dimanche 23 décembre 2018

La crise du monde moderne de René Guénon

Missel Traditionnel
La crise du monde moderne de René Guénon (Folio essais, 201 pages, 2017)

Incipit étendu :
Lorsque nous avons, il  y a quelques années, écrit Orient et Occident, nous pensions avoir donné, sur les questions qui faisaient l'objet de ce livre, toutes les indications utiles, pour le moment tout au moins. Depuis lors, les évènements sont allés en se précipitant avec une vitesse toujours croissante, et, sans nous faire changer d'ailleurs un seul mot à ce que nous disions alors, ils rendent opportunes certaines précisions complémentaires et nous amène à développer des points de vue sur lesquels nous n'avions pas cru nécessaire d'insister tout d'abord.

Critique du monde moderne. L'auteur parle de lui à la première personne du pluriel (Alors je ne suis pas psychanalyste mais je dirais que son complexe d’œdipe s'est mal résolu) avec de longues phrases nécessitant une concentration soutenue d'autant qu'il pourrait dire la même chose en moins de mots (Il a oublié son rasoir d'Ockham). De nombreux propos sont prémonitoires sur notre monde moderne, la vitesse (Tout juste : l'immédiateté), la quantité (Bien vu), la perte de repères, le surplus (Pas le militaire, la surconsommation). Le fond de son essai est sur la Tradition, laquelle serait perdue et seule l'église catholique serait à même de la retrouver si une élite en avait les moyens. J'ai un peu de mal à le suivre sur le terrain de l'élitisme, hiérarchique de type féodal, aristocratique, anti-démocratique, théocratique, dogmatique, oligarchique. Pas de traces féminines non plus dans l'ouvrage. Patriarcal ? fort possible. Certes lorsqu'il dénonce l'égalité c'est pour parler du nivellement par le bas, réduisant l'égalité à un même corpus scolaire médiocre pour tous, il  préférait peut-être l'ancien temps avec une masse de paysans ignorant, où il n'aurait pas été paysan bien sûr. Ce ne sont malheureusement pas les seuls propos réducteurs, la technique consistant à ne voir qu'un aspect, mauvais/faible, et dire qu'il ne va pas. Facile, en posant des hypothèses biaisées, de faire la démonstration, mais manipulateur et trompeur. De même l'auteur essentialise, par exemple la masse, l'élite. La masse étant inférieure et l'élite supérieure (Cela va de soi). Et le supérieur ne peut émaner de l'inférieur (Évidemment). Il y a tellement d'exceptions à ce principe simpliste (Ramanujan, Galois) ... Je vois bien le principe mais j'ai du mal à adhérer à ce genre d'approche lorsque des termes généraux, essentialisant sont utilisés sans jamais rien préciser d'autres. En général lorsqu'on commence une phrase par, par exemple, "Les français", "Les arabes", "Les internautes", "Les femmes", "Les hommes", "La gauche", "La droite", "Les américains" etc. cela ne vaut guère plus que le simple cliché, voire moins. Clairement l'auteur se prend pour un tel aristo de l'élite et nous vend que c'est ce qu'il faut. Un peu comme le boulanger qui vous dit que son pain est bon. Ce côté diriger un peuple par une élite intelligente est très platonique, si on remplace le philosophe par un catholique traditionaliste. Bref c'est le nihilisme dont parle Nietzsche, le monde supérieur idéal idéalisé, idolâtré, où l'on en vient à mépriser le terrestre et le bas peuple. Autant je suis en accord sur la dérive moderniste, le progrès à tout prix, la soumission à l'avoir et à l'argent, autant la solution qui consiste à redonner le pouvoir à l'église catholique me semble poser question, il me rappelle quelques propos de catholiques intégristes et fondamentalistes. Sa critique sur l'incompétence voir l'inintelligence des représentants démocratiques n'est guère convaincante car il ne démontre en rien ce qu'un représentant qui lui saurait gré serait supérieur en cela. Quel(s) représentant(s) d'ailleurs ? Il ne le précise guère. Il joue à cache cache. Cela permet au lecteur d'idéaliser par son imaginaire. Une manipulation de plus. L'Histoire ne démontre en rien qu'un roi de droit divin ait toujours été intelligent ou compétent. Quels qu'ils soient et quels que soient les systèmes ce ne sont que des humains avec leurs faiblesses. La vision utopique de l'auteur ne m'a guère convaincu, au contraire de sa critique du monde moderne ou de l'existence d'une Tradition supérieure. Sur cette dernière il n'est tout de même guère disert, il dit lui-même que seuls comprendront ceux qui en auront la capacité. Une pirouette de plus. Cela reste néanmoins une lecture qui m'a apporté beaucoup, à la hauteur de mon agacement en somme. J'ai toujours un peu de mal avec les cuistres, ceux qui se la pètent et en plus minaudent, oui je sais des trucs mais bon je vous les dirais qu'à demi-mot, bla bla bla, le monde moderne bouh il est pas beau, la Tradition y'a que ça de vrai, mais attention petit Padawan as-tu le cerveau apte à me comprendre ? Mouais. Bon, va falloir que j'en lise d'autre, il est possible que j'ai raté un truc ou deux. Je dois faire parti des inaptes dont il parle.
S01E01 : Philosophie : 1 René Guénon : 0 (à suivre dans de prochains épisodes)


L'Occidental, surtout l'Occidental moderne, apparaît comme essentiellement changeant et inconstant, n'aspirant qu'au mouvement et à l'agitation, au lieu que l'Oriental présente le caractère opposé.
René Guénon.

Note : AA

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