dimanche 20 janvier 2019

Puissance du mythe de Joseph Campbell

Bréviaire transcendantal et spirituel
Puissance du mythe de Joseph Campbell avec la collaboration de Bill Moyers (J'ai Lu, 374 pages, 1991)

Incipit étendu :
Certains pensent que nous cherchons avant tout à donner un sens à notre vie. Je ne crois pas que là réside notre quête. Je crois plutôt que nous voulons nous sentir vivants. Nous voulons goûter, une fois, au moins, la plénitude de cette expérience de façon que tout ce que nous vivons sur le plan physique éveille un écho au plus profond de notre être, de notre réalité intime Ainsi nous pourrons véritablement faire l'expérience de cette sensation extatique : être vivant.

Conversations thématiques lumineuses sur les mythologies et ce qui les soutiennent, les archétypes. Ces derniers sont la source d'histoires fondamentales qui ont irriguées les sociétés qu'elles soient primitives ou non, et ont permit à tout un chacun de donner un sens à sa vie. Joseph Campbell est passionnant dans son approche des mythologies comparées et offre un éclairage édifiant sur sur ce qui fonde notre humanité. Le plus enrichissant est que les mythes peuvent nourrir aussi bien notre foi que notre quête de sens rationnelle, il dépasse rapidement les oppositions et en prenant de la hauteur nous offre une vision profonde de la vie et de la mort. Plusieurs passages m'ont rappelé différentes lectures ou sujets qui m'intéressent comme le bouddhisme, le chamanisme, le symbolisme, les religions mais pas que cela. J'adore son approche qui consiste à rassembler différents éléments, éclairer leurs points communs ou divergents, et dépasser l'ensemble pour se grandir soi-même. Cet auteur est fabuleux. Je pense lire d'autres ouvrages de lui. En plus cela fait écho, et ce n'est pas un hasard, vu qu'il le cite plusieurs fois, à ma lecture en cours de C.G. Jung (Man and his symbols). Bref, cet ouvrage de Campbell est passionnant. Je crois qu'il existe une version filmée de ces échanges, il y en a quelques extraits sur youtube, que je n'ai pas encore visionné, mais ne semble plus disponible à la vente (Ni DVD ni streaming, en tout cas je n'ai pas trouvé). Peut-être trop ancien ? Bizarrement ce livre est classé dans Aventure Secrète comme si cela relevait de l'ésotérisme ou de la parapsychologie alors qu'il s'agit d'histoire des mythes, de philologie et de réflexions d'ordre spirituel. Bon, pourquoi pas. C'est essentiellement de l'histoire des religions sous ses aspects mythologiques. Beaucoup de passage d'une sagesse éblouissante. Récemment je m’entretenais avec un ami, me faisant la réflexion que mes études sur la philosophie ne mèneraient à rien, et ce livre le confirme en disant que la philosophie ne mène pas à l'illumination (Elle embrouille l'esprit avec tous ses concepts, p. 275). C'est en substance ce que me disait aussi une autre amie. C'est l'art dans son approche sensible non intellectuelle, ou encore la méditation qui est la voie pour un accès  à la transcendance. Néanmoins, et cela me rassure grandement sur certains aspects, la lecture, pour l'auteur, a été source de transformation (p. 276). Merci !!!! A la lecture de ce livre, justement, je ne peux qu'être d'accord. Encore merci à toi Joseph (En plus avec un tel prénom ...).

Lorsque l'Ange de la Mort s'approche, c'est la terreur. Lorsqu'il vous touche, c'est la béatitude.
Adage musulman.
Note : AAAAAAAAAAAAA

lundi 14 janvier 2019

Hegel de Luc Ferry

T'arraches l'Hegel sur France Culture !
Hegel L’œuvre philosophique expliquée un cours particulier de Luc Ferry (Frémeaux & Associés, 4CDs, 2013)

Toujours aussi passionnant. J'adore. La meilleur utilisation de mes trajets journaliers pour aller au travail. J'aurais du commencer bien avant. C'est clair, structuré, accessible, compréhensible. Je n'ai pas pu prendre de notes, je conduit, et j'ai fini de l'écouter il y a déjà quelques semaines, depuis j'ai écouté Heidegger et là j'écoute Kant, toujours par Luc Ferry. Le prix est aussi accessible, bien plus que les coffrets d'Onfray (même si ces derniers sont bien plus fournis). Franchement ces cours sont une bonne introduction à la philosophie en général. Je conseille fortement. Je ne ferais pas d'entrée pour Heidegger et peut-être même pas pour Kant non plus. Juste que cela peut s'écouter en voiture sur autoroute où il n'y a pas, tôt le matin, trop de circulation. En ville j'éviterais car cela nécessite tout de même de la concentration. Comme ma fille m'accompagne au travail, elle bosse en bibliothèque, elle profite des cours de philo !! Elle est pas belle la vie ?

La mort, le maître absolu.
Friedrich Hegel

Note : AAAAA

Sérotonine de Michel Houellebecq

Décadence et
instinct de mort au XXIè siècle
Sérotonine de Michel Houellebecq (Flammarion, 347 pages, 2019)

Incipit étendu :
C'est un petit comprimé blanc, ovale, sécable.

 Vers cinq heures du matin ou parfois six je me réveille, le besoin est à son comble, c'est le moment le plus douloureux de ma journée. Mon premier geste est de mettre en route la cafetière électrique ; la veille, j'ai remplie le réservoir d'eau et le filtre de café moulu (en général du Malongo, je suis resté assez exigeant sur le café).
Ce livre semble avoir fait le buzz comme on dit. J'ai fait extrêmement attention à ne rien lire ni entendre sur cet ouvrage. Je n'aime pas qu'on m'impose une vision, et j'ai la nette impression que certains auteurs rendent fou le monde médiatique. Malheureusement deux infos se sont immiscées mais sans conséquence. La première est un retirage. Bon ok. La deuxième est un titre d'article d'un plumitif en mal de copie, soit-disant Houellebecq considère Niort comme la ville la plus laide du monde. Wahou. C'est du lourd. En plus confondre un personnage de fiction avec l'auteur faut vraiment ... bref. Il est vrai qu'il y a des passages qu'on pourrait dire polémique ou dérangeant. Mais ne serait-ce pas d'une grande hypocrisie d'en faire grand cas alors que le mode réel est bien plus grave ? Peut-être que l'auteur s'amuse de cette hypocrisie. Il ne fait que nous renvoyer un miroir et la conclusion en forme de testament m'incite à prendre cela au sérieux. Comme à son habitude l'auteur saisit assez bien l'air du temps, le zeitgeist de notre époque. La décadence du monde moderne, déjà dénoncée par René Guénon mais plus récemment par Onfray et son Décadence. On ne peut pas dire qu'il soit original de ce point de vue. On sent tout le tragique d'un monde qu'on ne maîtrise plus (p. 180), décrit comme gnostique (p. 180) où des thématiques comme l'antispécisme peuvent s'y entrevoir (par l'intermédiaire du personnage d'Aymeric, peut-être un clin d’œil à Aymeric Caron) avec l'holocauste d'animaux en batterie. Une critique en règle de la technique (p. 189) où Heidegger, le philosophe nazi, est clairement cité. Il est un peu paradoxal que l'Amour soit la solution (comme dans beaucoup de courants spirituels et religieux) et qu'il soit si difficile à mettre en œuvre dans le roman, où qu'il se résume assez souvent au tropisme de la fellation, une obsession du narrateur, il ne reste que la poésie tragique d'être au chaud ... dans un 4x4 Mercedes (p. 195), la société du spectacle et du divertissement (p. 199). Un monde absurde que résume l'auteur en parlant du personnage : incompréhensible, choquant, erratique (p.290). On retrouve l'ambiance funeste,pessimiste et suicidaire typique de ses romans. Peut-être un peu plus glauque cette fois. Mais comparé à la déréliction de notre monde actuel, Houellebecq, il fait pas le poids.

Dans la vie, j'ai eu le choix entre l'amour, la drogue et la mort. J'ai choisi les deux premières et c'est la troisième qui m'a choisi...
Jim Morrison

Note : AAAAA

B.A.-B.A. Occultisme de Christian Bouchet

Abracadabra
B.A.-B.A. Occultisme de Christian Bouchet (Pardès, 128 pages, 2000)

Incipit étendu :
L'occultisme n'est plus à la mode, et les occultistes apparaissent aujourd'hui comme des marginaux, des originaux, voire des individus mentalement dérangés. Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi et le XIXe siècle fut, dans une certaine mesure, le siècle d'or de l'occultisme et des occultistes, dont l'influence politique, littéraire ou artistique fut grande jusqu'à la déclaration de la Première Guerre mondiale.
Un petit livre qui présente en peu de page un panorama assez dense et fouillé sur l'occultisme, ce que c'est, son âge d'or, ses conflits de pouvoir, son charlatanisme parfois (Blavatsky et la Société Théosophique), ses accointances avec les totalitarismes pour certains (comme, étonnamment, Harvey Spencer Lewis de l'A.M.O.R.C et le Duce Mussolini, ce qui n'apparait évidemment pas dans wikipedia), et surtout ces courants riches, divers, variés, complexes, qui ont influé toute la société. La richesse de la recherche spirituelle humaine est tout bonnement époustouflante. Une introduction intéressante à ce sujet un peu passé de mode (Encore que je me le demande vraiment ...). J'ai bien aimé le passage où Carl Gustav Jung était en partie redevable des recherches occultistes. Sur les remarques contre la Mivilude ou le manque de correspondance entre les critères sectaires et certains mouvements ne m'ont pas convaincu mais il faudrait que je creuse le sujet. En particulier sur l'Ordre du Temple Solaire, j'ai un livre à lire sur le sujet (Le 54ème, témoignage du seul survivant). Un guide intéressant en tout cas.

L'occulte a toujours fasciné l'inculte.
Jacques Sternberg.
Note : AAAAA

lundi 7 janvier 2019

La onzième porte d'Orson Sinedy

Toc ! Toc !
La onzième porte d'Orson Sinedy (Detrad, 420 pages, 2018)

Incipit étendu :
Louxor - Égypte 1862
Le voile lumineux d'un croissant de lune tentait de percer les nuages. La nuit était sombre. Une aubaine pour les deux hommes qui traversaient le Nil dans leur frêle esquif. Prudence et discrétion étaient les devises des frères Abd-el-Rasel.
 Ils étaient très connus des services de police, même d'Auguste Mariettte, le fondateur du musée du Caire.

Orson Sinedy a encore frappé ! J'avais adoré Ordo Ab Chao et là il récidive. Un suspens au cordeau, il maintient la tension au fil des plus de 300 pages. Des personnages approfondis, auxquels on fini par s'attacher, qu'il étoffe au fil des pages. A nouveau un page turner qui m'a hanté et à nouveau une profondeur dans l'intrigue et le propos. Je suppute qu'il y aura au moins un troisième volume. Quel dommage qu'il n'en ait pas écrit autant que Giacometti et Ravennes, je faisais un emprunt direct à la banque pour acheter l'intégrale. Des parchemins égyptiens, trouvés en 1862, volés dans les musées et cela déclenche une cascade d'évènements liés à un groupe pharmaceutique. Ahhh l’Égypte ... un bon thriller !!! Un peu dommage que l'éditeur n'ait pas corrigé les innombrables coquilles et fautes d'orthographes.

Il existe entre l'homme et l'inconnu des rapports mystérieux mais incontestables.
Citation de Pierre-Claude-Victor Boiste ; Le dictionnaire universel (1800)
Note : AAAAAA

samedi 5 janvier 2019

La formule de Dieu de José Rodrigues Dos Santos

Fiat Lux
La formule de Dieu de José Rodrigues Dos Santos (Pocket, 717 pages, 2012)

Incipit étendu :
L'homme aux lunettes noires gratta une allumette et approcha la flamme de sa cigarette. Il aspira et un nuage de fumée fantomatique s'éleva lentement. L'homme parcourut la rue du regard et apprécia la tranquillité de ce coin charmant.
Un roman alliant spiritualité et vulgarisation scientifique, proposant des réponses aux questions fondamentales, en particulier sur le sens de l'Univers. Sous couvert d'un thriller plutôt moyen, assorti d'une histoire d'amour cliché, médiocre, l'ouvrage propose par des échanges entre divers personnages, scientifiques, historien, mathématicien, bouddhiste, plusieurs exposés assez pédagogiques sur la physique quantique, l'astrophysique, la spiritualité orientale, la cosmogonie judéo-chrétienne. Ce dernier aspect compense largement la faiblesse de l'intrigue générale, prétexte à la découverte des dernières recherche scientifiques. Rapidement l'auteur cherche à dépasser le Dieu barbu de la Bible et élargit le champ des investigations. A l'instar de The Grand Design, c'est un scientifique, ici Albert Einstein, qui est à l'initiative d'une telle démarche, d'un secret. La formule de Dieu. Ce qui m'a énormément plu dans ce livre grand public c'est que cela rejoint une partie de mes centres d'intérêts : le Tao de la physique, les débats sur la physique quantique, la physique quantique, le bouddhisme et l'astrophysique, le bouddhisme, le Tao, des fondamentaux en mathématique comme le principe d'incomplétude de Gödel (Lisez le merveilleux Gödel Escher et Bach), le principe d'incertitude (ou d'indétermination) d'Heisenberg, la théorie du chaos, le déterminisme, le démon de Laplace, la cabale, la relativité restreinte et générale, le principe anthropique, l'expérience EPR, l'intrication, le paradoxe d'Olbers etc. Et là c'est très fort de proposer dans un roman à la Da Vinci Code autant de travaux éminents, de questions fondamentales et de construire une narration dont le but est de proposer une réponse à la grande question : Dieu existe-t-il ? Peut-on le prouver scientifiquement ? Et pas la vision créationniste littéraliste du Vatican où la Terre n'aurait que 6500 ans mais un créationnisme concordiste (tendance scientifique d'une certaine manière). Au delà de l'épistémologie, les démarches de raisonnement sont ici limpides et claires, notamment la différence entre l'approche réductionniste et sémantique, point crucial pour avoir une discussion saine sur le sujet. A chaque fois on sent le souci pédagogique de l'auteur, ce qui est à la fois bien, pour la compréhension, et moins bien, pour l'aspect littéraire et romancé. En dépit d'un scénario qui ne m'a guère ébloui ,le reste est éblouissant justement. J'ai adoré la profondeur des thèmes abordés et la synthèse qui en a été faite dans ce roman.

Non seulement Dieu joue aux dés mais il les jette parfois là où on ne peut les voir.
Stephen Hawking.

Note : AAAAAAAAAAA

La rose aux treize pétales d'Adin Steinsaltz

Chant délié, ose cette branche !
La rose aux treize pétales Introduction à a cabbale et au judaïsme d'Adin Steinsaltz (Albin Michel, 194 pages, 2002)

Incipit étendu :
Le monde physique dans lequel nous vivons, l'univers que nous pouvons observer objectivement autour de nous : tout cela n'est qu'une faible partie d'un système de mondes si vaste que l'esprit humain ne saurait le concevoir. La plupart de ces mondes sont d'essence spirituelle et ressortissent à une autre catégorie de l'être que celle que nous connaissons. Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils existent quelque part ailleurs, mais plutôt qu'ils existent dans d'autres dimensions de l'être.
Un livre d'introduction très clair que la cabbale et le judaïsme. Sur la cabbale l'arbre des séphirots est présenté, son lien avec l'Univers et le divin, comment il peut s'agencer de diverses manières et comment il sert d'interprétation à peu près à tout. Quant au judaïsme, il donne clairement les clés pour comprendre de quoi il retourne, distingue ce qu'il entend par sacré, les liens forts avec la culture, le passé et bien sûr les textes sacrés, la Torah/Le Talmud. Un univers cohérent, complet, total, très abouti, très logique. Il y a beaucoup de liens avec la philosophie grecque ou les religions orientales comme le connais toi toi-même et la quête qui consiste à s'améliorer continuellement, d'ailleurs le niveau moral exigé est très élevé. Le seul bémol est l'essentialisation du peuple juif, guide pour le reste de l'humanité. J'ai un peu de mal à adhérer. Mais un livre lumineux à plusieurs égards qui contient beaucoup de sagesse.

On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes.
Proverbe juif ; Les proverbes et sentences juives (1968)

Note : AAAAA

mardi 1 janvier 2019

Avicenne ou La route d'Ispahan de Gilbert Sinoué

Perse mode d'emploi
Avicenne ou La route d'Ispahan de Gilbert Sinoué (Folio, 532 pages, 1990)

Incipit étendu :
Première makama

Au nom d'Allah, celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux

 Moi, Abou Obeïd el-Jozjani, je te livre ces mots. Ils m'ont été confiés par celui qui fut mon maître, mon ami, mon regard, vingt-cinq années durant : Abou Ali ibn Sina, Avicenne, pour les gens d'Occident, prince des médecins, dont la sagesse et le savoir ont ébloui tous les hommes, qu'ils fussent califes,vizirs, princes, mendiants, chefs de guerre ou poètes. De Samarkand à Chiraz, des portes de la Ville-Ronde, à celle des soixante-douze nations, de la magnificence des palais aux humbles bourgs du Tabaristan résonne encore la grandeur de son nom.

Ce livre était posé sur la table d'un ami musulman et il m'en a parlé chaudement donc je l'ai lu et je n'ai pas été déçu du tout. Une relation de maître-élève, la transmission du savoir malgré les soubresauts du monde. Une ambiance orientale très bien rendue mais surtout un roman sur un savant traversant le chaos du monde, le bruit et la fureur des passions de pouvoir et arrivant tout de même à mettre en œuvre son génie polymathe : médecin, philosophe, musicien, poète, philologue et autres. Plutôt bien écrit, poétique avec des remarques pleines de sagesse. Une aventure comme un conte des mille et une nuits avec rebondissements divers mais aussi l'état de l'art de l'époque en médecine. Bon là je crois que je ne pourrais pas ... la trachéotomie au petit-déjeuner c'est pas pour moi. On pourra y lire le Serment d'Hippocrate p. 244 (Que je venais de lire dans La médecine pour les Nuls, un hasard ? certainement pas. Illuminati !). Autre coïncidence, on venait de me parler de l'ouvrage Le livre des Rois de Ferdowsi, le Shâhnâmè pour les perses. C'est un habitué du bar où je vais lire de temps en temps, tôt le matin, à l'ouverture, qui m'en a touché un mot. Un bar où je ne bois que café et chocolat chaud je vous rassure, et où je suis surnommé L'écrivain ...  C'est sympathique, mais erroné. Bref, il m'avait parlé de sa passion pour la Perse et en particulier l'art, et ayant lu le livre des rois il m'en a tracé les grandes lignes, un livre important au même titre que l'Odyssée ou Gilgamesh. Un livre dont je n'avais jamais entendu parler. Et ce livre, ainsi que son auteur, sont cités dans cette histoire (p. 250). Au final une belle aventure de la pensée. J'ai voyagé ces quelques derniers jours. Béni soit Sinoué.

Notre existence s'écoule en quelques jours. Elle passe comme le vent du désert. Aussi, tant qu'il te restera un souffle de vie, il y a deux jours dont il ne te faudra jamais t'inquiéter : le jour qui n'est pas venu, et celui qui est passé ... (p. 222)

Note : AAAAAA

Guénon Qui suis-je ? de David Gattegno

Les brigades du Tigre sont de retour !
Guénon Qui suis-je ? de David Gattegno (Pardès, 128 pages, 2001)

Incipit étendu :
A la fin du XIXe siècle, l'héritage de la France compte un formidable appareil cérébral pseudo-religieux dans lequel d'informes « idéaux » politiques vont trouver à se condenser jusqu'à savoir donner le tour exclusif, à nuque plate et à front arrogant, de l'idéologie aujourd'hui dominante.

J'ai confondu avec une autre collection : Je suis ... et non Qui suis-je, dans laquelle j'avais puisé un livre sur Louise Michel et un autre sur Étienne Dolet. Je me disais aussi la présentation était différente. Normal, pas la même collection. Là le livre est même richement illustré pour 128 pages. Bon le livre, une biographie qui tend vers l'hagiographie, j'ai senti un parti pris ostensible avec des règlements de compte et sur un ton parfois polémiste parfois revanchard. Cela rend le texte assez vivant et dynamique. L'auteur décrit aussi un milieu ésotérique dont la visée spirituelle aurait du  tendre vers une certaine grandeur mais voilà, cela rentre brutalement en conflit avec les bassesses de lutte de pouvoir et d'influence, un milieu proche des milieux politiques : un vrai nœud de vipère (p. 80) Humain, trop humain. De nombreux passages que seuls les connaisseurs ou spécialistes apprécieront car je ne connais guère le milieu occultiste, en plus d'une époque révolue. Quelques paragraphes que j'ai trouvés incompréhensibles. Une biographie partisane donc, pas toujours claire, un peu fouillis, avec de nombreuses références qui ne me parlent pas, mais que j'ai bien aimé par sa densité, ses illustrations, par les pistes nombreuses et aspects multiples offerts sur le personnage et qui m'a permis de légèrement mieux cerner ce dernier, bien que toujours aussi imparfaitement. Guénon ne semble pas apprécier le spiritisme mais accrédite des attaques psychiques à son égard, que dois-je en penser ? Un portrait assez incomplet à ce titre, ou disons peu clair, comme pour les ouvrages de René Guénon lui-même. Mais là c'est normal, j'ai peut-être un début d'explication car dans cet ouvrage l'auteur cite Guénon : il ne dit jamais ce qu'il pense (!). Ah bon. Il dit les pensées des autres alors ? Il dit l'inverse ? Pas clair non plus. Où se situe-t-il par rapport à la Gnose (que l'église réfute) ? Par rapport à la théosophie qui me semble gnostique mais que Guénon récuse ? Par rapport à Charles Maurras qu'il apprécie ? C'est-à-dire ? Est-il royaliste ? Théocrate ? Fondamentaliste ? Comment compte-t-il influencer le monde avec l'élite qu'il aurait constitué ? Tout cela est effleuré sans jamais vraiment avoir une réponse claire et limpide. Bref. J'aurais aussi apprécié que l'éditeur relise et corrige les nombreuses coquilles qui parsèment joyeusement ce livre et nuisent au confort de ma lecture (même si je ne suis pas une pointure en orthographe et grammaire, loin de là). Un bon livre tout de même. Amusant dans l'émission de Dimanche dernier sur France Culture, Questions d'Islam (Animé par l'éminent érudit Ghaleb Bencheikh), l'invité, un soufiste, a clairement dit l'influence considérable qu'a eu René Guénon dans sa vie, ce dernier lui a ouvert la voie, vers le soufisme. Intéressant et éclairant, à plus d'un titre.
S01E02 : Philosophie : 2 René Guénon : 0 (Cf. S01E01)

Aucun médecin ne peut soigner les blessures faites par des mots.
Proverbe soufi.

Note : AAAA