mercredi 5 décembre 2018

Les gnostiques de Jacques Lacarrière

Hé Simon, tu descends ?
Les gnostiques de Jacques Lacarrière (Albin Michel, 193 pages, 1994)

Incipit :
Dix-huit siècles nous séparent des gnostiques. Dix-huit siècles au cours desquels les guerres, les inquisitions, les bûchers où beaucoup périrent ont amplement confirmé la totale suspicion dans laquelle ils tenaient ce monde et les créatures qui l'habitent. Dans tout ce que l'histoire contemporaine met sous nos yeux : le mépris de plus en plus affiché de la personne humaine, la duperie des idéologies, les guerres ou les interventions militaires ouvertement menées au profit des intérêts conjugués du capitalisme et du socialisme, la dégradation quotidienne de la liberté et la fascination pour la violence, dans tout cela un gnostique d'aujourd'hui ne verrait que l'image amplifiée des drames qu'il a connus et le fatal aboutissement de ce scandale permanent qu'est l'existence du monde et de l'homme tels qu'ils sont.
Un livre très riche sur le début du christianisme où une multitude de sectes diverses ont pullulé. Diverses interprétations de la bible et des évangiles ont foisonné, cela donne presque le vertige. La gnose donne une vision inversée de celle de l'église catholique et romaine actuelle où le monde est un monde de ténèbres créé par un Dieu méchant et rancunier comme dans La révolte des anges. C'est, entre autre, suite au visionnage d'une conférence d'un expert (M. Étienne Couvert, vidéo youtube, La gnose tumeur de l'église) que je me suis intéressé à la gnose, offrant par là un effet Barbra Streisand des plus ironique. En proposant un éclairage sur ce qu'il combat, cet expert prolonge ainsi au XXème siècle les procès, les bûchers, l'inquisition etc. de l'église catholique qui n'a cessé de chercher à détruire et à tuer tout ce qui ne rentrait pas dans sa vision dogmatique, jusqu'au Cathares, exterminée de manière barbare. Ironiquement c'est pour ce même effet Streisand que la pensée gnostique nous est parvenue puisque des fragments ou des extraits se retrouvent chez les pères de l'église qui l'ont combattue. Il y a aussi la bibliothèque de Nag Hammadi qui a été retrouvée en 1945, textes assemblés dans Les écrits gnostiques aux éditions de la Pléiade. Les fiches wikipedia sur le gnosticisme et la gnose m'ayant complètement noyé par leur densité (ces notions ont fortement évoluées au cours du temps), je me suis dit autant lire quelques ouvrages bien précis pour se faire une meilleure idée, en tout cas une idée plus claire. J'ai apprécié la postface où l'auteur revient sur le succès de son livre que ce soit au travers du fac-similé de la lettre d'Henry Miller ou les propos de Marguerite Yourcenar. Ce livre rappelle que cette dernière a écrit L’œuvre au noir également cité par M. Étienne Couvert. Cela me donne encore plus envie de lire son ouvrage d'autant que si je ne m'abuse c'est aussi une des étapes alchimiques. Les passages sur le serpent, interprétés complètement différemment par rapport à l'église romaine, sont riches et éclairants. Je m'attendais presque à voir resurgir le 13ème signe du zodiaque, le serpentaire, dont m'a parlé un ami précieux. Un livre bien écrit, assez personnel sur certains aspects, non dénué de poésie et de réflexions profondes sur l'humanité, ses croyances, ses illusions, sa violence, sa quête sans fin pour la Vérité.



L'hérétique n'est pas celui que le bûcher brûle, mais celui qui l'allume.
Francis Bacon.
Note : AAAAAAA

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