jeudi 27 décembre 2018

21 Lessons for the 21st Century by Yuval Noah Harari

Véda du XXIème siècle
21 Lessons for the 21st Century by Yuval Noah Harari (Jonathan Cape, 352 pages, 2018)

Incipit étendu :
In a world deluged by irrelevant information, clarity is power. In theory, anybody can join the debate about the future of humanity, but it is so hard to maintain a clear vision. Frequently, we don't even notice that a debate is going on, or what the key questions are. Billions of us can hardly afford the luxury of investigating.

De la bonne futurologie comme les livres que d'Alvin et Heidi Toffler que je lisais avec émotion il y a plus de 20 ans (Par exemple La troisième vague). Le genre d'esprit qui me pousse à me remettre en question et à me dépasser. Des  analyses toujours aussi inspirantes, synthétiques, stimulantes. Un livre qui brille de mille feux. Je trouve l'auteur clair dans ses analyses que j'épouse la plupart du temps, et j'adore lorsqu'il résume sa pensée en une ligne. Cela n'a pas la poésie du Haïku mais cela en a toute la pertinence. Il intègre dans ses analyses les structures fondamentales de nos comportements, comme nos biais cognitifs, notre substrat émotionnel, et bâtit sur l'incertitude de l'avenir les tendances qui pourraient aider au mieux à survivre comme individu mais aussi comme société. Que ce soit sur le racisme, l'éducation, les religions pour n'en citer que trois, il apporte à chaque fois les éléments permettant de débattre sur des bases saines, claires, accessibles. Je ressens qu'il arrive à se placer au dessus du lot, au dessus des partis, au dessus des passions et ainsi permettre à chacun d'en retirer le meilleur. Son approche sécularisée ne plaira pas à tout le monde en particulier aux fondamentalistes et  aux idéologues mais si vous arrivez à prendre du recul comme il le fait, alors votre vision des choses s'en trouvera enrichie voire transformée. Lire Yuval Noah Harari c'est comme se synchroniser à une station de radio dans le brouhaha du monde, une épiphanie intellectuelle. Parfois l'allégorie manque tout de même (Selon moi) de pertinence. Par exemple p. 267 lorsqu'il évoque qui contrôle qui de l'humain et de la technologie, il compare l'individu scotché sur son smartphone à un zombie. Comparaison n'est pas raison et comme Michel Serres qui confond vitesse de pianotage sur le smartphone (capacité physique) de Petite Poucette avec intelligence (capacité cognitive), il confond la couche 1 (Physique) et la couche 7 (Applicative) du modèle OSI. Si cela se trouve le zombie en question est en train de lire le livre de l'auteur sur son application e-book, et bam voilà sa comparaison qui s'effondre bêtement, à cause d'un zombie fan de l'auteur, c'est ballot. Mais bon rien de grave, et puis peut-être veut-il souligner la dépendance à la technologie. Il est presque réjouissant que le plus ancien conseil recommandé, encore plus important selon lui au XXIème siècle soit le Connais-toi toi-même, n'est-ce pas édifiant ? Les derniers chapitres qui parlent bouddhisme ou méditation m'évoquent beaucoup de choses personnelles. Je n'ai pas encore eu le courage de faire Vipassana, en revanche je tente depuis quelques jours de passer de 30 mn de méditation journalière à 1 heure. Il me rappelle la même recherche, la même approche que Derren Brown, mais ce dernier se concentrait sur le bonheur. J'aurais tellement aimé rencontrer Harari et qu'il m'aiguille plus qu'il ne me révèle, afin que je trouve par moi-même, un guide plus qu'un professeur en somme, mais néanmoins il reste tellement de choses qu'il n'a pas épuisé le sujet, cela laisse de la marge. Pour chaque chapitre il y a tout un pan à explorer. A moi de travailler maintenant.


Genevieve, Genevieve
Horoscopes were written in the snow
Genevieve, Genevieve
Sometimes the sun just gets too close

Genevieve - Perry Blake

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA 

mercredi 26 décembre 2018

Ordo ab chao d'Orson Sinedy

La grotte de Platon ?
Ordo ab chao d'Orson Sinedy (Detrad, 549 pages, 2014)

Incipit étendu :
L'inquiétude règne dans le palais impérial de Thèbes. Le pharaon Ramsès II est parti depuis plusieurs semaines à la tête de toute son armée pour arrêter l'invasion des Hittites, ennemis depuis toujours de la puissante Égypte.

Un thriller qui décoiffe, au rythme soutenu, qui défrise même, avec une intrigue alambiquée à souhait et qui convoque de nombreuses thématiques qui me sont chères. L’Égypte pour commencer et Ramsès en particulier, la cabale, l'ésotérisme, un complot international, pour ne pas dire mondial, la géopolitique, une société secrète, un groupe d'analyste comme dans Les trois jours du Condor, des espions donc, la franc-maçonnerie comme dans la série Giacometti et Ravenne (Non, là pas d'illuminati ou de templiers). Et une histoire (enfin plusieurs mais surtout une) d'amour, oui un peu de romantisme dans ce monde de brutes. Un récit très bien ficelé, riche en rebondissements, qui nous mène très bien en bateau (puis en sous-marin, hélicoptère, ha ha, on dirait du Tom Clancy parfois). C'était un de mes cadeaux de Noël !! Je l'ai dévoré ! Je l'ai quasi pas lâché ces trois jours (Ouiiiii je suis le Condor !) et voilà, fini, zut. Incidemment j'ai appris que l'auteur était orléanais dis-donc, j'aurais pas cru avec son nom atypique ... bon j'ai raté la dédicace aussi, tant pis. J'aime bien également quand cela se passe sur plusieurs époques, là l’Égypte antique et du contemporain, avec des aspects historiques forts et tout de même un peu de spirituel. Ben là, sur ces aspects, chapeau, pas déçu, emballé même. Je suis ressorti lessivé. Bon je me prenais tour à tour pour un archéologue, puis un spécialiste en sciences occultes, puis le hacker (forcément), puis l'analyste version espion mais pas de terrain, un égyptologue enfin, bon pas trop agent FBI ou autre, oui c'est vrai suis pas trop action, plus pantoufle, tisane et un bon livre, avec ma femme et/ou ma fille en train de lire à mes côtés. Tranquille quoi. Ahhh les vacances ...

Questions you cannot answer are usually far better for you than answers you cannot question.
Yuval Noah Harari

Note : AAAAAAA

dimanche 23 décembre 2018

La crise du monde moderne de René Guénon

Missel Traditionnel
La crise du monde moderne de René Guénon (Folio essais, 201 pages, 2017)

Incipit étendu :
Lorsque nous avons, il  y a quelques années, écrit Orient et Occident, nous pensions avoir donné, sur les questions qui faisaient l'objet de ce livre, toutes les indications utiles, pour le moment tout au moins. Depuis lors, les évènements sont allés en se précipitant avec une vitesse toujours croissante, et, sans nous faire changer d'ailleurs un seul mot à ce que nous disions alors, ils rendent opportunes certaines précisions complémentaires et nous amène à développer des points de vue sur lesquels nous n'avions pas cru nécessaire d'insister tout d'abord.

Critique du monde moderne. L'auteur parle de lui à la première personne du pluriel (Alors je ne suis pas psychanalyste mais je dirais que son complexe d’œdipe s'est mal résolu) avec de longues phrases nécessitant une concentration soutenue d'autant qu'il pourrait dire la même chose en moins de mots (Il a oublié son rasoir d'Ockham). De nombreux propos sont prémonitoires sur notre monde moderne, la vitesse (Tout juste : l'immédiateté), la quantité (Bien vu), la perte de repères, le surplus (Pas le militaire, la surconsommation). Le fond de son essai est sur la Tradition, laquelle serait perdue et seule l'église catholique serait à même de la retrouver si une élite en avait les moyens. J'ai un peu de mal à le suivre sur le terrain de l'élitisme, hiérarchique de type féodal, aristocratique, anti-démocratique, théocratique, dogmatique, oligarchique. Pas de traces féminines non plus dans l'ouvrage. Patriarcal ? fort possible. Certes lorsqu'il dénonce l'égalité c'est pour parler du nivellement par le bas, réduisant l'égalité à un même corpus scolaire médiocre pour tous, il  préférait peut-être l'ancien temps avec une masse de paysans ignorant, où il n'aurait pas été paysan bien sûr. Ce ne sont malheureusement pas les seuls propos réducteurs, la technique consistant à ne voir qu'un aspect, mauvais/faible, et dire qu'il ne va pas. Facile, en posant des hypothèses biaisées, de faire la démonstration, mais manipulateur et trompeur. De même l'auteur essentialise, par exemple la masse, l'élite. La masse étant inférieure et l'élite supérieure (Cela va de soi). Et le supérieur ne peut émaner de l'inférieur (Évidemment). Il y a tellement d'exceptions à ce principe simpliste (Ramanujan, Galois) ... Je vois bien le principe mais j'ai du mal à adhérer à ce genre d'approche lorsque des termes généraux, essentialisant sont utilisés sans jamais rien préciser d'autres. En général lorsqu'on commence une phrase par, par exemple, "Les français", "Les arabes", "Les internautes", "Les femmes", "Les hommes", "La gauche", "La droite", "Les américains" etc. cela ne vaut guère plus que le simple cliché, voire moins. Clairement l'auteur se prend pour un tel aristo de l'élite et nous vend que c'est ce qu'il faut. Un peu comme le boulanger qui vous dit que son pain est bon. Ce côté diriger un peuple par une élite intelligente est très platonique, si on remplace le philosophe par un catholique traditionaliste. Bref c'est le nihilisme dont parle Nietzsche, le monde supérieur idéal idéalisé, idolâtré, où l'on en vient à mépriser le terrestre et le bas peuple. Autant je suis en accord sur la dérive moderniste, le progrès à tout prix, la soumission à l'avoir et à l'argent, autant la solution qui consiste à redonner le pouvoir à l'église catholique me semble poser question, il me rappelle quelques propos de catholiques intégristes et fondamentalistes. Sa critique sur l'incompétence voir l'inintelligence des représentants démocratiques n'est guère convaincante car il ne démontre en rien ce qu'un représentant qui lui saurait gré serait supérieur en cela. Quel(s) représentant(s) d'ailleurs ? Il ne le précise guère. Il joue à cache cache. Cela permet au lecteur d'idéaliser par son imaginaire. Une manipulation de plus. L'Histoire ne démontre en rien qu'un roi de droit divin ait toujours été intelligent ou compétent. Quels qu'ils soient et quels que soient les systèmes ce ne sont que des humains avec leurs faiblesses. La vision utopique de l'auteur ne m'a guère convaincu, au contraire de sa critique du monde moderne ou de l'existence d'une Tradition supérieure. Sur cette dernière il n'est tout de même guère disert, il dit lui-même que seuls comprendront ceux qui en auront la capacité. Une pirouette de plus. Cela reste néanmoins une lecture qui m'a apporté beaucoup, à la hauteur de mon agacement en somme. J'ai toujours un peu de mal avec les cuistres, ceux qui se la pètent et en plus minaudent, oui je sais des trucs mais bon je vous les dirais qu'à demi-mot, bla bla bla, le monde moderne bouh il est pas beau, la Tradition y'a que ça de vrai, mais attention petit Padawan as-tu le cerveau apte à me comprendre ? Mouais. Bon, va falloir que j'en lise d'autre, il est possible que j'ai raté un truc ou deux. Je dois faire parti des inaptes dont il parle.
S01E01 : Philosophie : 1 René Guénon : 0 (à suivre dans de prochains épisodes)


L'Occidental, surtout l'Occidental moderne, apparaît comme essentiellement changeant et inconstant, n'aspirant qu'au mouvement et à l'agitation, au lieu que l'Oriental présente le caractère opposé.
René Guénon.

Note : AA

samedi 22 décembre 2018

Les Ultras des Lumières de Michel Onfray

Traité d'Athéologie volume II
Les Ultras des Lumières Contre-histoire de la philosophie t. 4 de Michel Onfray  (Livre de Poche, 343 pages, 2007)

Incipit étendu:
La clarté faiblarde des cierges. Les ornithologues spécialisés dans le bestiaire philosophique savent que la chouette de Minerve prend son envol une fois la nuit tombée. En matière d'historiographie, il faudrait convoquer et trouver un animal plus lent, spécialiste des longues durées, une bête fossile, un genre de tortue ... Car l'historiographie se réveille bien longtemps après la manifestation du réel.
Un galerie de portraits, des philosophes sous-estimé, sur-estimé ou ignoré de la doxa des philosophes pour une période emblématique, les Lumières, l'Histoire ne mettant pas en avant forcément ceux qui pourrait être les plus légitimes. L'abbé Jean Meslier et son athéisme radical, Julien Offray de La Mettrie, Maupertuis ou l'utilitarisme français, Helvétius le percepteur gauchiste, D'Holbach et sa synagogue, et, étonnamment Sade précurseur du fascisme. Bref, un traité d'athéologie volume II (Car Michel Onfray est l'auteur d'un Traité d'Athéologie, lu avant que ce blog n'existe). Les philosophes retenus par l'Histoire et les plus connus, comme Voltaire, n'étaient pas totalement du côté de la raison, du rationnel, car déistes, donc des philosophes des Lumières faiblardes selon Onfray, qui ménagent la chèvre et le choux, et qui en plus ne reconnaissent pas ce qu'ils doivent à leurs prédécesseurs, ceux présentés dans cet ouvrage. Michel Onfray les réhabilite, en quelque sorte. Ce qui m'a peut-être le plus surpris, ce sont les liens que tisse l'auteur entre Sade et le fascisme, et qui sont très convaincants. Quelques philosophes modernes ont du avoir les oreilles qui sifflent car l'auteur n'hésite pas à régler quelques comptes au passage. Cela met du piment dans l'ouvrage qui n'en manquait guère. L'ouvrage est un peu redondant, d'autant que ce sont les thèmes de prédilections de l'auteur et qu'on les retrouve dans d'autres de ses ouvrages. Mais il donne à penser au travers de philosophe que je ne connaissais pas ou peu.

La foi, c'est refuser de connaître la vérité.
F. Nietzsche
Note : AAAA

vendredi 21 décembre 2018

LOeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar

Tu es keph et sur ce kaph,
je batirai ma knossiah
L’Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar (Folio, n pages, 1980)

Incipit étendu :
Henri-Maximilien Ligre poursuivait par petites étapes sa route vers Paris.
 Des querelles opposant le Roi à l'Empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que la paix vieille de quelques mois s'effilochait déjà comme un vêtement trop longtemps porté. Ce n'était un secret pour personne que François de Valois continuait de guigner le Milanais comme un amant malchanceux sa belle ;
Les aventures d'un médecin alchimiste, Zénon, au travers d'une époque intolérante envers ceux qui cherchent. J'ai été moins passionné que par ses Mémoires d'Hadrien, il y a quelques passages un peu long, disons trop sinueux à mon goût. Cela reste tout de même très bien écrit avec des passages lumineux et une qualité littéraire largement au dessus de la moyenne. Un hymne aux cherchants, à la science, à la vérité, devant l'ignorance, la bêtise, les pouvoirs et les dogmatismes, et qui illustre l'adage selon lequel pour vivre heureux il faut vivre caché. Il me plait bien ce Zénon ... La postface, qui explique la genèse du livre, est passionnante, d'autant que ce livre a des liens très fort avec Mémoire d'Hadrien justement et que l'auteur décrit un ensemble assez étoffé d'ouvrages, de rapports, d'essais, qui lui ont servis de sources d'inspiration. Dire qu'elle avait ébauché ces deux ouvrages dès une vingtaine d'année ... j'en suis époustouflé.

Nec certam sedem, nec propriam faciem, nec munus ullum peculiare tibi dedimus, o Adam, ut quam sedem, quam faciem, quae munera tute optaveris, ea, pro voto, pro tua sententia, habeas et possideas.
Pic de la Mirandole.
Oratio de hominis digratate.

Note : AAAAA

La confrérie des éveillés de Jacques Attali

Vincit omnia veritas.
La confrérie des éveillés de Jacques Attali (Livre de poche, 310 pages, 2004)

Incipit étendu :
En ce temps-là, à Cordoue, le pont de pierre jeté onze siècles auparavant à travers le Guadalquivir par les troupes de l'empereur Auguste était, en fin d'après-midi, le lieu de toutes les rencontres.

L'histoire fictionnelle de la rencontre de deux personnages historiques, Avicenne et Averroès, pris dans une intrigue tournant autour d'un livre mystérieux qui, si le contenu en était révélé, changerait la compréhension et la face du monde. Une confrérie, les éveillés, en protège le secret, à l'instar de la confrérie de l'épée cruciforme protégeant le Graal dans Indiana Jones et la dernière croisade. Historiquement, c'est intéressant de se retrouver en plein XIIème siècle. La reconstitution, pour ce que j'en sais (rien, donc) est passionnante. Quant à l'intrigue même, en raison aussi d'une fin qui ne m'a pas convaincu, je reste un peu sur ma faim. Les différents débats théologiques présentés au fil de l'eau et les intrigues de palais rajoutent suffisamment d'intérêt pour que ce livre vaille tout de même le détour.


Tout le monde tient le beau pour le beau,
c'est en cela que réside la laideur.
Tout le monde tient le bien pour le bien,
c'est en cela que réside le mal.
Lao-Tseu.
Note : AAA

samedi 8 décembre 2018

La Docte Ignorance de Nicolas de Cues

Oumuamua !
La Docte Ignorance de Nicolas de Cues (Rivages, 324 pages, 2011)

Incipit étendu :
Prologue
Au très Révérend Père Julien, bien aimé de Dieu, éminent cardinal du Saint-Siège apostolique, mon vénérable maître.

 Ton esprit pénétrant et éprouvé se demandera, à juste titre, que signifie ceci que je te choisisse comme juge, au moment où je tente imprudemment de diffuser mes approximations sans grâce, comme si, absorbé comme tu l'es par ta charge de cardinal auprès du Siège apostolique dans les affaires de la plus haute importance, il te restait quelque loisirs et que, en parfait possession de la connaissance des auteurs latins qui ont brillé jusqu'ici, et maintenant même des Grecs, tu pouvais être poussé par la nouveauté d'un titre à t'intéresser à mes réflexions peut-être sans valeur !

Bon, autant le dire de suite, cela rigole pas. Par certains aspects cela me rappelle quelques aphorismes du bouddhisme sur la vacuité. Là c'est détaillé, argumenté, quasi mathématique mais j'ai trouvé certains passages un peu ardu, certainement du à mon affinité pour l'esprit au lieu de l'intellect qui est dans cet ouvrage clairement différentié. L'intellect permettant de considérer le maximum comme étant la même chose que le minimum, ce qui peut heurter l'esprit mais non l'intellect qui estime cette équivalence car les deux étant infinis, et qu'il n'y a qu'un seul infini. La même notion d'infini qui permet de dire qu'un cercle et un carré si on pousse leur dimension à l'infini sont égaux, car de même surface infinie. Heureusement il y a  une démarche formelle, mathématique, qui me rappelle mes études (Très lointaines) sur les intégrales et les différentielles, ainsi que les suites numériques notamment sur les limites. Il y a un esprit logique qui anime cet exposé, avec des illustrations géométriques qui aident à appréhender les concepts ici exposés. C'est d'ailleurs le rare cas d'un livre de réflexion métaphysique où j'ai fait des schémas ... Je ne sais plus où j'ai lu que le philosophe était entre le sage et l'insensé. Le philosophe n'était pas sage, il était insensé, mais un insensé qui savait qu'il était insensé. Et cela change tout. Tout en étant insensé, cette prise de conscience le met dans un entre-deux. Où on retrouve le "je ne sais rien mais je sais que je ne sais rien" de Socrate. Il y a bien dualité mais dans cette dualité, le philosophe la dépasse car même s'il est dans l'insensé il le sait et c'est ce qui fait toute la différence (Oui je me répète). C'est la troisième voie, la voie médiane, la voie du milieu, le Do. Et donc par là on comprend la Docte Ignorance. Et la démonstration utilise souvent l'infini, à laquelle l'homme ne saurait se mesurer. L'homme est mesure de tout chose, mais Dieu est infini, donc l'homme est finitude, ce qui se mesure et n'a pas de rapport de proportion avec l'infini, une contraction de l'infini. Et peut-être rejoint l'idéal grec qui n'est pas de se prendre pour Dieu, l'hubris. Bon. Un livre composé de 263 lemmes qui forme une unité à la gloire de Dieu et de Jésus. Commencé il y a au moins un mois je l'ai lu à petites doses, car sa lecture exige concentration, réflexion, et mises en perspectives. C'est dense, très cohérent et démonstratif. Je comprends que cet ouvrage soit considéré comme une œuvre majeure, cité notamment dans le Bescherelle sur L'histoire de la philosophie, et qu'il ait eu de multiples influences sur les penseurs et philosophes ultérieurs (Ce livre a été fini par Nicolas De Cues en février 1440). J'ai pris de nombreuses notes et citations possibles mais bon cet article est suffisamment long comme cela.

Tout être connaissable a un nombre : sans celui-ci, on ne saurait rien concevoir ni rien connaître... Le nombre a deux formes propres, l'impair et le pair, plus une troisième produite par le mélange des deux. Philolaos de Crotone.

Note : AAAAA

mercredi 5 décembre 2018

Les gnostiques de Jacques Lacarrière

Hé Simon, tu descends ?
Les gnostiques de Jacques Lacarrière (Albin Michel, 193 pages, 1994)

Incipit :
Dix-huit siècles nous séparent des gnostiques. Dix-huit siècles au cours desquels les guerres, les inquisitions, les bûchers où beaucoup périrent ont amplement confirmé la totale suspicion dans laquelle ils tenaient ce monde et les créatures qui l'habitent. Dans tout ce que l'histoire contemporaine met sous nos yeux : le mépris de plus en plus affiché de la personne humaine, la duperie des idéologies, les guerres ou les interventions militaires ouvertement menées au profit des intérêts conjugués du capitalisme et du socialisme, la dégradation quotidienne de la liberté et la fascination pour la violence, dans tout cela un gnostique d'aujourd'hui ne verrait que l'image amplifiée des drames qu'il a connus et le fatal aboutissement de ce scandale permanent qu'est l'existence du monde et de l'homme tels qu'ils sont.
Un livre très riche sur le début du christianisme où une multitude de sectes diverses ont pullulé. Diverses interprétations de la bible et des évangiles ont foisonné, cela donne presque le vertige. La gnose donne une vision inversée de celle de l'église catholique et romaine actuelle où le monde est un monde de ténèbres créé par un Dieu méchant et rancunier comme dans La révolte des anges. C'est, entre autre, suite au visionnage d'une conférence d'un expert (M. Étienne Couvert, vidéo youtube, La gnose tumeur de l'église) que je me suis intéressé à la gnose, offrant par là un effet Barbra Streisand des plus ironique. En proposant un éclairage sur ce qu'il combat, cet expert prolonge ainsi au XXème siècle les procès, les bûchers, l'inquisition etc. de l'église catholique qui n'a cessé de chercher à détruire et à tuer tout ce qui ne rentrait pas dans sa vision dogmatique, jusqu'au Cathares, exterminée de manière barbare. Ironiquement c'est pour ce même effet Streisand que la pensée gnostique nous est parvenue puisque des fragments ou des extraits se retrouvent chez les pères de l'église qui l'ont combattue. Il y a aussi la bibliothèque de Nag Hammadi qui a été retrouvée en 1945, textes assemblés dans Les écrits gnostiques aux éditions de la Pléiade. Les fiches wikipedia sur le gnosticisme et la gnose m'ayant complètement noyé par leur densité (ces notions ont fortement évoluées au cours du temps), je me suis dit autant lire quelques ouvrages bien précis pour se faire une meilleure idée, en tout cas une idée plus claire. J'ai apprécié la postface où l'auteur revient sur le succès de son livre que ce soit au travers du fac-similé de la lettre d'Henry Miller ou les propos de Marguerite Yourcenar. Ce livre rappelle que cette dernière a écrit L’œuvre au noir également cité par M. Étienne Couvert. Cela me donne encore plus envie de lire son ouvrage d'autant que si je ne m'abuse c'est aussi une des étapes alchimiques. Les passages sur le serpent, interprétés complètement différemment par rapport à l'église romaine, sont riches et éclairants. Je m'attendais presque à voir resurgir le 13ème signe du zodiaque, le serpentaire, dont m'a parlé un ami précieux. Un livre bien écrit, assez personnel sur certains aspects, non dénué de poésie et de réflexions profondes sur l'humanité, ses croyances, ses illusions, sa violence, sa quête sans fin pour la Vérité.



L'hérétique n'est pas celui que le bûcher brûle, mais celui qui l'allume.
Francis Bacon.
Note : AAAAAAA

dimanche 2 décembre 2018

René Guénon d'Erik Sablé

Je suis ton père ...
René Guénon Le visage de l'éternité d'Erik Sablé (Points Sagesse, 144 pages, 2013)

Incipit :
René Guénon est mort en 1951 au Caire. Son œuvre, qui traite aussi bien des spiritualités orientales, de l'initiation, du symbolisme que de critique sociale, resta discrète. Elle n'occupa jamais le devant de la scène médiatique, et pourtant elle passionna, intéressa ou intrigua de nombreux esprits parmi les plus brillants de son époque.

Je croyais que ce livre était une biographie !. Me rappelle plus où j'ai trouvé ce nom de René Guénon et j'avais acheté ce livre il y a quelques mois et là j'ai eu envie de le lire car j'ai du revoir son nom quelque part, peut-être dans Le Tao de la Physique, je ne sais plus, en tout cas une lecture récente. En fait c'est un livre sur les points essentiels de la pensée de René Guénon : L'infini (alors là cela me parle car dans Le Tao de la physique, L'infini dans la paume de la main ou La Docte Ignorance cela en parle beaucoup), La connaissance (qui me rappelle Edgar Morin), L'initiation, Les pièges de la voie, La société traditionnelle et la modernité. Des sujets passionnants, bien présentés, avec des clés de lecture ou des points précis sur la Tradition qui m'ont convaincus et éclairé. Il y a quelques éléments qui m'ont un peu surpris : la théorie de Darwin et le créationnisme mis sur le même plan (!) : je cite «De fait, la théorie de Darwin est tout aussi irrationnelle que le créationnisme» (p. 49), ce qui me parait pour le moins très discutable, et c'est un euphémisme, la primauté à la théocratie (p. 116), la caste communisme serait peut-être (c'est moi qui souligne) plus tyrannique et violente que le système qu'il a remplacé (p.126)... Le stalinisme ce sont des millions de morts (famine et goulag, et cela sans parler de la stratégie un fusil pour deux lors de la deuxième guerre mondiale, c'est dans les livres d'histoire ou le film Stalingrad de Jean-Jacques Annaud). Le peut-être me semble, comment dire, pour être mesuré et poli, étonnant. Bizarrement il cite Rudolf Steiner sans le nommer (p. 94), le fondateur de l'anthroposophie (Dont je n'ai entendu parler que dans un écrit de Michel Onfray, soit Cosmos, soit Décadence, ou encore dans deux articles du Monde Diplomatique, articles critiques sur l'anthroposophie et le système Pierre Rabhi et le droit de réponse suite aux polémiques. Je ne prend pas tout au pied de la lettre, je m'informe et essaye de me faire une idée et, je dirais, je fais comme je peux. A propos de Michel Onfray, depuis qu'il a dit n'importe quoi sur Noam Chomsky que clairement il n'a pas lu et encore moins compris, je reste prudent. Pour ma part j'ai du lire une quinzaine d'ouvrages sur Chomsky, vu plusieurs documentaires (dont le très connu Manufacturing Consent), lu les réponses de Pierre Vidal-Naquet sur l'affaire Faurisson, sauf que les français n'ont pas l'air d'avoir compris le Premier amendement américain et jusqu'où il est appliqué par rapport à la liberté d'expression française, bien moindre (ce qui peut être contradictoire avec liberté mais je n'irais pas plus loin). Mais ce n'est pas tout à fait le sujet. Encore une digression. Une de plus. Bref ce livre sur René Guénon est une excellente introduction à sa pensée, de ce point de vue autant dire que je suis bien tombé. Plusieurs ouvrages cités me semblent très attractifs comme L'homme et l'invisible de Servier, La vie de Râmakrishna par Sarananda. Bon je ne risque pas de manquer de lecture un jour ... Mais je vais peut-être me laisser tenter par La crise du monde moderne de René Guénon justement, tant il me semble prescient sur les soucis de nos sociétés modernes (hyper consommation, problèmes écologiques majeurs) et tant il entre en résonance avec mes préoccupations actuelles. Ce qui m'a amusé et bien plu est que cet ouvrage cite ... La Docte Ignorance de Nicolas de Cues (p. 35) que je vais bientôt avoir fini, et qui traite d'un concept fondamental : l'infini (Qui est Dieu, pour lui). C'est pas un signe ça ? Bon il va falloir que je me trouve tout de même une biographie de Guénon, c'était quand même l'objet de mon achat initial. Il y en a une citée dans cet ouvrage : La Vie simple de René Guénon de Paul Chacornac, ah zut plus édité et en occasion il coûte un bras. Tant pis. L'avenir dira quel ouvrage je lirais ...


Celui qui s’adonne à l’étude augmente de jour en jour

Celui qui se consacre au Tao diminue de jour en jour
Lao- Tseu


Note : AAAAAAAAAAAA