lundi 20 mai 2019

Harry Potter and the Order of the Phoenix by J. K. Rowling

I've got the blues ...
Harry Potter and the Order of the Phoenix by J. K. Rowling (Scholastic Press, 896 pages, 2003)

Incipit :
                                 Dudley Demented


The hottest day of the summer so far was drawing to a close and a drowsy silence lay over the large, square houses of Privet Drive. Cars that were usually gleaming stood dusty in their drives and lawns that were once emerald green lay parched and yellowing; the use of hosepipes had been banned due to drought. Deprived of their usual car-washing and lawn-mowing pursuits, the inhabitants of Privet Drive had retreated into the shade of their cool houses, windows thrown wide in the hope of tempting in a nonexistent breeze. The only person left outdoors was a teenage boy who was lying flat on his back in a flower bed outside number four.


Je crois que c'est le plus long de la saga, le plus lourd, d'autant que je l'ai reçu en édition américaine, relié, cousue, dos toilé et illustré par Mary Grandpre. J'aime beaucoup les différents dessins, cela donne un cachet supplémentaire. Le papier est aussi de très bonne qualité. C'est le seul volume en édition américaine que j'ai, et à ce titre cela me chagrine, car, comme je l'ai appris récemment, il a été traduit en américain, donc des mots ou expressions ont été changées (Argh), je n'ai donc pas lu l'édition d'origine, fut-il en anglais, vu que c'est le dialecte américain et non le dialecte british. Pas grave la House Edition est anglaise, je le relirais à cette occasion, quand cela paraîtra. Bon là l'histoire s'assombrit pas mal. Mais quel plaisir à relire tout de même, que d'émotions. Et aussi de redécouvrir la saga quasiment d'une traite, cela donne une autre impression, une plus grande profondeur, et puis il est plus facile de faire des liens avec les volumes précédents, je n'ai pas trop eu le temps de tout oublier. Bon voilà je n'ai rien dit d'intéressant, je ne me sens pas inspiré ce soir, et puis il y a tant de choses qui ont déjà été dites sur Harry Potter ! Ah si, j'ai apprécié me remémorer tout de même le combat final, dans un genre de labyrinthe magique. Épique ! Bon je pense entamer la suite rapidement. En édition anglaise cette fois. Depuis 15 jours j'ai une correspondante New-Yorkaise très sympathique qui adore Harry Potter. Donc à notre prochain échange sur Skype nous allons nous lire des passages, elle en français et moi en anglais et on corrigera notre accent. Eh oui Harry me sert à tout, papier mouchoir, allumer le feu de la cheminée, lecture en langues diverses, cocottes en papier, caler une armoire etc.

“It is our choices, Harry, that show what we truly are, far more than our abilities.” 
Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore in Harry Potter and the Chamber of Secrets

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAA puissance 230

mercredi 8 mai 2019

Harry Potter and the Goblet of Fire by J. K. Rowling

Excusez-moi, vous avez du feu ?
Harry Potter and the Goblet of Fire by J. K. Rowling (Bloomsbury, 636 pages, 2000)

Incipit :
THE RIDDLE HOUSE

The villagers of Little Hangleton still called it “the Riddle House,” even though it had been many years since the Riddle family had lived there. It stood on a hill overlooking the village, some of its windows boarded, tiles missing from its roof, and ivy spreading unchecked over its face. Once a fine-looking manor, and easily the largest and grandest building for miles around, the Riddle House was now damp, derelict, and unoccupied.
Pas de réelle surprise, après Harry Potter and the prisoner of Azkaban, c'est Goblet of Fire. Ma relecture continue, et à nouveau, c'est fou comme j'avais oublié. D'un autre côté lu en 2000 la première fois, j'ai presque des excuses. Pourtant j'ai aussi vu  les films. Bon alors niveau mémoire : 0. D'un autre côté je retrouve un plaisir quasi intact !!! Je révise, niveau mémoire : 18. Cela fait bizarre de lire les tomes sans devoir attendre 1 an voire plus entre les deux. Je suis content de les avoir en première édition aussi, et que ce soit le même volume lu il y a 19 ans. Bon je vais arrêter dans la nostalgie, sinon je vais perdre mes derniers lecteurs. Toujours une histoire passionnante, avec un final d'anthologie et un tournant qui s'assombrit nettement. Bon je n'ai pas grand-chose à ajouter à une série aussi connue. Quelques extraits tout de même, bien dans l'esprit de la série : "If you want to know what a man's like, take a good look at how he treats his inferiors, not his equals" (p. 456). Ou la manière dont il traite ses supérieurs pourrait-on ajouter. "Understanding is the first step to acceptance, and only with acceptance can there be recovery" (p.590).  Et enfin "We are only as strong as we are united, as weak as we are divided" (p. 627). Au delà du conte, du combat éternel entre le Bien et le Mal, l'auteur égrène dans son œuvre des pierres philosophales qui peuvent servir à retrouver son chemin dans le monde, à l'instar du Petit Poucet. Et ben voilà j'ai réussi à dire un truc à peu près potable dis-donc ! Allez, à la prochaine ! Je pars dans l'Ordre du Phénix ! Bon peut-être aussi un petit tour sur Pottermore, oui je sais à quelle maison j'appartiens, quelle baguette j'ai et quel est mon Patronus, pour lire peut-être un nouvel article et un tour aussi chez Bloomsbury, pour savoir si le prochain tome 20ème anniversaire est annoncé (hé ben non, toujours pas ... pffft).

La vérité est dans l'imaginaire.
Eugène Ionesco.

Note : AAAAAAAAA

dimanche 5 mai 2019

Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann

Totem et tambouille
Les arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann (Actes Sud, 299 pages, 2007)

Incipit :
LE VOYAGE
En septembre 1828, le plus grand mathématicien du payes quitta, pour la première fois depuis des années, la ville où il résidait, afin de participer au Congrès allemand des naturalistes à Berlin. Bien évidemment, il ne voulait pas y aller. Il s'y était refusé des mois durant, mais Alexander von Humboldt était resté inflexible jusqu'à ce que, dans un moment de faiblesse et dans l'espoir que ce jour ne vînt jamais, il eût accepté.

Deux grands esprits explorent le monde à leur manière. L'un dans le monde abstrait des mathématiques, rechignant à voyager, l'autre par une exploration obsessionnelle, notant, mesurant, escaladant, et collectionnant les échantillons. Deux approches différentes, tenant chacune à leur manière de repousser les frontières de l'inconnu, mais qui se rejoignent, la géographie et la mesure du monde, l'espace abstrait n'étant qu'une autre couche de l'espace physique, même si la carte n'est pas le territoire. L'un, Gauss, sera amené à se déplacer et à mesurer (ha ha) de manière plus concrète le monde, quant à l'autre, Humboldt, de tenter de concevoir plus abstraitement le monde, surtout lors de son voyage arrangé et truqué en Russie. D'une certaine manière inadapté au monde qui les entoure mais traçant des voies innovantes, l'interaction de ses deux esprits ne manque pas de sel, à la fois opposés et complémentaires, ce qui permet à l'auteur d'avoir un regard amusé et amusant sur deux personnalités atypiques. Il se dégage une certaine philosophie de la vie, arpenter étant une manière de méditer, que ce soit au travers d'efforts physiques et de la souffrance, que de s'abstraire au monde immédiat, au prix d'heurter la sensibilité de ses proches et de rater des évènements qui pourtant nous enrichissent. Faut-il, pour repousser les frontières de l'ignorance, être autant asocial ?  Est-ce une nécessité, pour découvrir le monde, physique ou des idées, de devoir s'affranchir de celui-ci ? Il y a un léger paradoxe que ce livre explore, nos choix ayant des conséquences et chacun gère à sa manière le difficile équilibre entre ce à quoi il aspire et le devoir de gérer le quotidien. Équations à nombre d'inconnues infinies et qui n'a pas de solution. Bon après de vaines recherches je n'ai pas retrouvé mes notes sur cette lecture, je comptais extraire quelques citations et les mettre ici ... Tant pis. La feuille aux annotations crayonnées a du se perdre quelque part, dans un espace non euclidien certainement.


Le voyage est une espèce de porte par où l'on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.
Guy de Maupassant

L'homme est la mesure de toute chose
Vendeur de chez Castorama, rayon vis à placo

Note : AAAA

Harry Potter and the Prisoner of Azkaban by J. K. Rowling

A dada sur mon bidet !
Harry Potter and the Prisoner of Azkaban by J. K. Rowling (Bloomsbury, 468 pages, 1999)

Incipit :
Owl Post

Harry Potter was a highly unusual boy in many ways. For one thing, he hated the summer holidays more than any other time of year. For another, he really wanted to do his homework, but was forced to do it in secret, in the dead of night. And he also happened to be a wizard.

Et voilà, je n'ai pas attendu la parution dans la version 20ème anniversaire ... 1999 ? Déjà ? 20 ans ??? Mince alors ... Au moment où j'écris ce post, je suis dans Goblet of Fire. C'est un tel plaisir à relire dans la continuité que je ne vais pas attendre des mois la nouvelle édition. Bon cela veut dire la lire dans des formats différents (4 !), avec même un volume en américain (The half-blood prince) dont j'ai appris récemment qu'il différait de l'anglais (!?). Quand même pas au  point de l'écossais tout de même !!! Oui, car j'ai reçu Harry Potter and the Philosopher's Stane, version scottish d'Harry. Cela surprend un peu au début, mais si on annone on retrouve, dans une version déformée, l'anglo-saxon sous-jacent, et puis je ne saurais dire pourquoi mais cela m'amuse, un peu comme Star Wars en vieil anglais, trop drôle !. Comme j'ai une mémoire d'huître, j'avais oublié encore un nombre de points tout de même notables. C'est pour cela aussi que j'hésite à jouer au Trivial Pursuit Harry Potter Ultimate Edition (Magnifique avec des pions 3D en métal pour chaque maison ... un must). D'abord parce que ma fille a une meilleure mémoire et me bat, l'effrontée, mais parce que comme j'ai oublié, je risque de divulgâcher le plaisir de la redécouverte. Mais d'ici peu j'aurais fini les sept tomes et là on va voir ce qu'on va voir. Bon je ne vais pas parler du Prisonnier d'Azkaban, tout le monde connaît maintenant. Non ?

Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve une réalité
Antoine de Saint-Exupéry
S'il existe une réalité qui dépasse le rêve, c'est ceci : Vivre
Victor Hugo dans Les misérables (1862)

Note : AAAAAAA

dimanche 28 avril 2019

A mind at play by Jimmy Soni & Rob Goodman

Are you talkin' to me ?
A mind at play. How Claude Shannon invented the information age by Jimmy Soni & Rob Goodman (Simon & Schuster paperbacks, 365 pages, 2017)

Incipit :
The thin, white-haired man had spent hours wandering in and out of meetings at the International Information Theory Symposium in Brighton, England, before the rumors of his identity began to proliferate.
Wahou, quelle très belle biographie, qui rend honneur à son sujet. A la fois les aspects scientifiques d'un changement de paradigme notable sur le traitement de l'information, sur sa nature réelle, et comment l'appréhender, mais aussi l'histoire d'un génie, d'un chercheur, d'un curieux, d'un bricoleur. Le mot bricoleur m'ennuie car tinkering en anglais n'a pas les mêmes connotés négatifs que bricoler en français. Une personnalité un peu névrosée, humble, à l'esprit brillant. Une lumière qui va vaciller (Alzheimer) comme l'écrivent les deux auteurs, pour un esprit toujours en joie (A part un bref passage limite de dépression), ce qui est rare, semble-t-il, parmi les chercheurs. Le mot courage (p. 277) est même évoqué alors qu'il est rarement associé aux mathématiciens et autres ingénieurs. J'aime beaucoup que Claude ait été comparé à Maurits Cornelis Escher (p. 278) dont je suis un admirateur depuis longtemps. Amusant que les auteurs estiment que tout "vrai" mathématicien ou informaticien ait un jour essayé de jongler avec au moins trois balles. Ce qui est mon cas (*wink*). J'avais aussi une version de The Ultimate Machine avec une main de squelette (Arf arf), qui doit trainer quelque part dans mon bureau, qui porterais bien le même nom que la maison de Claude : Entropy house. Et puis un de mes premiers programme en C, il y a bien longtemps, était un logiciel de compression de données utilisant l'algorithme LZW (Liv Zempel Welch) bien que Welch ne soit pas ici cité (je ne sais pourquoi), et Claude a ouvert cette voie sur cette compression particulière. Dans la richesse de ce livre j'y entraperçoit de la philosophie antique, page 257, le connait-toi toi-même, p. 263 le discours lié au prix Kyoto mélangeant entreprenariat et Zen (!), ou encore p. 260, le changement de perspective et à l'instar d'Alice traversant le miroir et changeant de dimension, permet de percevoir le monde différemment, de le transformer radicalement. Un peu comme l'expérience à la Maison de la Magie de Blois, il y a quelques années, où, en portant des lunettes miroir 45° (Diagon Alley ?) on voyait le plafond lunaire donnant ainsi l'impression de marcher sur une planète inconnue, le sol étant en réalité normal. Génial !!! J'aime beaucoup le code caché sur sa pierre tombale (p. 272). Seul le curieux est ainsi récompensé, seul celui qui fait l'effort de chercher trouve, seul celui qui a encore le courage d'aller au delà peut aller au delà justement (Oui La Palice en rougit de bonheur). En plus une formule cachée, cela fait rêver, non ?. Ce n'est pas la formule de Dieu, mais celle de Claude, voilà tout. Claude qui a su garder une âme d'enfant et s'intéresser à des choses qu'un scientifique "standard" considèrerais comme superflu, indigne de lui, frivole. Il a eu l'énorme chance d'être dans une époque qui laissait aller à la rêverie, au temps libre pour s'adonner à ses passions, un peu comme une part de temps libre chez Google pour projet personnel, sauf qu'à Bell Labs c'était tout le temps (!). Moi qui aime bien les codes, Claude a travaillé pendant la seconde guerre mondiale en cryptographie ... Son attrait pour les jeux d'argent me parlent, lui la roulette, moi plutôt le Poker Texas Hold'em. Wouha la vie de rêve, la maison de rêve, emplie de gadgets ... une vie riche, passionnée et passionnante ... Bref, cette biographie m'a émue, transporté, fait voyager dans les étoiles. Claude is my new God. Oui, c'est vrai, je me permet de l'appeler Claude. Je n'ai pas son génie, mais je me sens extrêmement proche de lui, à mon échelle. Cela aussi a contribué à faire de cette biographie un moment de grand bonheur. Un hommage éblouissant pour "l'esprit ingénieur", que beaucoup de jeunes devrait lire, étudier. Un exemple à suivre.

The true spirit of delight, the exaltation, the sense of being more than man, which the touchstone of the highest excellence, is to be found in mathematics as surely as in poetry.
Bertrand Russell.

Note : AAAAAAAAA,

Jojo, le gilet jaune de Danièle Sallenave

La lutte déclasse, la classe des luttes
Jojo, le gilet jaune de Dnièle Sallenave (Tracts Gallimard, 42 pages, 2019)

Incipit :
Fin mars 2019. Il y a quatre mois maintenant que le mouvement des Gilets jaunes a commencé. Dès ses premières manifestations j'ai éprouvé pour lui un élan de sympathie, régulièrement renouvelé par le contraste réjouissant, à la télévision, entre leur assurance un peu maladroite et l'hostilité mal dissimulée des journalistes et de leurs invités.

Dès l'incipit le ton est donné. Une sympathie pour un mouvement, démocratique en son essence, et un regard biaisé des media de masse. On peut retrouver cette tonalité sur rezo.net ou encore Acrimed. Nulle surprise que la fabrique du consentement soit évoqué (Le travail de Noam Chomsky et Herman en 1988) page 30, que la devise "Liberté, Concurrence, Finance" remplace celle de la République, confortant ainsi les dires de Warren Buffet, la lutte des classes existent et nous l'avons gagnée (page 30). L'Histoire est écrite par les vainqueurs, non seulement les chefs de guerre (Napoléon, Hitler, Staline) mais aussi les représentants médiatiques (Roi, Président, responsables, etc.) alors qu'en vérité ce sont les gens dans leur ensemble qui réalisent réellement et concrètement (Poème de Brecht page 28) qui m'a évoqué Howard Zinn et son Histoire populaire des Etats-Unis. La classe aristocratique a été remplacée par une classe bourgeoise qui méprise et écrase toujours autant le peuple (Cf. 1789 : Silence aux pauvres d'Henri Guillemin) et qui se synthétise dans cette petite phrase d'un mépris écœurant et d'une bêtise crasse d'un Président des riches : Jojo le Gilet jaune, qui fait le titre éponyme de cet ouvrage. Cela rejoint le vocable des "Sans dents" (page 17) d'un autre Président. A se demander s'ils font un concours du plus cynique, du commentaire le plus con, de la recherche la plus indigne d'une parole présidentielle, perdue depuis longtemps, dont l'analyse, pour le moins superficielle et quand même assez dégueulasse dans l'esprit, entre en résonance abyssale avec leur supposé supériorité intellectuelle, dont on peut constater qu'elle est pour le moins surfaite. Tout ça pour ça. Toutes ces études pour ça. Tout ces beaux complets vestons pour s'abaisser à la médiocrité paradoxalement dénoncée mais où se vautre sans conscience son auteur. A force de briller l'arrogance rend aveugle. C'est utiliser sa connerie à ses dépends comme d'autres utilisent leur intelligence à leur dépend. Cette supériorité vole en éclat, le roi est nu, il ne reste que des ambitieux défendant leur classe, n'ayant aucune vision sociétale digne de ce nom.  Page 265 de A Mind At Play, une biographie de Claude Shannon, ce dernier estime que l'histoire telle que racontée dans l'enseignement Américain et donnant une prime étonnante aux politiciens et autre va-t-en guerre, comme Napoléon ou Hitler, était erronée. Bien sûr en tant qu'ingénieur il estimait plutôt ceux qui innovent, inventent, modifient en profondeur la vie de leur concitoyen et que l'histoire vue par le prisme quasi unique des Grands Hommes & Femmes politique étaient ainsi particulièrement réducteur, alors que Newton, Einstein, ou encore Galilée (La première vexation) avaient un plus grand impact.  Dommage qu'il cite en exemple Edison au lieu de Tesla. Quelque part il subit la même chose, on se souvient de commerciaux de génie comme Steve Jobs (dont j'ai lu la biographie par Walter Isaacson, en 2011 selon mes notes, et Steve Jobs n'en sort pas grandi, plus complexe, plus riche, plus humain, certes, mais loin de l'adulation, imméritée à mes yeux, dont il fait l'objet, totem/idole pour un fan club d'aveugles) ou Bill Gates, et on oublie les milliers d'ingénieurs derrière. Et qui connait aujourd'hui Claude Shannon ? Qui enseigne à l'école qui il est ? Pourtant le découvreur de la Théorie de l'Information qui irrigue notamment internet. Mais oui l'histoire telle qu'enseignée est une vision simpliste, réductrice qui occulte d'autres courants aussi important, voire plus, entre autre les découvreurs, les innovateurs, les scientifiques (Mais aussi qui oublie la spiritualité, quoi qu'on en pense). Mme Sallenave déconstruit aussi la vision des media, orientée, sensationnaliste, basée sur l'émotion (BFMTV le bruit et la fureur non stop !), le storytelling et la mise en avant d'a priori, de préjugés de classe et indexé sur l'audimat et l'autocensure pour ne pas déplaire à leurs soutiens financiers. Du journalisme pas suffisamment équilibré et professionnel, pour les media les plus emblématiques et leurs représentants sur chaise, une médiacratie déjà maintes fois dénoncée (Les chiens de garde d'Halimi ou le livre sur Les médiacrates de Nouailhac), à juste titre. Aucun regard distancié, grossissement de ce qui arrange les uns et les autres. L'auteur est nuancé, très fine dans ses analyses, très référencée, mais aucune remarque ne m'a réellement surpris. Cela a été dit et analysé maintes fois et pourtant le traitement des Gilets jaunes pâtit, une fois de plus, des mêmes travers. Ce n'est guère étonnant, il s'agit de la même lutte, entre ceux d'en haut et ceux d'en bas. Ce tract ne fait que rappeler des choses pour moi évidentes, et je pense pour tous, même les hypocrites ou les possédants. Ce qui est le plus étonnant est qu'il faille toujours le rappeler, car en fait il s'agit de gagner la guerre de l'information. Le problème est aussi bien plus profond, formation des élites, des journalistes, esprit critique des citoyens, juste répartition des richesses etc. C'est l'idéologie actuelle qui écrase tout et qui empêche de concevoir un monde plus juste avec une meilleure répartition. Ces riches qui s'étonnent (!?) que soit critiqué leur donation pour Notre-Dame, mais quid des autres cathédrales avant cet évènement hyper médiatisé ? Ils s'occupaient de l'entretien de la Cathédrale d'Amiens ou de Chartres ? Bien sûr que cela leur donne l'occasion de faire bonne figure, de redorer leur image ! L'opportunisme est tellement visible que cela en devient risible. Leur discours culpabilisant comme ils ne comprennent pas pourquoi ces critiques soient relève de la bêtise pure ou d'un déni d'une bêtise confondante. 26 milliardaires ont autant que la moitié de la planète la plus pauvre. Tout est dit dans l'iniquité. Le capitalisme est le hold-up du siècle, le vol organisé à l'échelle planétaire. Il y a bien un ruissellement (une des théories fumeuses des économistes) mais elle est vers le haut. Après le livre Le Capital au XXIème siècle de Piketty,  certains "intellectuels" et journalistes ont dit : ce n'est pas vrai, il n'y a pas captation de l'argent par quelques-uns. Quelques jours après un rapport de l'ONU ne faisait que dire en substance la même chose. Les riches sont de plus en plus riche et le reste .... Alors quand on lit dans Le Figaro (11/03/2019) "Comment échapper à l'impôt sur la richesse immobilière", en pleine crise des Gilets jaune, nous sommes dans la provocation, le déni, le mépris pur et simple. Et je pense même que c'est volontaire. Bon je vais m'arrêter là. Un tract qui interroge. C'est bien écrit, nuancé, avec en filigrane des références à trouver soi-même. Un tract à lire et relire et à diffuser. Pour en discuter et ne pas condamner un mouvement beaucoup plus riche (ha ha) que présenté par les média chiens de garde. L'appel au meurtre d'un philosophe et ancien ministre (page 9) a peu ému alors que l'appel au suicide des policiers par quelques haineux fait l'objet d'une comparution immédiate (NouvelObs) et d'une condamnation. Pas les mêmes conséquences selon que vous soyez d'en haut ou d'en bas ... La Fontaine n'a fait que dire la même chose depuis longtemps. Bonne lecture quand même ...

There is class warfare, all right, but it's my class, the rich class, that's making war, and we're winning. (C'est moi qui souligne)
Warren Buffet. CNN, 2005.
Note : AAAAAAAA

lundi 22 avril 2019

Le langage de la nuit d'Ursula K. Le Guin

Janus Saturnien ?
Le langage de la nuit d'Ursula K. Le Guin (Le Livre de Poche, 191 pages, 2016)

Incipit :
Une citoyenne de Mondath
 Un soir, j'avais peut-être douze ans, je parcourais les rayons de la bibliothèque du salon à la recherche d'un livre à lire, quand je trouvais un petit volume des éditions Modern Library, à la reliure de vieux cuir fatigué.
Un recueil de textes, réflexions, interventions, conférence, d'Ursula K. Le Guin et qui tente, entre autre, d'expliquer pourquoi le genre science-fiction est mal compris, considéré comme un sous-genre ou encore dénigré au point de le ranger dans la catégorie littérature jeunesse. Étant donné la qualité de cette dernière je ne vois pas cela d'un si mauvais œil, mais je m'égare. Des réflexions profondes qui me rappellent Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim ou encore les ouvrages de Joseph Campbell sur les mythes. Mais ce n'est pas une analyse systématique ou un essai, la forme est plus libre, et l'auteur partage aussi une partie de sa vie. Les premiers articles me paraissaient un peu léger mais la suite m'a rassuré. C'est le titre qui m'a attiré et un article sur la méfiance envers l'imaginaire, la fantasy ou la science-fiction. Comme j'ai un peu de mal à comprendre cet ostracisme je me suis dit que j'y trouverais peut-être des réponses. En fait non. Les qualités du genre me sont connues, les travers des détracteurs aussi. Ces derniers souvent résument la science-fiction à des vaisseaux spatiaux, ce qui est assez réducteur. Mais la partie concernant les mythes et leur utilité, là en revanche cela m'a fait réfléchir. Et puis le titre est très beau, le langage de la nuit ... Rien que cela et je pars déjà ... Cela m'a rappelé un des livres de Michel Onfray qui expliquait combien l'imaginaire était réprimé au travers de l'histoire, pour des raisons politique et religieuse. Bref.

L'histoire du christianisme ressemble à un récit de science-fiction. 
Emmanuel Carrère.

Note : AAAAAAA

Harry Potter and the Chamber of Secrets 20th anniversary house edition by J.K. Rowling

Vivement l'édition Pléiade !
Hermione for President !
Harry Potter and the Chamber of Secrets 20th anniversary house edition, Hufflepuff/Yellow edition by J.K. Rowling (Bloomsburry, 384 pages, 2018)

Incipit :
CHAPTER ONE
The Worst Birthday
Not for the first time, an argument had broken out over breakfast at number four, Privet Drive.

Je me suis un peu emballé, pensant que tout avait été réédité dans cette nouvelle collection aux jaquettes assez élaborées, chaque maison ayant son propre design avec des symboles particuliers, couverture rigide, gravures à l'intérieur (Trop rare à mon goût !). Que nenni ! Il va me falloir attendre à nouveau ... Peut-être moins longtemps que lorsque j'attendais qu'ils soient écrit ... mais quand même. Oui, ok, je pourrais les relire dans les éditions anglaises ou américaines que j'ai déjà mais non, ces nouvelles éditions me plaisent et je souhaite les lire dans leur nouvel habitat. Si jamais cela sort en pléiade alors je suis client de suite !!! Ce sera génial !! Mais bon on peut rêver ... Il y aurait certainement des personnes hostiles à cela. Bon je ne vais pas bouder mon plaisir, cette relecture a été un enchantement. Je vois d'autres choses que je ne voyais pas avant. Rubeus Hagrid est Charon sur le styx amenant de l'autre côté un Harry frappé mortelement mais encore vivant. Harry marqué par le mal, la marque du Diable, le péché originel né du serpent (Alain Finkielkraut page 109 de Philosophie et Modernité), il parle comme Eve la langue des serpents, cette voix intérieure, de l'inconscient, imagée par Tom Riddle, un ça concentré, et subit ce rite de passage comme décrit par Joseph Campbell, celui de la circoncision (Page 11 de The Hero with a thousand faces), où le Grand Père Serpent enlève un bout de la virilité à l'enfant bientôt adolescent. Là Harry y perd sa baguette, symbole phallique par excellence. La langue des serpents ... pas étonnant que le Basilik sorte de la bouche de Salazard Slytherin, cette longue langue de Kali, déesse, entre autre, de la destruction, mais aussi de la transformation, après le rite de passage bien sûr mais par le biais du ... Phénix. Les larmes de ce dernier sont celles du deuil de la perte de l'enfant, mais Harry, après être monté au ciel (L'Ascension), renait de ses cendres terrestres. Dommage que je sois une quiche en religion, il y a sûrement plein de choses que j'ai raté. Pas grave je le relirais un jour (En Pléiade ?). C'est aussi dans ce livre que le verbe slither, dans sa forme gérondif slithering, est utilisé (Deux fois si je ne m'abuse), avec un lien explicite avec les Slytherin renforçant cette proximité avec le serpent. C'est une des raisons pour lesquelles j'apprécie de lire dans la langue de l'auteur. Le phénix Fawkes m'a fait penser à Guy Fawkes et la conspiration des poudres, thème qu'on peut trouver dans V pour vendetta. Mais je ne me rappelle plus très bien.

To the well-organized mind, death is but the next great adventure
Albus Dumbledore

Note : AAAAAAAAAAA

Philosophie et modernité d'Alain Finkielkraut

Run Forest, run !
Philosophie et modernité d'Alain Finkielkraut (Les éditions de l'école Polytechnique,130 pages, 2009)

Incipit :
I
Rousseau et la question du mal

«Toute philosophie passe dans les faits. La spéculation la plus escarpée a les pieds dans la pratique de la vie et les principes mènent les hommes, et les plus bruts d'entre eux, la chaîne de la logique au cou», a écrit Jules Barbey D'Aurevilly.

Un recueil de cours d'Alain Finkielkraut à l'école Polytechnique où il enseigne. Des thèmes précis concernant notre modernité sont exploré au travers de chapitres thématiques. L'égalité, le ressentiment, Freud et la Psyché, Heidegger et la teckhnè, Carl Schmitt et la guerre, Levinas et l'éthique, ou encore Hannah Arendt et la question de l'histoire. C'est assez dense, mûrement réfléchi, très construit et, cela va de soit, très enrichissant. Cela nécessite de monopoliser toutes ses ressources et toute son attention, car chaque thème est traité de manière synthétique, cela est d'autant plus stimulant. Certains points noirs ne sont pas occultés, comme le nazisme d'Heidegger ou de Carl Schmitt. J'y ai retrouvé les trois vexations (Chapitre concernant Freud), auxquelles pourraient se rajouter celle de l'Intelligence Artificielle, depuis Big Blue et surtout dernièrement avec AlphaGo. Ce documentaire m'a bien fait ressentir qu'un changement de paradigme est en cours et que je suis en plein dedans.

La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien.
Charles Baudelaire

Note : AAAAAA

jeudi 18 avril 2019

Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre

Le cuistot ?
Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre (Buchet-Chastel, 359 pages, 2019)

Incipit :
Je vois la vie en monstre,
le blog de Winona Jane

Episode 1

Ma première fois, c'était avec un grand blond plus âgé que moi.

De retour triomphal et adulé du Club de Lecture, j'ai ramené cette perle d'humour sur les conseils avisés de sa Présidente attitrée, la Grande Catherine. Ce n'est pas le premier ouvrage de l'auteur que je lis, je me rappelais vaguement celui de Sherlock, mais ce blog, merci à lui, me rappelle aussi celui sur la fin du monde. Mais peu importe, ce mystère du tueur de l'homme-homard est un délice d'humour noir, deuxième degré, oserais-je dire pince-sans-rire (ha ha ha), qui en fera bisquer (ho ho ho) plus d'une et plus d'une. Loin des blagues de crustacé sauce armoricaine, l'auteur déploie l'humour que j'aime et se paie le luxe de mettre en scène une narratrice détective à roulette suivant en cela les quota handicap imposé mais pour mieux s'en moquer, et surtout nous faire réfléchir sous un angle moins policé et donc plus riche. J'ai éclaté de rire plusieurs fois (oui, j'ai l'humour facile mais quand même). Il y a un côté méta comme à chaque fois avec l'auteur, qui s'amuse des codes pour s'en jouer, s'en moquer, les détourner, offrant une parodie savoureuse et réussie du genre. Cela m'a distrait un temps de ma lecture de la biographie de Claude Shannon, de ma relecture d'Harry Potter (Je n'avais pas tout compris les trois premières fois), d'une réflexion pertinente du genre science fiction (Le langage de la nuit, quel beau titre, d'Ursula K. Le Guin), oui ok lire plusieurs livres en parallèle n'est pas raisonnable, mais cela en valait la peine. S'il est vrai que rire équivaut à manger un steak alors mon régime végan a été soumis à des contraintes insoutenables. Ce qui n'est guère trop gênant vu que je ne suis pas Végan. Oui, ok, pour l'humour je ne suis pas J.M. Erre, que voulez-vous ...

Mon frère, il est mort à l'étranger ; à Paris, précisément. La cause du décès était-elle précisée ? Il semblerait que ce soit un gros refroidissement.
Oscar Wilde dans L'importance d'être constant (1895)

Note : AAAAAAA

lundi 8 avril 2019

Une langue venue d'ailleurs d'Akira Mizubayashi

      どうもありがとう
Une langue venue d'ailleurs d'Akira Mizubayashi (Folio, 272 pages, 2013)

Incipit :
En 1983, je fis la connaissance de Maurice Pinguet, l'auteur de La mort volontaire au Japon (Gallimard, 1984). Je venais de rentrer de Paris où j'avais vécu trois ans et quelques mois.
Au travers d'une approche auto-biographique, un hymne d'amour à la langue française où l'on suit la trajectoire de ce mariage entre un homme et une langue seconde. Ce que j’apprécie, indépendamment de sa passion pour une langue autre au point d’être un locuteur proche d’un natif de la langue, avec cette poésie d’un accent légèrement du sud (Toulouse), c’est sa sincérité et son regard sur le monde. Je me sens assez proche de lui, ce qui induit, incidemment, un avis biaisé, subjectif cela va sans dire, mais avec une dérive propre à l’attachement qu’on porte sur l’objet en question. Je reste dans le cadre de mon centre d’intérêt du moment, le langage (Les langues, la linguistique, la sémiologie), et ce témoignage d’une personne ayant acquis une deuxième langue avec un investissement fort me touche car j’ai pris conscience, à ma mesure, de l’investissement nécessaire pour maîtriser un tant soit peu une autre langue. Ce qui m’a surpris et affligé c’est d’apprendre, dans Le prisme des langues je crois, que, de mémoire, 7 mois dans le pays équivaut à 7 ans d’apprentissage à l’école ! (Alors je mets un seul point d’exclamation mais une myriade s’imposerait de fait). Je me doute que rien ne vaut l’immersion, mais j’ai des soupçons que l’approche très scolaire n’est pas à la hauteur des enjeux. Néanmoins je me dis qu’avec Internet et l’accès à des ressources nombreuses, diverses et variées il est bien plus simple, pour qui s’en donne la peine, d’apprendre une langue de nos jours qu’il y a 20 ans (Pour ceux qui ne pouvaient voyager dans le pays, qui n’avait pas d’amis locuteur de la langue étudiée). Il y a de nombreux passages, assez intime, très touchant, où l'auteur se dévoile d'une manière courageuse je trouve. En ce sens il a raison de penser qu'écrire c'est manquer à la pudeur. Je vois bien de quoi il parle en disant cela. De plus cela résonne en moi d'autant mieux que ma fille vient de partir en Corée, à la découverte d'un pays qu'elle affectionne tant, au point d'en étudier la langue depuis plusieurs années et d'être particulièrement fan de K-Pop. Au travers elle je baigne dans le bonheur. L'auteur démontre aussi une maîtrise du langage assez étonnante et des réflexions qui m'ont enchantés. Guère étonnant que cet ouvrage ai reçu de nombreux prix. Ses remarques sur sa fille et son approche éducative, tout autant que sa proximité avec son animal de compagnie, ajoute à la poésie de l'ensemble.

La valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où l'on a éprouvé une passion ou une émotion profonde.
Soichiro Honda


Note : AAAAAAA

dimanche 7 avril 2019

Harry Potter and the Philosopher's Stone 20th anniversary edition by J.K. Rowling

Hermione for President !
Harry Potter and the Philosopher's Stone, 20th anniversary, House Editions by J.K. Rowling (Bloomsbury Childrens Books, 368 pages, juin 2017)

Incipit :
Mr and Mrs Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much.

Je ne présente pas la saga Harry Potter, tout le monde connait. Ma fille a acheté une édition du vingtième anniversaire (Déjà !), couverture rigide, jaquette avec blason de toute beauté et surtout quatre choix, un par maison, une couleur par maison, ici la Gryffindor Edition rouge. Je n'ai pu résister de le commander en anglais et de relire toute la saga. Plaisir de la relecture (La troisième au moins, peut-être la quatrième je ne sais plus), de la redécouverte de nombreuses choses oubliées car lues il y a plus de 10 ans (Déjà ! oui je me répète). Le plaisir de la lire en anglais aussi, ce qui m'a permis de recevoir un des tomes en américain (Car je précommandais parfois un an à l'avance ...), oui car étonnamment, il y a eu traduction en américain !! Certains termes étant purement "british" ils ont été adaptés (!) pour ce public. Alors là moi en tant que français je n'ai guère perçu les subtilités, et je trouve cela un peu curieux ... Mais pour approfondir l'étude de l'anglais et de ses deux dialectes (Anglais britannique et américain) cela serait intéressant, d'autant qu'un ouvrage existe sur le sujet (The Young American’s Unofficial Guide to the Very British World of Harry Potter de Dana Middleton). Et j'ai été comblé de relire The Philosopher's Stone, je l'ai relu avec ce même plaisir enfantin, cette même émotion simple, heureux de retrouver Harry, Hermione, Ron, Hagrid, Fred & Georges et les autres. Et puis franchement cette collection elle en jette. Je ne vais pas tout prendre en Grynffindor Edition/Red, je vais mixer un peu, le tome 2 je l'ai en Hufflepuff Edition/Yellow, et le troisième sera en Slytherin Edition/Green.  Pour le collectionneur cela va lui revenir cher s'il veut toute les couleurs (7x4 = 28 volumes !). Bref. Je savoure le plaisir d'entamer le tome 2 sous peu. Et puis il y a de nombreuses phrases empreintes de philosophie de vie et qui me rappellent mes lectures récentes.

It does not do well to dwell on dreams and forget to live.
 Albus Dumbledore, Harry Potter and the Philosopher's Stone

Note : AAAAAAAAAAA

La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier

De Gruyter Mouton for President !
La poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier (Le Tripode, 157 pages, 2017)

Incipit :
Alexandre Vialatte a donné de l'homme une définition éternelle autant qu'irréfutable : «Animal à chapeau mou qui attend l'autobus 27 au coin de la rue de la Glacière». On peut tout aussi bien le concevoir comme le seul être susceptible de poésie, le seul capable de jongler avec les mots dans un but esthétique car le seul à en avoir à sa disposition : le seul aussi, sans doute, qui sache porter à l'infinie diversité du monde une attention gratuite et bienveillante. Dans ce sens où la poésie est gaîté et se fond dans le rêve, l'humour et la curiosité, le grand Alexandre est indépassable.
Hymne d'amour aux langues du monde entier de la part d'un collectionneur atypique des grammaires des langues les plus rares, les plus complexes, les plus méconnues. Démarche anthropologique qui tente de percevoir au travers des langues inventées par les humains, les visions du monde perçues au travers elles. C'est relativisé dans Le langage ou dans Le prisme des langues, néanmoins on imagine la sensibilité d'un peuple au travers sa langue et sa grammaire. Ce livre offre un éclairage sur les difficultés du métier de traducteur, transposition plutôt que traduction. Livre qui comble ma marotte du moment, à savoir le langage, la linguistique et la sémiologie.  Il s’agit donc d’un complément ludique de la part d’un passionné avéré, qui, en sus, a été le traducteur de L’homme qui savait la langue des serpents, un livre qui m’a marqué à plus d’un titre. C’est sur la suggestion d’une amie, aux conseils toujours avisés et attentionnés, que j’ai acquis cet ouvrage, poussé par une curiosité sans défaut. Alors que j’étais déjà bien installé dans la lecture d’Une langue venue d’ailleurs de Mizubayashi (Une autre recommandation de la personne susnommée, il est vrai sans l’usage de son patronyme) j’ai entamé, dès sa réception, La poésie du gérondif. Comme disait Oscar Wilde, je crois (Oui je pourrais chercher sur Google mais bon), « Je résiste à tout, sauf à la tentation ». Et voilà que j’ai terminé ce livre de M. Minaudier avant celui de Mizubayashi, alors que ce dernier est pour moi également une belle découverte récente. Mon tropisme orienté vers le langage a joué mais c’est peut-être l’humour des notes de bas de page (Assez fournies, peut-être 25% de l’ouvrage) qui m’ont conquis. Son amour immodéré pour l’éditeur De Gruyter Mouton, dont, à ma grande honte je n’avais jamais entendu parler ou prêté attention auparavant, est un régal. Ses envolées lyriques encensant cet éditeur sont très amusantes. Sans aucune prétention j’ai l’impression qu’il a le même type d’humour que moi, mais il semble bien plus doué pour l’écriture que mes logorrhées sans fin. Surpris de son ressenti à propos de l’Espéranto, que je connais un peu, j’ai compris sa logique et la raison profonde de son attachement pour les langues complexes. Pour lui plus on communique avec une langue, plus cette dernière a un intérêt quelconque car non spécifique d’une pensée singulière et donc d’une vision du monde toute particulière. Plus l’éloignement est grand entre une langue connue, maîtrisée, intégrée et celle qui dénote d’une conception, dans sa construction même et surtout sur les aspects grammaticaux, différente, et plus son intérêt est majeur. Une reconnaissance absolue pour la différence, pour le particularisme, pour l’altérité, ce qui induit in fine un amour pour autrui du fait même de sa différence par ce qui fait son essence, le langage, car l’homme est langage. N’est-ce pas un message d’une grande humanité ? Un mélange jubilatoire entre poésie, linguistique, langage, humour, passion partagée. Des langues diverses que l’auteur nous fait découvrir au détour d’une règle qui se différencie de nos langues occidentales. J’ai bien aimé aussi la présentation, les phrases sur les bords de pages, la bibliographie, et l’éditeur Tripode, aux couvertures magiques.

Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. 
Roland Barthes.

Note : AAAAAA





mardi 19 mars 2019

Le signe d'Umberto Eco

L'homme est bien langage (p. 254)
Le signe: histoire et analyse d'un concept d'Umberto Eco (Le Livre de Poche, 280 pages, 1992)

Incipit :
I. Supposons que M. Sigma, citoyen italien en voyage à Paris, se mette à ressentir un «mal de ventre ». J'ai utilisé un terme très général, parce que M. Sigma n'éprouve encore qu'une sensation confuse. A présent, il se concentre pour définir le malaise : brûlures d'estomac ? spasmes ? coliques ? Il tente de donner un nom à des stimuli imprécis : en les dénommant, il les culturalise ;

Un livre plus difficile que Le langage, plus académique, théorique, plus universitaire ausi. Il n'en reste pas moins très clair, structuré et éclairant sur la richesse, pour ma part insoupçonnée, des signes et de la sémiologie en général. Un livre qui commence par une histoire qui ne paye pas de mine mais où, 90 pages plus tard, vous manipulerez des catégories du genre Légisigne Iconique Rhématique et autre Sinsigne Indexical Dicent. Cela pourrait ne pas être vendeur (comme on dit dans le jargon du marketing ciblé du détail) à part pour quelques individus câblés d'une manière spécifique, mais tout est défini clairement avec des exemples. Donc pas d'inquiétude. Mais c'est pour donner une idée du niveau d'analyse et d'abstraction où on peut être mené pour décrire les signes, les classer, les analyser et les différencier. Parfois je trouve l'auteur un peu pédant, par exemple au chapitre 5, le plus touffu et parfois difficile à suivre, page 230, 231, 232, plusieurs paragraphes quand même denses, pour au final, je cite : « En bref, les énoncés ne reflètent pas la forme des faits : c'est nous qui, par apprentissage, pensons les faits dans les formes où les énoncés les ont coulés». Tout ça pour ça ! D'un autre côté, si on commence par la conclusion, les paragraphes qui précèdent deviennent tout à coup plus clair. Tout de même une introduction sur la sémiologie qui m'a vraiment passionné. Ahhhh cela fait du bien de lire des livres comme cela ...


Les paroles seules comptent.
Le reste est bavardage.
Ionesco.
 Note : AAAAAAA

samedi 16 mars 2019

Petit éloge de l'errance d'Akira Mizubayashi

Tous les chemins mènent à l'errance
Petit éloge de l'errance d'Akira Mizubayashi (Folio,  136 pages, 2014)

Incipit étendu :
De la musique d'abord. Des roulements de tambour très rythmés. Puis, très vite, se mêlent des bruits secs comme si on battait deux plaques de bambou l'une contre l'autre, des frappements presque métalliques un peu comme des coups de marteau qu'on entend dans L'Or du Rhin de Richard Wagner au moment où Wotan et Loge hasardent leur descente dans le Nibelheim, le pays des nains forgerons.

Un essai partiellement autobiographique avec des parcelles d'intimité, blessures, qui ont façonnés en partie son comportement et induit la notion d'errance dans sa destinée. De même il évoque les aspects abus de pouvoir, syndrome du "petit chef", ou relents de bizutage. Des violences symbolique (pouvoir) et historique (impérialisme) qui s'entremêlent. Des réflexions sur la langue, sur le langage, avec en particulier un beau texte sur le mot Okaerinasaï, l'auteur dépassant la sémantique et faisant œuvre de sémiotique (De surcroît, cela fait clairement écho à mes lectures récentes : Le langage, ou encore Signe d'Umberto Eco que je n'ai pas encore fini). Un avis réfléchi sur la civilisation japonaise, en quoi il s'en distingue (conformisme, hiérarchie) mais aussi, ce qui est en son cœur, ce qui le distingue de la vision occidentale avec au passage une analyse par rapport à son domaine d'expertise, Jean-Jacques Rousseau. Des liens très fort avec la marche, le voyage, le mouvement : toutes ces variations liées au thème central de l'errance, l'auteur en montre les effets induits qui élèvent l'âme. L'errance et la pensée. Très bel essai, très bien écrit (en français, sans traduction, par l'auteur !!), édifiant sur bien des aspects. Profondeur et finesse d'esprit. Une éthique individuelle qui me parle au plus profond de moi, pour certaines raisons personnelles. Si j'avais un très léger bémol, cela concerne une gradation bizarre entre xénophobie, racisme, incitation à la haine et appel au meurtre. Les propos anti coréens sont au delà du racisme, l'usage performatif d'un appel au meurtre est la violence incarnée d'un génocide à peine voilé. Confondre "Dehors les coréens" et "Tuons les coréens" est de même nature (la haine de l’autre) mais un degré très nettement accentué pour ce dernier. Il y a une différence de degré que l'auteur ne souligne pas assez. Comme si le rejet, fût-il formel, ne serait pas de la xénophobie, et l'appel au meurtre, seulement du racisme. Je ne comprends pas. Mais je pinaille. L'auteur termine par une analyse filmique notamment du film de Kurosawa, Les sept samouraïs, que j'ai vu très jeune et qui m'a laissé un souvenir impérissable, au point que j'hésite à le revoir un jour de peur de ne pas retrouver le souvenir que j'en ai, et il fait le lien avec la société japonaise, son corps étatico-moral (son propre vocable) que Kurosawa déconstruirait. Un livre profond qui dit quelque chose de notre humanité. Où l'errance, qui pourrait accréditer l'idée de se perdre, est en fait la meilleure manière de se retrouver, d'être soi. Un beau cadeau d'une amie. Merci à elle.

On commence à vieillir quand on finit d'apprendre
Proverbe japonais.

Note : AAAAAA

dimanche 10 mars 2019

Les coréens de Pascal Dayez-Burgeon

안녕 친구
Les coréens de Pascal Dayez-Burgeon, édition actualisée (Texto, 206 pages, 2013)

Incipit :
Quoi de neuf ? La Corée
 «Quoi de neuf ? - Molière » Voilà ce que répondait Sacha Guitry à la fin de sa carrière. Et aujourd'hui ? On a envie de répondre : la Corée. La Corée libre, moderne, audacieuse : celle du Sud.
 Quoi de neuf, en effet, en ce début de siècle où les États-Unis doutent d'eux mêmes, où l'Europe et le Japon peinent à reprendre leur souffle et le Brésil s'emballent à force de perspectives mirobolantes ? La Corée du Sud qui, partie de rien il y a soixante ans, sans autre force que le talent et la ténacité de son peuple, domine aujourd'hui la construction navale, l'électroménager, les écrans plats, les téléphones portables ou les composants électroniques.

Qu'est-ce que la Corée (De son vrai nom : Han) ? Qui sont les coréens ? Un livre qui s'essaye à décrire cette civilisation dans toute sa complexité, sa richesse, ses spécificités, ce qui n'est pas une mince affaire (Quel que soit la civilisation d'ailleurs) et qui y réussit plutôt bien. La Corée du Nord n'est pas oublié même si la part belle concerne la Corée du sud. Des propos nuancés, touchant à la culture, l'histoire, l'esprit, avec quelques indicateurs clés pour mieux les appréhender selon notre culture. Abordant les relations complexes avec ses voisins (Chine et Japon particulièrement) et sa propre patrie coupée, la Corée du Nord, s'y mêle la géopolitique mondiale (Relents de guerre froide) et j'en passe. Étonnamment ce livre met assez peu en avant la K-pop dont le succès ne fait que croitre, BTS ayant fait la couverture de Time (22 octobre 2018) par exemple, un discours à l'Unesco etc. Leur tournée mondiale est à guichet fermé, et les places de concert partent à une vitesse stupéfiante. Un "petit" pays (L'équivalent de trois régions françaises) qui a su se transformer de manière radicale. Une des rares langues écrites créées (Le Hangeul) qui a rencontré le succès et qui rend fiers les coréens. J'ai été particulièrement sensible à leur volonté de mettre l'éducation en première ligne ainsi que leur appropriation des technologies de l'information. Je note au passage que la "pouce génération" p. 73 a été repris comme concept marketing par Michel Serres en 2012 (La première édition de Les Coréens date de 2011) pour Petite Poucette, vision naïve et béate des soit-disant Digital Natives. La Corée marie avec brio les usages avancés socialement intégrés du smartphone et une infrastructure éducative très poussée. Bref, ce petit livre est un condensé de savoir sur la Corée du sud. Je l'ai eu pour mon anniversaire, et comptais le passer à ma fille, qui l'avait déjà lu ! Car recommandé par sa professeure de Coréen. Comme quoi ce livre est un must (Sa prof est une pointure). En plus l'auteur écrit bien avec quelques mots soutenus des plus avisés. Penser à regarder les cartes géographiques en fin d'ouvrage. A y repenser c'est un peu grâce à ma fille que j'étends mes intérêts sur de tels périmètres. Merci à elle (Bisous chaton !) et merci aux coréens.

Même si le ciel tombe sur toi, il y a toujours un trou par lequel tu peux t’échapper.   
하늘이 무너져도 솟아날 구멍이 있다
Proverbe Coréen


Note : AAAAAAA


samedi 9 mars 2019

Le langage, recueil coordonné par Jean-François Dortier

Fais moi signe !
Le langage. Introduction aux sciences du langage. Recueil coordonné par Jean-François Dortier (La Petite Bibliothèque de Sciences Humaines, 254 pages, 2010)

Incipit :
L'histoire de la linguistique peut être résumée en quatre grandes périodes historiques. Chacune de ces périodes correspond aussi à une façon d'étudier la langue et de mettre au jour son anatomie, son organisation et ses usages.
Les origines de la linguistique
 La réflexion sur le langage (Comment le langage est-il apparu ? D'où vient le sens des mots ? Quelles sont les règles qui permettent de les assembler ?) remonte à la plus haute antiquité. Hérodote raconte qu'en Égypte le pharaon Psammétique Ier s'interrogeait déjà sur la langue première parlée par les humains.
Un ouvrage très complet sur le langage. C'est un recueil qui couvre de très nombreux aspects sur le langage. Il commence par explorer l'histoire de la linguistique, rappelle nombre de définition (Qu'est-ce qu'une langue, un dialecte, un signe, la sémantique, etc.), les fondements de la linguistique qui s'intéressait initialement au langage écrit pour élargir petit à petit son périmètre au point que la linguistique est une branche de la sémiologie. Avec un esprit ouvert, non ethnocentré, nous sommes sensibilisé à la variété, la complexité du langage. Ce dernier ne peut plus être réduit à une grammaire générative mais s'inscrit dans la sociologie, la langue est bien plus que des propositions logiques, formatée par des structures mathématiques. Ce livre montre à quel point les approches se sont diversifiées, incluant le langage parlé et les dernières recherches en neuroscience. Il offre d'excellentes bases sur ce qu'est le langage, remet en cause les nombreux clichés ou points faibles de certaines approches, donnant ainsi un panorama assez complet qui incite à aller plus loin. Un livre plus complet et complexe que le livre d'introduction Aborder la linguistique et un peu plus théorique que Le prisme des langues. Les trois se complètent admirablement. Cela m'a amené à m'intéresser à la sémiologie, je lis en ce moment Le signe d'Umberto Eco (Fascinant) et Semiotics A graphic guide (pour le vocabulaire en anglais). J'ai même l'impression que cela sert de propédeutique à mon MOOC sur le Chinois (Kit de contact en langue chinoise de l'Inalco, plateforme FUN).

Postillons : intempéries du langage.
Jules Renard.

Note : AAAAAAAA

Silence de Comès

Fée clochette et campagne profonde
Silence de Comès (Casterman, 145 pages, 2018)

J'avais lu cette bande-dessinée il y a fort longtemps, je me rappelle avoir été conquis par cette intrigue mêlant superstition, sorcellerie, enjeux de pouvoir, Histoire, deuxième guerre mondiale, racisme, méchanceté, esprit de clocher etc.  avec un noir et blanc de toute beauté, aplats au pinceau, jeux d'ombres. La portée symbolique est très bien menée, le silence du muet, celui de l'omerta d'un village, le silence des lâches, de la complicité, de la peur, les taiseux de la campagne, le silence imposé, le silence de la neige, de la nuit, de l'automne. L'auteur joue avec ces nombreux contrastes, comme ceux du noir et du blanc. Le silence du muet qui s'associe avec la perte de la vue, cela rappelle le manque, ce manque des sens en conflit avec les manques de la morale, de l'éthique, de la bonté. C'est une histoire forte, et j'avais un peu oublié la violence qui l'habite. C'est, avec notamment Le Grand pouvoir du Chninkel (et d'autres), parmi mes BD favorites. L'idiotie de Silence me rappelle Des fleurs pour Algernon, la vengeance L'été meurtrier, et la source de l'intrigue polluant la vie d'un village a été utilisée dans la série Les vieux fourneaux. Basic Instinct des campagnes, un L'Amour et la Haine de Mélanie Klein, en noir et blanc. Il n'en reste pas moins que Silence est une référence. Un chef d’œuvre. Un classique. A lire. Vraiment. Parabole partiellement biblique, comme pour Adam, innocent qui a accès à la connaissance suggérée par Eve, qui le mènera à sa chute. Mais à la fin, transcendante, sous forme d’Éden retrouvé, l'auteur contrebalance la noirceur de l'histoire.

Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse.
Sénèque.

Note : AAAAAAAAAAAAAA

samedi 2 mars 2019

L'eudémonisme social de Michel Onfray

Manuel de bain de pied urbain
L'eudémonisme social Contre-histoire de la philosophie t5 de Michel Onfray (Livre de poche, 346 pages, 2010)

Incipit étendu :
Stupide XIXe siècle ?
De Hegel à Husserl ... A la suite de Léon Daudet, le militant de l'Action française qui vomit 1789 dans Les Morticoles (1894), on a souvent fustigé le Stupide XIXe siècle, titre de l'un de ses ouvrage paru en 1922. Pour quelles raisons a-t-on eu recours à cette expression pour caractériser les cent années qui, en gros, séparent la mort d'Emmanuel Kant (1804) de la publication de L'Interprétation des rêves de Sigmund Freud (1900) ?
L'auteur continu sa revisite de l'histoire de la philosophie, cette fois-ci en s'intéressant à William Godwin, Jeremy Bentham (et son panoptique), John Stuart Mill, Robert Owen, Charles Fourrier (et ses phalanstères), Michel Bakounine (déjà un opposant à la vision autoritaire communiste de Marx). Une vision plus nuancée de l'utilitarisme. Comme toujours une histoire des idées passionnante, via des personnages historiques mal connus, mal compris ou encore dont on a simplifié la vision ou les idées. C'est incroyable ce qu'ils ont pu mettre en œuvre ou imaginer, par exemple Charles Fourrier et sa vision utopique d'une société parfaite essaimant à partir de communautés appelées Phalanstères. Même si parfois Michel Onfray se laisse aller à des exagérations ou des choses sur lesquelles je serait en désaccord, il n'en demeure pas moins que cette série en poche vaut très largement son prix tant il y a à réfléchir, à mesurer les idées qui ont fourmillées par le passé. Je connaissais le panoptique mais en revanche j'ai appris que Bentham souhaitait l'appliquer à autre chose qu'à une prison ... y compris les écoles (!). J'adore cette série. Voir aussi le tome 4, le tome 3 et le tome 1 (en CD). Je vais pouvoir bientôt commencer le t6 sur les radicalités existentielles (A. Schopenhauer, Max Stirner et H. D. Thoreau)

Connaître son ignorance est la meilleure part de la connaissance. 
Proverbe chinois.

Note : AAAA

Furie divine de José Rodrigues Dos Santos

Fondamentalisme pour les nuls
Furie divine de José Rodrigues Dos Santos (Pocket, 672 pages, 2017)

Incipit étendu :
Prologue
La lumière des phares déchira la nuit glaciale, bientôt suivie d’un vrombissement assourdi. Le camion remonta lentement Prospekt Lenina, puis marqua un temps d’arrêt lorsqu’il parvint en vue du portail. Le véhicule tourna lentement, gravit le raidillon avec peine et s’immobilisa devant les grilles dans un grincement de freins, le moteur sifflant d’épuisement.
La sentinelle assoupie abandonna la guérite, enveloppée dans un lourd pardessus, la kalachnikov en bandoulière, et s’approcha du conducteur.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda le soldat, mécontent d’avoir été tiré du confort de son abri et d’affronter le froid mordant de l’extérieur. Qu’est-ce que vous faites ici ?
– On vient pour une livraison, dit le conducteur, son souffle laissant échapper par la fenêtre un nuage de vapeur.
L'auteur change un peu de thématique après la physique quantique (La formule de Dieu, La clé de Salomon), la déconstruction du Christianisme (L'Ultime Secret du Christ), le mystère Christophe Colomb (Codex 632 Le secret de Christophe Colomb), là c'est au tour du Coran et surtout de ses épigones et autres affidés fondamentalistes les plus féroces (Les djihadistes) que l'auteur construit son intrigue et en profite au passage pour rappeler (Via de nombreuses sourates citées et ahadiths) les propos violents contenus dans le Coran et comment ces derniers sont mis en perspectives pour conquérir par la violence le monde pour un charia globalisée (pour arriver en 2084 à la fin du monde). Écrit en 2009, donc bien avant les derniers attentats en France, comme celui de Charlie Hebdo, l'auteur n'a pas manqué de prescience. Comme à chaque fois c'est sourcé de manière approfondie et les notes bibliographiques à la fin du volume sont très complètes que ce soit sur l'interprétation littérale du Coran ou sur les propos d'Al Qaeda. Loin des propos édulcorés ou lénifiant du type l'Islamisme radical n'a rien à voir avec l'Islam (sic), non pas que tous les musulmans soient des terroristes, bien sûr que non, l'écrasante majorité a envie de vivre normalement et en paix, mais mettre sous le tapis la branche la plus fondamentaliste est un peu la technique de l'autruche. L'auteur a bien travaillé son sujet et des collaborateurs musulmans ont validé la pensée radicale. L'auteur est un peu trop démonstratif, redondant et bien qu'on ai compris le message après la troisième sourate qui prône la violence, l'auteur en remet une couche. Il nous épargne les 150 sourates où il est possible de puiser des raisons d'être violent mais tout de même, parfois il en devient lourd. L'aspect thriller est assez classique (trop), quant à la relation amoureuse (il y en a une à chaque volume) il la clôture de manière assez cliché mais bon je suis habitué maintenant. Si vous recherchez un résumé de la pensée fondamentaliste, ce roman en donne un bon aperçu, très étayés et très sourcés. De ce point de vue cela rend ce thriller intéressant. Sur certains sites, il y a la liste des sourates violentes. Parfois le même site dit que la Bible ne l'est pas de la même manière (?!) voire que le christianisme ne l'est pas du tout (Outre que c'est contredit par les faits historiques, il y a des extraits du Nouveau Testament qui montrent qu'il y a bien des passages d'une extrême violence Luc 19:27 Mathieu 10:34-35, un peu l'hôpital qui se moque de la charité). Même des bouddhistes peuvent participer à un génocide et inciter à la haine (Birmanie), envers des musulmans cette fois. L'être humain a une faculté étonnante pour justifier de tuer son prochain, texte religieux ... ou pas. Je vais pouvoir entamer son livre suivant, Vaticanum.

L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation.
Averroès. 



Note : AAAA

mardi 26 février 2019

Aborder la linguistique de Dominique Maingueneau

Lips Album
Aborder la linguistique de Dominique Maingueneau édition revue et augmentée (Points, 192 pages, 2015)

Incipit étendu :
Une discipline ancienne.
Les débuts.
Il est très difficile d'assigner un commencement à la science linguistique, car tout dépend du caractère que l'on juge le plus important pour définir la scientificité d'un savoir. Une chose est sûre : la réflexion grammaticale n'a pu apparaître qu'après l'invention de l'écriture ; d'ailleurs, le terme grammaire vient du grec grammè, qui désigne le caractère écrit.

Un guide synthétique, qui pourrait presque servir de vade-mecum, sur les notions de base, l'historique, les problématiques, les différents courants, les dernières évolutions de cette matière. C'est suite à la visite de l'INALCO, puis de la lecture du Prisme des langues, que j'ai voulu revoir cette matière qui m'a toujours intrigué. Je me rappelle vaguement avoir feuilleté Alice au pays du langage, il y a fort longtemps, et d'avoir tenté de comprendre les langues en général, puis au travers de l'Espéranto. Plus généralement le monde du langage, des langues et de la linguistique est fascinant, car à travers cela il y a des civilisations, des cultures, de l'histoire, de l'anthropologie. Bref, cela nous parle d'une certaine manière de nous-même. Et puis n'est-ce pas intriguant cette faculté qui nous distingue de nos frères & sœurs animaux ? Bref, un petit livre qui remet quelques éléments en place, le pied à l'étrier pour, pourquoi pas, approfondir ...

« Knowledge of languages is the doorway to wisdom.»
Roger Bacon.

« Avoir une autre langue, c’est posséder une deuxième âme »
  Charlemagne

Note : AAAAAA

vendredi 22 février 2019

Le prisme des langues de Nicolas Tournade

Arcimboldo linguistique
Le prisme des langues de Nicolas Tournade (Asiathèque, 368 pages, 2017)

Incipit étendu :
La pratique de langues très éloignées de ma langue natale, les recherches sur le terrain en Haute Asie et l'enseignement de la linguistique générale durant ces trois dernières décennies m'ont conduit à développer une vision singulière et quelque peu hétérodoxe du langage.
Un livre passionnant. Il n'y a pas d'autres mots. Enfin si, éclairant, érudit, trop de la balle, etc. Un tour de piste sur l'univers riche, dense, varié, des langues et de la linguistique. Mais surtout qui remet en cause un certain nombre de clichés, d'idées préconçues, de mythes, parfois véhiculés par les spécialistes eux-mêmes . En fait ma fille envisage des études dans les langues, bon une en particulier, mais là n'est pas le sujet. Nous sommes allés en famille aux JPO (Journées Portes Ouvertes) de l'INALCO. Bon je vais pas le cacher j'étais prêt à reprendre des études ... de langues. Il a fallu que je me rappelle que j'étais là-bas pour ma fille et non pour moi. Ha oui c'est vrai. Ma femme aussi voulait étudier là-bas. Dans un monde rêvé nous nous serions inscrit à trois. Pas sûr que ma fille partage la même vision. Bref. Et entre autres visites, exposés, rencontres multi-culturelles, il y avait un stand de l'Asiathèque. Outre quelques achats de livres en coréen pour ma Poupette, il y avait ce livre sur le prisme des langues. Prisme car le monde est vu, entre autre, au travers de notre langue (p. 224), et pas de manière si totalitaire que le pensait Roland Barthes, ce que Nicolas Tournade précise avec nuances et force exemples. L'auteur rappelle quelques définitions et fondamentaux, par exemple la différence entre multilingue et polyglotte. Le nombre de langues parlées (7000 !), le nombre de systèmes d'écritures encore utilisées (Environ 50), le faible nombre de langues écrites (environ 200, p. 196) l'origine archétypale de certains mots (comme window, vent et œil, pour fenêtre p. 176-177), la disparition à venir de nombreuses langues, fait ignoré par rapport à la disparition des espèces, des insectes. Il déconstruit quelques a priori, mythes et autres. Par exemple sur le supposé grand nombre de mots pour décrire la neige par les Inuits. Il rappelle déjà qu'il y a plusieurs dialectes et que le nombre n'est pas si élevé (p. 203). L’étymologie de certains mots est aussi remise en question, comme le mot religion (p. 141 / 141) et connaissance. Il m'a fait découvrir le WALS (World Atlas of Language Structure) au prix prohibitif (790 euros !!), il y a d'ailleurs un site en ligne dont il ne parle pas, mais il en évoque un autre, le site passionnant Ethnologue.com. Il explore l'usage politique ou idéologique de la définition d'une langue, de l'épuration de certains mots ou dérivés à des fins identitaire ou communautaire. Aussi la dérive du dénoté de certains mot (Comme détail, depuis qu'il a été utilisé par Jean-Marie Le Pen, pour minimiser la Shoah). J'aime beaucoup l'origine des mots, archéo-linguistique ?, comme le mot hébreux Semes (Désolé il manque les accents sur les 's') pour soleil, qui vient de Shemesh, la déesse Soleil (p. 172). Je n'ai guère été surpris par son regret que l'enseignement des langues n'ait toujours pas pris en compte les dernières recherches (p. 307), ce manque d'intégration didactique est lamentable, je n'ai pas d'autre mot. Je regrettais, jeune, de ne pas avoir accès à des livres, vidéos, films, bande-dessinées etc. en anglais. J'étais émerveillé, en sixième, d'avoir pu mettre la main sur un numéro de Mad Magazine car mes parents m'avaient emmené à Paris. On pourrait s'attendre à ce que l'enseignement en Lycée ait considérablement évolué, et, au regard de ce que m'en a dit ma fille, je n'ai pas perçu de réelle révolution. Bon ok, j'ai tendance à généraliser, sans doute. Pourtant avec les MOOCs, l'internet, youtube, l'accès extraordinairement facile à des ressources, les méthodes de mémorisation, les techniques diverses (flashcards etc.), les liens entre les langues, les études statistiques, l'analyse des écueils d'apprentissage, on s'attendrait à mieux. J'ai pu regarder The Big Bang Theory en italien ou en allemand. J'ai pu même voir une vidéo de publicité de cette série en DVD, en japonais. C'est d'ailleurs très drôle ... Mais je m'égare. Ce livre est une excellente introduction sur le monde des langues. Les annexes qui présentent plusieurs systèmes d'écritures sont édifiantes. Le cherokee par exemple, mais pas que. L'auteur, enfin, donne un certain nombre de clés sur les langues et le langage, à méditer. Un livre à savourer.


“Les mots étrangers, sans permis de séjour, on les reconduit à la frontière linguistique. Les clandestins qui demeurent sont férocement exploités.”
Roland Topor

Note : AAAAAAAAA

Codex 632 Le Secret de Christophe Colomb de José Rodrigues Dos Santos

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Codex 632 Le Secret de Christophe Colomb de José Rodrigues Dos Santos (Pocket, 448 pages, 2016)

Incipit étendu :
Quatre. 
Le vieil historien ne pouvait pas savoir qu'il ne lui restait que quatre minutes à vivre.
 Les portes grandes ouvertes de l'ascenseur de l'hôtel semblaient attendre de le piéger, prêtes à se refermer sur lui. Il entra, appuya sur le bouton du douzième étage et profita de son ascension pour s'examiner dans le miroir de la cabine.
Une recette classique maintenant qu'on retrouvera dans La formule de Dieu, La clé de Salomon et L'ultime secret du Christ. Là il s'agit du mystère planant autour de l'identité de Christophe Colomb. Sur ces aspects de recherche historique, l'auteur est toujours aussi bon pour présenter l'état des recherches (réelles !). En revanche sur les aspects thriller (moyen) et sentimentaux (La rencontre cliché à mourir avec une étudiante canon et le dramatisation forcée de sa vie de couple qu'on découvre au début pour en constater la chute larmoyante à la fin) c'est tout de même un peu moins bien que dans les volumes précédents. Bon l'effet recette se fait peut-être sentir aussi. Néanmoins, sur les aspects historiques sur la découverte de l'Amérique, des stratégies géopolitiques du Portugal, la découverte du Portuñol, les analyses des textes anciens, l'appropriation de la figure emblématique de Colomb par plusieurs pays etc. l'auteur se rattrape tout de même. Je compte beaucoup sur le suivant pour revitaliser la série.

On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va.
Christophe Colomb

Note : AAA

lundi 11 février 2019

Les libertins baroques de Michel Onfray

Blue Oyster Cult
Les libertins baroques, Contre-histoire de la philosophie t.3 de Michel Onfray (Livre de Poche, 314 pages, 2009)

Incipit étendu :
Identités du Grand Siècle. L'historiographie classique parle du Grand Siècle pour caractériser le XVIIe. Grand, certes, probablement, mais pourquoi, pour quelles raisons, et selon qui ? Les questions ne se posent pas. L'affaire est entendue ... De sorte qu'à se demander d'où vient l'expression, à qui on la doit, ou quelle personne en est l'auteur, on se trouve bien en peine. La locution circule mais jamais explicitée, racontée ou démontée.

L'auteur continue (Ici le tome 3, bon là non plus je ne lis pas dans l'ordre, zut, j'ai commencé par le tome 4 : Les ultras des Lumières) sa recette favorite : thématique d'une période (Ici les libertins baroques), réhabilitation de philosophes oubliés ou mis dans l'ombre (Volontairement ou non), déconstruction des a priori et de l'histoire officielle, forces mises en perspective, remise en cause de clichés ou étiquettes imposées ou des philosophes "officiels" et reconnus, histoire de la pensée (Ici le XVIIème), liens avec tout le reste (Pensée antique, etc.). On retrouve les portraits et un résumé de la pensée de Pierre Charon, La Motte Le Vayer, Saint-Evremond, Pierre Gassendi, Cyrano De Bergerac et Spinoza. Un passage particulièrement intéressant sur les anamorphoses, comme celle que l'on retrouve sur le tableau d'Holbein, Les ambassadeurs. Cette série de Michel Onfray est vraiment pas mal, j'y découvre tellement de choses sur l'histoire, ce que de grands penseurs ont vécu, ont imaginé, ont pensé. Ce que leur époque leur permettait d'espérer, de divulguer. La stratégie des libertins est intéressante. Très conformiste en public, ne pas déranger ou outrer. Mais en petit comité très anti conformiste, remettant en cause l'état des choses, le sapere aude des Lumières avant l'heure en somme, dont on peut considérer que le terrain a été préparé par les libertins. Des portraits de penseurs avec leurs failles, leurs limites, leurs passions, leurs vies singulières. J'ai bien aimé l'éclairage sur le rôle des salons, tenus par des femmes. Lieu de rencontre amoureuse autant qu'intellectuelle et spirituelle, les cafés philo de l'époque, en plus raffiné peut-être. Là aussi je me dis que toute la série de la contre-histoire de la philosophie d'Onfray mériterait d'être étudiée. Après tout il semble n'y avoir que 11 volumes, c'est faisable, non ?


Ni rire ni pleurer, mais comprendre.
Spinoza

Note : AAAAAAA