dimanche 29 décembre 2019

Dictionnaire des mots inexistants d'Aristote et Nicos Nicolaïdis

Manuel avancé de lexithérie.
Garanti sans parénergie.
Dictionnaire des mots inexistants d'Aristote et Nicos Nicolaïdis (Metropolis, 95 pages, 1997)

Incipit :
Le dictionnaire des mots inexistants propose un nombre de mots aux fins d'enrichir le vocabulaire français.
Un recueil assez court au final mais qui donne une bonne idée de la construction de mots à partir de racines grecques. Il ne s'agit pas ici d'un jeu, il y a une volonté claire et affirmée de propager l'usage de nouveaux mots, mots qui manqueraient à la langue française, en lieu et place de périphrases ou d'assemblages divers. Ce livre est en référence dans L'aventure des langues en occident d'Henriette Walter. J'ai fini cette référence avant ce dernier. Dommage que cet ouvrage ne soit pas plus ludique, avec des cartes pour jouer en famille, l'assemblage de carte permettant de créer un mot, aux joueurs d'en faire la définition et l'illustration la plus convaincante. Ou qu'il ne soit complété d'un tableau de racines, y compris de racines non ici utilisées. Il aurait pu aussi se compléter d'un tableau à trou (Mot à trouver selon la définition, ou définition à trouver avec le mot indiqué). D'accord, c'est facile à construire mais quand même cela aurait été un plus pour un ouvrage au final assez court. Maintenant c'est un livre qui permet de se familiariser avec les racines grecques, les principes de construction et qui permet de comprendre clairement pourquoi le mot dysorthographie ne peut être que le fruit d'ignorants pour ne pas dire d'incompétents notoires. Pour les plus facétieux et autres oulipiens, une manière ludique d'appréhender le langage d'une autre manière.

Le langage le plus parfait est celui qui exprime le plus de choses dans le moindre espace
Antoine Claude Gabriel Jobert

Note : AAAAAAAAA

jeudi 26 décembre 2019

La vallée du néant de Jean-Claude Carrière

Welcome to the Void
Manuel de désillusion (Tome57)
La vallée du néant de Jean-Claude Carrière (Odile Jacob, 342 pages, 2018)

Incipit :
Une ancienne anecdote japonaise, très simple, raconte ceci : 
Deux promeneurs s'avancent à pied dans une montagne, sur un chemin étroit et par endroits périlleux. Disons qu'ils font une excursion.

Voilà un livre qui s'interroge sur la Mort. Dans un sens non religieux, la foi n'a pas vraiment sa place dans cet ouvrage. Ici pas d'au-delà et autres inventions ou superstitions. Le bouddhisme sans la réincarnation. Un sujet vital, la mort. Au sens de néant. Vous étiez poussières, vous le redevenez. Plus de corps, plus d'esprit. Quant à l'âme ... Et pas ces niaiseries qui font croire que vous vivez encore dans la mémoire des autres, cela c'est niveau Oui Oui chez les Bisounours. Pire, les banalités affligeantes, les clichés creux entendus lors des enterrements. Il s'agit ici plutôt de savoir comment ce néant, même pas ce rien ou ce vide, définit l'horizon indépassable de notre très brève passage sur cette Terre. A cette aune tout devient vain, dérisoire, anecdotique. Commet vivre alors ? Autant dans Happy il y avait le stoïcisme, le lâcher-prise, le comment relativiser et trouver une forme de bonheur. Ici c'est un plus difficile, il y a un frêle espoir à partir du chapitre "Au plaisir" (p. 164), et "Et le savoir ?" (p. 181) pour embrayer sur "Le suicide". Non pas qu'il le recommande mais c'est aussi pour parler d'un sujet parfois clivant. Cela touche surtout à un sujet plus ou moins tabou, évacué, mise de côté, sous le tapis, une naissance Pretium doloris pour finalement retourner dans le néant. D'où ce monde de distraction, de superstitions, de mythes pour cacher notre angoisse tout en sublimant notre vie. En parlant de suicide, son propos sur Bernard Haller m'a impressionné. Son enterrement est ce que je peux souhaiter de mieux lorsque je passerais dans ce néant. C'est un livre d'une lucidité sincère, franche, en rien cruelle ou froide, qui tente l'objectivité sous le regard de la raison, acceptant le mystère, l'inconnu et l'inconnaissable mais ne construisant en rien une croyance, basée, elle, sur le manque de preuve, sur le fantasme, sur l'imaginaire, et donc pouvant dire virtuellement n'importe quoi. C'est aussi un livre d'humilité qui fait redescendre sur terre tout ceux qui s'inventent une vie principalement fictive faite de gloire, de richesse, de se croire finalement plus que ce qu'on est, à savoir très peu. Le discours construit une légende mais celle-ci ne repose sur rien. Dommage que l'auteur ne distingue pas ammortel d'immortel. La nuance est d'importance pourtant. Un livre tout de même, paradoxe parmi tant d'autres, roboratif. Il me donne l'impression de changer de perspective sur pleins d'aspects de la vie en général et de la mienne en particulier. Que la mort devrait être un sujet parmi d'autres et qu'il est souhaitable d'en rire. J'ai ressenti tout l'expérience, tout le vécu de l'auteur au travers de ce texte. C'est pour cela qu'il révèle quelques choses qu'il faut parfois une vie pour découvrir. Les idées ici exposées étaient en germes en moi. Rien ne m'a véritablement surpris, je suis plutôt du même avis que l'auteur, mais c'est surtout excellemment formulé, exposé, construit. J'aime beaucoup qu'il m'ait révélé que le vocable sagesse était surfait, galvaudé. Je le comprends maintenant. Ses références concordent avec mes lectures, sur le bouddhisme mais surtout sur la Tao. L'image du japonais est claire comme l'eau de source. Il y aurait encore beaucoup à dire, tant j'ai annoté cet ouvrage mais l'idéal est tout de même que vous le lisiez. J'ai mis une citation (cf. infra) avec laquelle je ne suis pas d'accord. Comme elle est hors contexte, peut-être que Jankélévitch voulait dire autre chose. La vie est justement ce phénomène incroyable qui lutte contre la mort, se perpétuant en dépit de tous les aléas et trouvant toujours une solution. Le vivant est par définition l'évènement biologique qui défie la mort, qui multiplie les espèces, les règnes. La mort est de surcroît son Janus, la deuxième face de la même pièce, des inséparables. Ils ne s'opposent donc pas mais font partie du même évènement. La vie et la mort sont l'être, le néant étant la fin de la vie, la fin de la mort, la fin de tout.

La mort est le seul événement biologique auquel le vivant ne s'adapte jamais.
Vladimir Jankélévitch

N'est pas mort ce qui à jamais dort, Et au cours des siècles peut mourir même la Mort.
H. P. Lovecraft  

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 22 décembre 2019

Trésors de Tolkien de Catherine McIlwaine

Picsou à écailles
Trésors de Tolkien de Catherine McIlwaine (Christian Bourgois Editeur, 144 pages, 2018)

Incipit :
Sa célébrité, J.R.R. Tolkien la doit de nos jours à la Terre du Milieu, qu'il a créé, et au Seigneur des Anneaux, son roman de fantasy devenu un best-seller.
Un genre de catalogue d'artéfacts conservées en Angleterre à Oxford. De superbes illustrations, des documents exceptionnels, où l'on peut voir les traces, et quelles traces, du travail de Tolkien. Un Tolkien géographe, mais surtout dessinateur, avec des encres, des gouaches, des aquarelles magnifiques ! La genèse d'un œuvre époustouflante qu'il est possible jusqu'en février 2020 de voir "en vrai" à la BNF ! Quelques photos dont Edith, celle qu'il a courtisé et gardé près de lui quasiment toute sa vie et qu'il a illustré d'un conte, Lúthien et Beren, noms qui ont été apposés sur leur tombe commune. Si c'est pas romantique ça !!! Dommage qu'il y ait encore des coquilles, par exemple page 121, le Seigneur des Années au lieu du Seigneur des Anneaux. C'est pas comme  si le travail d'un éditeur était de faire attention à ce qu'il imprime. Comme pour le Silmarillion chez Pocket (par exemple page 353, Glorfiridel et 6 lignes plus loin Glorfindel). Mais cela n'entache en rien ce document magnifique. Bon cela me donne envie d'aller peindre là tout de suite maintenant. Je vous laisse.

Note : AAAAAAAA

La Mythologie Viking de Neil Gaiman

Le Thor tue et boit l'hydre au miel
La Mythologie Viking - Odin, Thor, Loki et autres contes de Neil Gaiman (Pocket, 288 pages, 2018)

Incipit :
Avant le commencement, il n'y avait rien - ni terre, ni cieux, ni étoiles, ni ciel : rien que le monde de la brume, sans forme et sans structure, et le monde du feu, toujours ardent.
La cosmogonie viking sous forme de contes, très plaisants au demeurant, et même parfois assez drôles (J'ai ri au moins trois fois). Vous saurez ainsi d'où viennent les marées ou encore la raison pour laquelle il y a de bons et de mauvais poètes (j'ai clairement bu le mauvais hydromel ... et maintenant que je sais d'où il vient ...).  Une fin qui rappelle la cosmogonie de Tolkien, où même les Dieux disparaissent et laissent leur place (Ici à Ragnarok), aux humains. Une destruction divine qui laisse place à des destructeurs terrestres. La boucle est bouclée. "Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes", Oppenheimer s'en était rappelé. Cette mythologie est assez savoureuse, et reflète en creux la vie des vikings, la force, la boisson, la virilité. De même le Kalevala (Article à venir) dans une cosmogonie similaire (féminin, masculin, création de Dieux et d'humains) reflète le monde "finlandais", dont les chants, et les bardes qui en sont porteurs. Dans cette mythologie viking il y a l'idée, au début, d'un être androgyne, comme dans la Genèse de la Bible, et aussi d'une suppression des êtres où seuls quelques uns s'en sortent (mythe de Noé), sans parler de Surt et son épée flamboyante, comme les chérubins à l'entrée de l'Eden ou un Balrog. Vous y trouverez votre compte (et votre conte) en tout cas plus que dans les bouses Marvel au cinéma où toute originalité et réflexion est évacuée (C'est le jeu des cow boys et des indiens de notre enfance, les bons, les méchants, avec des collants colorés et des super pouvoirs) au profit d'effets spéciaux qui peut rappeler le feu d'artifice du nouvel An mais guère plus. Normal, le cœur de cible est l'adolescent de 15 ans ou l'adulescent de 45. Ok, on va encore me dire pessimiste, mais lisant La vallée du néant de Jean-Claude Carrière il est difficile de ne pas être atrocement lucide. J'aurais du faire cet article avant de lire ce dernier. Dommage pour vous. En tout cas, grâce en soit rendue à Neil Gaiman, une lecture savoureuse et réjouissante. J'avais bien aimé lire aussi son conte Stardust, très beau, pas trop mal au cinéma.

Note : AAAAAAAAA

lundi 16 décembre 2019

Le lambeau de Philippe Lançon

The Torture Report
Le lambeau de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages, 2018)

Incipit :
La veille de l’attentat, je suis allé au théâtre avec Nina. Nous allions voir aux Quartiers d’Ivry, en banlieue parisienne, La Nuit des rois, une pièce de Shakespeare que je ne connaissais pas ou dont je ne me souvenais pas. Le metteur en scène était un ami de Nina. Je ne le connaissais pas et j’ignorais tout de son travail. Nina avait insisté pour que je l’accompagne.
Livre remarquable. Poignant voire bouleversant. Au point qu'il m'est difficile d'en parler. Pas de pathos inutile mais la difficile reconstruction d'un être passé de l'autre côté du miroir. Un rite de passage dont il se serait bien passé mais qui change radicalement sa perspective sur le monde et soi-même. Une forme de transformation qu'il analyse avec une sincérité étonnante. L'auteur donne un aperçu de la survie suite à un trauma, réduit dans un silence, limité à un cocon à la fois source de souffrances (les opérations) et lien indéfectible de son bien-être. Il fait de nombreuses digressions liant des souvenirs à ce trauma ou proposant des contrastes saisissants entre celui qui a vécu quelque chose d'unique et le monde qui continue et le perçoit ou interagit avec lui avec un rythme totalement autre. Il a l'art de présenter les choses de manière décalée ou disons non conventionnelle, parfois avec une dureté apparente, signe peut-être de l'instinct de survie, il décrit aussi un monde hospitalier qu'on imagine peu sans l'avoir connu. Il rend son texte intime et par empathie m'a fait ressentir de nombreuses émotions et donc m'a fait percevoir au delà de moi-même voire m'a fait réfléchir sur la condition humaine et sur la mort en particulier. Il y a des remarques très pertinentes sur ce qu'il est possible de ressentir, sur le décalage entre les uns et les autres, sur l'inéluctable, sur ce qu'il est possible de construire ou pas, sur la séparation dans des conditions si particulières, sur le brouhaha du monde exposant aussi bien sa diversité que son bavardage infini ne pouvant saisir par là-même la singularité du vécu d'une personne spécifique. Les limites du concept un peu nébuleux de résilience, style 'cela va aller mieux', 'tout va bien se passer', bla bla bla, démontrant que chacun finalement trouve, ou pas, sa ou ses stratégies, qu'elles ne sont pas réductibles à des mètres linéaires de Développement personnel et autre méthode Coué. Le passage où il se sent comme petit garçon en est tellement vrai. Il montre aussi la vision erronée des choses par son entourage. Même sur certains passages où on sent sa souffrance on imagine mal ce qu'elle a été, notamment de la subir des jours et des jours et des jours. Et aussi que les autres n'imaginent même pas le calvaire, la durée, le nombre d'opérations, d'incertitudes et les ramifications infinies de l'évènement. C'est la force de ce livre de rappeler la complexité, l'aléa, l'impossible réconciliation de deux visions du monde, l'un passé de l'autre côté. Il n'est pas facile de témoigner d'évènements traumatiques et pourtant ce livre y réussit d'une manière qui m'a étonné et profondément touché.

'
Tableau n°28 : Le Lambeau

Cela m'a inspiré un autre tableau, qui porte le titre éponyme du livre. Ai-je besoin d'en rajouter ? Probablement que non.













Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Le SiLmariLLion de John Ronald Reuel Tolkien

Attention ça va couper !
Le SiLmariLLion de John Ronald Reuel Tolkien (Pocket, 480 pages, 2003)

Incipit :
Il y eu Eru, le Premier, qu'en Arda on appelle Ilúvatar ; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée, et ceux-là furent avec lui avant que nulle chose ne fût créée.
Ahhhh cela faisait longtemps que je devais le lire. Cela tombe très bien je lis aussi le Kaleva. Ma période épique, épopée. Le moment idéal de mettre une armure, de monter mon destrier, un frison noir à la crinière torsadée, et de partir à l'aventure !!! Bon déjà cette édition pèche un peu. Il manque un index. Hé oui je suis latéral gauche, intégriste, j'ai besoin de tout retrouver. Bon il y a au moins un glossaire, cela ira pour cette fois. Autre bémol, des coquilles à divers endroits ('ep' au lieu de 'en' ou encore dans les noms propres qui ont des orthographes différentes, parfois dans le même paragraphe). C'est pas très sérieux. Ce n'est pas du papier bible, la jaquette n'est pas en cuir avec le titre doré à l'or fin, nan mais de qui se moque-t-on ? C'est quoi ce bordel ??? Bon Le Silmarillion n'est pas à lire en premier, il dévoile trop du Mystère, pire à la fin un chapitre résume Le Seigneur des Anneaux, comment divulgâcher, tout un art. Le Silmarillion narre l'origine cosmogonique du monde de la Terre du Milieu et au delà, la généalogie de tous les êtres à commencer par Eru, la géographie et j'en passe. C'en est vertigineux. Je suis époustouflé. Une œuvre passionnante. On y retrouve Galadriel, Lúthien (Hé oui il y a des femmes pour ceux qui pensent que non), Gandalf et tant d'autres. Une épopée au souffle délicieusement suranné mais puissant, des batailles épiques, une généalogie riche et dense, des moments poétiques superbes et d'une grande beauté évocatrice. Des symboles forts comme par exemple les Trois (Anneaux) Narya, anneau de Feu, Nenya, anneau de l'Eau et Vilya anneau de l'Air,  Minas Ithil, la Tour de la Lune Montante et Minas Anor, la Tour du Soleil Couchant. Et là j'effleure ... Des détails sur les anneaux, leurs conceptions, les Silmarils et les terribles Nazgûl. Une œuvre magnifique qui s'inscrit dans une œuvre beaucoup plus large au point que j'en connais peu qui peuvent l'égaler, à part Homère. Dans la botte (que j'espère propres) du Père Noël il y aura peut-être The Lays of Beleriand en vieil anglais, ouais même pas peur, d'un autre côté je me suis entrainé comme un fou sur Star Wars dans la langue de Shakespeare que j'ai carrément adoré. Trop G33k !
Tab n° 27 : Celebrimbor Forge


 
 Un tableau pour les forges qui ont façonné les Anneaux. Yo Vulcain, ça flotte ?
















Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 8 décembre 2019

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

C'est aussi mon choix
Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin (Livre de Poche, 416 pages, 2017)

Incipit :
Je suis allée acheter un cahier chez les père Prost.

Avant Changer l'eau des fleurs il y a eu ce premier roman, lu en deuxième, ce qui a tendance à heurter mon organisation personnelle, comme le fait de lire dans l'ordre, y compris l'ordre de parution. De surcroit l'ayant lu peu après j'étais encore imbibé de l'autre, et donc cela a influé de manière confuse sur mon appréciation, j'ai eu plus de mal à m'immerger au départ. Violette était encore dans mon esprit. Mais c'est toujours très aussi bien amené, aussi bien raconté, aussi sensible. Un condensé de situations à problèmes où l'auteur s'évertue à tourner le couteau dans la plaie qu'elle a elle-même préparé avec soin pour notre plus grand plaisir du déplaisir. Au cas où, je m'accroche toujours à la branche de "c'est de la fiction, tout va bien se passer", astuce qui ne marche plus du tout dans ma lecture en cours, Le lambeau de Philippe Lançon, vu que là, ben c'est un témoignage, cela s'est réellement passé. Mais j'en parlerais quand je l'aurais fini, s'il ne me finit pas avant ... Dans Les oubliés du dimanche nous sommes dans l'antichambre de la mort, alors que dans Changer l'eau des fleurs nous étions plutôt chez la mort, mais dans les deux cas on parle surtout de la vie et de la résilience, avec un regard pertinent, parfois drôle, sur nos existences chahutées, et surtout comment retrouver l'Amour après l'avoir perdu, parfois cruellement. C'est à chaque fois une reconstruction, après une ou des destructions, comme dans Le lambeau d'ailleurs, et illustre l'adage "La vie continue". Oui bon c'est cliché je sais, mais je fatigue là. C'est un bon livre, comme quoi j'aime me faire torturer ...

Note : AAAAAAAA

Cryptocommunisme de Mark Alizart

Un Marx et ça repart !
Cryptocommunisme de Mark Alizart (PUF Perspectives critiques, 144 pages, 2019)

Incipit :
En 1968 un groupe de hippies lance un magazine visionnaire. Le Whole Earth Catalog mêle cybernétique, écologie et socialisme, tout entier guidé par l'intuition que l'informatique peut sauver la planète et réinitialiser le communisme.

Réflexion originale sur le communisme, ou plutôt, pour être plus précis, sur le cryptocommunisme (Un mixte entre communisme et la blockchain, qui fait écho au socialisme = Soviets + électricité). Aspects politiques, cybernétique, informatique, écologique et donc une matière vivifiante pour réfléchir en sus d'aborder des sujets qui me passionnent. Je dirais même que plus des thèmes ou matières différentes sont mélangés, rapprochées, se fracassent entre elles et arrivent pourtant à faire émerger quelque chose qui a du sens, plus je suis fasciné. La blockchain va sauver le marxisme sans ses aspects staliniens. Je résume mais c'est l'idée. Le communisme est-il soluble dans la technologie ? Dans la société de l'information ? La Technique même peut-elle sauver le communisme ? (Jacques Ellul ne serait pas d'accord du tout, la technique étant aliénation). La thèse est intéressante et pousse à se poser des questions différemment, arriverait presque à réhabiliter une idéologie génocidaire. Un livre en tout cas plus accessible, pour moi, qu'Informatique Céleste. Mais en écoutant tous les podcasts France Culture avec Mark Alizart, j'ai depuis compris certaines choses. Déjà que ce dernier avait mis 20 ans à comprendre Hegel. Oh, ok ... donc normal que je banane rien à certains aspects, vu que la philo c'est son métier et moi, ben, pas du tout. Je suis amusé de constater que certaines thèses sont anciennes et que dans des romans récents (Thriller) Daemon et Freedom de Daniel Suarez, ce dernier les met en pratique et va jusqu'à la logique, non pas de la Blockchain mais partiellement de celle de Metropolis, le film de Fritz Lang,sauf que les ouvriers ne se soulèvent pas ou ne sont pas incités à se soulever, de la même manière. Le Deus ex machina qui tire les ficelles est sensiblement différent, et fait un pilotage plus comminatoire. Je trouve l'auteur aussi assez peu critique, notamment sur la consommation électrique faramineuse (ha ha) du minage, seulement un passage vers la fin, mais cohérent avec les systèmes auto-organisé dissipateur de chaleur où plus c'est évolué plus ça dissipe, l'humain dissipant plus que le soleil, en production d'énergie libre en watts par unité de masse (Explicité dans Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, une des excellentes références en bas de page de Cryptocommunisme, rien que pour cela merci !), ce qui peut sembler contre-intuitif. J'aime bien le contre-intuitif. Cela me remet en question en mode "ha bon ? sans déconner ?". Bref, un livre revigorant, qu'il me faudra relire dans quelques temps.

Note : AAAAAA

Les avalanches de Sils-Maria de Michel Onfray

Manuel du géologue philosophe
Les avalanches de Sils-Maria. Géologie de Friedrich Nietzsche de Michel Onfray (Gallimard, 176 pages, 2019)

Incipit :
Tutoyer le vide en marchant -. Mes visites au grand écrivain, je ne les ai faites qu'à Nietzsche : à Nice, contemporain du tremblement de terre qu'il est lui-même, et dans les rues où il croise peut-être Jean-Marie Guyau, le jeune auteur tuberculeux d'une Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction qu'il annotera avec fièvre ;

J'aime bien Friedrich Nietzsche et je ne saurais dire vraiment pourquoi. Peut-être parce qu'il philosophe avec un marteau et que je trouve cela un tantitnet incongru, de prime abord. Et j'aime bien Michel Onfray, je parle de ses livres, pas de ses interventions publiques, c'est dynamique, clair, un peu provoc, non dénué d'un certain panache. Un peu de mauvaise foi ce qui le rend humain, donc proche de moi. J'apprécie aussi que l'auteur interprète un lieu géographique et le rapproche de la pensée en mouvement d'un philosophe. Comme quoi le lieu a ou aurait de l'importance, ce qui me semble assez plausible, comme l'influence du corps d'ailleurs. Cela donne aussi un joli sous titre, géologie de Friedrich Nietzsche. Pas mal, non ? Cela permet aussi de réhabiliter, à nouveau il me semble, le philosophe qui a eu sa pensée déformée, saccagée, violée par sa propre sœur et le régime nazi. Plus curieusement il y aurait encore de tels contresens notamment chez Deleuze que l'auteur prend plaisir à éborgner joyeusement. C'est aussi une explication de la pensée nietzschéenne, ce qui pour moi est toujours bon à prendre, n'étant jamais sûr de bien tout comprendre (Et même étant plutôt sûr de son contraire). Cela me donnerait presque envie de partir en voyage à cet endroit, Sils-Maria et de relire ce livre, tant l'évocation du lieu rentre en résonance avec son contenu. Il a aussi la faculté à m'inciter à explorer plus profondément ou à compléter car il égrène son récit de références diverses. Et enfin j'aime toujours la blanche comme format, sobre et classe à la fois. Il se trouve que je l'ai terminé depuis plusieurs jours déjà et que s'évapore les belles phrases que j'avais prévu pour cet article. Faute de n'avoir rien noté, tant qu'à faire, elles se sont évanouies dans les confins du néant. Cela m'apprendra à ne pas être plus régulier dans mes écrits. Le mot avalanche dans le titre prend un connoté particulier car, suite à la lecture de Cryptocommunisme de Mark Alizart, ce dernier mettait en note de bas de page un ouvrage indispensable (c'est son terme), Thermodynamique de l'évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie de François Roddier, ouvrage dans lequel l'avalanche est pris comme exemple pour les phénomène en 1/f, et de point critique au delà duquel une rupture pouvait se déclencher. J'y vois un lien avec la pensée du philosophe, et donc le mot avalanche est d'autant plus approprié.

Note : AAAAAAAA

dimanche 1 décembre 2019

The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart

Ça plane pour moi houhou houhou !
The Mysterious Benedict Society and the Riddle of Ages by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 400 pages, 2019)

Incipit :
In a city called Stonetown, on a quiet street of spacious old houses and gracious old tress, a young man named Reynie Muldoon Perumal was contemplating a door.
J'avais complètement oublié que j'avais fini ce livre cette semaine, tellement pris par la parution du dernier volume de la Passe-Miroir et sa lecture dévorante ! J'avais pourtant passé un bon moment avec la société Bénédicte, très heureux de retrouver Sticky, Reynie, Kate et bien sûr Constance, que j'aime beaucoup en dépit d'un caractère pas simple, mais cela fait partie de son charme. C'est un peu toujours les mêmes ennemis et cela pourrait à la longue lasser, ce serait bien que l'auteur se renouvelle un peu sur ce plan. Mais il arrive quand même toujours à nous impliquer autant, et on s'inquiète vraiment pour ces gosses. En plus ils se posent pleins de questions, sur leurs relations, la difficulté de grandir, d'éventuellement à devoir se séparer un jour et c'est assez touchant ! C'est d'autant plus compliqué par le talent particulier de Constance ... et d'un nouveau venu. L'intrigue est assez bien ficelée, avec de bonnes tensions dramatiques et devrait passionner les enfants (Donc moi) !!! En plus ce volume est récent, pas encore en poche. Au delà du prix plus élevée, l'édition est très belle, sous la jaquette le livre est rouge, dos bleuté, titres sur la tranche en dorée, et sur la couverture les cinq héros embossés. Wouha, classe. Presque tenté de tout racheter en relié ... Mais non soyons raisonnable. Et pour pratiquer son anglais c'est just perfect !

Note : AAAAAA

La Tempête des échos de Christelle Dabos

Éole ! Éole ! Éole ! Éole !
La Tempête des échos. La Passe-Miroir tome 4 de Christelle Dabos (Gallimard Jeunesse, 572 pages, 2019)

Incipit :
- Tu es impossible.
- Impossible ?
- Peu probable, si tu préfères.
- ...

Un livre magistral, une maîtrise de la narration. Un livre très très attendu. La dernière pierre sur un édifice (une tour !) et quelle pierre ! La fin d'une saga, entre philosophie, religion et métaphysique. Christelle Dabos a construit un monde particulièrement riche, imaginatif, bourrés de références, volontaires ou involontaires, je ne sais, mais qui font écho (ha ha) aux archétypes du héros (J. Campbell), en l'espèce Ophélie. On pense à Alice au  pays des merveilles, à cause notamment du miroir, mais aussi d'un lapin au fond d'un puits, mais cela va bien plus loin, cela puise dans la Gnose et son dualisme, à l'Alchimie aussi bien par le haut et le bas que la recherche de l'identité, de son identité, au plus profond de soi, de l'Amour, aussi bien au sens chrétien que romantique, dans les mythologies diverses qui pourront rappeler Homère, et la Kabbale (Vu que je lis un ABC de la Kabbale de Daniel Souffir). Pour ce dernier point il y a dans ABC de la Kabbale : p. 123 l'énergie qui rappellera l'aerargyrum de la Passe-Miroir ou les fluctuations quantiques pour les physiciens, p. 118 dualité pure et conscience séparée (Vous comprendrez pourquoi en lisant La Tempête des échos), p. 121 je reçois et je restitue (Pareil, c'est limpide dans le roman) etc. Je ne dis pas que La Tempête des échos est un livre kabbaliste, juste que des fondamentaux traversent les grands textes et que les grands romans s'en inspirent ou laissent transpirer ce qui nous définie, nous rend unique, nous rend créateur. Cela veut dire, pour moi, que ce livre contient des éléments essentiels, une profondeur indéniable. Le Verbe créateur est emblématique, tant le langage a ici de l'importance, le code, c'est aussi bien Biblique que Kabbaliste, mais cela pourrait également évoquer beaucoup aux informaticiens, j'en suis encore bouleversé. Je n'en dis pas plus pour ne rien dévoiler, car au delà de ce que ce livre m'inspire, il m'a littéralement transporté, lu en un peu plus d'un journée tant je ne pouvais le lâcher. Cela me rappelle le bon temps du Dit de la Terre plate de Tanith Lee, lu il y a fort longtemps ou plus récemment Harry Potter. Un livre magnifique, une très belle conclusion à la saga, même si j'aurais aimé un épilogue. J'attends que mon épouse et ma fille aient lu le livre pour en discuter avec elles. Pardon poussin, de l'avoir lu avant toi. Mais tu me comprends. Il y aurait tant de choses à dire sur ce livre ... J'en suis époustouflé tant il est vertigineux. Un livre édifiant et inspirant. Ophélie, tu me manques déjà.

La vérité est dans l’imaginaire.
Eugène Ionesco

Vivre sans vertige n'est pas vivre
Jean-Pierre Luminet (PodCast France-Culture)

Note : un Gogolplex

Dernière sommation de David Dufresne

Le Petit Livre Jaune
Dernière sommation de David Dufresne (Grasset, 234 pages, 2019)

Incipit :
Vicky tournait la bague de son majeur, comme un rituel.


Roman sur le mouvement Gilet Jaune, à défaut de le nommer autrement, inspiré fortement de faits réels (à 90% d'après l'auteur dans une interview). Un réquisitoire sur les dysfonctionnements au plus au niveau de l'état. Non pas un livre contre la police, ni pour les casseurs d'ailleurs, mais l'état devenu policier ou à tout le moins avec des représentants menteurs. Les mensonges sont flagrants, par exemple décrypté par des journalistes du Journal Le Monde, où le déni du Président de la République est tout simplement sidérant, mais Castaner n'est pas en reste. C'est du Trump avec une syntaxe correcte et de jolis mots, pour couvrir les autres maux.  Il y a des approches différentes dans d'autres pays mais là sont couvert des violations de la loi par leurs représentants mêmes. Des faits alternatifs à la française. J'imagine l'effet dévastateur à une époque des réseaux sociaux où tout se partage, tout se transmet. Et on ne parle pas ici de Black bloc armés qui se font tabasser, où là, je dirais se faire frapper est tout à fait proportionné. Je n'ai guère de pitié pour les casseurs. Mais ce qui est couvert est bien plus grave. La juriste rappelle la loi et je ne pensais pas que c'était si encadré en fait. Bref. Ce livre nous fait plonger dans la dérive de l'état policier, encouragé par ses plus hautes institutions, sans réflexions rationnelles, sans changements de doctrine, sans perspectives. Que de l'émotionnel, de la répression aveugle, de la langue de bois et surtout des mensonges flagrants. Cela porte aussi un autre nom : incompétence. Mais en tout point conforme à une vision ultra-libérale, darwinisme social, pouvoir et force étant l'horizon indépassable. Les policiers sont mis dans des positions intenables, on confond casseurs et manifestants pacifiques, et les médias de masse ne font tout simplement pas leur travail ou avec du retard, participant dans un premier temps à une propagande d'état. Pour s'en prémunir il faut aller puiser à différentes sources, lire des essais, comme celui de Danièle Sallenave sur Jojo le Gilet Jaune. Titre tiré d'une expression méprisante du Président, un Trump aux petits pieds, plus policé, plus érudit, mais le même fond, menteur, méprisant des classes sociales et pour les ultra-riches. Qu'attendre de plus d'un ex-banquier ? Qui de surcroit découvre la pauvreté via un film ? Déni, déni, déni. Un étudiant s'immole par le feu. Un cas isolé. Une Directrice d'école se suicide. Un cas isolé. Les mêmes techniques de com. Déni, déni, déni. On laisse l'hôpital publique crever. On donne La Française des Jeux (Exploitation légitimée des pauvres) bénéficiaire au privé. On privatise les bénéfices, on étatise les pertes. La même recherche du profit absolu du Capital accompagné main dans la main par la recherche du mensonge du nouveau Ministère de la Vérité. Désolant.

La violence : une force faible. 
Vladimir Jankélévitch (Le pur et l’impur )

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

dimanche 17 novembre 2019

Le château des animaux tome 1 de Delep et Dorison

Bonjour, un cachou ?
Le château des animaux - Miss Bengalore. Tome 1 de Félix Delep et Xavier Dorison (Casterman, 72 pages, 2019)

Une bande-dessinée clairement inspirée de La ferme des animaux de Georges Orwell. Un château ayant appartenu aux hommes a été abandonné à un groupe d'animaux. Une hiérarchie, une pyramide des pouvoirs s'est constitué, avec une garde rapprochée. Cela commence par un procès inique afin de semer la terreur et renforcer le pouvoir.  4 tomes sont au moins prévus. Un côté fable de La Fontaine, La bête est morte de Calvo (Histoire de la deuxième guerre mondiale) et bien sûr le totalitarisme en toile de fond mais surtout les mécanismes de maintien du pouvoir. Fait en partie écho aux Gilets Jaunes, où les forces en place souhaitent maintenir le statu quo et que sa remise en cause est impossible. Le dessin rend parfaitement l'univers. Cette série propose une solution, qu'on commence à entrevoir dans ce tome 1.

Note: AAAA

Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin

Concentré de prêt-à-pleurer
Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin (Livre de poche, 672 pages, 2019)

Incipit :
Un seul être nous manque et tout est dépeuplé.

Mes voisins de palier n'ont pas froid aux yeux. Ils n'ont pas de soucis, ne tombent pas amoureux, ne se rongent pas les ongles, ne croient pas au hasard, ne fond pas de promesses, de bruit, n'ont pas de sécurité sociale, ne pleurent pas, ne cherchent pas leurs clés, leurs lunettes, la télécommande leurs enfants, le bonheur.

Un livre coup de cœur. Coups de cœur, en plein cœur, limite acharnement thérapeutique. Compliqué à lire en extérieur, car vous allez puiser dans votre réserve de mouchoirs, prévoir deux boites. Une histoire maligne, qui joue avec les sentiments comme un chef d'orchestre chevronné qui utiliserait sa baguette pour vous torturer l'âme, pour votre bien. Joue très bien avec les contrastes, comme l'infidélité/la fidélité, et sur l'Amour, au sens large, l'amour filial, spirituel mais aussi charnel, cabossé, abîmé, torturé, alambiqué, compliqué. Moins manichéens que j'aurais pu le croire au début, l'auteur brode sur la nuance, sur le retournement de situation, en plus du retournement de nos émotions et du potager. Un livre de résilience, qui repose sur des relations d'amitié imprévues, sur les chats, les fleurs, les potager, les cimetières (si, si). Parfois on rate sa vie, non qu'elle soit ratée en tant que telle, mais qu'on passe, sans le savoir, à côté, comme un spectateur qui ne sait même pas qu'un film est en cours. Un livre sur le non-dit, les communications incomplètes, et comment on construit sa vérité, pour découvrir plus tard qu'elle n'était pas comme cela, et on réajuste, parfois trop tard, beaucoup trop tard. L'identité qu'on nous forge et qu'on se forge devient un habit dont il est difficile de se débarrasser, parfois un vêtement sale.  On oublie de vivre dans le présent, on vit avec son passé, de son passé, on vit dans un futur rêvé et voilà, on se déphase avec le présent, seule réalité tangible, et il n'est plus possible de se syntoniser avec soi et le monde. Un livre qui joue en orfèvre avec le tragique, un concentré d'émotion, un livre pour les cœurs d’artichaut. Il me fallait faire des pauses. Le pire est d'en avoir lu une partie au bar de Beaugency ... pas facile de cacher ses émotions. Il y a beaucoup de sagesse en filigrane dans la destinée de Violette, son personnage principal. Une belle personne, que le destin n'a pas épargné. Je ne souhaite à personne de vivre ce qu'elle a vécu. Mais par sa force, c'est aussi un livre d'espérance. Un livre qui parle de la mort avec beaucoup d'humanité, chaque début de chapitre illustré par une épitaphe. Je ne puis m'empêcher de citer ce passage du livre, de la lettre de Saint-Jean : « Mes bien-aimés, parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime pas reste dans la mort. Voici à quoi nous avons reconnu l'amour : nous devons donner notre vie pour nos frères, celui qui a de quoi vivre en ce monde, s'il voit son frère dans le besoin sans se laisser attendrir, comment l'amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? Mes enfants, nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » J'espère que la femme est bien incluse dans cette lettre sinon cela n'aurait aucun sens. Mais ce passage résume bien l'idée fondatrice du livre. Recommandé, chaudement. Et puis il a aussi plu à mon épouse. Recommandé doublement.

Note : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

lundi 11 novembre 2019

Orwell de Christin et Verdier

Orwell is watching you
Orwell de Pierre Christin et Sébastien Verdier (Dargaud, 160 pages, 2019)

Un roman graphique sur la vie d'Orwell. Un beau noir et blanc, un graphisme que j'aime bien, clair et net. Quelques illustration d'autres dessinateurs. Cela complète les livres que j'ai lu d'Orwell (Why I write, 1984, Animal Farm) ou sur Orwell (Simon Leys) mais aussi d'autres qui s'en inspirent (Limbo, 2084 que je n'ai pu finir, trop ennuyeux). Ce sont l'écoute de podcasts de France Culture sur Orwell (Episode 1 de l'émission Les chemins de la philosophie) et le fait de tomber sur cet ouvrage à la librairie de Beaugency qui m'ont fait céder. Ses propos, ses analyses, sa sincérité, son engagement, ses propos socialistes très actuels n'ont rien perdu de leur valeur. Déjà à l'époque il estimait de 1 à 10 entre le plus bas salaire et le plus haut. Ce combat n'est pas nouveau et les puissants se sont renforcés. Les tendances néo-fascistes d'un Donald Trump, son Fake-News comme étendard, ses attaques sur les institutions, son racisme, sexisme, sa bêtise crasse, ses débilités incessantes, ses inclinations à la dictature, son beaufisme gras, rappellent Ô combien le combat contre l'ignorance et la violence est toujours actuel et nécessaire. C'est aussi une réponse terrible à la naïveté de Petite-Poussette. Michel Serres s'ébahissait de cette dernière, Donald Trump en est une réponse cinglante, le Lucky Luke du tweet débile, offre une perspective très très inquiétante, car il a aussi le bouton nucléaire ... et la mentalité d'un enfant de 6 ans (je peux pas dire 7 qui est, dit-on, l'âge de raison). Pour être tombé sur une émission sur CNews avec Pascal Praud, Orwell serait là aussi ébahi. Moi qui pensait que le journalisme avait une charte éthique, une déontologie, il semble que non, que cette carte peut être donné à des polémistes idéologues propagandistes, du pilier de comptoir roi. Le pire est qu'il n'est pas le seul. C'est le nouveau modèle d'infotainment qui se répand comme la peste. Les réseaux sociaux, le choléra, en étant la caisse de résonance. L'excellent John Oliver (Mais aussi Trevor Noah du Daily Show) démonte la stratégie du menteur pathologique invétéré qu'est Trump, c'est du Critical Thinking 101 (Trump vs Truth) mais aussi The Trump Presidency, où John explicite en trois points (Deligitimizing the media, Whataboutism, Trolling) la stratégie en rouleur compresseur (Voir Limbo) du 45ème Président des États-Unis. La France n'est pas en reste. Pas d'arguments, ne pas écouter son interlocuteur, ne pas arrêter de lui couper la parole, faire des hors sujets, répondre à côté, insulter, ... Eric revient !!!! (Trop drôle il passe à la radio sur le jeu des mille euros la question "Qui était Eric Blair" !!!!). Bref. Un roman graphique intéressant et passionnant.

Note : AAAAAAAAA

Bergson La création de soi par soi de Karl Sarafidis

Manuel de culturisme spirituel
Bergson La création de soi par soi de Karl Sarafidis (Eyrolles, 146 pages, 2013)

Incipit :
On accuse souvent la philosophie de ne servir à rien, de ne répondre à aucun besoin réel et de n'offrir aucun but concret à l'humanité.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'incipit. Pour celles et ceux qui s'intéressent à la philosophie, au contraire, elle peut servir et apporter beaucoup. Ce n'est pas la (ou les) philosophies qui sont en cause mais plutôt de ne pas s'y intéresser, de ne pas se prendre en main et de ne pas y réfléchir. D'innombrables ouvrages démontrent le contraire de l'incipit, (Par exemple Happy qui montre Ô combien le stoïcisme peut participer à notre bonheur, mais pas que) dont l'ouvrage ici-présent bien évidemment. Certes c'est pour mieux nous introduire à la pensée de Bergson qui propose justement une réflexion qui peut nourrir notre développement personnel et notre vision de la vie. Et ce livre le fait magistralement, des chapitres qui charpentent un édifice reposant sur quelques piliers essentiels des écrits d'Henri Bergson. Il y a quelques points auxquels je n'adhère pas ou qui sont contraires aux idées que je me suis construites en lisant d'autres auteurs (Trinh Xuan Thuan, Klein, Stephen Hawing par exemple) mais dans l'ensemble il s'agit d'une pensée cohérente, du "connais toi toi-même" à "deviens ce que tu es", on y retrouve les pensées d'autres philosophes ou d'autres penseurs.Y compris Anselm Kiefer dont je suis grand fan, car Bergson parle beaucoup de création au sens large. Cela m'incite aussi à aller puiser dans les ouvrages de Bergson, dont sont extrait des citations, même s'ils ont l'air moins clairs que l'analyse qu'en fait Karl Sarafidis. Étonnamment j'ai commencé un livre sur la Kabbale et j'y retrouve des similitudes nettes, que l'Homme vaut plus qu'il ne croit (pour faire très synthétique). Les passages sur le fait de créer ont de forts impacts sur moi car comme je peint (en toute modestie) cela résonne bien différemment que si je ne peignais pas. D'autant que les propos d'Anselm (encore lui) m'ont décomplexé sur ce sujet et a converti mon regard sur plusieurs points.

Note : AAAAAAAAA

The Mysterious Benedict Society and the prisoner's dilemma by Trenton Lee Stewart

Autobus à Impériale
The Mysterious Benedict Society and the prisoner's dilemma by Trenton Lee Stewart (Little, Brown Books for Young Readers, 400 pages, 2010)

Incipit :
In a city called Stonetown, on the third floor of an old, gray-stoned house, a boy named Reynie Muldoon was considering his options.

Troisième volume des aventures des quatre enfants, je pensais même que j'en étais au quatrième ... Toujours aussi addictif, je ne m'en lasse pas. Il y a un bon suspense, de bons personnages, qui continuent à nous surprendre, de bonnes idées narratives. C'est de l'excellente aventure pour les enfants, j'adore ! (Étant enfant moi-même, cela va de soi pourrait-on dire). Je n'ose trop parler de l'intrigue sans rien dévoiler mais il est raisonnable de penser que ce volume clos la trilogie au point où je m'inquiétais que cela soit vraiment terminé, l'auteur ayant débuté une autre saga. Mais non il y a peu un quatrième volume est paru ... pas encore en poche. Donc plus cher. Mais d'un autre côté relié. J'aime beaucoup les illustrations, les couleurs des différents volumes, l'incitation à de bonnes intentions, entraide, bienveillance, fraternité, savoir et connaissance,se dépasser. Et des méchants mémorables, Mr. Curtain dont l'esprit semble voilé (D'où son nom, rideau en français), bien sûr mais aussi McCracken (Un crack dans son domaine ha ha) ! Et comme tout ce qui a du succès dans un monde hyper-connecté, il y a un wiki fandom sur cette série avec fiches de personnages, forum de discussion etc.

Note : AAAAAAAAA

mardi 5 novembre 2019

La philosophie en clair de Michel Puech

et sans décodeur
La philosophie en clair de Michel Puech (Ellipses, 288 pages, 2012)

Incipit :
La philosophie, la vraie, celle qui est difficile mais importante, doit être accessible à tous. Non pas être «vulgarisée» ni «popularisée», mais diffusée. Il  existe un devoir de diffusion culturelle. Sans trop se prendre au sérieux quand même.
Pari réussi, un livre accessible et qui ne fait pas l'impasse sur des notions essentielles et profondes. Je dirais même livre excellentissime. Je regrette qu'il n'y ait pas un volume 2 avec 10 autres philosophes (Socrate, Spinoza, Hegel, Schopenhauer, Malebranche, Bachelard, Cassirer, Jankélévitch etc.). Je l'ai même acheté à ma fille pour son bac (Si c'est pas un gage de qualité ça !!! Alors que je ne l'avais que parcouru mais j'ai senti le potentiel, ma truffe a frémit dès les premières pages...). Il n'y a que la partie Heidegger qui ne m'a pas vraiment convaincu, je sais je suis trop limité, que voulez-vous. Mais, bon, plus grand penseur du XXème siècle et nazi cela fait un tantinet oxymore. Mais au delà de ce point qui peut être nuancé et que l'auteur nuance d'ailleurs, la pensée de Heidegger est la plus difficile, plus dur que la plus difficile même. Vous voyez compliqué ? Complexe ? Hé bien encore pire. Mais aussi la plus voilée, la plus abstruse, la plus déguisée et cela ... volontairement. Oui il l'a fait exprès ! Au point que l'auteur parle de secte pour les fans d'Heidegger et parle même d'ouvrages ... indéfinissables (Ahhhh le sens de la litote). Mon détecteur de bullshit était une vraie guirlande de Noël 25000 Watts. Car seuls des initiés (autre mot de l'auteur) comprennent le maître. J'y vois la défaite de la pensée, mais bon, c'est mon côté gauchiste ça. Élitiste n'est pas vraiment le mot, il suffit de peu diffuser, comme ses cahiers noirs n'est-ce pas ?, imposture me semble plus judicieux, comme certains écrits post-modernes et les blagues faites auprès de revues qui n'y ont vu que du feu et ont accepté n'importe quoi (Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, ou le site d'Alain Badiou, le philosophe qui défendait les Khmers rouges). Quel intérêt de faire de la philo pour quelques élus ? Je n'en vois aucun. Je cite Michel Puech (114) qui cite Heidegger "L'être du Dasein a au moins un «sens» en ceci qu'il a une direction : l'être-vers-la-mort". Wahou, bon, pour l'originalité type "on va tous mourir", on repassera. Et sinon, l'eau ça mouille ? Mais le plus drôle, le plus savoureux est (125) dans la partie de Wittgenstein, le paragraphe sur Un cas clinique : Heidegger, ce dernier clairement mis dans la catégorie pervers, je dirais même pervers-narcissique, c'est plus récent dans la taxonomie des personnalités toxiques. Que du banal pour un nazi. Les philosophes professionnels (Encore un oxymore) français qui disent comprendre Heidegger (Mais comment le vérifier puisque sa pensée a été codée, rendu obscure par le maître lui-même) ont-ils aussi conscience qu'en plus d'une pensée cryptée, Heidegger a été mal traduit en français ? Des pages imbitables sur l'être et l'étant, et pourtant considéré comme le plus grand penseur du XXème siècle, il y a quelque chose qui colle pas. Plus grand penseur et nazi ? Il y a quelque chose qui ne colle pas (bis repetita). Mais alors pas du tout. Mais qui le dit que c'est le plus grand penseur ? A part les fans, juges et parties, un entre-soi, dont on est même pas sûr qu'ils ont vraiment compris vu que c'est ce qu'il y a de plus dur, c'est même parfois incompréhensible et en plus mal traduit en français. Bref la porte ouverte à dire tout et n'importe quoi, qui pourra contredire ? Comment appliquer le principe de réfutation ? Et la connaissance objective bordel vous vous en moquez ? Mais qui d'autres dit aussi que c'est le plus grand penseur du XXème siècle ? Ben tous les autres, c'est-à-dire ceux qui n'ont rien banané donc, et qui répètent bêtement ce que dit une clique d'aristo de la philo qui se paluchent sur des concepts abstrus et qui prétendent avoir compris. Cela fait mince. J'ai envie d'appliquer le rasoir d'Occam. Les fanatiques sectaires d'Heidegger vont pas aimer. Et en plus pour balancer des trucs du style que "l'être va mourir", pardon, que "l'étant se dirige vers l'être-vers-la-mort" (C'est du lourd, la vache) faut-il être un grand penseur ? bref j'ai du passer à côté de quelque chose de démentiel mais mon petit cerveau n'a rien saisi, j'assume, j'assume. Bizarrement je n'ai aucun regret, cela pue la baudruche surévaluée, la fumisterie, un mythe fabriqué après-guerre quand tout n'était pas connu de l'auteur. Heidegger n'a jamais eu de regret. Le plus grand penseur n'a rien regretté des millions de juifs exterminés. Ce n'est pas le plus grand penseur, c'est la plus grande saloperie en fait. Bon maintenant que je me suis bien amusé, je vous rassure, le reste de l'ouvrage est vraiment vraiment super. La quatrième de couverture indique "On ne vous avait jamais expliqué les choses comme ça". Exact. J'ai apprécié en particulier le chapitre sur Bergson, que je ne connaissais pas du tout, à part de nom et le titre de son ouvrage célèbre, sur le rire. Ce côté intuition m'a rappelé l'intuitionisme dans Le continent de la douceur, et bien plus encore. Surtout sur ce que je lis sur l'art. Cela m'incite à lire cet auteur qui m'a l'air vraiment vivifiant, pas comme l'autre blaireau nazi. (132) dans le chapitre Wittgenstein : "Aucune défense n'est plaidable pour le philosophe qui ne sait pas dire ce qu'il veut dire en langage ordinaire". Pas mieux.

La plus évidente des vérités ? Un mensonge qui nous plaît.
Alphonse Karr

Note : AAAAAAAAAAAAAA


dimanche 3 novembre 2019

The Girl Who Lived Twice by David Lagercrantz

Etron, étron, petit patapon
The Girl Who Lived Twice by David Lagercrantz (MacLehose Press, 368 pages, 2019)

Incipit :
A beggar nobody had seen before appeared in the neighbourhood that summer. No-one knew him by name, nor seemed to care much about him, but to a young couple who passed him every morning he was the “crazy dwarf”. He was in fact around one metre fifty tall, but he was certainly erratic, and he would occasionally spring up and grab people by the arm, babbling incoherently.

Une série enterrée avec brio par un auteur nase. Pourtant je m'étais dit qu'on ne m'y reprendrait plus ... Mais voilà j'ai cru un instant qu'il avait remonté le niveau, ce qui était possible au regard du gouffre où on était tombé. Grave erreur. J'hésite à créer une nouvelle catégorie : le contraire du livre coup de cœur, l'antithèse du livre culte, en somme l'étron resplendissant de toute son aura de vacuité. Qu'est-ce que c'est mauvais, j'y crois pas. J'ai tenu jusqu'au chapitre 23 (Plus de la moitié du livre) et c'est d'un ennui abyssal. Qu'est-ce qu'on en a rien à cirer de ce fait divers qui traine en longueur (au moins la moitié du livre !), l'auteur pisse à la ligne à n'en plus finir tellement il brode sur une intrigue médiocre. Même en anglais l'auteur m'ennuie, me lasse et me pousse au désintérêt le plus profond.  Cela fait un mois que je suis dessus et chaque reprise est plus difficile, je préfère jeter l'éponge et lire autre chose. C'est moins débile que les propos incohérents de Trump (Cours d'esprit critique pour les nuls par l'excellentissime John Oliver ici et ) mais quand même. Le monde en déréliction ...
Je confirme ...
Mais le capitalisme se satisfait de la nullité, tout se vend. Et même il l'annonce par avance, comme pour le dernier Astérix, qui affiche fièrement dans ses têtes de gondole, je cite, "Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de nouveau !..", autodérision, certes, mais à 5 millions d'exemplaires. Couper des arbres pour ça, je me pose la question. Que ce dernier Millenium soit l'étron d'arbre, il y a une cohérence. Bon c'est vrai je me défoule un peu. J'ai commencé un tableau et pour la deuxième partie j'attends que cela sèche. Faut bien que je m'occupe ! Mais ce qui est acceptable pour Astérix, destiné après tout en priorité aux enfants de 9 ans (tant pis pour la double lecture destinée quant à elle aux adultes, que maîtrisait Gosciny), l'est moins pour Millenium. Là pas vraiment d'excuse. C'est rare qu'un thriller fasse ressentir la notion métaphysique de néant.


Note : .

samedi 2 novembre 2019

Marina de Carlos Ruiz Zafon

Castle in the snow
Marina de Carlos Ruiz Zafon (Pocket, 284 pages, 2012)

Incipit :
Nous ne souvenons que de ce qui n'est jamais arrivé, m'a dit un jour Marina. Il aura fallu qu'il s'écoule une éternité pour que je finisse par comprendre le sens de ces mots. Mais mieux vaut commencer par le début, qui, dans cette histoire, se trouve être à la fin.

Un roman qui au départ fait rêver, m'a emporté, puis petit à petit à faire resurgir des peurs pour terminer dans le tragique dans tout ses états, y compris celui de l'amour impossible. Un livre plein d'émotions, où j'ai retrouvé l'auteur de L'ombre du vent. Un petit côté fantastique gothique, ce n'est pas un hasard si l'un des personnage s'appelle Maria Shelley, un clin d’œil appuyé. Merci à Christophe, libraire de Beaugency, de me l'avoir recommandé. Un livre adapté au temps, à mon humeur. D'ailleurs pour écrire ce court article, j'écoute The Sky is Crying de Gary B.B. Coleman. Oui on voit tout de suite que je nage dans le positif grave. Bon je vous laisse, je vais faire un tour dans un cimetière. Je suis dans ma phase famille Addams, puis je regarderais à nouveau La labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

Note : AAAAAAA

vendredi 1 novembre 2019

Âme brisée d'Akira Mizubayashi

Âme brisée d'Akira Mizubayashi (Gallimard, 256 pages, 2019)

Incipit :
« Dimanche 6 novembre 1938, Tokyo.
 Bruit sec et tranchant des pas de bottes, grandissant, ralentissant. Quelqu'un marche. Il s'est arrêté ... Il a repris sa marche ... Il s'est arrêté de nouveau. Il est maintenant tout près. Je crois entendre sa respiration.
Il s'agit d'un présent. C'est toujours délicat, surtout et principalement si je n'apprécie pas le livre. Bon là dessus je suis rassuré et confiant. Et puis il m'a été dédicacé, cela fait partie du présent, la belle signature en français mais surtout en japonais et accompagné d'un tampon, rouge, un kanji ancien d'après ma fille et qu'elle m'a traduit. C'est kawaï, non ? Un très beau titre, au connoté multi-couches, l'âme étant aussi bien la pièce d'un violon, la beauté intérieure d'un être, la passion intérieure, la beauté intérieur d'un objet que celle d'un enfant ou encore celle d'un pays. Je suis un peu en désaccord avec l'auteur comme quoi la langue japonaise serait plus hiérarchique que le français car ce dernier utiliserait le même mot "père" quel que soit son interlocuteur, qu'il soit bas dans la hiérarchie ou un qu'il soit ministre. La langue, en fait la parole, pour être plus précis, est ce qu'on en fait et elle est le reflet de la civilisation qui l'a vu naitre, de plus cette dernière évolue. Bien sûr elle peut masquer (Comme dans Lumière pâle sur les collines d'Ishiguro) par une attitude polie, obséquieuse ou hypocrite, mais cela est due aux conventions sociales plus qu'à la langue elle-même. La langue le permet car la culture l'a créé ainsi, mais il est possible de jouer avec la langue, la modifier, et d'énormes possibilités sont offertes à cet effet. D'ailleurs les personnages font justement l'effort de ne plus mettre san comme suffixe, suffixe marquant la déférence et le respect, mais aussi une certaine distance, démontrant par là même ce que je viens de dire, la langue n'empêchant en rien de faire différemment, qu'il est possible de s'affranchir de conventions en contournant ses reflets dans la langue. Le connoté (au sens de Barthes) avec le langage non verbal (le regard, le sourire en coin) et le verbal (le ton, le rythme) peuvent très bien également modifier la signification du pure signifiant. Bref il y a quelque chose qui ne colle pas. Cela n'enlève rien au constat des conventions sociales ni la manière dont c'est vécu dans l'ouvrage, ce dernier n'étant pas un livre théorique sur le sujet de toute manière. Mais cela entrait en conflit avec ce que je lis par ailleurs sur la sémiotique, et n'ai pu m'empêcher de ramener ma "science". Le livre commence par un trauma, trauma qui imbibera toute la vie du personnage. Le fil rouge est un violon, lien indéfectible avec l'aura paternelle, genre d'objet transitionnel, qui instillera à la fois la force de vivre, induira un choix de vie, et trouvera sa résolution post-traumatique dans une réconciliation avec l'histoire et son passé. C'est raconté avec beaucoup de délicatesse et de retenue, c'est, j'aurais envie de dire, très japonais, dans la manière de faire. Peut-être que je me laisse aussi influencer par l'aura d'un pays qui m'intrigue. Un livre sur l'absurdité du monde, sa violence, sa bêtise. Un livre qui véhicule des émotions touchantes, un livre sur la résilience.  Un beau livre.

Note : AAAAAAA

Le Grand Paris d'Aurélien Bellanger

Un architecte a plus d'une tour
dans son sac
Le Grand Paris d'Aurélien Bellanger (Folio, 528 pages, 2018)

Incipit :
Je 'appelle Alexandre Belgrand.

Je comprends mieux Jérôme Garcin, du Masque et la plume, alors qu'il parlait de son dernier roman , Le continent de la douceur,  qui trouvait l'auteur très houellbacquien. Je ne trouvais pas, mais à la lecture de ce livre, Le Grand Paris, effectivement, outre l'aspect un peu fataliste, la fin rappelle fortement Soumission. Les chapitres sont courts comme pour son dernier livre, donc je ne comprends pas trop ce qu'à voulu dire Arnaud Viviant, encore moins sur le fait que Jean-Philippe Toussaint avec sa clé USB lui donnerait une leçon (?!), moi que ce soit dense et long ne me pose pas de souci particulier du moment que c'est intéressant. Comme à chaque fois l'auteur s'inspire de personnage réels, on reconnaitra facilement sous les traits du Prince un ancien Président français, et là il mélange savamment urbanisme, aménagement du territoire et politique. C'est assez féroce dans l'analyse d'ailleurs. Bon Aurélien est très bon y'a pas à dire. Petit bémol tout de même, p 145, erreur sur la couleur Budé pour la série grecque, ce n'est pas l'orangé qui est réservé à la série latine (C'est un souvenir d'enfance, car j'avais un Budé latin, que je n'ai plus, et puis vous n'êtes pas obligé de me croire, alors vous pouvez le vérifier noir sur blanc sur le site de l'éditeur), mais la couleur chamois. Tsss Aurélien, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu ne fais pas tes nuits ? Ta camomille était trop forte ? Naaan mais je plaisante, de toute façon tu m'as l'air plus costaud que moi et je suis lâche. Je dois dire que des trois que j'ai lu d'Aurélien, c'est celui que je préfère le moins. Peut-être à cause de la politique et de l'architecture vue principalement sous l'angle de l'aménagement. Non que ce dernier sujet ne m'intéresse pas mais c'est le contexte politique qui contamine tout. Cela reste tout de même très bon. Je serais attentif à la sortie de son prochain !!!

Note : AAAAAA

lundi 28 octobre 2019

The Rosicrucian Enlightenment by Frances Amelia Yates

La vie en roses
The Rosicrucian Enlightenment by Frances Amelia Yates (Rootledge, 352 pages, 2001)

Incipit :
The title of this book may give rise to some misunderstanding. 'Rosicrucian' may suggest that this is going to be a book about a modern groups of inquirers into various forms of occultism.
Frances Yates est une historienne plus particulièrement intéressé par la renaissance. A cette époque il y a des évènements Bohème / Palatinat (Frederick V et Elizabeth Stuart). Etonnament, pour moi en tout cas, ces évènements sont assez liés avec deux textes de Rosencreutz, le Fama et le Confessio, qui sont deux textes mystificateurs. Les rosicruciens suggérés dans ces deux textes sont sans existence historique avérée. Néanmoins cela a eu un effet performatif, à la fois en mettant en avant une soif de savoir et de connaissance, et surtout en insufflant une dynamique bien réelle qui a permis et facilité la création de structures concrètes comme la Royal Society. Cet ouvrage offre un éclairage historique d'évènements sous l'angle ésotérique, magique occulte, habituellement ignorés des historiens qui préfèrent une analyse historique conventionnelle (les acteurs clés, les guerres, l'économie, les rois, les reines, les attentats etc). L'ouvrage souligne l'influence de certains personnages importants à cette époque et qui sont particulièrement porté sur la magie, l'occulte, l'alchimie etc. (John Dee par exemple) et leur influence historique importante (y compris lorsque le roi Charles I s'est opposé à certaines visions, ce dernier l'a fait en se positionnant par rapport à Dee, et l'idéologie sous-jacente au mouvement d'idée rosicrucienne). Il faut ainsi voir le rosicrucianisme comme un mouvement d'idées qui a influé sur un mouvement bien plus général qui a in fine mené aux Lumières ou a préparé son avènement. J'ai été surpris et content d'y retrouver Athanasius Kircher, (cf. sa fiche wikipedia) considéré comme le Léonard de Vinci fin Renaissance, rien de moins. Un livre historiquement détaillé et pointu, offrant des pistes de réflexions. Je regrette que l'auteur ne soit plus de ce monde. J'ai aussi son livre sur L'Art de la mémoire, un savoir ancien utilisé de nos jours notamment par les illusionnistes et les mentalistes. Elle a écrit un livre sur Giordano Bruno, qui connaissant l'art de la mémoire justement, et sur l'occultisme à l'époque élisabéthaine. Bref un très bon livre sur un époque riche en évènements.

Note : AAAAAA

Anselm Kiefer - Hors Série Beaux Arts

Bréviaire pour âmes damnées
Anselm Kiefer A la bibliothèque Nationale de France et au Centre Pompidou  Hors Série Beaux Arts (Beaux Arts, 65 pages, 2015)

Un numéro spécial du magazine Beaux Arts, spécial Anselm Kiefer, lié à une double exposition (BNF, Beaubourg) avec de belles reproductions et des textes éclairants. Cela ne vaut pas de voir en vrai, d'autant que certaines œuvres sont assez grandes et qu'une photo ne rendra jamais justice. Un complément à ce que j'ai pu entendre dans les podcasts de France Culture ou son discours au Collège de France. Certains passages exprimés par Kiefer sont en symphonie avec des passages de l'introduction de La naissance de la tragédie de Nietzsche (Lecture en cours). Ce n'est peut-être pas un hasard ... L'un philosophe au marteau l'autre crée à la spatule. Il n'y a pas de hasard. Je m'intéressait aussi à Gerhard Richter, et suis tombé sur des propos qu'il tient sur Anselm Kiefer, nous t'écoutons Gerhard :  « Exposition Kiefer. Ces prétendus tableaux. Ce n’est pas de la peinture. Il leur manque l’essentiel, et même si, d’emblée, ils ont la fascination choquante du macabre, au bout d’un certain temps, ces « tableaux » expriment ce qu’ils sont réellement : une substance informe et amorphe, une croûte qui ressemble à de la soupe figée, une crasse répugnante, un simulacre de naturalisme qui, graphiquement, a, au mieux, l’efficacité d’un décor de théâtre. L’ensemble s’exhibe avec un pathos et une ostentation indéniables, d’autant plus que le contenu repose sur un prétexte littéraire, illustré par un tas d’immondices. L’autre prétexte est l’anecdote tirée à l’arrachée des tiroirs de l’histoire, pour profiter du fait que, tant qu’on évitera de définir les choses, tout est bon pour suggérer des associations. La seule chose que je redoute est de peindre aussi mal. » Extrait de: Gerhard Richter « Textes, 1962-1993. ». Bah alors Gerhard ? On a pas pris sa verveine ? On est tendu du slip ? Bon merci tout de même Gerhard pour des propos de haute volée qui laissent entrevoir, me semble-t-il, une pointe de jalousie mêlée à un manque de confiance en soi, en tout cas que je trouve peu digne, peu argumenté. Je suis pas impressionné. Mais ok tu m'incites à lire tes écrits, ça c'est bien joué. Finalement il est possible d'être artiste et de manquer totalement de sérénité, ou d'avoir un ego insécure, alors que je pensais que cela élevait l'âme. Tout de même, pourquoi tant de mépris ? Ils étaient à la même école et ils se sont chamaillé ? Donc je vais m'intéresser de plus près à Gerhard, oui je suis comme cela, faut que je creuse (J'ai d'ailleurs pris un abonnement à Pelle Magazine, allez-y c'est super). D'autant que John David Ebert  parle également de Richter dans son MOOC sur l'Art contemporain (Vidéos ici). Son recueil de textes de Richter est un peu cher, même en anglais. Fait ch... je veux dire c'est dommage. Mais on devrait trouver des choses intéressantes sur le net.

Mes outils ne sont pas uniquement le pinceau et la spatule. Je fais appel à toutes sortes d'engins tels que des grues, des camions, une excavatrice ... L'art peut se référer à toutes choses et se servir de tous les instruments.
Anselm Kiefer

Note : AAAAA

Astérix. La fille de Vercingétorix de Ferri et Conrad

Catastrophix !
Astérix. La fille de Vercingétorix de Ferri et Conrad (Editions Albert René, 48 pages, 2019)

Et voilà je me suis laissé à nouveau tenter. A cause d'un article "positif" (Très immérité, mais peu importe). Le Papyrus de César était très moyen mais mieux que Astérix chez les Pictes. Astérix et la Transitalique était encore moins bien, d'ailleurs pour ne pas en dire du mal ... je n'en parle même pas ... Bon là encore nul, pardon mauvais. Le dessin est ok, pas vraiment de soucis de ce côté. Il y a tout de même l'application d'une recette usée jusqu'à la corde, quasi tous les poncifs sont au rendez-vous. Et le scénario est, comment dire, vraiment pas terrible. Pas d'étincelle de créativité. On sort à peine de la torpeur dans laquelle j'ai sombré au fil des pages. Heureusement il n'y en a que 48. On est à des années lumières de la belle époque. Bon là c'est vraiment le dernier que je lis. La madeleine est moisie.

Note : .


lundi 21 octobre 2019

L'art survivra à ses ruines d'Anselm Kiefer

Est-ce que les ruines survivront à l'Art ?
L'art survivra à ses ruines d'Anselm Kiefer (Collège de France/Fayard, 96 pages, 2011)

Incipit
Monsieur l’Administrateur
Chers collègues
Mesdames, Messieurs

Le Collège de France a invité un artiste plasticien en espérant, je présume, qu’il vous parle d’art, qu’il vous renseigne sur ce qu’est l’art, qu’il en démontre selon lui l’origine. Je vous dirai qu’il n’y a pas de définition de l’art. Toute tentative de définition se défait au seuil de son énoncé, au même titre que l’art qui ne cesse d’osciller entre sa perte et sa renaissance. Il n’est jamais là où on l’attend, où l’on espère le saisir, et, en me référant à l’Évangile selon saint Jean (chapitre 7), je dirai : « Là où il se trouve, nous ne pourrons jamais l’atteindre. »

Il est possible que j'ai découvert cet artiste pendant un cours, sur le MOOC Understanding Contemporary Art de John David Ebert (59 vidéos dispo sur Youtube) et depuis je lis, j'écoute tout ce que je trouve sur lui. Et si je peux voir une expo je n'hésiterais pas. J'irais bien à son atelier à l'est de Paris ...Ce livre est une transcription de sa leçon inaugurale au collège de France. Il y a une courte présentation, dispo en ligne, puis le discours d'Anselm, dispo en ligne. Il y a même la version filmée, dispo en ligne également. Dire que j'apprécie cet artiste est presque une litote, c'est en deçà de mon ressenti. Ce qu'il pense je le pense aussi et je me sens très proche de ses propos philosophiques ou spirituels. A un moment il écrit/dit "Selon une légende hassidique, une lumière est allumée sur la tête de chaque enfant en gestation dans le ventre de sa mère". Cela m'éclaire (ha ha) sur les installations de Christian Boltanski qui utilise semble-t-il cette légende, ce qui n'occulte en rien d'autres interprétations. Nous sommes poussières d'étoiles, donc des étoiles. Cette lumière dorée chez Boltanski peut aussi être la pierre philosophale, ou une parcelle du divin. Je vous recommande L'Art Cosmogonique d'Anselm Kiefer, un entretien avec Étienne Klein dans son émission (Écoutable sur  France Culture, Youtube), c'est génial, souvent drôle, passionnant. Encore plus génial, le documentaire de la BBC, au titre fabuleux, Imagine ... Anselm Kiefer remembering the future (2014), IMDB, visible sur Viméo. On peut visiter le studio d'Anselm. Comme j'aimerais avoir un terrain de jeu de cette taille ... En plus d'être facétieux, il me rappelle le dynamisme infatigable de mon beau-père, à toujours devoir réaliser, construire, modifier quelque chose. Anselm fait maintenant partie de mon panthéon tout personnel, comme Mark Alizart, Yuval Noah Harari, Michel Onfray (ses livres), Etienne Klein, Albert Einstein, Richard Feynman, Aurélien Bellanger, Barthes, Lévi-Strauss, Trinh Xuan Thuan, Joseph Campbell, George Orwell, Nietzsche et tant d'autres.

Tab n° 24 Cosmogonie d'A.K.
J'avais composé ce tableau dans un carnet de notes, au crayon il y a une semaine. Avec différents symboles. Et de la récup (Un plateau de disque dur IDE 3.5', celui de 2.5' a explosé en mille morceaux). Et entre cette conception et sa réalisation j'ai depuis écouté Anselm. Donc un tableau en hommage à Anselm par son titre. Sa composition évoque aussi mes lectures/écoutes de Trinh Xuan Thuan, Mark Alizart, Étienne Klein etc. mais aussi des parcelles mémorielles des années 80, dont je me suis remémoré ... a posteriori (!). Bon je ne vous dit pas tout, à vous d'y trouver quelque chose ... ou pas. Son titre fait explicitement référence à l'émission d’Étienne Klein (Cf. supra). Le choix des couleurs, et donc du cadran en quatre parties, provient de la lecture de Carl Gustav Jung (Man and his symbols) le matin même de la réalisation, à propos d'une légende juive de la création de l'Homme Cosmique. J'ai du acheter trois variétés de cordelettes afin de trouver celle qui me convenait le mieux. Maintenant j'ai du stock ... Il faudrait que je fasse de la récup comme Anselm, mais outre le problème de stockage, mon épouse risque de mettre rapidement le holà ... Oui car Anselm achète en gros tout un tas de choses, comme le zinc des toits de Paris ou le plomb de la Cathédrale Notre-Dame. Il a failli acheter une centrale nucléaire !! Oui, décommissionnée quand même. Et les matières premières récupérées se retrouvent dans ses œuvres. Il fait aussi de l'électrolyse, cela me rappelle les miennes avec tubes à essai, une pile, une cathode et une électrode ... et j'avais de l'hydrogène entre autre ... Heureusement que mes parents ne savaient pas tout. C'était il y a longtemps il y a prescription. L'acrylique est moins explosif (Encore que ...). Bref cet exposé d'Anselm contient de nombreuses pépites. Ci-après quelques-unes d'entre elles.

L’art, cependant, devrait permettre de regarder au-delà des choses et le visible n’être que le support de l’invisible, l’émanation du secret divin.

Je crains que la beauté qui se réalise dans l’art ne devienne cendre une fois remontée au niveau du discours.

L’art doit être nuisance.

Je n’ai foi que dans l’art et, sans lui, je suis perdu. Seuls les poèmes ont une réalité. 

Anselm Kiefer
L'Art survivra à ses ruines. Conférence Collège de France.

Note : AAAAAAAAAA