samedi 16 mars 2019

Petit éloge de l'errance d'Akira Mizubayashi

Tous les chemins mènent à l'errance
Petit éloge de l'errance d'Akira Mizubayashi (Folio,  136 pages, 2014)

Incipit étendu :
De la musique d'abord. Des roulements de tambour très rythmés. Puis, très vite, se mêlent des bruits secs comme si on battait deux plaques de bambou l'une contre l'autre, des frappements presque métalliques un peu comme des coups de marteau qu'on entend dans L'Or du Rhin de Richard Wagner au moment où Wotan et Loge hasardent leur descente dans le Nibelheim, le pays des nains forgerons.

Un essai partiellement autobiographique avec des parcelles d'intimité, blessures, qui ont façonnés en partie son comportement et induit la notion d'errance dans sa destinée. De même il évoque les aspects abus de pouvoir, syndrome du "petit chef", ou relents de bizutage. Des violences symbolique (pouvoir) et historique (impérialisme) qui s'entremêlent. Des réflexions sur la langue, sur le langage, avec en particulier un beau texte sur le mot Okaerinasaï, l'auteur dépassant la sémantique et faisant œuvre de sémiotique (De surcroît, cela fait clairement écho à mes lectures récentes : Le langage, ou encore Signe d'Umberto Eco que je n'ai pas encore fini). Un avis réfléchi sur la civilisation japonaise, en quoi il s'en distingue (conformisme, hiérarchie) mais aussi, ce qui est en son cœur, ce qui le distingue de la vision occidentale avec au passage une analyse par rapport à son domaine d'expertise, Jean-Jacques Rousseau. Des liens très fort avec la marche, le voyage, le mouvement : toutes ces variations liées au thème central de l'errance, l'auteur en montre les effets induits qui élèvent l'âme. L'errance et la pensée. Très bel essai, très bien écrit (en français, sans traduction, par l'auteur !!), édifiant sur bien des aspects. Profondeur et finesse d'esprit. Une éthique individuelle qui me parle au plus profond de moi, pour certaines raisons personnelles. Si j'avais un très léger bémol, cela concerne une gradation bizarre entre xénophobie, racisme, incitation à la haine et appel au meurtre. Les propos anti coréens sont au delà du racisme, l'usage performatif d'un appel au meurtre est la violence incarnée d'un génocide à peine voilé. Confondre "Dehors les coréens" et "Tuons les coréens" est de même nature (la haine de l’autre) mais un degré très nettement accentué pour ce dernier. Il y a une différence de degré que l'auteur ne souligne pas assez. Comme si le rejet, fût-il formel, ne serait pas de la xénophobie, et l'appel au meurtre, seulement du racisme. Je ne comprends pas. Mais je pinaille. L'auteur termine par une analyse filmique notamment du film de Kurosawa, Les sept samouraïs, que j'ai vu très jeune et qui m'a laissé un souvenir impérissable, au point que j'hésite à le revoir un jour de peur de ne pas retrouver le souvenir que j'en ai, et il fait le lien avec la société japonaise, son corps étatico-moral (son propre vocable) que Kurosawa déconstruirait. Un livre profond qui dit quelque chose de notre humanité. Où l'errance, qui pourrait accréditer l'idée de se perdre, est en fait la meilleure manière de se retrouver, d'être soi. Un beau cadeau d'une amie. Merci à elle.

On commence à vieillir quand on finit d'apprendre
Proverbe japonais.

Note : AAAAAA

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