stages, retraites et que donc du lien, y compris le triple lien, il y en a qui se crée, et que les personnes qui font partie de ces structures peuvent également s'impliquer dans le social, dans la politique, bref ne sont pas réduits à cet aspect de leur vie. Exemple que je pourrais multiplier avec tout un tas de courant spirituels, religieux et même athée. Si vous êtes versé dans l'ésotérisme il est impressionnant de voir la multitude de forums qui existent et des interrogations similaires à celles de l'auteur. Si le développement personnel vous tente, il y a des pans entiers de linéaires y compris dans les grandes surfaces. Donc dire qu'il n'y a rien, qu'il y a tout à refaire etc. d'accord pourquoi pas mais de là à jeter le bébé avec l'eau du bain il y a un pas que je ne franchirais pas. Cela ne me gêne pas plus que cela tant le fond du propos dépasse ces arguties mais tout de même cela m'a un peu décontenancé voire agacé (ce qui est bon et vivifiant). D'un autre côté je n'élude pas le fait d'avoir compris de travers, d'ignorer certaines bases, d'avoir des faiblesses sur un nombre de sujets impressionnant et donc que mes propos ne sont pas tant une critique du livre ou de l'auteur que le point de rencontre entre mon vécu, mes connaissances et le livre en question. Je précise cela alors que je pourrais le dire d’à peu près tous mes propos sur ce blog mais cela me parait important de le rappeler.

Maintenant ce livre me semble très intéressant, fait des constats inquiétants mais est aussi et surtout force de proposition. Ayant vu le film Demain, ou encore En quête de sens, je vois bien qu'il y a de nombreuses actions, de nombreux projets qui vont dans un sens constructif, social et ayant une vision plus élevée. Mais malheureusement il y  a de nombreuses forces contraires et, me semble-t-il, plus puissantes. Comment se fait-il qu'à Beaugency il n'y ait pas de monnaie locale par exemple ? Alors que le film Demain y a été projeté et en montre tous les bienfaits ? Alors que d'autres villes de la région ont réussi à le faire (Par exemple Châteauneuf-sur-loire, voir le site Châteauneuf-sur-loire en transition) ? Certes il n'y avait guère de monde dans la salle de projection ... Ce qui ne veut pas dire baisser les bras d'où l'importance de ce type d'ouvrage. Un livre inspirant et rien que pour cela de grande valeur et source de débats fructueux. Parce que bon j'ai encore 15 ans dans ma tête et me demande toujours comment changer le monde bordel ! Et j'ai toujours pas la réponse, enfin si j'en ai quelques unes mais elles me semblent insuffisantes et insatisfaisantes ... que de frustrations ...

Note : AAAAAAAAAA

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