mardi 30 octobre 2018

Le Débat Quantique d'Etienne Klein

Conférence sur le débat quantique. Albert Einstein vs Niels Bohr d’Étienne Klein (Fremeaux & Associes, 3 CDs, 2014)

Ahhh cela me rappelle mes études lointaines. Je lisais la relativité restreinte d'Einstein, j’essayais de comprendre les livres de l'éditeur Ellipses sur la physique quantique, livres que j'ai donné à un ami qui lui et parti faire des études de physique et qui vénérai Einstein. Je trouve toujours cela fascinant. Mais voilà, même en réduisant mes centres d'intérêts, au niveau agenda ça rentre pas. Bon je me suis consolé avec une vidéo youtube sur la structure fondamentale de la matière et le Boson de Higgs, avec Étienne Klein comme présentateur. J'ai bien aimé l'image des skis où le fartage qui interagit avec la neige est l'analogie illustrant l'illusion de la masse lorsque les particules, de masse nulle, interagissent avec le champ de Higgs. Aussi réjouissant est ce débat entre Einstein et Bohr sur l'appréhension du réel. Surtout raconté par Klein, avec son humour pince sans rire, ses anagrammes, son deuxième degré, ses regrets de l'époque où la physique faisait la une des journaux et où les citoyens en parlaient. Rien de tel en 2014 lorsque le Boson de Higgs a été découvert. Ce qui m'a interpelé le plus c'est la différence entre description du réel, explication et compréhension. Lors des questions réponses (3ème CD) il y a eu des remarques comme quoi la physique quantique était difficile à comprendre car n'est pas la physique standard, "normale", classique, habituelle, de notre monde macroscopique. Mouais. Le problème est que si je prends la gravité, on peut me la décrire, me l'expliquer avec de belles équations, avec les masses et tout et, oui, cela ne fait pas appel au divin ou à une entité mythologique donc l'explication est liée à la raison et en tant que telle plus réaliste et donc serait plus convaincante. Mais pourtant il ne s'agit que d'une modélisation. Sans graviton. Et même si elle avait le graviton, ce serait plus complet, plus satisfaisant intellectuellement, plus proche du réel mais en quoi ce serait plus compréhensif. Pour le dire autrement, je me rappelle dans Lumière et matière de Richard Feynman, où ce dernier proposait deux modèles (je cite de mémoire) pour expliquer les fentes de Young, une modélisation à base de roue de vélo et une autre avec des équations que seuls les physiciens et matheux pouvaient utiliser et exploiter. Les deux modèles étaient prédictifs et expliquaient pourquoi le photon a un moment passait à gauche ou à droite. L'un était simple, accessible, l'autre complexe, détaillé, mathématiquement parfait. Mais est-ce que comprendre est lié au modèle mathématique ? Est-ce que comprendre est lié à ce qu'il y ait un modèle ? Est-ce que mieux comprendre est lié à un modèle qui fait appel à la raison et non à la superstition ? Si comprendre se résume à modéliser, je reste, personnellement sur ma faim. Est-ce que ce n'est pas une illusion que d'estimer qu'un modèle mathématique permet de mieux comprendre qu'un autre qui ne l'est pas ? Si je reprends la gravité, ok il y a la masse terrestre qui attire la pomme (et inversement, mais la pomme ne fait pas le poids, ha ha), on découvre que ce sont les masses qui occasionne cette gravité et on fait un beau modèle mathématique. De savoir que ce sont les masses c'est déjà satisfaisant, un modèle permet en plus de valider, prédire et faire tout un tas de chose comme d'aller sur la lune. Mais il n'en demeure pas moins que d'être témoin de la gravité me parait toujours aussi "magique". Bon, la conférence n'est pas exactement sur ce point particulier mais sur ce qu'on peut savoir du réel, pour Einstein, un modèle doit rendre compte de l'intégralité du réel et de tous les phénomènes, il y a un réel en soi, un réel a priori dirait Kant. Pour Bohr, le réel se limite à ce qu'on en perçoit, il se limite à la mesure du monde, il se construit à travers celles-ci et le réel se résume à cela. Bon la conférence est bien plus précise, détaillée et scientifique, mais c'est l'idée. C'est surtout bien raconté avec les points historiques majeurs. La conclusion permet, ce qui est rare et souligné par Étienne Klein, de trancher une question philosophique. Au cours de la conférence, certains estimait que la physique quantique était compliquée à comprendre, je ne parle pas des équations mais des phénomènes comme l'intrication. Je pense, comme Étienne Klein, que c'est un faux problème. Ceux qui disent comprendre la gravité par exemple, n'en ont qu'une idée vague, ne connaissent pas l'équation en général, simplement ils en connaissent les principes généraux et peuvent l'observer tous les jours, bref c'est essentiellement culturel. Savoir que deux particules intriqués forment un système non local est assez simple à comprendre. En tout cas plus simple que le fonctionnement d'un ordinateur, d'un smartphone etc. C'est contre intuitif, mais au final c'est une question d'habitude, de culture. Plus simple que le fonctionnement d'un anagyre qui, même après description de l'équation, ne m'aide toujours pas à comprendre vraiment, ou comme le jouet Feel Flux où un aimant ralentie une bille de métal, comme les freins utilisant les courant de Foucault. Ou le pendule de Foucault, surtout si son axe pointe vers le même point dans l'Univers. Ou les trous noirs ... Déjà que la gravité ait une influence à de si grandes distances m'épate et on peut me sortir les équations qu'on veut je ne vois pas comment cela serait moins magique, moins merveilleux, et donc plus compréhensible. Oui la compréhension passe par une description plus réelle, en tout cas s'appuyant sur ce qu'on perçoit de celui-ci, et oui c'est bien plus satisfaisant intellectuellement que dire que c'est un pouvoir magique, mais pour conclure (On va pas y passer la nuit non plus), pour moi le réel est magique d'une certaine manière. La Vie est magique. D'ailleurs une des lois de Clarke dit que toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. Mais d'un autre côté beaucoup de personnes utilisent un smartphone sans savoir le début d'un commencement de son fonctionnement. La technologie est donc ce qui fait partie de notre culture, de nos usages. Ce qui n'en fait pas partie relève de la magie, indépendamment de notre connaissance scientifique du sujet. Bref. Bon, la conférence est passionnante. Ce sera avec plaisir que je la réécouterais.

Tout ce qui est dans le futur est une onde.
Tout ce qui est dans le passé est une particule.
Lawrence Bragg.

Note : AAAAAA

lundi 22 octobre 2018

Hypercapitalisme de Tim Kasser et Larry Gonick

Fuck U 1%
Hypercapitalisme. L'économie moderne, ses valeurs ET COMMENT CHANGER TOUT CA de Tim Kasser et Larry Gonick (Seuil Delcourt, 240 pages, 2018)

Un grand livre d'économie, comment elle fonctionne, ses principes sous-jacents. En quelques planches d'une clarté limpide cet ouvrage déconstruit les rouages du capitalisme et de son excroissance démoniaque et cancéreuse, l'hypercapitalisme. Il permet de comprendre pourquoi Bruno Le Maire dit n'importe quoi, qu'il le dit avec un sourire béat, de celui du croyant qui ne réfléchit plus depuis longtemps, et pourquoi les multinationales, la finance etc. n'ont pas à cœur le bien du monde, c'est même exactement l'inverse. Ce livre a même l'outrecuidance d'expliquer ce qu'il est possible de faire concrètement pour lutter contre, tout en vous permettant de redonner du sens à votre vie :
  • l'achat réfléchi
  • le boycott
  • les monnaies complémentaires (et la relocalisation de l'économie)
  • la simplicité volontaire
  • le partage
  • bibliothèques (livres, graines, outils etc) et la banque de temps
  • les communautés intentionnelles
  • le transport en commun, le vélo (et la trottinette ?)
  •  Ce qu'il est même possible de faire au niveau de l'entreprise
  • etc.
Ayant des lectures aussi nocives, j'ai finalement opté, comme lecture suivante, pour Walden d'Henry David Thoreau (Non, je n'ai pas déjà laissé tombé la philo, je lis en parallèle Le banquet de Platon) C'est vous dire la dangerosité de ce livre et des idées qu'il véhicule ... Je vous en recommande donc chaudement et passionnément la lecture. Dès que possible. Un livre éclairant qui redonne foi en l'humain. Viva El Frugalisismo ! soyez vigilant, résistez ! Caute !!!!!!!

Imagine, the girls around town assemble
The traveler’s son they come askin’
Where he came from
‘Cause they’ve watched him
Washing his face near the pond
A curious boy and they wonder
Where he came from 
 Tamino - Indigo Night

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Décadence de Michel Onfray

Boom !
L'Antéchrist II
Décadence. De Jésus à Ben Laden. Vie et mort de l'Occident de Michel Onfray (Flammarion, 656 pages, 2017)

Incipit :
Métaphysique des ruines
Même la mort meurt
Carthage (Tunis),
vendredi 29 avril 2016,
fin de matinée.
Sous un ciel noir comme saturé par les cendres d’un volcan qui n’existe pas, deux fois troué par une lumière froide qui parvient à peine à percer l’obscurité, une ville entière menace de s’effondrer le long d’une plage sans eau sur laquelle, non loin d’un bateau échoué, médite un évêque mitré avec sa crosse. La palette du peintre qui signe cette toile, Monsù Desiderio, est sobre : le noir bitumé de la nuit et l’or mordoré d’un soleil froid. La ville fut magnifique, voire magnificente : les ruines témoignent, les bâtiments furent sublimes par leur grandeur, leur puissance, leur robustesse. Une colonne immense, une rotonde coiffant le sommet d’un arc massif, un campanile ouvragé, d’imposants immeubles à étages, mais le tout ruiné, abîmé, effondré sans qu’on sache par quoi. Une guerre ? Il aurait fallu qu’elle dispose de nos moyens militaires contemporains. Une peste qui aurait vidé la ville de ses habitants et laissé au temps le temps d’effectuer son œuvre ? Possible. Un tremblement de terre qui justifierait qu’après la secousse la mer ait déserté la plage et se soit enfuie plus loin en laissant un bateau effondré sur le rivage ? Plus probable en effet.

Vie et mort du Judéo-Christianisme est aussi l'autre sous-titre qu'on peut découvrir sur une autre édition. Deuxième volume d'une trilogie après Cosmos . Déconstruit avec force détails les travers du judéo-christianisme tout en marquant les points d'orgues historiques, les étapes de cette décadence. L'Islam, qui n'est pas récent non plus, y prend aussi sa part. Me rappelle dans le ton l'Antéchrist de Nietzsche. J'y ai découvert plein de choses, ce qui est toujours le cas avec Michel Onfray, notamment que le Dieu est mort de Nietzsche n'était pas le premier. L'abbé Jean Meslier dans son Testament, avait déjà annoncé le désenchantement du monde bien avant lui, et qui connaît Jean Meslier ? En tout cas bien moins connu que Nietzsche. J'ai ressenti un certain entrain, de la part de l'auteur, à présenter un angle déliquescent de l'histoire de l'Occident. C'est argumenté, étayé, (trés) détaillé et les notes bibliographiques en annexes sont alléchantes, en particulier celle sur Aristote au mont Saint-Michel. On voit aux polémiques que certains points historiques ne sont pas si clair que cela. A nouveau des spécialistes ou idéologues qui utilisent l'insulte au lieu d'un débat sain et honnête basé sur l'argumentation. J'attends avec impatience le dernier volume de la trilogie. J'aime bien la couverture, de loin j'ai l'impression de voir un champignon atomique ...

Il est plus beau d'éclairer que de briller. 
Saint-Thomas d'Aquin

Note : AAAAA

dimanche 21 octobre 2018

Gorgias de Platon

UFC antique et attique
Gorgias de Platon (Flammarion, 382 pages, 2007)

Incipit :
CALLICLES
C'est le bon moment, Socrate, pour rejoindre le combat, à en croire le dicton !
SOCRATE
Comment cela ? Arrivons-nous, comme on dit, quand la fête est finie ? Sommes nous en retard ?
CALLICLES
Oui, c'était bien une fête, et rudement élégante. Juste avant que tu n'arrives, Gorgias nous a présenté sa démonstration, pleine de belles choses !

Il est un peu pénible Socrate (Remarque très importante : le Socrate ... vu par Platon), méprisant, insultant, la technique vaudou du boa constrictor. Le plus drôle est que dans les notes c'est souvent ses adversaires qui sont accusés d'être violent alors que dans la même page Socrate les insulte (Par exemple page 245 et la note 151, Socrate venant de traiter Calliclès ... d'imbécile, pas de note sur ces propos, en revanche celle décrivant les propos qui suivent de Calliclés sont qualifiés d'"assez agressifs" et "violent"). Ha ha sont trop drôles les commentateurs. Ayant lu l'introduction après le texte et les notes je suis rassuré de lire qu'effectivement Socrate use de violence critique (page 10) ... Mais au cours de la lecture, j'ai ressenti dans les notes un parti pris assez pesant de la part des commentateurs (car unilatéral et à charge) qui me parait contreproductif et bien imprudent. Maintenant, le sujet traité, sur la rhétorique, ce qu'elle signifie, et ses objectifs au regard de la vertu, est très intéressant. Même si la dialectique et les propos usent de propositions qui sont assez binaires et manichéennes.C'est souvent est-tu d'accord avec cela ou cela (l'un ou l'autre, pas de nuance), forcément au bout d'un moment ça va coincer. Le monde ne se divise pas en cases binaires, en oppositions, en noir et blanc (Sauf pour un mollusque comme Trump). Je trouve qu'un mot ne recouvre pas totalement une réalité, que son champ sémantique est mal délimité, qu'il y a des taupinières, des fossés, des buttes, un agriculteur mort à côté d'un tracteur rouillé, un dolmen qui traine, une zone de chasse avec quelques chasseurs qui tirent sur des cyclistes, bref pas super clair et net. D'accord c'est aussi pour le raisonnement de non-contradiction et la structure syllogistique, majeure, mineure, mais quand même. C'est trop simpliste, cela n'embrasse pas la complexité, la profondeur, la richesse, l'incertitude. De ce point de vue Socrate est franchement casse-noix. Mais la démarche est fructueuse, elle démontre la faiblesse de nos idées, de nos idéologies, de nos certitudes. Toutes bâties sur du sable, du sable mouvant, les fondations vacillant assez rapidement, le vernis de nos apparences ne tenant pas longtemps avec l'accoucheur qu'est Socrate, la maïeutique est douloureuse pour qui la subit. Pas de péridurale avec Socrate, il vous renvoie à vos limites et elles sont vites atteintes. C'est peut-être cela les limites de l'interprétation c'est justement que cette dernière est infinie, comme Nietzsche le souligne (Dans le cours audio de Luc Ferry sur Nietzsche, à venir dans ce blog). Derrière la caverne de Platon il y a une autre caverne, puis une autre ... En dessous de l'abîme ? Un autre, encore plus profond. Bam ! C'est pas le philosophe au marteau pour rien, là pour les abîmes je dirais même le philosophe au marteau piqueur, le philosophe BTP branche démolition, oui bon ça va on peut rire un peu. Après cela il est d'autant plus aisé de comprendre que ce qu'on sait c'est qu'on ne sait rien. Mais alors rien du tout. Ah si, juste qu'on ne sait rien. Ce qui est tout simplement ... énorme, en un sens. Tout se tient. Tout est lié. La philosophie antique, moderne, bouddhiste, Tao, physique quantique et astrophysique etc. Je sens les mêmes interrogations, les mêmes lignes de force, juste des habillages, des perspectives, des décalages, des visions similaires et différentes mais au fond commun, aux mêmes sources, aux mêmes racines. Le sensible et l'intelligible pour l'un, deux mondes séparés, (Platon et les nihilistes au sens de Nietzsche) et pour l'autre deux autres mots : volonté et représentation (Schopenhauer), mais pas séparé, superposé. Cela change bien sûr, mais fondamentalement ? Par rapport à l'interdépendance, à l'impermanence ? Cosmos, puis dogmes, puis individu. Changement de points de vue, de regard. Et la feuille qui suit un cours d'eau ? Voilà comment le Tao recommande de vivre sa vie, l'instant présent, dans le réel, sans les passions tristes du passé (les regrets, la culpabilité), et de l'avenir (l'espérance, le pire des maux), le présent, comme lors d'une méditation zen, ou de pleine conscience, comme Nietzsche une fois qu'il a brisé les pieds d'argiles des idoles, ces dogmes aliénants, ces impostures, ces attelles de la pensée, ces pensées toutes faites, débilitantes. Comme le disait la pensée antique des stoïciens, comme le rappelle judicieusement Derren Brown dans son livre Happy, comme le dire Épicure et bien d'autres. Comme le dit Spinoza, à l'encontre des passions tristes, ne plus avoir à juger, à se mettre en colère, à s'indigner (Impensable pour lui !), accepter le réel, profiter du présent. Amen.

Note : AAAAA

Descartes - Spinoza - Leibniz l'Oeuvre Philosophique coffret de Luc Ferry

Philo for President !
Descartes - Spinoza - Leibniz l'Oeuvre Philosophique coffret 4CDs de Luc Ferry (Fremeaux et Associes, 4 CDs, 2013)

Les CD audio  de philo ont changés ma vie ! Bon, ok peut-être pas à ce point là, mais cela change tout de même l'ambiance dans la voiture pour aller au travail. Déjà autant d'énergie pour aller travailler ... dans quel monde vit-on ... Ce gâchis, cette pollution, ce temps consacré à aller d'un point A à un point B, tous les jours, juste pour travailler. Sisyphe serait fier de moi. Mon rocher a quatre roues et un pot d'échappement mais à part ça ... J'ai de plus en plus de mal avec cette absurdité. Ce monde qui vous contraint à une organisation de facto autour du véhicule individuel, où le télétravail m'est, pour l'instant, impossible car non autorisé. Normal, on a des dirigeants qui réfléchissent trop. Pas étonnant que Bruno Le Maire soit goguenard en écoutant François Ruffin (Votre croissance nous n'en voulons plus !) et en y apportant une réponse des plus navrantes. Non seulement Bruno Le Maire confirme ce que dit François Ruffin sur la croissance mais ne réponds pas du tout aux enjeux (Réchauffement climatique, 6ème extinction, non adéquation entre les hauts revenus et le bonheur etc.) mais en plus confirme (oui, deux fois) ce que dit François Ruffin sur la croissance qui ne résout rien puisque Bruno Le Maire lui-même reconnait qu'il y a trop de chômeurs et cela malgré les 40 ans de politique de croissance. Que réponds Bruno Le Maire : croissance. Wahou. J'ai vraiment du mal avec la langue de bois. On va dans le mur, le GIEC lance des alertes. Que réponds Bruno Le Maire : croissance. Les bras m'en tombent. Père cadre au groupe Total, ça explique pas mal ... C'est bien la peine d'avoir fait l'ENA, l’École Nationale des Ânes à n'en pas douter. Des ânes qui envoient l'humanité dans le mur. C'est pour cela que j'ai rajouté une section sur le côté du blog pour lutter contre l'hypercapitalisme. (Et aussi par ce que j'ai bientôt fini un ouvrage excellent sur le sujet). Vous allez me dire quel rapport avec Descartes, Spinoza et Leibniz ? Très très bonne question, c'est bien, bon niveau de focalisation et de concentration. Vous faites du sport et avez un régime diététique bien carré. Félicitations. Pour Descartes, Luc Ferry donne les clés pour ne pas se fourvoyer sur certains termes et rappeler le contexte historique et social, notamment sur le terme de fou. Luc Ferry est structuré, clair, apportant, au travers de quelques digressions parfois amusantes, ironiques ou légèrement moqueuses, des points soulignant son propos. Par exemple pourquoi on ne devrait plus dire Je pense donc je suis mais Je pense je suis, et les raisons profondes qui expliquent et justifient l'omission du donc, qui se trouve dans la deuxième méditation (si ma mémoire est bonne). D'une certaine manière continuer de dire Je pense donc je suis révèle l'incompréhension de la philosophie de Descartes. Néanmoins, ce qui m'a le plus perturbé est la vision déterministe de Spinoza. Au point d'y penser la nuit pour contrer son analyse, m'imaginant comme l'homme-dé. Mais voilà même le lancé de dé est déterministe. Il ne donne que l'illusion du hasard. Ce n'est que parce que nous n'avons pas tous les paramètres ou tous les éléments que nous ne pouvons pas prédire le résultat, mais la gravité, le mouvement de lancé, la dureté de la surface sur laquelle rebondit le dé etc. tout cela est causal. Et Luc Ferry vers la fin nous indique les arguments contre ce déterminisme comme la non falsification, ou non réfutable. Voir son cours sur Karl Popper. Ok, je vois bien. Comme la non existence de Dieu, ce n'est pas réfutable, on ne peut prouver une négation. Ok, ça marche. Et alors ? C'est censé m'aider ça ? A mieux dormir ? Ben non. Bon j'y travaille. Bon je vais pas tout raconter de ces quelques CDs, juste pour dire que c'est vraiment passionnant, fait bien réfléchir, c'est surtout bien présenté, et j'aime bien la voix de Luc Ferry. Il part moins en croisade que la contre-histoire de Michel Onfray. Un libertaire de gauche et un mec de droite, cela rééquilibre, ha ha. Et puis utiliser mon temps de trajet pour écouter de la philo cela n'a pas de prix. Enfin si, le coffret fait 28 euros. Pour être un peu moins con qu'un manche de balais c'est abordable. Et oublier que le gouvernement préfère les ultra riches à sauver la planète.

Note : AAAA


samedi 13 octobre 2018

Contre-histoire de la philosophie 1.1: L'archipel pré-chrétien de Michel Onfray

L'Antéchrist
Contre-histoire de la philosophie 1.1: L'archipel pré-chrétien - De Leucippe à Epicure de  Michel Onfray (Fremeaux & Associes, 12 CDs, 2009)

J'inaugure mon premier coffret Cd audio de philosophie. La raison première en est la longueur un tantinet monotone de mes 80 kilomètres journaliers. Au lieu d'écouter le bruit assourdissant et abrutissant de l'actualité, ou les chaînes de radio peu nourrissantes, j'ai opté pour de la philosophie en galette numérique. Très reposant. S'interroger sur l'ontologie de l'être lors d'un dépassement maîtrisé d'un poids lourd nonchalant sur une trois voies autoroutière, substrat marxiste de la cheville ouvrière des routiers, est un plaisir de fin gourmet. Bémol, je ne puis prendre des notes. Avantage : utiliser ma mémoire. Problème : elle fonctionne de manière peu fiable. Avantage : cela peut être rigolo. Bref ce premier coffret de 12 CDs m'a tenu un peu moins de trois semaines. Mais voilà je pourrais tout aussi bien les réécouter tant il y a à réfléchir et tant j'imagine qu'une deuxième écoute, après avoir réfléchi sur l’ensemble, aura une teinte différente, un éclairage autre. Maintenant que je me suis rendu compte de comment c'était sympa de faire de la philo au volant j'envisage de déménager dans le Cantal afin que la route soit plus longue (Mais non ma chérie, je plaisante. Oui je parle à mon épouse, pas à toi chère lectrice, ni à toi cher lecteur). J'ai aussi découvert d'autres cours sur ce même support, Luc Ferry ou encore Lucrèce lu par Podalydès. Cela devrait tranquillement m'occuper jusqu'à ma retraite (Après je serais sourd, cela n'aura plus d'importance). L'avantage de Michel Onfray est que pour lui, semble-t-il, la philosophie est un sport de combat. Donc c'est très vivant, et je ne m'endors pas au volant. Trop sympa Michel. Ce coffret est aussi un compagnon de route en plus de mes lectures de Platon, Épicure et Marc-Aurèle. Il est vrai que mon programme philo est un peu désordonné (oui ok, c'est bon, ok, bordélique en fait), mais je commence à y voir des liens entre les pensées et c'est jubilatoire. Je savoure à chaque instant d'enfin m'y être mis, à la philo hein, pas à la conduite routière (En tout cas le temps que cela durera). J'ai déjà noté quelques imprécisions ou parti pris. Personnellement cela ne me gêne nullement, il est de toute manière plus important au final de se faire sa propre opinion et de s'abreuver à diverses sources, variées, raffinées, affinées, multiples, exotériques, ésotériques. Je trouve amusant (je fais simple) de voir Michel Onfray critiquer vertement Platon/Socrate qui auraient volé la vedette au détriment des monistes matérialistes comme Épicure ou encore des sophistes, tout en critiquant qu'avant les grecs on devait bien penser, et donc qu'au delà de ses chouchous le bouddhisme avec son impermanence ne disait guère autre chose qu'Héraclite avec son "tout bouge". Si certains ont fait naitre la philosophie à cette époque on ne peut le reprocher à ceux de l'époque (Reproche a posteriori anachronique et post-moderne à double injection) Je pense qu'au delà des positions idéologiques la pensée a été un processus continu avec quelques singularités disruptives et qu'avant les grecs il y avait déjà des pensées sauvages et novatrices, les gymnosophistes, taoïstes, bouddhistes et autres. Si l'occident a platonisé la philosophie ou christianisé la pensée grecque on peut difficilement le reprocher à Platon même mais plutôt à ceux qui l'ont récupéré, interprété (mal ou à côté). De même s'il n'y a que des fragments de la pensée pré-socratique et que cela a induit une surreprésentation de la pensée Platonicienne, toujours pas la faute à Platon, mais aux souris, à l'humidité, au manque de soin du stockage, aux aléas historiques, à la non invention de la photocopieuse et de google drive, aux autodafés des dogmatiques et autres intégristes, qui n'ont laissés que des ruines et dévastations, prolongeant leur dilection de la destruction vaporisante pour mieux piédestaliser leur Dogma essentialiste (hein, des néologismes ? Vous êtes sûr ?). Fallait backuper les gars ! Bref, faudrait un peu se détendre sur le sujet. N'empêche cela donne une conférence avec du punch (Pas l'alcool, hein, l'énergie. Bon pensez aux AA). Ce qui veut dire aussi que, d'une certaine manière, je "lis" un peu plus, c'est toujours cela de pris sur le temps qui défile. Au lieu d'écouter les derniers soubresauts de l'anencéphale Trump à la radio, je m'instruit. Double strike !

Note : AAAAA

Apologie de Socrate de Platon

Socrate ou ça chatouille ?
Apologie de Socrate de Platon (Atramenta, quelques pages, antiquité)

Incipit :
JE ne sais, Athéniens, quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous. Pour moi, en les entendant, peu s’en est fallu que je ne me méconnusse moi-même, tant ils ont parlé d’une manière persuasive ; et cependant, à parler franchement, ils n’ont pas dit un mot qui soit véritable.
Mais, parmi tous les mensonges qu’ils ont débités, ce qui m’a le plus surpris, c’est lorsqu’ils vous ont recommandé de vous bien tenir en garde contre mon éloquence ; car, de n’avoir pas craint la honte du démenti que je vais leur donner tout-à-l’heure, en faisant voir que je ne suis point du tout éloquent, voilà ce qui m’a paru le comble de l’impudence, à moins qu’ils n’appellent éloquent celui qui dit la vérité.
Un livre numérique disponible gratuitement et légalement sur le site Atramenta.net que je remercie chaleureusement. Une lecture courte sur le procès inique de Socrate, condamné à mort, prélude au Phédon qui traite du mois qui a précédé la mort de Socrate. Je l'ai lu en complément des conférences de Michel Onfray qui l'indiquait car Platon, soit-disant, aurait été fielleux envers Aristippe de Cyrène en indiquant que ce dernier n'avait pas assisté à la mort de son maître (Coffret 1 de sa contre-histoire, je ne sais plus quel CD et vu que j'écoute en voiture il ne m'est pas facile de prendre des notes (Surtout à 240 km/h, le peu que j'ai pris c'est lorsque la police m'a pourchassé (en centre-ville) mais je les ai semé, le côté pratique d'avoir une Z3 surgonflée à l'éthanol et à l'hydrogène, avec un soupçon de nitro de mon cru), (oui il y a plusieurs niveaux de parenthèses (combien ?))) mais il s'est un peu fourvoyé sur ce point, comme quoi il est judicieux de ne pas tout prendre pour argent comptant, ni même à crédit. En fait cela doit être dans le Phédon (Pas encore lu). De plus on apprend que même Platon n'était pas présent, donc curieux d'utiliser un tel argument à l'encontre d'Aristippe (Une procédure en diffamation est en cours). J'en perds mon grec. Bref, cet opuscule est idéal pour dire en société "bon là, en ce moment, je lis Platon" (Wouahh de la foule en délire !!!) et vu son nombre de pages assez faible associée à l'idéologie de performance et d'immédiateté de nos sociétés moderne, c'est efficient... avec un R.O.I. balistique de folie. Belle plaidoirie de Socrate, qui sera malheureusement infructueuse, à quelques voix près, c'est ballot. Un procès politique et une exécution qui ne l'est pas moins. Et après on parle de démocratie grecque ...comme d'habitude ceux qui gênent on les élimine. Là c'est au poison (bio). Encore un coup du KGB. On sent déjà dans ce bref discours la dialectique de Socrate et la richesse des thèmes abordés (Justice, droit de la défense, preuves, la rhétorique, complot etc.).

Note : AAAA

dimanche 7 octobre 2018

Histoire de la pensée de Lucien Jerphagnon

Anti-manuel du capitalisme
Histoire de la pensée. D'Homère à Jeanne d'Arc de Lucien Jerphagnon (Pluriel, 575 pages, 2009)

Incipit :
La philosophie ? Le mot, déjà, inquiète, et la chose, pour autant qu'on en ait l'expérience, ne rassure pas. Cela ressemble bien à une science, encore qu'au sens large  -  mais qui s'occupe de ... ? Et quant aux gens qui en font profession, de nos jours presque exclusivement des professeurs, on leur assigne auprès du commun des mortels un ministère à part, dont le prestige fascine et agace.

Une histoire fascinante et vertigineuse de la pensée, que j'aurais bien poursuivie jusqu'au XXème siècle. Une fois embarqué j'ai été surpris que cela s'arrête. Ah zut c'est fini. Quelques passages pas toujours faciles d'accès mais l'effort dans la vulgarisation et la volonté de partager est manifeste. La complexité est riche d'enseignement, la multiplicité des points de vue, des approches, l'influence considérables des évènements historiques ou encore les effets du judéo-christianisme sur l'évolution de la pensée rend ce livre indispensable à un minimum de compréhension des enjeux, des luttes sans merci entre les tenants d'une orthodoxie et ceux que rien n'arrête. La philosophie n'est pas un long fleuve tranquille et les philosophes, qu'elle qu'en soit la définition, ne sont pas toujours d'une grande tolérance, ouverture d'esprit ou n'appliquent pas le minimum attendu de leur part, que ce soit l''esprit critique ou l'art de convaincre de manière argumentée (Il arrive que tous les coups soient permis d'une certaine manière, l'ouvrage aurait pu s'intituler L'art de la guerre ... des idées). Humain trop humain. Bon, je mesure aussi l'abyssale ignorance dans laquelle je baigne et l'illusion hallucinante (c'est le cas de le dire) de croire que je maîtrise quoi que ce soit. La condition humaine, en somme, dans la version de la caverne, de Magritte). Limitations et finitude est notre lot. Limité par nos sens, quelles seront les limitations d'une I.A. qui n'en est guère dotée ? Hein , je dérive ? Ah oui M. Jerphagnon ne parle pas de cela. Mais de la philosophie antique, celle qui me plait. Livre qui ne peut se résumer mais fortement recommandé, ne serait-ce que pour l'éclairage sur la diversité stupéfiante des pensées ici décrites ainsi que de leur naissance, vie et mort parfois. Et voilà, maintenant j'ai aussi envie de découvrir encore d'autres auteurs. Faut absolument que je me réincarne en chat ... pour avoir sept vies (mais croisé avec une baleine du Groenland pour la durée de vie). Je lirais alors des philosophes, en ronronnant sur un coussin près d'un âtre gothique, au fond d'une piscine, après m'être goinfré de croquettes fourrées au krill. Ron ... rrr ... ron ... rrr ... mince j'ai un morceau de krill coincé dans un de mes fanons, et le feu s'est encore éteint, faut dire au fond d'une piscine aussi ... En tout cas merci à Lucien Jerphagnon pour son ouvrage d'une grande richesse intellectuelle.

Note : AAAAAAAAAA

La communauté philosophique de Michel Onfray

Combat de rue
La communauté philosophique de Michel Onfray (Galilée, 135 pages, 2004)

Incipit :
Un jardin nomade
 J'aspire à un genre nouveau Jardin d’Épicure, mais hors les murs, non plus sédentaire, géographiquement clos, localisé, mais un jardin nomade, portatif, mobile emporté avec soi partout où l'on se trouve. Un Jardin virtuel aux effets réels. Une façon de vivre selon les principes épicuriens dans le monde et non à côté de lui.

Je dois d'abord préciser que je ne connais pas beaucoup Michel Onfray ni son œuvre (Il dit avoir écrit 80 livres) et que je ne m'intéresse pas au personnage conceptuel médiatique et à ce qu'on en dit dans les médias (réseaux sociaux et autres). Je n'ai lu que quelques ouvrages de lui (Comme le Traité d'athéologie, Cosmos, Miroir du nihilisme, Décadence en cours de lecture) et je n'ai écouté que la saison 1 de sa contre-histoire de la philosophie à l'Université Populaire de Caen (Depuis j'apprécie mieux mon trajet maison-travail). Mais pour l'instant je le trouve toujours intéressant, me poussant à réfléchir, à m'interroger, à vérifier, à creuser, à aller plus loin. Et rien que pour cela, merci.

En parlant (cf. supra) de l'Université Populaire de Caen, ce livre en est le manifeste. Avec un côté pamphlétaire qui, en ce qui me concerne, m'amuse. Il tire à boulet rouge sur tout ce qui bouge et me rappelle en partie le livre également pamphlétaire De la pourriture de Jean-François Raguet.  Et puis franchement c'est un beau projet que de souhaiter éduquer, sensibiliser, intéresser à la philosophie. Un manifeste rafraîchissant sur le fond et la forme. Mais est-ce bien nécessaire de tirer à boulet rouge sur tout ce qui va pas pour convaincre de l'intérêt d'un tel projet ? Peut-être. Peut-être pas. J'aime bien les pamphlets en général, cela me pousse à critiquer, car intuitivement, je sens qu'il y a caricatures même si sur le fond il y a certainement du vrai. Parfois je sens le discours un peu simpliste, par exemple sur les cafés philo : les cafés philo c'est nul, c'est monopolisé par des narcissiques, on y a apprend rien, que des personnes qui récitent péniblement ce qu'ils ont lu, un psittacisme de comptoir etc. Inutile d'y aller donc, comme si ceux qui y allaient n'étaient pas complexes, multiformes, et ne savaient pas penser par eux même, ne lisant pas de philo, ne s'intéressant pas au monde etc. Cela peut arriver certes, mais n'est-ce pas un tantinet réducteur ? L'un (le café philo) n’empêchant pas l'autre (L'étude, suivre un enseignement, etc).

L'écoutant dans ses conférences, je retrouve ses thèmes de prédilections, et donc un peu redondant (anti platonisme primaire, la catégorie présocratique c'est n'importe quoi etc.) mais j'y ai découvert un passage sur la lettre à Schuller de Spinoza et l'allégorie de la pierre. Rien que pour cela je n'ai pas perdu mon temps et cela me pousse à lire Spinoza dont cette fameuse lettre. Et puis à force de taper sur Platon et de tout lui mettre sur le dos, j'en deviens un peu sceptique. Car si l'important est d'acquérir une démarche philosophique, de s'interroger, de s'étonner, alors que ce soit en étudiant, discutant Platon ou Épicure, l'important est bien la démarche pas le sujet d'étude (L'un n'empêchant pas l'autre). Une fois cette démarche acquise qu'est-ce qui empêche de critiquer Platon ou un autre ? Et d'élargir sa pensée ? Rien. Et puis étudier Platon ne fait pas de vous un platonicien, un aristocrate ou un vendu au pouvoir, cette pensée assenée par Michel Onfray me semble un peu monolithique. Et puis critiquer les philosophes qui utilisent des mots savants sans les définir et soi-même balancer les mots comme eumétrie et métriopathie (page 101) c'est un peu se moquer. Bon c'est juste un ressenti, rien de grave, après tout c'est mon chemin, pas le sien.  Il y a de très bon passage sur la philosophie et sur la démarche philosophique qui me rappelle les démarche antiques ou bouddhistes (Pages 21, 72, 101). Et puis il recommande Pierre Hadot, cela tombe bien c'est dans ma liste d'étude. Bref un manifeste qui m'a fait passer un bon moment, même court (je l'ai débuté hier soir et fini ce matin, je me réveille bien trop tôt, 5h, cela me laisse le temps de lire !). En tout cas merci Michel Onfray. Et puis je trouve qu'il y a trop de "Et puis" dans cet article. Je suis comme Thalès, à force de regarder le ciel et m'interroger je suis tombé dans l'Et puis. Ah. Ah. Ah. Hum c'est aussi la deuxième fois en quelques jours que je lis que la philosophie est morte (p. 96). L'autre fois c'est dans l'incipit d'un ouvrage de Stephen Hawking. Je n'en ai pas entendu parler dans les médias. Devais pas y avoir grand monde à l'enterrement.

Note: AAAAA

samedi 6 octobre 2018

Lire le Tarot avec le Rider-Waite par Emmanuelle Iger

Lire le Tarot avec le Rider-Waite par Emmanuelle Iger (Édition TrajectoirE, 382 pages, 2017)

Incipit :
Le Tarot est un jeu de 78 cartes qu'on utilise pour obtenir des réponses et des conseils. Il est constitué de 22 cartes allégoriques, dites majeures, et de 56 autres, dites mineures.
Il ne sert pas à faire de la voyance. D'ailleurs on voit bien que les voyants peuvent utiliser n'importe quel autre support pour exercer leur art. Voilà une preuve que faire de la voyance, ce n'est pas faire du Tarot, puisqu'on peut se passer des cartes. Celles-ci sont conçues pour autre chose de beaucoup plus intéressant.

Le raisonnement dans l'incipit exonérant le Tarot de la voyance me parait bien faible. Un peu comme dire que le bois ne sert pas à faire des objets d'arts. On voit bien que les artistes peuvent utiliser n'importe quel autre support pour exercer leur art. Voilà une preuve que faire de l'art, ce n'est pas utiliser du bois. Un peu crétin, non ? Surtout que le Tarot est justement très utilisé aussi pour la voyance. Affirmer le contraire c'est un peu du déni. Bien sûr l'auteur a le droit de considérer que ce n'est pas approprié de le faire. Mais le dire avec des raisonnements farfelus me parait suspect. Bref.

Non je ne suis pas devenu mage, voyant ou autre. Ce sont des recherches personnelles. Je lis également de la philosophie. J'ai fini L'histoire de la pensée de Jerphagnon (Article à venir) et suis dans Décadence d'Onfray (Article à venir aussi). Il est vrai que je ne lis plus de romans en ce moment. Je me suis fait un petit programme Philo, je débute par Platon. Donc pour ceux effrayés par l'ésotérisme des derniers articles ne partez pas !!!! Trop tard ? Mince. Ah si j'ai aussi commencé le dernier Yuval Noah Harari, j'adore ce mec. Cela explique aussi la baisse du nombre d'articles du mois dernier, je me suis perdu dans plusieurs lectures. Mon troisième œil s'est ouvert trop vite, il a maintenant la conjonctivite. J'ai pensé me faire greffer des yeux de mouche, avec leur vision panoramique (faut bien un panoptique pour tout surveiller) et leur multiples facettes je me suis dit que c'était la meilleure manière d'appréhender ce monde infini des connaissances. Ou alors abandonner mon boulot et faire prof de philo. Humm et une greffe d'un deuxième cerveau ce serait ... ? 

 Bon, le livre. C'est un ouvrage sur l'utilisation du Tarot, mais pas celui de Marseille dont les arcanes mineurs sont trop abstraits, mais avec une édition prisée par les anglo-saxons où même les arcanes mineurs comportent des symboles plus compréhensibles rappelant leur "signification" ou permettant de mieux projeter notre inconscient. Oui je ne suis pas très voyance mais dans une approche dite psychologique. Jung lui-même l'aurait utilisé (Le Tarot, pas la voyance) jusqu'à la fin de sa vie. Le principe est celui du test de Rorschach même si la paréidolie n'intervient plus vraiment. Mais l'idée est que lorsqu'on essaye d'apporter une réponse à la question que l'on s'est posé au travers de quelques cartes, ces dernières servent de catalyseur pour extraire la réponse enfouie dans notre inconscient. Cela nous aide à rendre conscient, à verbaliser, nous pousse, nous aide à trouver une ou des réponses. Que ce soit en se disant "ah oui effectivement cela pourrait être cela", ou "ah non pas ça", "ah oui tiens j'y avais pas pensé". Un stimulateur d'imaginaire où vous êtes votre propre confident (Secret garanti en bonus donc). Vous êtes à la fois l'analyste et l'analysé (attention au transfert sur soi !) et pour que l'analyse se passe bien il faut vous payer vous-même (Carte Bleue, virement, Paypal etc.), c'est Freud qui l'a dit. Na.

Le Tarot de Marseille (qui n'est d'ailleurs pas plus de Marseille que de Lyon ou Grenoble) est considéré, à tort, comme celui d'origine (Jodorowsky dans son livre La voie du Tarot, explique qu'il en aurait restauré un encore "plus d'origine", hum plus royaliste que le roi comme on dit) et de toute manière n'est pas plus qu'un autre l'idéal absolu ce que rappelle à juste titre cet ouvrage. Si les cartes offrent suffisamment de matière alors le principe (cf. supra) sera aussi riche d'enseignement quel que soit le tarot choisi. Ce qui est amusant est que comme je lis ou que j'écoute de la philo (Les conférences d'Onfray) j'y vois des liens. Par exemple Le fou (Ou le Mat) me rappelle l'anecdote sur Thalès qui, tête en l'air, serait tombé dans un puits. Le Chariot me rappelle un passage de Jerphagnon où ce dernier parle de l'attelage ailé, d'un cocher avec un cheval blanc et un cheval noir dans Phèdre de Platon. Coïncidence signifiante comme dirait Jung. Bon ok dans le Waite-Colman-Smith (Cf. infra) ce sont des sphinx noir et blanc. Et dans le Marseille des chevaux (mais rouge et bleu), il n'empêche c'est intéressant comme lien.

J'ai appris au passage que le nom de ce Tarot était composé du concepteur Waite mais aussi de l'éditeur Rider mais pas de celui de l'illustratrice, Pamela Colman-Smith. Emmanuelle Iger le précise mais a gardé néanmoins le nom Rider-Waite au lieu, par exemple de Waite-Colman-Smith. C'est assez injuste je trouve (Oui misogyne aussi, ou phallocrate, c'est fou le nombre de mots différents pour décrire cette attitude déplorable).

Un livre sympathique sur le jeu de Tarot psychologique. Un bon outil visuel et symbolique pour travailler sur soi. Avec mon plateau Ouija en tungstène et mon pendule en fonte je suis prêt à conquérir les zones désertiques peuplées de dragons métaphysiques.

Note : AAAA

La voie du mage d'Arnaud Thuly

Traité de la roue de secours
La voie du mage - Bien débuter - Entraînements préparatoires d'Arnaud Thuly (Alliance Magique, 308 pages, 2012)

Incipit :
Comme beaucoup je n'ai pas eu la chance de "naître" dans une famille très portée sur l'ésotérisme. Mes parents voyaient surtout dans ce milieu les multiples dérives auxquelles nous ont si souvent confronté les médias, images bien souvent déplorables conditionnant un peu plus chaque jour les réactions d'un public qui considèrent aujourd'hui l'ésotérisme comme une vaste supercherie, héritage de l'ignorance et des divagations de nos ancêtres. Quelle tristesse ...

Non, je ne suis pas devenu mage mais j'étais curieux de connaitre un peu mieux ce domaine. Et surtout concrètement comment on devient mage. J'ai commencé par un livre de Regardie et j'avais lu dans des forums les conseils les plus recommandé pour des livres de développements personnels en magie. C'est aussi parce que l’illusionnisme m'intéresse et dernièrement le mentalisme (avec Derren Brown que j'apprécie beaucoup) que j'ai un peu creusé pour la "vraie" magie. Ce livre est très orienté pratique avec une organisation exigeante, un agenda bien rempli. N'oublions pas qu'il s'agit d’exercices préparatoires. Des entrainements pour aller plus loin. Et ceux-ci me semblent en partie pertinent même si on ne souhaite pas aller plus avant dans la magie. Il s'agit de méditation, relaxation, maîtrise de soi, concentration, entretiens physiques et mentaux, qui peuvent servir dans la vie de tous les jours. Je n'ai pas tout pratiqué et ne suis pas les recommandations, c'est surtout pour mieux connaitre ce domaine, son potentiel, avoir un meilleur recul sur le sujet. J'en suis au travail sur les énergies, j'ai même acheté les cinq solides de Platon en cristal de roche pour expérimenter. Esprit ouvert et curiosité. Le thème me semble très bien traité, avec des conseils qu'on pourrait retrouver dans des guides sans magie mais ayant pour but d'être plus alerte dans tous les domaines, qu'ils soient physiques ou mentaux (Mémoire, respiration, relaxation, visualisation, concentration, focalisation, ataraxie). Les techniques comme l'auto persuasion (Méthode Couet), l'auto-hypnose, l'effet placébo, l'auto-suggestion etc. sont en filigrane ce qui  me laisse penser qu'il y a effectivement un effet à escompter (Et pour la méditation j'en suis sûr !). En revanche pour les manipulations d'énergie je n'avance guère mais cela me rappelle le livre sur la Wicca de Thea Sabin (utilisant une autre terminologie et un habillage différent). En tout cas ma curiosité a été satisfaite.

Note : AAAAAAAA

The One Year Manual by Dr Israel Regardie

J'irais plus haut
que ces montagnes de douleurs
The One Year Manual. Twelve steps to Spiritual Enlightenment by Dr Israel Regardie  (Samuel Weiser, 73 pages, 1992)

Incipit :
The four adorations
 In former great ages, man realized intuitively his relationship to nature ans to the living universe in which he lived and was a part. He felt his unity with all the elements. In the fullness of his life he worshipped the Sun as a visible symbol of the unknown God in whom we live and move and have our being. It is axiomatic that light is life and both are dependent upon the Sun - which thus become a vital symbol of God.

Un livre dans la lignée des livres de développement personnel mais orienté "haute magie". Je ne suis pas spécialiste de la chose mais était intéressé par les démarches pour s'améliorer qui sont ici proposées. Elles suivent le précepte du mens sana in corpore sano et ont des points communs avec d'autres démarches similaires. Ces points communs sont notamment :
  • La conscience de soi, de son corps. L'attention de tous les instants. Le "be aware" de Jean-Claude Van Damme, dont je ne suis pas sûr de la profondeur, ou encore du "Attention ! Attention" du début d'Ile d'Aldous Huxley, lié aux philosophies orientales. C'est encore le body scan intégré à la pleine conscience de Kabat-Zinn (encore que cela était utilisé à mes cours de Yoga), un des éléments de méthodes de méditation, de la sophrologie et j'en passe. C'est se recentrer. Ralentir le rythme. Sortir du "Métro Boulot Dodo", être attentif à l'instant présent. 
  • Relaxation, respiration. Complément à la conscience de soi. Participe à la concentration. A se connecter à la Nature.
  • Les techniques de respiration. Le yoga en propose pléthore.
  • La concentration. Cela va de fixer une flamme de bougie (utilisé aussi par l'AMORC dans leur enseignement) à ramasser des poix chiches (Arnaud Thuly) en se concentrant que sur la tâche, comme la marche zen en somme (je simplifie).
  • Les incantations. Elles sont diverses. On en trouve à l'AMORC, dans cet ouvrage, dans la WICCA (Thea Sabin). 
  • Des rituels, que l'on retrouve dans les religions et autres pratiques, y compris dans le Bouddhisme (Oui je sais, pour certains le Bouddhisme est une religion).
  • Bref c'est la maîtrise de soi, et donc de sa vie.
Personnellement je ne suis pas trop mystique mais je pense que, quel que soit l'habillage, cela repose sur des techniques comme l'hypnose, l'auto-hypnose, les états modifiés de conscience, les techniques de méditations, l'effet placebo, etc. dont toutes ont des effets avérés et prouvés scientifiquement. Si un collègue au bureau vous ennuie, que cela vous touche alors vous avez mal au ventre et vous déprimez, cela est psychosomatique, comme quoi le mental pilote le corps, jusque là pas de surprise. Donc des techniques psychosomatiques, mais qui cette fois par le mental "améliorent" votre corps, peuvent exister puisque c'est bien nous même qui nous créons pleins de soucis par nos propres pensées négatives (Je fais court hein, je vais pas non plus écrire une thèse). L'idée est d'avoir des processus qui permettent d'améliorer, et en plus utilisables quand on en a besoin. Ne pas subir mais agir. Ce type de guide peut nous orienter dans la bonne direction. Seul l'habillage pourra jouer sur votre motivation. Le tout est de choisir l'habillage qui vous convient le mieux, Wicca si vous êtes proche de Gaïa, ou ici Israel Regardie, si vous êtes plus religieux. Cela n'empêche pas de s'intéresser aux techniques indépendamment de l'habillage. Cela dépend de vous, si vous pouvez y faire abstraction ou pas.  J'aime bien le côté pratique, c'est un manuel, ne l'oublions pas. A étudier et ... à pratiquer. J'ai pris quelques bonnes idées dedans. A noter un très belle couverture de Rob Schouten. J'aime beaucoup ce peintre. Au pire vous arrachez la page de garde et vous l'encadrez.

Note : AAAAAAA