lundi 14 janvier 2019

Sérotonine de Michel Houellebecq

Décadence et
instinct de mort au XXIè siècle
Sérotonine de Michel Houellebecq (Flammarion, 347 pages, 2019)

Incipit étendu :
C'est un petit comprimé blanc, ovale, sécable.

 Vers cinq heures du matin ou parfois six je me réveille, le besoin est à son comble, c'est le moment le plus douloureux de ma journée. Mon premier geste est de mettre en route la cafetière électrique ; la veille, j'ai remplie le réservoir d'eau et le filtre de café moulu (en général du Malongo, je suis resté assez exigeant sur le café).
Ce livre semble avoir fait le buzz comme on dit. J'ai fait extrêmement attention à ne rien lire ni entendre sur cet ouvrage. Je n'aime pas qu'on m'impose une vision, et j'ai la nette impression que certains auteurs rendent fou le monde médiatique. Malheureusement deux infos se sont immiscées mais sans conséquence. La première est un retirage. Bon ok. La deuxième est un titre d'article d'un plumitif en mal de copie, soit-disant Houellebecq considère Niort comme la ville la plus laide du monde. Wahou. C'est du lourd. En plus confondre un personnage de fiction avec l'auteur faut vraiment ... bref. Il est vrai qu'il y a des passages qu'on pourrait dire polémique ou dérangeant. Mais ne serait-ce pas d'une grande hypocrisie d'en faire grand cas alors que le mode réel est bien plus grave ? Peut-être que l'auteur s'amuse de cette hypocrisie. Il ne fait que nous renvoyer un miroir et la conclusion en forme de testament m'incite à prendre cela au sérieux. Comme à son habitude l'auteur saisit assez bien l'air du temps, le zeitgeist de notre époque. La décadence du monde moderne, déjà dénoncée par René Guénon mais plus récemment par Onfray et son Décadence. On ne peut pas dire qu'il soit original de ce point de vue. On sent tout le tragique d'un monde qu'on ne maîtrise plus (p. 180), décrit comme gnostique (p. 180) où des thématiques comme l'antispécisme peuvent s'y entrevoir (par l'intermédiaire du personnage d'Aymeric, peut-être un clin d’œil à Aymeric Caron) avec l'holocauste d'animaux en batterie. Une critique en règle de la technique (p. 189) où Heidegger, le philosophe nazi, est clairement cité. Il est un peu paradoxal que l'Amour soit la solution (comme dans beaucoup de courants spirituels et religieux) et qu'il soit si difficile à mettre en œuvre dans le roman, où qu'il se résume assez souvent au tropisme de la fellation, une obsession du narrateur, il ne reste que la poésie tragique d'être au chaud ... dans un 4x4 Mercedes (p. 195), la société du spectacle et du divertissement (p. 199). Un monde absurde que résume l'auteur en parlant du personnage : incompréhensible, choquant, erratique (p.290). On retrouve l'ambiance funeste,pessimiste et suicidaire typique de ses romans. Peut-être un peu plus glauque cette fois. Mais comparé à la déréliction de notre monde actuel, Houellebecq, il fait pas le poids.

Dans la vie, j'ai eu le choix entre l'amour, la drogue et la mort. J'ai choisi les deux premières et c'est la troisième qui m'a choisi...
Jim Morrison

Note : AAAAA

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