samedi 8 décembre 2018

La Docte Ignorance de Nicolas de Cues

Oumuamua !
La Docte Ignorance de Nicolas de Cues (Rivages, 324 pages, 2011)

Incipit étendu :
Prologue
Au très Révérend Père Julien, bien aimé de Dieu, éminent cardinal du Saint-Siège apostolique, mon vénérable maître.

 Ton esprit pénétrant et éprouvé se demandera, à juste titre, que signifie ceci que je te choisisse comme juge, au moment où je tente imprudemment de diffuser mes approximations sans grâce, comme si, absorbé comme tu l'es par ta charge de cardinal auprès du Siège apostolique dans les affaires de la plus haute importance, il te restait quelque loisirs et que, en parfait possession de la connaissance des auteurs latins qui ont brillé jusqu'ici, et maintenant même des Grecs, tu pouvais être poussé par la nouveauté d'un titre à t'intéresser à mes réflexions peut-être sans valeur !

Bon, autant le dire de suite, cela rigole pas. Par certains aspects cela me rappelle quelques aphorismes du bouddhisme sur la vacuité. Là c'est détaillé, argumenté, quasi mathématique mais j'ai trouvé certains passages un peu ardu, certainement du à mon affinité pour l'esprit au lieu de l'intellect qui est dans cet ouvrage clairement différentié. L'intellect permettant de considérer le maximum comme étant la même chose que le minimum, ce qui peut heurter l'esprit mais non l'intellect qui estime cette équivalence car les deux étant infinis, et qu'il n'y a qu'un seul infini. La même notion d'infini qui permet de dire qu'un cercle et un carré si on pousse leur dimension à l'infini sont égaux, car de même surface infinie. Heureusement il y a  une démarche formelle, mathématique, qui me rappelle mes études (Très lointaines) sur les intégrales et les différentielles, ainsi que les suites numériques notamment sur les limites. Il y a un esprit logique qui anime cet exposé, avec des illustrations géométriques qui aident à appréhender les concepts ici exposés. C'est d'ailleurs le rare cas d'un livre de réflexion métaphysique où j'ai fait des schémas ... Je ne sais plus où j'ai lu que le philosophe était entre le sage et l'insensé. Le philosophe n'était pas sage, il était insensé, mais un insensé qui savait qu'il était insensé. Et cela change tout. Tout en étant insensé, cette prise de conscience le met dans un entre-deux. Où on retrouve le "je ne sais rien mais je sais que je ne sais rien" de Socrate. Il y a bien dualité mais dans cette dualité, le philosophe la dépasse car même s'il est dans l'insensé il le sait et c'est ce qui fait toute la différence (Oui je me répète). C'est la troisième voie, la voie médiane, la voie du milieu, le Do. Et donc par là on comprend la Docte Ignorance. Et la démonstration utilise souvent l'infini, à laquelle l'homme ne saurait se mesurer. L'homme est mesure de tout chose, mais Dieu est infini, donc l'homme est finitude, ce qui se mesure et n'a pas de rapport de proportion avec l'infini, une contraction de l'infini. Et peut-être rejoint l'idéal grec qui n'est pas de se prendre pour Dieu, l'hubris. Bon. Un livre composé de 263 lemmes qui forme une unité à la gloire de Dieu et de Jésus. Commencé il y a au moins un mois je l'ai lu à petites doses, car sa lecture exige concentration, réflexion, et mises en perspectives. C'est dense, très cohérent et démonstratif. Je comprends que cet ouvrage soit considéré comme une œuvre majeure, cité notamment dans le Bescherelle sur L'histoire de la philosophie, et qu'il ait eu de multiples influences sur les penseurs et philosophes ultérieurs (Ce livre a été fini par Nicolas De Cues en février 1440). J'ai pris de nombreuses notes et citations possibles mais bon cet article est suffisamment long comme cela.

Tout être connaissable a un nombre : sans celui-ci, on ne saurait rien concevoir ni rien connaître... Le nombre a deux formes propres, l'impair et le pair, plus une troisième produite par le mélange des deux. Philolaos de Crotone.

Note : AAAAA

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