dimanche 21 octobre 2018

Gorgias de Platon

UFC antique et attique
Gorgias de Platon (Flammarion, 382 pages, 2007)

Incipit :
CALLICLES
C'est le bon moment, Socrate, pour rejoindre le combat, à en croire le dicton !
SOCRATE
Comment cela ? Arrivons-nous, comme on dit, quand la fête est finie ? Sommes nous en retard ?
CALLICLES
Oui, c'était bien une fête, et rudement élégante. Juste avant que tu n'arrives, Gorgias nous a présenté sa démonstration, pleine de belles choses !

Il est un peu pénible Socrate (Remarque très importante : le Socrate ... vu par Platon), méprisant, insultant, la technique vaudou du boa constrictor. Le plus drôle est que dans les notes c'est souvent ses adversaires qui sont accusés d'être violent alors que dans la même page Socrate les insulte (Par exemple page 245 et la note 151, Socrate venant de traiter Calliclès ... d'imbécile, pas de note sur ces propos, en revanche celle décrivant les propos qui suivent de Calliclés sont qualifiés d'"assez agressifs" et "violent"). Ha ha sont trop drôles les commentateurs. Ayant lu l'introduction après le texte et les notes je suis rassuré de lire qu'effectivement Socrate use de violence critique (page 10) ... Mais au cours de la lecture, j'ai ressenti dans les notes un parti pris assez pesant de la part des commentateurs (car unilatéral et à charge) qui me parait contreproductif et bien imprudent. Maintenant, le sujet traité, sur la rhétorique, ce qu'elle signifie, et ses objectifs au regard de la vertu, est très intéressant. Même si la dialectique et les propos usent de propositions qui sont assez binaires et manichéennes.C'est souvent est-tu d'accord avec cela ou cela (l'un ou l'autre, pas de nuance), forcément au bout d'un moment ça va coincer. Le monde ne se divise pas en cases binaires, en oppositions, en noir et blanc (Sauf pour un mollusque comme Trump). Je trouve qu'un mot ne recouvre pas totalement une réalité, que son champ sémantique est mal délimité, qu'il y a des taupinières, des fossés, des buttes, un agriculteur mort à côté d'un tracteur rouillé, un dolmen qui traine, une zone de chasse avec quelques chasseurs qui tirent sur des cyclistes, bref pas super clair et net. D'accord c'est aussi pour le raisonnement de non-contradiction et la structure syllogistique, majeure, mineure, mais quand même. C'est trop simpliste, cela n'embrasse pas la complexité, la profondeur, la richesse, l'incertitude. De ce point de vue Socrate est franchement casse-noix. Mais la démarche est fructueuse, elle démontre la faiblesse de nos idées, de nos idéologies, de nos certitudes. Toutes bâties sur du sable, du sable mouvant, les fondations vacillant assez rapidement, le vernis de nos apparences ne tenant pas longtemps avec l'accoucheur qu'est Socrate, la maïeutique est douloureuse pour qui la subit. Pas de péridurale avec Socrate, il vous renvoie à vos limites et elles sont vites atteintes. C'est peut-être cela les limites de l'interprétation c'est justement que cette dernière est infinie, comme Nietzsche le souligne (Dans le cours audio de Luc Ferry sur Nietzsche, à venir dans ce blog). Derrière la caverne de Platon il y a une autre caverne, puis une autre ... En dessous de l'abîme ? Un autre, encore plus profond. Bam ! C'est pas le philosophe au marteau pour rien, là pour les abîmes je dirais même le philosophe au marteau piqueur, le philosophe BTP branche démolition, oui bon ça va on peut rire un peu. Après cela il est d'autant plus aisé de comprendre que ce qu'on sait c'est qu'on ne sait rien. Mais alors rien du tout. Ah si, juste qu'on ne sait rien. Ce qui est tout simplement ... énorme, en un sens. Tout se tient. Tout est lié. La philosophie antique, moderne, bouddhiste, Tao, physique quantique et astrophysique etc. Je sens les mêmes interrogations, les mêmes lignes de force, juste des habillages, des perspectives, des décalages, des visions similaires et différentes mais au fond commun, aux mêmes sources, aux mêmes racines. Le sensible et l'intelligible pour l'un, deux mondes séparés, (Platon et les nihilistes au sens de Nietzsche) et pour l'autre deux autres mots : volonté et représentation (Schopenhauer), mais pas séparé, superposé. Cela change bien sûr, mais fondamentalement ? Par rapport à l'interdépendance, à l'impermanence ? Cosmos, puis dogmes, puis individu. Changement de points de vue, de regard. Et la feuille qui suit un cours d'eau ? Voilà comment le Tao recommande de vivre sa vie, l'instant présent, dans le réel, sans les passions tristes du passé (les regrets, la culpabilité), et de l'avenir (l'espérance, le pire des maux), le présent, comme lors d'une méditation zen, ou de pleine conscience, comme Nietzsche une fois qu'il a brisé les pieds d'argiles des idoles, ces dogmes aliénants, ces impostures, ces attelles de la pensée, ces pensées toutes faites, débilitantes. Comme le disait la pensée antique des stoïciens, comme le rappelle judicieusement Derren Brown dans son livre Happy, comme le dire Épicure et bien d'autres. Comme le dit Spinoza, à l'encontre des passions tristes, ne plus avoir à juger, à se mettre en colère, à s'indigner (Impensable pour lui !), accepter le réel, profiter du présent. Amen.

Note : AAAAA

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