dimanche 16 septembre 2018

Les chamanes de la préhistoire de Jean Clottes et David Lewis-Williams

Hu dada hu !
Les chamanes de la préhistoire de Jean Clottes et David Lewis-Williams (Points, 237 pages, 2015)

Incipit :
 Depuis un siècle, l'art des cavernes a suscité diverses hypothèses interprétatives, plus ou moins plausibles, afin de répondre à la question première : «Pourquoi allaient-ils faire des dessins au fin fond des grottes ?» Les tentatives d'explication les mieux argumentées, celles aussi qui eurent le plus de succès, furent le fait de chercheurs français.

Un livre passionnant à plus d'un titre. En premier lieu sur l'art pariétal même si ce n'est pas le sujet principal. Sur le chamanisme à la préhistoire, hypothèse de travail de cet ouvrage mais aussi réflexion sur l'épistémologie, la démarche scientifique, ce qui différencie les sciences dures des molles quant à ce qu'il est possible de démontrer ou pas. C'est aussi une plongée édifiante sur nos ancêtres, et le lien très particulier entre les cavernes, l'art et la vision du monde de cette époque. Avec toutes les précautions quant à l'objectivité d'une telle recherche.

L'hypothèse de travail de départ est intrigante mais néanmoins bien étayée. On découvre au passage des informations enrichissantes sur l'art pariétal, leur répartition au cours du temps, leur localisation spécifique (surtout sud de la France et nord de l'Espagne pour le magdalénien, si j'ai bien compris) et à partir de faisceaux d'indices (états de conscience modifié, art de tribus dites primitives et chamanisme "contemporain", analyses diverses) les auteurs montrent les liens possibles entre une partie de cet art pariétal et le chamanisme.

Les EMC (Les Etats Modifiés de Conscience) sont un sujet passionnant. Il est ici expliqué les différents stades, au nombre de trois, et leurs points communs, quant aux stades et effets, entre tous les humains, au sens neuropsychique, point important pour l'hypothèse du livre.

Mais là où c'est également étonnant c'est sur la deuxième partie de l'ouvrage, qui est tout aussi édifiante mais sur un autre plan. Les scientifiques, au contraire de ce qu'on pourrait penser, sont sujets à leurs émotions, biais et tempérament, y compris dans leurs parutions, leurs productions professionnelles. Leur statut social, leur pouvoir réel ou supposé, leur jalousie, mais aussi le contexte peuvent les amener à ne plus débattre de manière constructive et critique. Une partie de ces problèmes que j'avais lu dans le livre sur le déchiffrement du Linéaire B. Cette deuxième partie rappelle aussi les bonnes pratiques scientifiques qui devraient, par pur protocole et processus, dépasser les enjeux égocentriques par exemple. Certains, fusent-ils d'éminents chercheurs, n'ont toujours pas acquis la démarche scientifique, le débat raisonné et étayé, l'argumentation, et se complaisent dans la caricature, l'ignorance, le mépris et l'insulte. Il s'agit pourtant d'acquis de base (Étudier l'excellent CGP. AS-Level Critical Thinking. Complete revision and practice) et il est toujours surprenant de constater que des scientifiques, dont on attend a minima et de facto cette démarche, ne les appliquent pas de base. Les auteurs, dans leur grande bonté pédagogique, indiquent également les raisons possibles (et elles ont multiples) de cette non application. Bref, une excellente lecture !!!

Note : AAAAAAAA

dimanche 9 septembre 2018

Happy by Derren Brown

:-)
Happy Why more or less everything is absolutely fine by Derren Brown (Bantam Press, 448 pages, 2016)

Incipit :
Once upon a time.
 A while ago, my long-term friend and collaborator Andy Nyman told me the following story.
 Andy, an actor with a strong fan base, had emerged from the stage door after a show to find waiting for him a lost-looking, nervous young girl, perhaps fourteen years old, barely able to make eye contact. Her mother, who was clutching a small camera, stood next to her. The mother asked if her daughter might get a photograph with him.
Philosophie, expérimentation de psychologie sociale, et état des lieux sur les dernières recherches sur le bonheur et qu'est-ce qu'être heureux finalement. Franchement une excellente synthèse sur le sujet, qui répond aux interrogations métaphysiques de certains et certaines (Par exemple l'article sur l'Happycratie). Démontre l'imposture des marchands du temple comme ceux qui nous disent, ou plutôt nous vendent, que si on a pas une Rolex avant 50 ans on a raté sa vie, ou ce genre de propos d'une grande médiocrité.

Ce livre explore les réflexions philosophiques sur le sujet après avoir dénoncé les soi-disant recettes du bien être dont certaines relèvent de la pure escroquerie (La pensée positive en particulier) et il explique pourquoi. Outre nos biais cognitifs et notre double moi (un moi immédiat, de l'expérience vécu, du plaisir et un moi qui remémore, avec une description des expériences de Kahneman pages 76/77), nous avons une tendance lourde à nous raconter de belles histoires qui ne reflètent pas vraiment le réel ou tout du moins qui en diffère tellement que si on n'y prête pas attention nos décisions sont prises sur de mauvaises hypothèses ou une vision erronées des choses. Et certains en profitent (Les publicitaires mais aussi les livres de développement personnels qui vous vendent du bonheur en prêt à porter avec des fondations illusoires). Mais c'est fou de voir à quel point il a raison et a bien réfléchit au sujet.

L'auteur plonge aussi dans les racines de la philosophie antique, Les lettres du stoïque Sénèque, les ouvrages de Schopenhauer (Oui ok c'est pas antique ça, c'est pour savoir si vous suiviez), les notes de Marc-Aurèle, le manuel d’Épictète et donne des exemples particulièrement bien choisis, par des auteurs contemporains comme William B. Irvine. Notamment l'exercice de pensée suivante (page 61/62) : imaginez que vous être le dernier être vivant au monde. Seriez-vous alors sensible à posséder un palace, une Maserati, vous habillez d'habits luxueux, avoir le dernier iphone ? Probablement que non et la raison essentielle de l'importance que cela a, lorsqu'on n'est pas seul, est le regard des autres. J'ai fait court mais l'ouvrage développe sur cette tendance et explique les racines de la souffrance (qui rejoint ce qu'en disait déjà le bouddhisme) et par d'autres exercices de pensée nous éclaire sur notre vision du monde (voire notre manque de vision). J'ai bien apprécié la partie sur la mort, à la fin de l'ouvrage. Il y a quelques exercices de pensées assez bien trouvés qui font réfléchir intensément. Finalement nous savons que nous allons mourir. La peur de mourir (à part l'inquiétude de la souffrance juste avant ou de la décrépitude) se résume principalement à ne pas vouloir mourir maintenant, mais plus tard. Ok, pour mourir mais pas aujourd'hui, non pas demain non plus, j'ai un truc à faire, un projet à finir, j'aimerais voir ma fille grandir et savoir ce qu'elle va devenir etc.

J'ai fini ce livre il y a 10 jours environ et j'ai l'impression qu'il faudra déjà que je le relise. En tout cas une excellente introduction sur un sujet que je trouve essentiel.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA