vendredi 22 février 2019

Le prisme des langues de Nicolas Tournade

Arcimboldo linguistique
Le prisme des langues de Nicolas Tournade (Asiathèque, 368 pages, 2017)

Incipit étendu :
La pratique de langues très éloignées de ma langue natale, les recherches sur le terrain en Haute Asie et l'enseignement de la linguistique générale durant ces trois dernières décennies m'ont conduit à développer une vision singulière et quelque peu hétérodoxe du langage.
Un livre passionnant. Il n'y a pas d'autres mots. Enfin si, éclairant, érudit, trop de la balle, etc. Un tour de piste sur l'univers riche, dense, varié, des langues et de la linguistique. Mais surtout qui remet en cause un certain nombre de clichés, d'idées préconçues, de mythes, parfois véhiculés par les spécialistes eux-mêmes . En fait ma fille envisage des études dans les langues, bon une en particulier, mais là n'est pas le sujet. Nous sommes allés en famille aux JPO (Journées Portes Ouvertes) de l'INALCO. Bon je vais pas le cacher j'étais prêt à reprendre des études ... de langues. Il a fallu que je me rappelle que j'étais là-bas pour ma fille et non pour moi. Ha oui c'est vrai. Ma femme aussi voulait étudier là-bas. Dans un monde rêvé nous nous serions inscrit à trois. Pas sûr que ma fille partage la même vision. Bref. Et entre autres visites, exposés, rencontres multi-culturelles, il y avait un stand de l'Asiathèque. Outre quelques achats de livres en coréen pour ma Poupette, il y avait ce livre sur le prisme des langues. Prisme car le monde est vu, entre autre, au travers de notre langue (p. 224), et pas de manière si totalitaire que le pensait Roland Barthes, ce que Nicolas Tournade précise avec nuances et force exemples. L'auteur rappelle quelques définitions et fondamentaux, par exemple la différence entre multilingue et polyglotte. Le nombre de langues parlées (7000 !), le nombre de systèmes d'écritures encore utilisées (Environ 50), le faible nombre de langues écrites (environ 200, p. 196) l'origine archétypale de certains mots (comme window, vent et œil, pour fenêtre p. 176-177), la disparition à venir de nombreuses langues, fait ignoré par rapport à la disparition des espèces, des insectes. Il déconstruit quelques a priori, mythes et autres. Par exemple sur le supposé grand nombre de mots pour décrire la neige par les Inuits. Il rappelle déjà qu'il y a plusieurs dialectes et que le nombre n'est pas si élevé (p. 203). L’étymologie de certains mots est aussi remise en question, comme le mot religion (p. 141 / 141) et connaissance. Il m'a fait découvrir le WALS (World Atlas of Language Structure) au prix prohibitif (790 euros !!), il y a d'ailleurs un site en ligne dont il ne parle pas, mais il en évoque un autre, le site passionnant Ethnologue.com. Il explore l'usage politique ou idéologique de la définition d'une langue, de l'épuration de certains mots ou dérivés à des fins identitaire ou communautaire. Aussi la dérive du dénoté de certains mot (Comme détail, depuis qu'il a été utilisé par Jean-Marie Le Pen, pour minimiser la Shoah). J'aime beaucoup l'origine des mots, archéo-linguistique ?, comme le mot hébreux Semes (Désolé il manque les accents sur les 's') pour soleil, qui vient de Shemesh, la déesse Soleil (p. 172). Je n'ai guère été surpris par son regret que l'enseignement des langues n'ait toujours pas pris en compte les dernières recherches (p. 307), ce manque d'intégration didactique est lamentable, je n'ai pas d'autre mot. Je regrettais, jeune, de ne pas avoir accès à des livres, vidéos, films, bande-dessinées etc. en anglais. J'étais émerveillé, en sixième, d'avoir pu mettre la main sur un numéro de Mad Magazine car mes parents m'avaient emmené à Paris. On pourrait s'attendre à ce que l'enseignement en Lycée ait considérablement évolué, et, au regard de ce que m'en a dit ma fille, je n'ai pas perçu de réelle révolution. Bon ok, j'ai tendance à généraliser, sans doute. Pourtant avec les MOOCs, l'internet, youtube, l'accès extraordinairement facile à des ressources, les méthodes de mémorisation, les techniques diverses (flashcards etc.), les liens entre les langues, les études statistiques, l'analyse des écueils d'apprentissage, on s'attendrait à mieux. J'ai pu regarder The Big Bang Theory en italien ou en allemand. J'ai pu même voir une vidéo de publicité de cette série en DVD, en japonais. C'est d'ailleurs très drôle ... Mais je m'égare. Ce livre est une excellente introduction sur le monde des langues. Les annexes qui présentent plusieurs systèmes d'écritures sont édifiantes. Le cherokee par exemple, mais pas que. L'auteur, enfin, donne un certain nombre de clés sur les langues et le langage, à méditer. Un livre à savourer.


“Les mots étrangers, sans permis de séjour, on les reconduit à la frontière linguistique. Les clandestins qui demeurent sont férocement exploités.”
Roland Topor

Note : AAAAAAAAA

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